• 11 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 10 janvier 1812 – La prise de Valence dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-prise-de-valence-150x150

     

    La prise de Valence

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français » – Charles Théodore Beauvais – 1820

     

    Par la prise des camps retranchés, les divisions espagnoles des généraux Freyre et Bassecourt, postées à Requena, se trouvèrent coupées de Valence. Un bon nombre de prisonniers, deux drapeaux, trente pièces de canon, cent caissons ou voitures de bagages, étaient en outre les résultats, dont l’infanterie italienne avait fait en très grande partie les frais, et où elle avait signalé une valeur exemplaire. Les colonels Barbieri et Perpi, le capitaine du génie Ordinari, tués sur le champ de bataille en combattant à la tête de leurs braves compatriotes, excitèrent vivement les regrets du général en chef et de toute l’armée.

    Après ce grand mouvement, l’avant-garde, aux ordres du général Delort, formée de la presque totalité de la cavalerie, et flanquée par huit compagnies de grenadiers et voltigeurs, balaya tous les postes de cavalerie établis sur la rive gauche du Xucar. Elle leur fit beaucoup de prisonniers, et contraignit les divisions Obispo et Mahi à abandonner promptement Alcira, petite ville armée de quelques pièces de canon, et qui, par sa situation dans une île formée par le Xucar, pouvait devenir pour ces troupes ennemies une excellente position défensive.

    Les habitants d’Alcira intimidés d’un côté par la marche extrêmement rapide de l’armée d’Aragon, qui ne laissait a l’armée ennemie aucun moment de répit, et rassurés de l’autre par la discipline observée par les Français, réparèrent eux-mêmes le pont que l’ennemi avait coupé, et accueillirent les troupes du général Delort avec un empressement qui semblait le gage d’une prochaine et complète réconciliation.

    Le même jour, le général Delort nettoya entièrement la rive gauche du Xucar jusqu’à son embouchure, en envoyant deux escadrons et deux compagnies de voltigeurs sur Cullera. Alcira fut mis bientôt à l’abri d’un coup de main. Pendant qu’on fortifiait cette ville, qui offrait à l’armée française un point d’appui essentiel, des députés de la ville de San-Felipe, une des plus considérables de la province, vinrent protester au général Delort de leur obéissance, et montrèrent des sentiments pleins de bienveillance. Le général entra dans cette ville aux acclamations de toute la population, qui s’élevait à plus de vingt mille âmes.

    L’avant-garde devait cet accueil favorable, soit à la bonne renommée qui précédait l’armée d’Aragon, et qui était le digne prix de sa conduite, soit au souvenir de l’exemple terrible exercé contre cette cité, un siècle auparavant, dans la première guerre qui assura à un prince français le trône des Espagnes. On sait que, pour avoir opposé au vainqueur une téméraire et longue résistance après la brillante victoire d’Almanza, cette ville fut saccagée et détruite de fond en comble : on sait encore qu’existant alors sous la dénomination de Xativa, elle fut recréée sous celle de San-Felipe.

    Quels que soient les motifs qui déterminèrent ses habitants dans cette dernière circonstance, toujours est-il vrai que cette belle et riante cité, connue dans l’antiquité sous le nom de Setubis, ne démentit jamais ses sentiments de bienveillance, nous dirons même de prédilection, pour les Français. La conduite des troupes d’avant-garde, signalée par la modération, les égards, le respect des personnes et des choses, accrut et fortifia d’une manière imperturbable les premières dispositions des habitants.

    Cette affection des habitants de San-Felipe fut tellement vraie, dès le premier abord, que l’avant-garde, ainsi détachée à plus de quinze lieues du gros de l’armée pendant le siége de Valence, et ayant devant elle les divisions Obispo et Mahi qui se ralliaient entre Alcoy et Xixona, ne quitta point, dans une position aussi aventurée, une ville ouverte de toutes parts.

