• 14 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Le 14 janvier 1795 – La prise d’Eusden dans EPHEMERIDE MILITAIRE prise-deusden-150x150

    La prise d’Eusden

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des français » – Charles-Théodore Beauvais – 1829

     

    Des obstacles, qui auraient arrêté les armées les plus entreprenantes, venaient d’être franchis par les Français républicains. La rigueur des saisons, l’insalubrité du climat, les fatigues et la misère causées par une campagne prolongée pendant l’hiver le plus rigoureux, étaient pour les soldats de l’indépendance autant de causes d’émulation, et ils mettaient à vaincre les éléments autant d’obstination et de courage qu’ils en avaient montré contre les armées coalisées pour renverser et détruire le nouveau gouvernement de la France.

    L’année 1794 est sans doute la plus fertile en glorieux événements militaires que l’on puisse lire dans les annales d’un peuple qui combat pour la liberté. L’an 1795 commencera sous des auspices semblables, et c’est en redoublant de constance et de dévouement, c’est en conquérant la Hollande sur la nature elle-même armée pour défendre ce pays, que les Français vont mettre le comble à leur intrépidité, acquérir une illustration inconnue jusqu’alors, et forcer enfin une partie de l’Europe à poser les armes, en échangeant le laurier sanglant de la guerre contre l’olivier de la paix.

    Etonnés du courage tranquille avec lequel les soldats français avaient combattu sur les glaces du Wahal, et de la promptitude qu’ils avaient mise à s’emparer de l’île de Bommel, les alliés s’étaient réfugiés derrière le Leck.

    Les rives du Wahal furent seulement observées par des chaînes de postes ; des détachements intermédiaires furent placés sur la ligne pour recevoir les postes forcés. Cinq districts de rassemblement furent formés depuis le canal de Pannerden, vers Arnheim, jusqu’a Vianen et Hanswich à la droite. Ces dispositions eussent été convenables pour défendre le passage d’un fleuve rapide, mais elles devenaient presque inutiles dans cette saison, où les glaces offraient partout des communications faciles pour les attaques de vive force. Ce n’était plus qu’une vaine démonstration incapable d’arrêter un ennemi déjà vainqueur de tant d’obstacles, et qui voulait mettre à profit les avantages qui lui étaient offerts.

    Le prince d’Orange avait établi son quartier-général à Gorcum, et le gros de l’armée hollandaise était cantonné aux environs de cette ville. La droite des Anglais était à Kuilenburg, et leur gauche s’appuyait au canal de Pannerden. Un corps de vingt-cinq mille Autrichiens, commandé par le feld-maréchal lieutenant Alvinzy, et à la solde de l’Angleterre, était en ligne depuis Arnheim jusqu’a Vesel.

    Toutes ces forces réunies, et que les généraux alliés avaient pris la précaution, contre leur habitude, de centraliser, auraient pu présenter aux Français une résistance difficile à vaincre, si ces derniers avaient attendu le printemps pour continuer leurs opérations. Mais, comme nous venons de le dire, dans un moment où les glaces facilitaient le passage de tous les fleuves, cette disposition centralisée des forces ennemies n’était plus, pour des troupes victorieuses, qu’un faible rideau incapable de résister à une attaque sérieuse. Les Français ne tardèrent point à démontrer cette vérité.

    L’une des causes qui pouvaient le plus engager le général Pichegru à poursuivre ses avantages, était le découragement dans lequel l’armée coalisée entière semblait être plongée.

    Le duc d’Yorck venait lui-même d’en donner le premier l’exemple. Tous ses efforts, depuis qu’il était venu sur le continent prendre part à la grande querelle de la révolution, n’avaient abouti qu’à des défaites rarement rachetées par quelques actions d’éclat.

    Vaincu dès son début dans la carrière militaire, au siège de Dunkerque, il n’avait assisté aux campagnes de 1793 et 1794 que pour être témoin de la défaite des troupes sous son commandement. Les derniers succès remportés par l’armée du Nord lui persuadèrent sans doute qu’il ne serait pas plus heureux en Hollande qu’en Flandre, et pour ne pas être encore une fois spectateur impuissant des nouveaux triomphes des Français, il prit tout-à-coup le parti d’abandonner son armée, et se rembarqua pour l’Angleterre au moment où Pichegru se préparait à porter de nouveaux coups aux ennemis de la république.

