• 29 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Kaboul, janvier 1842 : La catastrophique retraite britannique dans PAGES D'HISTOIRE le-dernier-carre-du-44e-regiment-of-a-gandamak-150x150 le-retour-du-docteur-bydon-a-jalalabad-150x150 dans PAGES D'HISTOIRE

     

    D’après un article du général (2S) De Bressy, paru dans le bulletin trimestriel n° 452 de l’ANOCR.

     

    Wellington disait : « S’il est possible d’entrer en Afghanistan, il est presque impossible d’en sortir ».

    Le vainqueur de Waterloo, premier ministre en 1828 et mort en 1852, faisait allusion, dans ce mot resté célèbre, aux tragiques événements que nous allons relater brièvement.

     

    Vers la fin des années 1830, alors que les Français, débarqués à Alger, combattaient la rébellion d’Abd El-Kader, les Anglais gouvernaient leur immense domaine des Indes au moyen d’une poignée d’administrateurs de « l’honorable Compagnie des Indes Orientales », laquelle avait notamment mis sur pied une sorte d’armée privée composée d’Indiens, de « natives » encadrés par des officiers européens et même certains Américains à côté d’unités de l’armée britannique.

    La reine Victoria monta sur le trône en 1837. A Calcutta, Lord Auckland était le nouveau gouverneur général.

    Londres était préoccupé, depuis au moins une décennie, par l’avancée vers le sud de l’empire tsariste qui visait, semble-t-il, à supplanter les Anglais aux Indes. Il en découlait un affrontement sans conflit ouvert, par émissaires et tribus interposés, le « grand jeu » selon le mot de Kipling.

    Dans cette partie, l’Afghanistan se présentait comme une sorte de zone tampon entre les deux empires. A Kaboul, régnait un émir, Dost Mohamed, mais le pays comptait nombre de tribus plus ou moins indépendantes.

     

    En juin 1838, Palmerson, premier ministre de Sa Majesté, déclara que « longtemps nous avons refusé de nous mêler des affaires des Afghans, mais si les Russes veulent en faire des Russes, il nous appartient d’en faire des Britanniques ». Et, dans ce contexte, Lord Auckland reçut mission d’occuper l’Afghanistan et de renverser Dost Mohamed pour le remplacer par Shah Shujah, une marionnette qui avait été son prédécesseur.

    Une « armée de l’Indus » de quinze mille Britanniques et Indiens fut mise sur pied. Elle pénétra en Afghanistan par le sud, en empruntant la passe de Bolan, au printemps 1839.

    Après un sérieux combat à Ghazni contre les troupes de Dost Mohamed, qui se rendit et fut envoyé en exil aux Indes, l’armée de l’Indus entra à Kaboul le 6 juillet 1839. Un émissaire spécial, Sir William Macnaghten fut désigné pour représenter la reine, avec Sir Alexander Burnes comme adjoint et conseiller. Ce dernier s’était rendu célèbre par son voyage en Afghanistan quelques années auparavant.

    A Kaboul, une vie de garnison s’organisa très vite. Appréciant le climat de montagne, de nombreux officiers firent venir des Indes leurs familles qui arrivèrent suivies d’une foule de nurses, domestiques, etc. Les parties de cricket, les courses, les soirées mondaines se multiplièrent.

    La garnison militaire, forte de 4500 Britanniques et Indiens, au lieu d’occuper le Bala Hissar, qui dominait la ville, s’installa dans la plaine dans un camp bâti constitué de constructions disparates, entouré d’un simple mur de terre, le « cantonnement ». De nombreux officiers mariés logeaient en ville.

    Le commandant des troupes était le général Elphinstone, âgé et malade, qui attendait sa mutation aux Indes.

    Cependant, la résistance contre l’occupation britannique se manifesta très vite, tant à Kaboul que dans les provinces où les tribus se révoltèrent. La révolte était menée par Akbar Khan, le fils de Dost Mohamed en exil.

    La première victime fut Sir Alexander Burnes, accusé par les Afghans d’avoir conseillé l’occupation. Il vivait avec plusieurs autres officiers dans une vaste demeure en ville. Entourés par une foule déchaînée, ils furent tous massacrés le 2 octobre 1841.