    Les habitants avertissaient eux-mêmes exactement le général français des mouvements militaires qui s’opéraient autour de lui, et chaque fois qu’il poussait des reconnaissances dans les villages environnants, ses détachements étaient accueillis partout avec une cordialité qui semblait mettre la troupe à l’abri de tout événement fâcheux.

    Une bienveillance aussi générale était excitée par l’exacte discipline que les chefs maintenaient chez leurs soldats. Un voltigeur, ayant dérobé dans une chapelle près d’un bivouac une mince couronne d’argent posée sur la tête d’une statue de la SainteVierge, fut livré à un conseil de guerre spécial, condamné à la peine capitale, et fusillé sur-le-champ. Ce seul exemple suffit pour contenir les soldats, et pour inspirer aux habitants la plus entière sécurité.

    Cependant l’armée assiégeante s’approchait de la nouvelle enceinte de Valence. Cette enceinte présentait un développement de plus de six cents toises, et s’appuyait d’un côté à la citadelle, et de l’autre au fort Olivetto, touchant ainsi au Guadalaviar par ses deux extrémités.

    Outrequ’elle était hérissée de canons, un fossé profond et rempli d’eau l’environnait de toutes parts. Les ouvrages extérieurs constituaient proprement la défense de Valence : les murs simples de la vieille enceinte, pas plus élevés que ceux d’un jardin de moines, ne pouvaient arrêter longtemps les troupes françaises, à moins que, comme à Saragosse, les habitants ne prissent la résolution de convertir chaque maison en forteresse, pour obliger les assaillants à autant de siéges.

    Mais un événement vint bientôt rassurer le maréchal Suchet contre la crainte d’une résistance si opiniâtre, et lui démontrer que la constance des assiégés n’était point entièrement à l’épreuve des derniers revers qu’ils avaient tout récemment essuyés.

    Le général Blacke tenta, dans la nuit du 29 au 30 décembre, de sortir de Valence, à la tête de douze mille hommes, et de se faire jour à travers les postes français pour gagner rapidement les montagnes. Le premier régiment de la Vistule, chargé d’observer le pont du Guadalaviar en face de Campanar, se porta rapidement sur le point menacé, arrêta l’ennemi, et le rejeta dans l’enceinte de la ville.

    Quatre cents hommes à peu près, réussirent à s’échapper à la faveur d’une nuit profondément obscure. Un nombre égal d’Espagnols avaient été tués ou noyés dans les canaux. Cette tentative malheureuse influa tellement sur les dispositions des troupes ennemies, que, dans l’espace de quatre jours, plus de quinze cents déserteurs traversèrent les avant-postes français.

    Cette défection subite et extraordinaire était le garant que la conquête de Valence coûterait désormais peu cher au vainqueur de Tarragone et de Sagonte. Son activité hâtait le succès de cette opération décisive.

    La place fut resserrée encore de plus près par les avant-postes français, dans la nuit du 30au 31 décembre. L’ennemi voulut tenter, avec deux mille hommes et deux pièces de canon, de reprendre ses positions. Un seul bataillon du premier régiment de ligne italien, envoyé par le général Severoli, aborda franchement les Espagnols, sous un feu de mitraille des plus vifs, et les refoula à l’instant dans leurs retranchements.

    Enfin la tranchée fut ouverte, dans la nuit du 1er au 2 janvier 1812, sous le commandement du général Pannetier, à quatre-vingts toises des ouvrages de San-Vicente d’Olivetto.

    Une perte bien fâcheuse pour l’armée devait marquer le succès de cette dernière attaque : le colonel Henri, du génie, y fut atteint d’un coup mortel, et sa mort causa une affliction générale dans toutes les troupes de l’armée d’Aragon. Cet officier supérieur, qui depuis deux ans avait été chef d’attaque à sept siéges différents, possédait de rares qualités, une activité que sa bravoure seule pouvait égaler, et des talents qui le rendaient bien précieux à l’arme du génie. Le maréchal Suchet ne se borna pas à honorer la mémoire de cet excellent ingénieur par l’expression des plus vifs regrets. Il appela sur sa famille désolée, les bontés du chef de l’état. Un décret impérial rendit réversibles au fils de l’intrépide colonel, le titre de baron et une dotation de quatre mille francs, qu’il avait déjà obtenus et mérités par d’anciens services.

