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  • 27 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le combat de Saint-Dizier

    D’après « L’Invasion de 1814 dans la Haute-Marne » – François Frédéric Steenackers – 1868

     

    L’armée de Blücher, qui avait été accueillie à Nancy comme une armée libératrice et avait traversé la Lorraine presque sans coup férir, pénétrait dans le nord-est de la Haute-Marne par la route de Ligny à SaintDizier, traversait les territoires de Vassy et de Joinville, se dirigeant du côté de Bar-sur-Aube et de Brienne, pour opérer sa jonction avec l’armée du prince de Schwarzenberg et marcher de conserve sur Paris.

    Tout le pays fut inondé de troupes ennemies du 18 au 27 janvier. Les Cosaques de Platow avaient passé, le 18, à Joinville, d’où ils étaient partis le lendemain 19 avec deux mille dragons russes, prenant la direction de Brienne par Doulevant. Tout le corps de Blücher les suivait.

    Il avait occupé Joinville les 26 et 27. Blücher avait couché dans cette ville le 26. Là, il avait reçu les plaintes des habitants au sujet de la surcharge des logements militaires dont ils étaient accablés depuis plusieurs jours, et il leur avait répondu avec assez de bienveillance, leur disant qu’ils « seraient désormais tranquilles, parce qu’il ne passerait plus de troupes alliées dans leur ville, si ce n’est quelques détachements de ceux qui suivent ordinairement les armées ».

    Il avait quitté Joinville le 27, à deux heures. Son corps d’armée, estimé de trente-cinq à quarante mille hommes, avait dû prendre la route de Brienne, pour se trouver, le même jour, suivant les conjectures du duc de Bellune, à la hauteur de cette ville. Enfin, le corps russe du général Lanskoï, resté en arrière de Blücher, avec soixante-dix canons, et estimé à quinze mille hommes (pour l’infanterie seulement), était à Saint-Dizier, les 25, 26 et 27, et s’échelonnait, dans les villages, autour de cette ville, à Prez-sur-Marne, à Eurville, suivant le feld-maréchal à une journée de marche près et se proposant de rejoindre en même temps la grande armée austro-russe du prince de Schwarzenberg.

    Il est facile de voir, d’après l’état des choses à la fin de janvier, que le département ne devait plus être, comme tout le faisait supposer au commencement de ce mois, le théâtre d’une action décisive, ni même d’une action de grande importance.

    L’empereur, parti de Paris le 25, avec le dessein d’empêcher la jonction des deux armées de Bohême et de Silésie, pouvait croire qu’il atteindrait ce résultat (qu’il obtint un moment), mais il ne pouvait pas espérer frapper un grand coup et s’engager avec Blücher lui-même, qui était à deux marches seulement de l’Aube, le 26, avant que ce général parvînt sur cette rivière et se rapprochât du centre d’opérations du prince de Schwarzenberg.

    En effet, bien qu’il eût mis dans la conception de son plan et dans l’impulsion donnée aux moyens d’exécution la plus grande célérité, il ne put être à Saint-Dizier que le 27 au matin ; et il n’y trouva qu’un corps du général de Lanskoï, qu’il chargea le duc de Bellune de déloger de ses positions, pour s’attacher lui-même aux pas de Blücher et le saisir avant qu’il eût rejoint la grande armée d’invasion.

    Le duc de Bellune avait déjà arrêté un moment l’ennemi à Ligny, le 24. Le lendemain 25, il s’était retrouvé en face du même corps, à Saint-Dizier même.

    « Notre arrière-garde a été attaquée, dit-il dans un rapport daté de Perthes le 25, à six heures du soir, ce matin à Saint-Didier par le corps ennemi venant de Ligny. Une forte colonne d’infanterie, précédée d’artillerie, a formé cette attaque. On s’est battu dans les rues. Il y a eu des pertes de part et d’autre. M. le général Duhesme s’est ensuite mis en bataille à une portée de canon de la ville, en avant du village d’Hallignicourt. Il était soutena par le 5e corps de cavalerie. Les ennemis n’ont pas tenté une nouvelle attaque ; ils se sont établis à Saint-Dizier et entourent cette ville ».

    Le maréchal s’attendait à une attaque pour le 26. Il avait donné ses instructions en conséquence au général Duhesme, qui devait s’établir de la manière suivante : la cavalerie légère, cent dragons, un bataillon et deux pièces de canon, au village de Hallignicourt ; l’infanterie dans le bois qui est à gauche du village ; l’artillerie en batterie sur la route ; une grand’garde d’infanterie à la tête du village, une de cavalerie en avant sur la route de Saint-Dizier et une sur le village d’Hoericourt.

    « Cette portion de l’arrière-garde, ajoutait le maréchal, se repliera demain matin, entre six et sept heures, sur le village de Perthes. Elle fera placer les gardes et logera le reste de ses troupes avec l’ordre de se tenir toujours prêtes à prendre les armes ».