    Une expédition punitive, rapidement montée, se solda par une humiliante déroute des Anglais, pris sous le feu de quelques canons afghans. Ils se replièrent en désordre dans leur « cantonnement ».

     

    Devant cette situation dramatique, Macnaghten décida de négocier avec Akbar, mais il fut massacré à la première entrevue. Toutefois Akbar, craignant des représailles britanniques, proposa de nouveau de négocier. Il signa un accord avec Elphinstone. il exigeait le retrait des troupes britanniques d’Afghanistan. Elles devaient laisser toute leur artillerie, sauf six canons et rois pièces sur mulets. En échange, Akbar promettait une escorte armée pour franchir les « passes ».

    Or, la neige s’était mise à tomber en abondance. Au lieu d’ordonner le repli dans le fort de Bala Hissar, pour attendre la fin du redoutable hiver afghan, le général Elphinstone décida d’évacuer Kaboul.

     

    Le 6 janvier 1842, ce qui avait été la fière armée de l’Indus, quitta donc Kaboul dans les pires conditions : 4500 militaires, environ 12000 civils, dont de nombreuses femmes et enfants, et 2000 chameaux portant les bagages partirent dans la neige.

    L’avant-garde était formée par le « 44e Regiment of Foot », seule unité britannique, avec un escadron de cavalerie et les trois canons de montagne sur mulets. Avec le gros, marchaient quatre bataillons de « natives » de la compagnie des Indes, avec les six canons tirés par des bœufs qui dérapaient dans la neige, et l’immense foule des suivants. Les femmes et les enfants étaient à cheval ou à dos de chameau.

    Le but était d’atteindre Jalalabad, à 150 km, où avait été envoyée une brigade commandée par le général Sale, puis de franchir la Khyber pass.

    Dès la sortie de Kaboul, le « cantonnement » fut pillé et incendié. Puis, dans une épaisse couche de neige, par un froid intense, sans réserve de vivres ni abris pour la nuit, dépourvus de moyens de chauffage, la lente progression de l’immense colonne se transforma très vite en une cohue où civils et militaires, hommes, femmes et enfants étaient mélangés.

    Ces conditions extrêmes firent autant de morts que le harcèlement continu des tribus hostiles auquel ils furent soumis.

    Le passage des deux passes de Koord Kaboul et de Jugdulluk fut particulièrement meurtrier. Depuis les hauteurs, les Afghans tiraient sans répit avec leurs longs « jezails », dont la portée était supérieure à celle des fusils anglais. Certains soldats en vinrent à brûler leurs armes pour se chauffer.

    A deux ou trois reprises, Akbar apparut au milieu de ses guerriers, demandant à parlementer avec Elphinstone. Il promettait l’arrivée d’une escorte armée qui ne vint jamais, mais exigeait en contrepartie des otages : officiers avec leur famille, ainsi que les sacs de roupies du trésor. Elphinstone accepta tout, mais il fut fait prisonnier à l’ultime entrevue, ainsi que son adjoint, le général Shelton.

    Elphinstone mourut en captivité, s’épargnat le procès en cour martiale que lui destinait Londres.

    Le désastre était total. Sur des dizaines de kilomètres, gisaient des milliers de corps, nus dans la neige, dépouillés par les Afghans.

     

    Le dernier acte se joua le 13 janvier, sur une colline près du village de Gandamak. Les restes du 44e régiment, soit vingt-cinq officiers et quarante-cinq soldats, formèrent un carré, avec seulement vingt fusils, décidés à vendre chèrement leur peau, allant jusqu’au corps-à-corps à l’arme blanche. Les Afghans ne firent que quatre prisonniers, blessés, dont le capitaine Souter, qui sauva le drapeau du 44e en se l’enroulant autour de la taille et qui fut épargné pour être échangé contre rançon.

    Des seize mille hommes et femmes qui avaient quitté Kaboul le 6 janvier, seul arriva à Jalalabad, le 13 janvier le docteur Brydon, médecin civil de Shah Shujah, gravement blessé, sur un poney mourant.

    Pendant plusieurs jours, le général Sale fit allumer des feux sur les murailles de Jalalabad et sonner régulièrement le clairon, pour guider d’éventuels survivants.

    Il n’en vint aucun.

     

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