    En poussant ses travaux avec la dernière activité depuis le 2 jusqu’au 5 janvier au matin, l’artillerie parvint à établir cinq batteries, et à en armer deux à soixante toises des ouvrages, tandis que le génie, rivalisant de zèle, s’avançait à quinze toises du fossé.

    L’ennemi, effrayé de la promptitude de ce travail, non moins que de la défection extraordinaire dont nous avons déjà parlé, évacua subitement toutes les fortifications de l’enceinte extérieure. Le lendemain, au point du jour, trois cents grenadiers italiens, commandés par le colonel Beloti, escaladèrent le fort d’Olivetto, pendant que les généraux Montmarie et Palombini enlevaient, le premier, le faubourg de San-Vicente, le second, le faubourg de Quarte. Tous deux rejetèrent l’ennemi jusque dans la vieille enceinte de Valence.

    Les Espagnols n’opposaient plus qu’une faible résistance : ils avaient abandonné sans grande perte ces ouvrages extérieurs si redoutables, garnis de quatre-vingt-une pièces d’artillerie, et qui étaient le résultat d’un travail pénible et continu de trois années.

    Un bombardement de vingt-quatre heures suivit de près la prise des ouvrages avancés. Ce feu produisit des effets terribles. Des maisons s’écroulèrent de toutes parts sous le poids des bombes et des obus. Les plus beaux édifices, et notamment le palais de l’archevêque de Valence, qui renfermait l’une des plus riches bibliothèques des Espagnes, devinrent la proie des flammes. Bon nombre d’habitants furent tués ou mutilés. Les hôpitaux étaient encombrés de morts et de mourants. Cette grande cité, renfermant une population de cent cinquante mille âmes, bouleversée d’ailleurs par l’anarchie et les plus affreux désordres, retentissait des cris du désespoir.

    Le maréchal Suchet, touché de tant de calamités, et voulant prévenir toutes les horreurs d’un assaut dans une ville si riche et si populeuse, oublia avec quel dédain le général espagnol avait reçu ses premières propositions.

    Cédant à un sentiment généreux et au désir de ne pas renouveler l’effroyable boucherie deTarragone, il fit cesser le feu, et, le 6 janvier au matin, il transmit à Blacke, par le colonel Meyer, son premier aide-de-camp, une lettre conçue en ces termes :

    « Monsieur le général, les lois de la guerre assignent un terme aux malheurs des peuples. Ce terme est arrivé aujourd’hui : l’armée française est à dix toises du corps de votre place. Dans quelques heures, plusieurs brèches peuvent être ouvertes, et dès lors, un assaut général doit précipiter dans Valence des colonnes françaises.
    Si vous attendez ce terrible moment, il ne sera plus en mon pouvoir d’arrêter la fureur du soldat, et vous seul répondrez devant Dieu et devant les hommes des maux qui accableront Valence.
    Le désir d’épargner la ruine totale d’une grande ville me détermine à vous offrir une capitulation honorable. Je m’engage à conserver aux officiers leurs équipages, à faire respecter la propriété des habitants. Je n’ai pas besoin de dire que la religion que nous professons sera révérée. J’attends votre réponse dans deux heures et vous salue avec une haute considération ».

    La raison, l’humanité, l’impossibilité démontrée d’une plus longue résistance, faisaient un devoir au général Blacke d’accepter les propositions du maréchal. Mais on dit que, soumis aux décisions d’une junte fanatique, composée de cinq moines de l’ordre de Saint-François et de deux bouchers, influencé d’ailleurs par les vociférations de la vile populace qui avait massacré tant de Français en 1808, le général espagnol n’osa se résoudre au seul parti qui lui restait à prendre.

