• 11 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Le 11 janvier 1871 – La bataille du Mans dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-du-mans-150x150

    La bataille du Mans

    D’après « Précis de la guerre franco-allemande » – Colonel Fabre – 1875

     

    Le 1er janvier, le prince Frédéric-Charles avait reçu l’ordre de reprendre l’offensive contre la 2e armée de la Loire, en joignant à sa IIe armée, deux divisions de cavalerie et deux divisions d’infanterie du grand-duc. L’armée de Paris (IIIe armée) devait, avec une division laissée à Orléans par le prince, veiller aux abords de Paris, entre la Seine et la Loire.

    Le 6 janvier, quatre corps d’armée marchaient concentriquement vers l’Huisne : le Xe avec deux divisions de cavalerie (Ier et VIe) par Montoire, à la gauche ; le IIIe, par Azay ; le IXe partant de Freteval, à la droite du précédent ; enfin, le XIIIe avec la IVe de cavalerie, arrivant de Chartres et du Nord-Est, par Illiers et Brou.

    La saison, qui ne permettait pas de quitter les routes tracées, ne laissait guère à craindre, en revanche, les grands déplacements latéraux qui eussent pu être tentés par les Français, notamment contre ce dernier corps. C’étaient 80000 hommes environ, dont 15000 cavaliers et 318 canons, qui allaient assaillir l’armée française.

    Une partie de cette armée était, en ce moment, en opérations de reconnaissance dans le Perche, entre le Loir et la Sarthe.

    Dès le 6, le IIIe corps allemand rencontrait une vigoureuse résistance, entre Vendôme et Villiers, sur la berge droite du Loir, et ne gagnait Azay qu’avec de grands efforts et des pertes notables. Le Xe arrivait à Montoire après de légers combats aux Roches et à Lavardin, tandis que, dans le même moment, le duc Guillaume de Mecklembourg, laissé à Saint-Amand avec une division d’infanterie et une de cavalerie, était rejeté sur Ambloy et Huisseau, malheureusement dans la direction même que suivait le Xe corps.

    Le IXe était arrivé à Morée. Le XIIIe enfin, rencontrait à la Fourche, en avant de Nogent-le-Rotrou, une vive résistance. Il y a vingt lieues (sud-nord) de Saint-Amand à la Fourche, et c’est sur ce dernier point seulement qu’une concentration de forces aurait permis d’espérer un avantage décisif. Mais il n’eût été obtenu qu’au prix de l’abandon du Mans et de la séparation du corps de droite, opposé au gros des forces du Prince.

    Du côté des Français, le général de Curten, récemment arrivé de Poitiers, avait combattu à Saint-Amand ; le général de Jouffroy, avec le 16e corps, à Villiers ; à la Fourche, le général Rousseau, du 21e corps.

    Dès le 7, les corps ennemis se rapprochaient. Le grand-duc enlevait Nogent-le-Rotrou et s’avançait, la droite à l’Huisne, jusqu’au Theil et à Auttion. Le centre, malgré une vigoureuse résistance, atteignait Epuisay, le dépassait, et venait garnir la rive gauche de la Braye, de Sargé à Savigny, à dix lieues seulement d’Auttion. La gauche, retardée par l’échec de la veille, mais secourue, de Blois, par le général de Voight-Rheisz, était rentrée dans Ambloy et Saint-Amand, mais ne pouvait atteindre la Braye. La ligne allemande était à peu près droite de Montoire au Theil.

    Le 8, malgré les efforts que Chanzy prescrivait à tous les siens, le centre allemand arrivait à Saint-Calais, où s’établissait le prince. La gauche gagnait le Loir à la Chartre, au-dessous du confluent de la Braye. Le général de Curten luttait, à Villeporcher, Saint-Amand, Château-Renault, contre Voight-Rheizs. Mais cette lutte, très excentrique, était sans influence sur l’opération principale. Le grand-duc avait encore fait un pas en avant dans la vallée de l’Huisne et dépassait la Ferté-Bernard. Ainsi le cercle se resserrait autour du Mans. Une tentative de la IVe de cavalerie pour pousser vers Alençon, avait été arrêtée à Bellesme.