    Les Français républicains se sont beaucoup égayés, dans le temps, sur le compte du duc d’Yorck. Ils le dépeignaient comme incapable de diriger une armée, et cette opinion, répandue avec habileté parmi les troupes destinées à combattre contre lui, fut plus d’une fois pour les Français la cause d’une victoire. On bat facilement un ennemi qu’on méprise.

    D’un autre côté, les politiques, chargés de la direction de l’esprit républicain en France, affectaient de répandre le bruit que le duc d’Yorck avait du roi son père des instructions particulières, et que son concours dans la coalition était entièrement dénué de franchise.

    Les fautes militaires du prince servirent puissamment à appuyer ce sentiment. On rappelait qu’en 1793, il s’était comme séparé de la coalition, en allant, contre les intérêts de la cause qu’il prétendait servir, former le blocus de la ville et du port du Dunkerque. On supposait avec quelque raison que cette entreprise avait pour unique but l’intérêt personnel de son pays, et que les puissances coalisées ayant le dessein secret de se partager la France, le duc d’Yorck s’était hâté de trahir ce projet en cherchant à s’emparer de la Flandre, qu’on savait être l’objet d’une ardente convoitise pour l’Angleterre.

    Cette imprudente tentative du duc d’Yorck, et sa séparation plus imprudente encore d’avec le corps d’armée du prince de Cobourg, séparation qui avait fait remporter par les Français les deux glorieuses victoires de Hondtschoote et de Wattignies, avaient servi aux républicains à prouver aux royalistes que le but des puissances, en armant contre la commune patrie, n’était point le rétablissement des Bourbons sur le trône de leurs pères.

    Toutes ces différentes opinions, qui sont loin d’être prouvées aujourd’hui, mais qui alors étaient présentées avec toutes les apparences de la vérité, parvinrent plus d’une fois à paralyser les efforts des partisans de la monarchie daus l’intérieur. Plusieurs même de ces derniers s’enflammèrent d’un noble zèle ; et, persuadés qu’en effet, l’ambition des puissances était de faire subir à la France le sort humiliant de la Pologne, ils s’enrôlèrent dans les armées de la république, et jurèrent de défendre l’indépendance de la patrie, qu’ils croyaient menacée.

    Quoi qu’il en soit, le duc d’Yorck, en s’embarquant pour l’Angleterre, avait laissé le commandement de l’armée anglo-hanovrienne entre les mains du général hanovrien Walmoden. Le genéral Harcourt eut sous son ordre spécial les troupes anglaises. Walmoden conserva les positions que le prince avait fait prendre à ses troupes. Les alliés espéraient toujours que les Français n’oseraient point poursuivre le projet déjà annoncé de continuer la guerre pendant cette saison rigoureuse.

    Engourdis par le froid, accablés par les fatigues et les maladies, ils supposaient que leurs rivaux, habitués aux douceurs d’un climat si différent de celui du théâtre de la guerre, juraient encore moins qu’eux la patience et la force d’en supporter toute l’inclémence. Mais le Français, né dans le pays plus tempéré de l’Europe, est également propre à braver le froid et la chaleur ; ou plutôt l’activité de son âme et la grandeur de son courage donnent à son corps une énergie dont les autres peuples ne sont pas toujours capables.

    Pichegru, pour attaquer les alliés, n’attendait plus que de voir le Wahal suffisamment gelé vers Nimègue, où son cours, beaucoup plus rapide, l’avait empêché de prendre aussitôt que vers l’île de Bommel. Le général français avait reconnu l’impossibilité d’en effectuer le passage par son aile gauche. Ce mouvement, qui lui eût fait prêter le flanc au corps autrichien que commandait le général Alvinzy, pouvait placer son armée entre la mer et l’armée ennemie, et lui faire courir la chance d’une destruction totale en cas de défaite. Piehegru avait trop d’expérience pour s’exposer ainsi inutilement.

    Enfin l’époque tant désirée arriva une seconde fois, et le Wahal, devenu solide par les effets d’une gelée continue depuis plusieurs jours, fournit aux Français un chemin praticable pour marcher à l’ennemi.

    Le 9 janvier, la brigade Salm, ayant passé le fleuve vers Bommel, poussa des partis vers Metteren et Geldermalsem. La brigade du général Dewinther, de la division Souham, commandée, en l’absence de celui-ci par Macdonald, s’empara de Thiel, et poussa des reconnaissances jusqu’à la Linge.

