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  • 5 février 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 5 février 1797 – La reddition de la tête de pont d’Huningue dans EPHEMERIDE MILITAIRE plan-de-la-ville-dhuningue-150x150

     

    La reddition de la tête de pont d’Huningue

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français » – 1829

     

    Après l’évacuation du fort de Kehl, la France ne possédait plus, sur la rive droite du Rhin, que l’ouvrage à corne qui couvrait la tête de pont d’Huningue. Les Autrichiens, ne voulant rien distraire des approvisionnemens qu’ils avaient faits pour le siège de Kehl et ne croyant pas pouvoir entreprendre deux sièges à la fois, s’étaient contentés de laisser un corps d’observation devant cette tête de pont. La prise de Kehl rendit leurs moyens disponibles pour la nouvelle entreprise.

    Une partie de l’artillerie qui avait servi à foudroyer le fort qui venait de succomber, fut transportée devant Huningue, et bientôt les Français durent perdre l’espoir de conserver le dernier poste qu’ils eussent sur le territoire d’outre Rhin.

    L’ouvrage qui défendait le pont d’Huningue, construit dans l’origine sur les dessins et sous la direction de Vauban, en même temps que la place, était élevé dans une île du Rhin appelée île des Cordonniers, séparée de la rive droite par un bras ou fossé de plus de vingt mètres de largeur : il avait été détruit après le traité de Bade, comme le fort de Kehl. Dans la dernière campagne, on en avait relevé le tracé sur les fondements qui subsistaient encore, et on y avait ajouté une demi-lune élevée sur la rive droite.

    La protection de la forteresse d’Huningue d’une part, et de l’autre la neutralité de la Suisse, faisaient la principale force de cet ouvrage, flanqué en outre par des batteries élevées sur la rive gauche, au-dessus et au-dessous de la place : ces divers travaux n’étaient pas entièrement terminés lorsque le prince de Furstenberg vint, avec un corps de troupes autrichiennes, prendre position à Altingen, vis-à-vis la tête de pont. Mais fort heureusement, le général ennemi se renferma dans le rôle passif d’observateur, et, dans la crainte d’être attaqué lui-même, il crut devoir s’entourer d’une ligne de circonvallation.

    La situation de l’île des Cordonniers n’est point, au surplus, favorable à un bon système de défense. L’ouvrage à corne était dominé par un plateau assez uni, plus élevé d’une trentaine de mètres, se terminant par un escarpement fort raide, lequel forme un rideau continu de l’est a l’ouest, suivant le cours de la Weil, et se redresse ensuite vers le nord pour devenir à peu près parallèle au cours du Rhin. Au pied de ce rideau, qui commande parfaitement toute la campagne, et qui ressemble à un immense cavalier, construit par la nature, coule un ruisseau qui en rend l’accès encore plus difficile.

    Le territoire suisse, qui venait à la rive de la Weil jusques aux glacis de la tête de pont, resserrait la droite des Français ; et, sur leur gauche, un coude du Rhin, dont la convexité se présentait du côté du plateau dont nous venons de parler, offrait à ceux qui l’occupaient une fort bonne direction pour enfiler par du canon le lit du fleuve, et battre le pont d’Huningue.

    C’est sur ce même plateau que s’était donnée la bataille de Friedlingen, gagnée par le maréchal de Villars, le 14 octobre 1702, et qui a tiré son nom d’un fort dont on voit encore quelques vestiges. C’était aussi sur ce plateau que le prince de Furstenberg avait, d’après les instructions de l’archiduc, établi dix-neuf bataillons et trente-quatre escadrons qu’il commandait.

    Le général Moreau avait laissé la division du général Férino à Huningue, pour protéger la défense de la tête de pont. Cette dernière mission fut particulièrement confiée au général Abatucci, ayant sous ses ordres la troisième légère, les 56e et 89e demi-brigades de ligne.

    Le prince de Furstenberg avait fait camper, le 27 octobre, son corps à Weil, à Altingen et à Eimeldingen, et donné des ordres pour la construction de treize batteries liées par une parallèle qui se prolongeait jusques à la frontière suisse. Vers le milieu de novembre, plusieurs de ces batteries étaient en état de tirer, et de la batterie n° 7 on déboucha par un boyau dans la plaine, où l’on commença une seconde parallèle qui appuya sa gauche à la frontière suisse, et se lia par une autre branche avec le rideau de Weil : cette dernière parallèle servait à placer des batteries de mortier.