    Le colonel Meyer ne fut admis ni dans la ville, ni au quartier-général ennemi. Blacke envoya cependant vers midi, au maréchal Suchet, la réponse suivante :

    « Monsieur le général, j’ai reçu après midi la lettre de V. Ex. : peut-être hier, avant midi, aurais-je consenti à changer la position de mon armée, en évacuant cette ville pour éviter aux habitants les inconvénients et les malheurs d’un bombardement. Mais les premières vingt-quatre heures que V. Ex. a employées à l’incendier, m’ont fait connaître combien je peux compter sur la constance de ce peuple, et sa résignation à tous les sacrifices qui seront nécessaires pour que l’armée soutienne l’honneur du nom espagnol. Que V. Ex. continue donc ses opérations, et quant à la responsabilité devant Dieu et devant les hommes des malheurs qu’occasione la défense d’une place, et de tous ceux que la guerre entraîne, elle ne retombera jamais sur moi. Joachim Blacke ».

    Toutefois, ce refus de capituler ne pouvait être prolongé que de quelques jours. Le bombardement continua d’exercer d’horribles ravages, et d’immenses brèches furent ouvertes, sur plusieurs points, au mur d’enceinte de la ville. Il fallut bien fléchir sous la nécessité.

    Au moment même où la ville allait être livrée au pillage, au carnage, aux flammes, enfin à toutes les horreurs d’un assaut, Blacke consentit, le 10, à la remettre au pouvoir de l’armée d’Aragon, avec toute son artillerie, de vastes magasins, et d’immenses munitions de bouche et de guerre.

    Par la capitulation, le général espagnol jouit du triste honneur de défiler devant son vainqueur, avec les honneurs de la guerre, à la tête de ses troupes, qui, après cette vaine marque de considération, peu propre à consoler et de tant de revers et de la perte du bien le plus précieux (la liberté), déposèrent leurs armes, et furent dirigées le même jour, comme prisonniers de guerre, vers les frontières de la France.

    Cette armée, composée de l’élite des troupes espagnoles dans les provinces orientales et du midi, s’élevait, déduction faite d’un grand nombre de soldats restés dans les hôpitaux par blessures ou maladies, à plus de seize mille hommes. Parmi les généraux prisonniers de guerre qui la commandaient, on remarquait les maréchaux-de-camp Charles O’Donnell, Zayas, Lardizabal et Velasco, dont l’Espagne appréciait la valeur et les talents militaires, et qui semblaient emporter avec eux, au moins dans cette partie de la péninsule, la dernière espérance des insurgés.

    Le maréchal imposa à la ville et au royaume de Valence une contribution de deux cent millions de réaux (50000000 f.) et de quatre cents mulets harnachés complètement pour le service de l’artillerie.

    Il fit arrêter et conduire en France quinze moines dont l’éloignement était absolument nécessaire au maintien de la tranquillité publique, en même temps qu’une commission militaire condamnait à mort et faisait fusiller sur la place publique, en expiation de leurs crimes, les misérables sicaires qui avaient si lâchement égorgé les Français au commencement de l’insurrection générale.

    Le vainqueur borna sa vengeance au supplice de ce petit nombre de scélérats : la grande majorité des habitants, composée d’hommes de bien et qui, loin de prendre part aux assassinats, en avaient été révoltés, applaudit en quelque sorte, à la juste sévérité du maréchal.

    Les citoyens paisibles furent mis sous la protection des autorités militaires. L’ordre et la confiance se rétablirent, et là, comme ailleurs, le chef de l’armée d’Aragon affermit par sa prudence ce qu’il avait conquis par sa valeur et celle de ses troupes.

    Le commandement de Valence fut d’abord confié au général Robert, qui montra, dans des conjonctures difficiles et dans des fonctions épineuses, ce que l’on ne voit pas toujours réuni dans le guerrier , la plus haute valeur et un rare talent pour l’administration et le gouvernement d’une ville capitale. Mais sa santé, délabrée par les excessives fatigues d’un commandement de guerre très actif, ne lui ayant pas permis d’exercer longtemps cet emploi, le maréchal choisit pour le remplacer le général italien, Mazzuchelli, qui ne parut, sous aucun rapport, indigne de son prédécesseur.

     

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