    Le froid, très adouci le 7, avait repris le 8. Le 9, la neige tombait en abondance. Ce jour-là, la droite allemande avait l’ordre de rejoindre le reste de l’armée à Saint-Mars, au confluent de l’Huisne et du ruisseau du Narais. Le prince s’établit à Bouloire : il n’est plus qu’à huit lieues du Mans. Cependant, à sa gauche, le Xe corps, qui devait pousser jusqu’à Parigné-l’Évêque, forcé de combattre à Chahaignes, puis à Brives, a dû s’arrêter à ce village. A sa droite, le général de Voyna est arrêté à Vancé par le corps de Jouffroy. Le XIIIe corps, enfin, ne gagne Connerré-Torrigné qu’en combattant sans relâche contre le général Jaurès.

    Ainsi, à chaque pas, la résistance devient plus vive. Mais on sent trop la différence d’aptitude à manœuvrer des deux armées. Les efforts des Français, héroïques sur beaucoup de points, n’offrent pas l’unité de ceux des Allemands, et il arrive souvent qu’une défaillance isolée entraîne un échec pour l’armée entière.

    Les IIIe, IXe, XIIIe corps, continuèrent leur mouvement le 10. Arrêtés partout, rencontrant, à Saint-Mars, Champagné, Changé-Parigné, une résistance vigoureuse, ils ne purent dépasser ces points et s’arrêtèrent à une lieue du Mans. Le plateau d’Aujour fut même repris par un héroïque retour offensif des zouaves pontificaux du 17e corps, conduit par le général Gougeard, et la XVIIe division fut repoussée à Montfort, dans une tentative pour franchir l’Huisne à Pont-de-Gesnes.

    Le 11, la lutte eut à peu près le même caractère. Mais, le Xe corps, en retard jusque-là, arriva, le soir, à l’extrême gauche. Son apparition aux Mortes-Aures, puis à la Tuilerie, gardées par les mobilisés de Bretagne armés de mauvais fusils, mal approvisionnés, décida la retraite. Vainement l’amiral Jauréguiberry tenta de reprendre la Tuilerie. Ses troupes étaient à bout de forces et l’armée française allait être débordée par sa droite.

    Il fallut se résigner à la retraite.

     

    D’après « La Guerre en province pendant le siège de Paris, 1870-1871 » – Charles de Freycinet – 1871

     

    La capitale semblait se renfermer dans une inaction relative qui laissait à l’ennemi la disponibilité de toutes ses forces. Depuis l’héroïque et malheureuse tentative du 30 novembre et les rudes combats qui suivirent, aucune opération considérable n’avait été entamée. Des engagements brillants, sans doute, avaient eu lieu du 20 au 21 décembre, mais ils avaient été bientôt suspendus à cause du froid.

    On n’entendait parler d’aucun de ces grands projets comme le mois de novembre en avait vu naître, et comme il en aurait fallu maintenant, pour retenir autour de Paris les forces qui s’en allaient journellement grossir les armées opposées aux généraux Chanzy, Bourbaki et Faidherbe. Les effectifs détachés de l’armée de siège furent tels, un moment, qu’on évalue à moins de 200000 hommes le chiffre des troupes laissées, à la fin de décembre, devant Paris.

    C’est à cette même époque et afin de mieux tromper les assiégés, que l’ennemi, dissimulant sa faiblesse réelle par un redoublement de feux d’artillerie, procéda au bombardement de la ville. Cette démonstration barbare avait moins pour but d’impressionner une population qu’il savait être au-dessus de la crainte, que de masquer l’éloignement des corps qui allaient au secours du prince Charles, de Werder et de Manteuffel. En vain la délégation de Bordeaux, qui connaissait cette situation, adjura-t-elle le gouvernement de Paris de tenter une puissante diversion. Des motifs s’y sont constamment opposés.

    L’armée du prince Charles, notamment, reçut de très gros renforts. De quatre-vingt-dix mille hommes, chiffre auquel elle était descendue après la retraite du général Chanzy, elle s’était relevée, y compris les forces du duc de Mecklembourg, à cent quatre-vingt mille hommes. En déduisant les garnisons laissées à Blois, Orléans, Montargis, on peut admettre que le prince Charles disposait pour l’attaque de cent cinquante mille hommes.