    Lorsque tous ces travaux furent achevés, le prince fit sommer le général Abatucci, qui répondit comme un brave doit le faire. Le feu commença ; et, à trois heures de l’après-midi, le 27 novembre, le pont construit avec des pontons fut rompu et entraîné par le courant : quatorze bateaux furent successivement submergés. Et, comme par une précaution d’ailleurs assez malentendue, on avait chargé de fumier le plancher du pont, il devint impossible de dégager les bateaux submergés pour sauver les autres : vingt-un furent arrêtés par l’ennemi, près du village de Markel. Dès lors, le passage du Rhin ne put s’effectuer qu’en bateaux.

    Cet événement fut jugé assez favorable pour que le prince crût devoir renouveler la sommation du matin, mais il reçut la même réponse.

    Le 30 novembre, afin d’empêcher la construction d’un nouveau pont et pour profiter de l’embarras des Français, le prince se décida à attaquer les ouvrages de la tête de pont, de vive force. A six heures du soir, les batteries commencèrent un feu violent, qui cessa tout à coup à huit heures. A ce moment, l’ennemi s’avança sur trois colonnes pour commencer son attaque.

    La colonne de gauche s’égara dans la marche qu’elle fit en longeant la frontière de Suisse pour gagner le côté de la demi-lune en faisant face au petit bras du Rhin ; celle de droite attaqua la demi-lune par la barrière, dans la face gauche de l’ouvrage ; celle du centre déboucha de la tranchée pour attaquer l’angle saillant des places d’armes, se jeter dans le fossé, et escalader l’ouvrage près des ouvertures de chaque côté.

    Ces deux attaques réussirent : l’ennemi s’empara de la demi-lune, et les troupes qui la gardaient furent forcées de se retirer dans l’ouvrage à corne, non sans avoir fait des efforts incroyables pour se maintenir dans leur poste. Les canonniers de la compagnie d’artillerie légère du capitaine Foy, ne pouvant plus diriger leurs coups sur l’ennemi, qui était déja maître du fossé, prirent des obus, en allumèrent les fusées et les roulèrent sur les assaillants. Malgré la perte qu’essuyait l’ennemi, il leur fallut céder au nombre.

    L’ouvrage à corne n’avait pu faire usage de son artillerie tant que la demi-lune était disputée par les troupes françaises et autrichiennes, mais lorsque l’ouvrage fut abandonné par les premières, un feu très vif fut dirigé sur les secondes, qui paraissaient vouloir s’y loger et s’y maintenir.

    Le général Abatucci, prenant avec lui les compagnies de grenadiers de la 89e, commandées par le chef de brigade Cassagne, sortit tout à coup, se précipita sur l’ennemi, et le chassa d’abord de l’espèce de retranchement qu’il occupait derrière une maison, sous la protection de laquelle il faisait un feu très violent. Mais il restait à reprendre la demi-lune proprement dite, dans laquelle les Autrichiens paraissaient vouloir tenir, favorisés par le saillant qui n’avait pas pu être achevé. Abatucci fit venir du renfort, et s’empara de ce dernier point. L’ennemi fut complètement expulsé des fossés et du glacis de l’ouvrage : cette attaque vigoureuse fut terminée vers minuit.

    Les Français eurent à regretter la perte du brave général qui venait de les diriger si glorieusement. Blessé mortellement dans cette affaire, Abatucci mourut au bout de quelques jours : officier-général de la plus grande espérance, il était aussi recommandable par ses qualités morales que par ses talents militaires. Mort à vingt-sept ans au champ d’honneur, son trépas rappela celui du général Marceau, enlevé, comme lui et au même âge, à la patrie reconnaissante.

    Les Autrichiens se retirèrent sur leur plateau, après avoir perdu près de 1800 hommes dans cette tentative, que leur général aurait pu faire un mois plus tôt, lorsque les ouvrages étaient encore imparfaits.

    Les jours suivants, l’ennemi se borna à canonner et à jeter des obus dans les ouvrages. Le 8 décembre, vingt-deux pièces d’artillerie furent dirigées sur les bateaux de transport qui passaient le Rhin à la faveur de la nuit. Pour obvier aux décharges continuelles de ces nouvelles batteries, les Français construisirent une forte contre-batterie en avant de la digue qui va de Huningue à Neudorf. Cette batterie produisit un très bon effet : elle protégea les transports, ralentit le feu des Autrichiens, et les força à se garantir eux-mêmes par des traverses.