    Aussi quand le maréchal reçut l’ordre de prendre l’initiative et d’attaquer lui-même, il éprouva un vif sentiment de joie tempéré par d’autres préoccupations, que nous retrouvons dans une dépêche, remarquable à plus d’un titre :

    « Thieblemont, 26 janvier 1814, 2 h. du soir.
    Le corps d’armée que je commande apprend avec joie qu’il va prendre l’offensive. Il attaquera l’ennemi avec toute la vigueur dont il est capable, du moment où il se sentira appuyé par les troupes qui sont derrière lui et que les dispositions de cette attaque seront conduites de manière à ce que tous les corps y concourent.
    Votre Altesse me mande par sa lettre d’aujourd’hui, à dix heures du matin, que d’après les ordres de l’empereur, je dois réunir toutes mes troupes à Saint-Dizier. Je dois lui faire observer à ce sujet qu’il ne doit pas être seulement question d’une simple réunion dans une ville qui renferme des forces ennemies doubles des miennes, mais bien d’une attaque combinée.
    Mon avant-garde est à portée de canon de SaintDizier ; les autres troupes de mon commandement qui en sont les plus éloignées peuvent être réunies dans une heure et demie près de cette avant-garde, et du moment que les autres corps seront arrivés à la hauteur et que je connaîtrai l’ensemble de l’attaque, je marcherai sur Saint-Dizier.
    Cette attaque peut être faite sur trois colonnes ; l’une sur la grande route, qui serait la mienne ; l’autre par Vouillers, Saint-Eulien, Villiers-en-Lieu et Hauteville, qui serait celle du duc de Raguse ; la troisième par Larzicourt, qui serait celle du prince de la Moskowa.
    Par ce moyen, on chasserait les ennemis de Saint-Dizier avec facilité, et le duc de Raguse, continuant sa marche par Chamouilly, direction de Joinville, les obligerait à se retirer sur ce point. Ils ne pourraient pas se défendre derrière le pont de Saint-Dizier, et je les suivrais immédiatement.
    Je suis venu ici pour établir ma seconde ligne, je vais retourner à Perthes, où j’attendrai de nouveaux ordres.
    Si on n’y fait pas attention, la pénurie de subsistances deviendra plus dangereuse que les ennemis. Les soldats affamés commencent à maltraiter les habitants, à piller tout ce qui tombe sous leurs mains et à se faire abhorrer de ceux qui en attendaient secours et protection. Je supplie à mains jointes Votre Altesse de faire organiser promptement un service administratif régulier, le salut de l’Empire tient à cette mesure.
    Ce serait se faire illusion que d’attendre de bons services de soldats qui ne recevraient pas les subsistances qui leur sont dues. Il ne faut pas croire que les ressources locales puissent les leur fournir, surtout quand ils seront plus nombreux. Ces ressources n’existent pas. J’en suis convaincu par les soins constants et inutiles que nous ne cessons de prendre pour nous les procurer.
    Duc de Bellune ».

    Ces patriotiques sollicitudes du brave maréchal n’ôtèrent rien, on peut le croire, à la vigueur de son attaque du lendemain.

    L’infanterie du général Duhesme et la cavalerie du général Milhaud s’ébranlent à dix heures du matin.

    L’ennemi est culbuté. On lui tue du monde, on le pousse avec un tel élan qu’il n’a pas le temps de couper le pont. Il se retire en désordre par les routes de Joinville et de Ligny. Le brave général Miller, à la tête du 26e chasseurs à cheval, se jette sur un bataillon russe qui se repliait sur la route de Joinville, le sabre, le met en fuite. Mais, frappé d’une balle, il y périt. Le général Piré fut chargé par l’empereur de marcher sur Vassy et de lui donner des nouvelles. L’ennemi avait laissé dans nos mains, bon nombre de prisonniers.

    Les habitants de Saint-Dizier, qui avaient assisté à ce combat avec une émotion facile à comprendre, accueillirent nos troupes avec le plus vif enthousiasme.

    « Le 27, nous arrivâmes à Saint-Dizier, dit le colonel Fabvier. La joie des habitants offrait le spectacle le plus touchant du monde : les uns portent du vin aux soldats en marche, d’autres montrent aux plus jeunes comment ils doivent se servir de leurs armes, et les prient de combattre vaillamment pour délivrer la patrie du joug insupportable de l’étranger. Les plus contents se joignent à nous. L’Empereur était sur la place, entouré de tout le peuple, qui l’accablait des marques d’un dévouement trop peu senti. L’enthousiasme gagne les troupes : fantassins, cavaliers, artilleurs se précipitent sur toutes les routes, enflammés de colère, oubliant les fatigues et ne connaissant plus qu’un besoin, celui de combattre. Les prisonniers arrivaient par centaines, conduits par quelques paysans sans armes ».

    Le tableau n’est pas chargé. La ville de Saint-Dizier, qui avait toujours été très attachée à l’empereur, l’accueillit avec transport et conçut, de sa présence et du coup qu’il venait de frapper sous ses yeux, un commencement d’espérance.

     

  • One Response à “Le 27 janvier 1814 – Le combat de Saint-Dizier”

    • Dury on 23 mai 2016

      Je suppose qu’il faut lire Saint Dizier où il est indiqué « Saint Didier ».
      Merci pour l’article qui situe (peut-être) le cadre du décès d’un voltigeur du 4° régiment.

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