    Le lendemain, 10 janvier, la droite des Français passa le Wahal sur plusieurs divisions, au-dessus de Nimègue. Les brigades des généraux Vandamme et Compère, de la division du général Moreau, passèrent à Millingen, et prirent position sur le canal de Pannerden. La brigade du général Jardon passa à Kokerdun-sur-Gante, et celle du général Reynier à Oise-sur-Bommel.

    Les succès qu’obtinrent ces quatre brigades donnèrent alors au général Macdonald la facilité de passer le fleuve à Nimègue, dans de petits bateaux, avec plusieurs compagnies de grenadiers. Il s’empara du fort de Knossembourg, que l’ennemi venait d’évacuer, et y prit une position provisoire.

    Les Anglais opposèrent une faible résistance à toutes les attaques des Français, et se hâtèrent d’abandonner tous leurs postes. La brigade autrichienne de Spock, disséminée en postes d’avertissement, fut repoussée sur Arnheim. La brigade française de Dewinther marcha de Thiel sur Elst, pour se joindre à celle du général Reynier.

    La réussite de ces différentes opérations partielles fut favorisée par une circonstance extraordinaire : le prince d’Orange, les généraux Walmoden et Alvinzy, s’étaient réunis en conseil de guerre le 7 janvier, et, regrettant d’avoir abandonné la ligne de la Linge, ils avaient résolu de la reprendre.

    Le général Abercrombie, chargé de cette opération, devait y employer un gros corps anglais et une division hesso-hanovrienne. Il était parti le 8, et déja plusieurs bataillons de la dernière division étaient revenus de Wick sur Buuren. Mais le corps d’Abercrombie ne parut pas, et l’on ignore encore le motif de son retard. Quelques auteurs l’ont attribué à trahison de sa part. Il faut plutôt en chercher la cause dans le désordre et la confusion qui régnaient alors dans l’armée anglaise. L’un et l’autre ne peut se comparer qu’à la crainte qu’inspirait alors à ces troupes la vue des baïonnettes françaises.

    Le général anglais reçut ordre de réparer ce contre-temps le 10. Déjà les généraux Dundas et Wurmp avaient marché sur Buuren, et poussé des reconnaissances sur Kapel et Avezaat. Abercrombie lui-même était en marche avec une forte colonne, lorsqu’il fut arrêté par la gauche de la division du général Macdonald, vers Linden. Le général ennemi comptait trouver sur ce point les postes hesso-hanovriens. Ne les ayant donc point rencontrés, et peu sûr de la valeur de ses troupes, il se retira sur Rheenen, poursuivi par les Français, et y repassa le Leck.

    Les généraux Dundas et Wurmb, qui se trouvaient encore Hollande le 10 au soir à Buuren, recurent l’ordre de repasser aussi le Leck pendant la nuit, et ils effectuèrent cette opération sans obstacle. Si les troupes de la division Souham eussent été plus rapprochées, les deux brigades ennemies, placées dans une position difficile, pouvaient être facilement enlevées. Mais le général français se borna à occuper toutes les lignes de la Linge.

    Ainsi, tandis que les brigades d’avant-garde autrichiennes, hanovriennes et hessoises étaient exposées, sur le canal de Pannerden, à tous les efforts de la droite de l’armée du Nord, le général Abercrombie s’était, par sa faute, trouvé engagé dans un faux mouvement contre la gauche. Les corps de Dundas et Wurmb, compromis, repassaient le Rhin à minuit, vers Renkun, et les deux tiers des forces alliées demeuraient tranquilles dans leurs cantonnements, derrière le Leck, vers Arnheim.

    Cependant, la partie du corps autrichien commandé par le général Alvinzy qui avait eu à soutenir les attaques des Français, avait montré plus de courage que les Anglais. Ils revinrent à la charge plusieurs fois, et toujours avec la même bravoure. Les Français avouèrent, dans leur rapport, que si les Autrichiens eussent été soutenus par les Anglais, l’opération terminée si heureusement eût été beaucoup plus difficile, et vivement disputée.

    Pendant ces combats partiels, les divisions Bonneau et Lemaire, formant l’extrême gauche, avaient mis à profit la gelée et la terreur des ennemis pour remporter de leur côté des avantages. Elles avaient enlevé les forts de Lœvestein et de Workum, au second confluent de la Meuse et du Wahal, de manière que Heusden se trouva investi et capitula.

    Les Français y firent leur entrée le 14 janvier, et trouvèrent dans la place soixante-quinze pièces de canon, cent cinquante milliers de poudre, de vastes amas d’armes de toute espèce, et un immense magasin de vivres et de fourrages.

     

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