    Il résolut de les employer à s’emparer du Mans. Cette position était bien faite pour le tenter. Outre qu’elle a une valeur stratégique réelle, elle se trouvait, depuis l’investissement de Paris, le noeud de toutes nos communications entre l’ouest, le nord et le midi de la France. Le général Chanzy, de son côté, l’avait bien compris ainsi, car il s’était appliqué à la fortifier et avait admirablement disposé dans ce but une partie de son artillerie.

    Dès les 7 et 8 janvier, on put se douter, à la résistance que rencontraient les généraux de Curten et Jouffroy, que la situation se modifiait et qu’on n’avait plus affaire seulement à des corps détachés. Le 7, des forces jugées très importantes avaient attaqué les avant-postes français dans les environs de Vendôme et les avaient obligés à reculer.

    Le lendemain, la colonne établie à Château-Benaud fut violemment pressée sur toute la ligne de Saint-Cyr du Gault à Authon et ne put conserver ce dernier village. En même temps, un engagement assez vif avait lieu dans la direction de Nogent, près du Theil, à la suite duquel le général Rousseau s’était replié précipitamment. Tout présageait donc une allaque générale.

    Elle commença dans la journée du 10. L’ennemi avançait sur deux colonnes, la principale dans la direction de Saint-Calais, commandée par le prince Charles en personne, la seconde, dans la direction de la Ferté-Bernard, sur la rive gauche de l’Huisnes, commandée par le duc de Mecklembourg.

    Les jours précédents, des démonstrations avaient eu lieu aux environs de Bellème, pour engager le général Chanzy à renforcer sa gauche et à affaiblir ainsi son centre, sur lequel devait porter le plus grand effort de l’ennemi. En même temps, le prince Charles, par une manoeuvre heureuse et rapide, avait lancé des troupes le long du Loir, dans la direction de Château-du-Loir, de manière à séparer définitivement les généraux Jouffroy, de Curten et Cléret, du gros de l’armée, qui se trouva ainsi privée de 15 ou 18000 combattants aguerris.

    Par une coïncidence fâcheuse, à ce moment, le général Chanzy était souffrant. On ne saurait douter que cette circonstance n’ait exercé sur les événements une certaine influence. Néanmoins, il supporta ce premier choc avec succès. L’action dura jusqu’à la nuit close. Elle fut des plus vives à Montfort, Champagne, Parigné-l’Évêque, Jupilles, Changé. Sur ce dernier point, la brigade Ribel, après une vigoureuse résistance de plus de six heures, dut abandonner le village. Les pertes furent sensibles, mais celles de l’ennemi le furent davantage, de l’aveu des prisonniers. Dans une brigade prussienne, le général Ruthmaler fut blessé, le major, l’adjudant de brigade et plusieurs officiers furent tués.

    Le général Chanzy, en annonçant ces nouvelles, ajouta qu’il s’attendait à une attaque plus forte le lendemain, et qu’en prévision, afin de consolider la résistance, il avait fait retirer les troupes sur les positions définitives qui d’avance leur avaient été assignées.

    Le lendemain en effet, l’attaque eut lieu, avec une violence extraordinaire. Une seule division, la division Colin, du 21e corps, eut près de quatre mille hommes hors de combat dans les deux jours, mais son héroïsme conserva la ligne de Montfort à Lombron et à Parigné. Au total, la journée, sauf sur un point, parut satisfaisante.