    Au 16 décembre, l’ennemi se vit dans la nécessité de cesser son feu et de discontinuer ses travaux, par le manque des munitions nécessaires. Cet espace de temps fut employé par les Français à réparer leurs ouvrages et à faire des tranchées blindées et des abris pour un hôpital, des vivres, et surtout des munitions. Ils commencèrent en outre une lunette devant la courtine de l’ouvrage à corne pour en couvrir l’entrée, et construisirent un batardeau pour contenir l’eau à une certaine hauteur dans le fossé ou petit bras du Rhin qui séparait l’ouvrage à corne de la demi-lune, située sur la rive droite.

    Kehl venait enfin de succomber le 9 janvier, et les Autrichiens se virent en mesure d’envoyer devant Huningue une partie de l’artillerie qui leur avait servi dans ce dernier siège, sous l’escorte de quatre bataillons de renfort.

    Dans la nuit du 18 au 19 janvier, l’ennemi ouvrit une parallèle à la distance de 260 mètres de l’angle saillant de la demi-lune, appuyant sa gauche à la frontière de Suisse, et joignant les batteries dressées au bord du Rhin a celles qui étaient en face de l’ouvrage à corne vers la montée d’Altingen.

    Du 26 au 27, les assiégeants continuèrent leurs travaux et prolongèrent leur parallèle jusques au Rhin. Ils en débouchèrent en même temps par une ligue de quatre cents pas, qui, réunie plus tard à la première parallèle, forma une nouvelle communication. Ils s’approchèrent à cent pas de l’ouvrage à corne, par une tranchée, et prolongèrent la communication du retranchement dit d’Elisabeth jusqu’à quatre-vingt-dix toises des ouvrages. La tranchée fut prolongée à droite pour établir des batteries à ricochets. Le feu des assiégés était si vif pendant tous ces travaux, qu’ils ne purent être faits qu’à la sape.

    Dans la nuit du 28 au 29, le général Dufour, qui avait remplacé le général Abatucci dans le commandement de la tête de pont, ordonna une sortie vers les trois heures et demie du matin, dans le but d’empêcher l’ennemi de finir sa deuxième parallèle. Elle eut lieu sur deux colonnes ; la première se porta vivement sur la gauche de l’ennemi, le chassa de la tranchée, et le poursuivit jusque dans la première parallèle, où elle pénétra et où elle prit deux pièces de canon, après en avoir encloué quelques autres. La seconde colonne avait ordre de se diriger sur la droite des ouvrages des assiégeants : elle attaqua les postes qui les défendaient, mais elle éprouva une résistance plus forte et plus opiniâtre que l’autre colonne. Ce ne fut qu’après un combat très meurtrier que les Français parvinrent jusqu’à la troisième parallèle. L’ennemi ayant fait marcher ses réserves, cette deuxième colonne n’eut que le temps de briser les roues de deux pièces de canon et d’endommager quelques épaulements.

    Après une canonnade très vive, pendant la journée du 30, l’ennemi continuant d’avancer à la sape, le général Dufour voulut essayer une nouvelle sortie dans la nuit.

    Les troupes commandées pour cette opération furent divisées en trois colonnes. Celle de gauche, formée du 3e bataillon de la 89e demi-brigade, et de trois compagnies de grenadiers, devait se porter sur les ouvrages de la droite des assiégeants, tourner, en marchant dans la plaine, la sape de l’ennemi le long du Rhin, s’avancer directement sur les batteries dites d’Elisabeth et du Prince-Charles , s’en emparer, enclouer les pièces ou les ramener, pendant que cent travailleurs, marchant à la suite de la colonne, détruiraient les ouvrages.

    La colonne du centre, composée de huit compagnies de grenadiers, devait, au signal de l’attaque, se porter sur la tête de sape, et évacuer ensuite jusqu’à la première parallèle, afin de se lier aux attaques de droite et de gauche. La troisième colonne, ou de droite, formée par un bataillon de la 74e, et de deux compagnies, devait être placée à la droite de la demi-lune, et, au moment de l’attaque, franchir la deuxième parallèle, culbuter les batteries, et se porter à la première parallèle. Cette colonne avait aussi des travailleurs pour détruire et renverser les sapes de l’ennemi sur la capitale de la demi-lune. Ces colonnes se mirent en mouvement à trois heures et demie du matin.