    La dépêche du général en chef disait : « Nous avons eu aujourd’hui la bataille du Mans. L’ennemi nous a attaqués sur toute la ligne. Le général Jauréguiberry s’est solidement maintenu sur la rive droite de l’Huisnes ; le général de Colomb s’est battu pendant 6 heures avec acharnement sur le plateau d’Auvours. Le général Gougeard, qui a eu son cheval percé de six balles, a montré la plus grande vigueur, et les troupes de Bretagne ont puissamment contribué à conserver cette position importante. J’ai annoncé au général Gougeard qu’il était commandeur.
    Au dessous de Changé et sur la route de Parigné-1′Évêque, nous nous sommes maintenus malgré les efforts de l’ennemi. Nous couchons sur toutes nos positions, moins la Tuilerie, abandonnée devant un retour offensif tenté à la tombée de la nuit par l’ennemi.
    Nous avons fait des prisonniers dont j’ignore le nombre. Ils évaluent les forces prussiennes engagées ou en réserve, à 180000 hommes.
    Le combat n’a cessé qu’après la nuit venue. Je sais que deux de nos colonels sont grièvement blessés. Je crois à des pertes sensibles, mais j’espère en avoir infligé de cruelles à l’ennemi ».

    La perte de la Tuilerie était malheureusement plus grave que le général ne l’avait cru tout d’abord. Les troupes qui l’occupaient, non seulement l’avaient abandonnée, mais s’étaient en même temps débandées, en entraînant avec elles les postes voisins. En sorte que la ligne française se trouvait entièrement ouverte, pouvant désormais être tournée par l’ennemi.

    Vainement le général essaya de la reconquérir à la pointe du jour ; il n’y put parvenir. Pendant la nuit, des conséquences bien pires encore et tout à fait inattendues, s’étaient déroulées avec une effrayante rapidité. Les troupes qui avaient lâché pied propageaient la panique jusque dans le Mans. Plusieurs positions furent ainsi successivement abandonnées et le désordre commença à se faire sentir dans la ville. Il atteignit bientôt des proportions considérables.

    En présence de cette démoralisation et surtout après l’insuccès de la tentative faite pour reprendre la Tuilerie, le général Chanzy convoqua ses chefs de corps. La retraite fut unanimement reconnue inévitable. Elle commença, aussitôt, et, en quelques instants, le nombre des fuyards fut immense.

    « Plus de cinquante mille encombrent les routes », écrivait le général. Une partie des 16e et 17e corps, et tous les mobilisés du camp de Conlie s’étaient dispersés.

    Seul le 21e corps ne se laissa pas entamer et soutint la retraite avec une solidité admirable. Le général Jaurès qui le commandait, déploya dans ces journées difficiles des qualités peu communes. Déjà il s’était distingué à la retraite de Josnes ; il se distingua plus encore à celle du Mans. Il supporta seul, pendant deux journées, tout l’effort du duc de Mecklembourg, et grâce à sa résistance, l’armée put être sauvée.

    « C’est des trois corps d’armée, le 21e qui a de beaucoup le mieux tenu, manda le général Chanzy. Cela est dû à l’énergie du général Jaurès ».

    Aussi mérita-t-il d’être élevé, par une mesure exceptionnelle, au rang de général de division dans l’armée de terre, d’après un décret du 16 janvier.

    Les deux circonstances qui paraissent avoir plus particulièrement contribué à la défaite, sont :
    - d’une part, l’isolement dans lequel ont été tenues les colonnes des généraux Curten et Jouffroy, constamment engagées avec l’ennemi et qui à un certain moment se sont trouvées séparées de l’armée ;
    - d’autre part et surtout l’insuffisance des forces affectées à la position de la Tuilerie. La qualité des troupes auxquelles cette clef du Mans était confiée, n’était pas, assure-t-on, en rapport avec leur mission. Ce sont là des points techniques sur lesquels le général Chanzy ne manquera pas de fournir des explications satisfaisantes.

    Le général dirigea cette retraite avec le sang-froid qu’il avait montré à Josnes. Son intention avait été d’abord de se diriger sur Alençon, afin de pouvoir reprendre plus aisément la route de Paris.

    Mais le ministre l’en détourna, craignant de découvrir ainsi l’ouest et le midi de la France, sans se réserver des chances suffisantes pour une marche sur Paris, dans laquelle on risquerait de rencontrer toute l’armée du prince Charles. Celle-ci, en effet, parcourant du Mans à Dreux ou à Mantes une corde dont l’armée française elle-même aurait parcouru l’arc, aurait dû la gagner de vitesse.

    Le général Chanzy se porta en conséquence sur Laval, par Sillé-le-Guillaume.

     

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