    La colonne de droite culbuta ce qu’elle trouva devant elle, encloua cinq pièces de canon et prit deux pièces de 3. Celle du centre se porta un peu trop sur la droite, et ne rencontra que peu d’obstacles. Celle de gauche arriva un peu tard à son but, et, au lieu de prendre de revers la sape de l’ennemi, elle passa le long du Rhin. Ce détour mit un peu de désordre dans la colonne, et la queue ayant peine à rejoindre, il s’ensuivit que la tête attaqua sans être soutenue.

    Toutefois, le chef de bataillon de Ribes, de la 89e, marchant avec sa compagnie de grenadiers, aborda vigoureusement les retranchements ennemis et y sauta le premier. Cet acte d’intrépidité lui coûta la vie. Il tomba percé d’une balle, et ne survécut que peu d’instants à cette blessure mortelle.

    Les Autrichiens, revenus d’un premier moment de terreur, s’aperçurent du petit nombre des assaillants, et avant que la colonne se fût formée, ils l’attaquèrent à leur tour et la forcèrent à la retraite. Les colonnes rentrèrent en assez bon ordre, sans être suivies par l’ennemi, et emmenant une cinquantaine de prisonniers.

    La tranchée était poussée, le 1er février, à quatre-vingts pas des ouvrages extérieurs de la tête de pont. Les Autrichiens faisaient leurs préparatifs pour une attaque de vive force, en même temps qu’ils projetaient leurs ouvrages pour tirer à ricochets sur l’ouvrage à corne dans toute sa longueur, et empêcher la communication par un feu de mitraille.

    Il avait été convenu, dans une conférence tenue au quartier-général du général Férino, que l’ennemi étant parvenu aux glacis des ouvrages de la tête de pont, l’intention du gouvernement n’étant point d’ailleurs que l’on fît une résistance qui compromît le salut des troupes et de la ville d’Huningue, ni d’épuiser en pure perte les approvisionnements de cette place, et qu’enfin le but qu’on s’était proposé étant atteint, on entrerait en pourparlers pour l’évacuation de la tête de pont.

    L’adjudant-général Savary fut chargé de faire des propositions de capitulation au prince de Furstenberg. Celui-ci ayant répondu qu’il était fort disposé à entrer en négociation, le général Dufour se rendit au quartier-général autrichien dans la nuit du 2 au 3, et conclut une capitulation avantageuse, dont les principaux articles furent :
    - que les Français évacueraient la tête de pont, le 5 février avec armes, bagages, munitions, et tout ce qui avait servi à la défense de ce poste ;
    - que les Autrichiens ne tireraient point sur Huningue, et détruiraient, avant six semaines, l’ouvrage à corne et tous ceux construits sur la rive droite pour l’attaque de la tête de pont, de manière à ce que tout se trouvât dans le même état qu’avant le passage du 24 juin 1796, par l’armée française.

    La garnison profita des deux jours de délai qui lui étaient accordés, pour ne laisser à l’ennemi, à l’exemple des troupes de Kehl, que des ruines et des terres amoncelées sans aucune espèce d’objet de la moindre utilité.

    La reddition de la tête de pont d’Huningue termina d’une manière honorable la campagne de 1796 sur le Rhin, campagne qui aurait eu des résultats bien plus brillants pour la France si les opérations de ses armées eussent été conduites avec plus d’ensemble. Les officiers-généraux y rivalisèrent de zèle et de courage, les officiers et les troupes y déployèrent une activité, une bravoure, dignes des plus grands éloges, et surtout un dévouement tel qu’on devait l’attendre de guerriers combattant pour l’indépendance de leur patrie.

    Toutefois, après neuf mois de combats presque continuels, ces deux armées qui semblaient promettre la conquête de l’Allemagne et la paix qui en eût été la suite, se retrouvaient au même point et dans la même situation où elles étaient à l’ouverture de la campagne. Si l’armée d’Italie, plus heureuse ou mieux dirigée, n’avait pas, à cette même époque, compensé par ses triomphes utiles les revers éprouvés par les armées d’Allemagne, la France se fût trouvée dans une position presque aussi critique qu’en 1793.

     

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