• 9 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 9 janvier 1871 – La bataille de Villersexel dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-villersexel-150x150

    La bataille de Villersexel

    D’après « La Guerre en province pendant le siège de Paris » – Charles de Freycinet – 1871

     

    La campagne de l’Est s’ouvrit sous de fâcheux auspices. Néanmoins les opérations furent entreprises avec résolution et beaucoup de bonne volonté.

    Le 27 décembre, nos troupes commencèrent à affluer, par le chemin de fer, à Châlon et à Chagny. Les Prussiens, s’apercevant alors pour la première fois de notre mouvement, évacuèrent précipitamment Dijon, où le général Cremer entra derrière- eux. De là, ce chef de corps se porta sur Gray. Mais le 2, il fut rappelé à Dijon, devant une menace des Prussiens dans la direction de Montbard. Le général Garibaldi, qui aurait dû, à ce moment, se trouver à portée pour défendre la ville, avait prolongé son séjour à Autun, par suite d’un malentendu entre lui et le quartier général.

    Ce malencontreux incident obligea le général Cremer à retarder son mouvement sur Gray et Vesoul, et il ne put quitter définitivement Dijon que le 8 janvier.

    Pendant ce temps, le général Bourbaki continuait à recevoir ses troupes et à les concentrer sur Dôle, Dampierre, Besançon pour, de là, les mettre en marche par voie de terre. Lui-même se transporta successivement à Châlon, Dôle, Besançon, où il se tenait en dernier lieu, et il présidait à cette concentration qui s’effectua avec une extrême lenteur.

    Ce n’est que le 5 janvier, c’est-à-dire quinze jours après le premier départ de Bourges, que les divers corps d’armée purent quitter leurs positions et entamer les opérations proprement dites. Encore même le 15e corps était-il bien loin d’être au complet ; une portion notable se trouvait échelonnée sur la route.

    L’armée de l’Est se composa définitivement de 4 corps d’armée, les 15e, 18e, 20e et 24e, de la division Cremer forte de 15000 hommes (remplacée au 24e corps par des troupes empruntées à la garnison de Besançon) et d’une réserve spéciale de 8 à 9000 hommes formée avec quelques bataillons d’élite et commandée par le capitaine de vaisseau Pallu de la Barrière. Chacun de ces six corps ou détachements relevait directement du général Bourbaki.

    Leur ensemble représentait environ cent quarante mille hommes et 400 bouches à feu de tout calibre. Celles-ci étaient principalement des pièces de 4 ; mais on y comptait aussi 7 batteries de 12, 6 batteries d’obusiers de montagne et plusieurs batteries de mitrailleuses. La division Cremer possédait une batterie de canons Armstrong, du calibre de 9, la seule qu’il y eût dans l’armée.

    En outre de ces forces, le corps du général Garibaldi, qui ne comptait actuellement que de 13 à 14000 hommes et 6 batteries, mais que des renforts devaient prochainement porter à plus de 40000 hommes et à 90 pièces, avait mission de coopérer avec l’armée de l’Est. Pour le moment, ce corps occupait Dijon, qu’il allait fortifier, et protégeait par ses éclaireurs la gauche de l’armée entre Dijon et Gray, en même temps qu’il gardait la ligne ferrée, base si indispensable de ravitaillement.

    Au delà du point où l’armée quittait le chemin de fer, aucune direction spéciale ne lui avait été tracée. Le général en chef devait y pourvoir lui-même et faire connaître chaque soir à l’administration les ordres de mouvement du lendemain avec ses vues ultérieures. On avait seulement indiqué, comme résultat probable, alors que rien ne faisait prévoir les contre-temps de la marche, la levée du siége de Belfort. Mais cette perspective allait se trouver gravement compromise par suite même du retard de l’armée, à faire son apparition dans ces parages. Quoi qu’il en soit, le général en chef se disposa à y tendre de son mieux et, avant de quitter Besançon, il arrêta ses plans en conséquence.

    A la suite des conseils qui furent tenus dans cette ville et où le colonel de Bigot, chef de l’état-major de la place, prit, assure-t-on, une part distinguée, le général en chef fit connaître qu’il se portait sur Vesoul, où les troupes ennemies venues de Dijon et de Gray s’étaient concentrées.

    Il se proposait de les déloger de cette nouvelle position en s’emparant de Villersexel et d’Esprels, et de les couper de leurs communications avec Belfort. Après avoir ainsi dispersé l’armée du général Werder, il se rabattrait sur sa droite et viendrait menacer le général Treskow qui assiégeait Belfort à la tête de 30 à 35000 hommes. Les 18e, 20e et 24e corps agiraient de concert, tandis que la division Cremer, partant de Dijon, marcherait sur Vesoul par Gray et prendrait ainsi l’ennemi par derrière. Quant au 15e corps, son rôle ne devait commencer que plus tard.

    On peut avoir des doutes sur l’opportunité de la manœuvre prescrite au général Cremer. Assurément sa coopération n’était pas sans utilité, surtout pour la suite. Mais son rôle eût été probablement plus efficace si on l’avait dirigé sur Langres.

    D’abord, au moment présent, son concours à Vesoul n’était pas indispensable, puisque le général Bourbaki, avec ses 3 corps et sa réserve, disposait de près de 80000 hommes, tandis que de Werder n’en avait pas 35000.

    D’un autre côté, à Langres, il est supposable que, sous l’abri d’une telle place forte et lui empruntant au besoin quelques milliers d’hommes, le général Cremer aurait pu, avec la mobilité et l’audace qui le caractérisaient, battre la contrée dans tous les sens et entraver la marche des détachements qui, venus d’Orléans ou de Paris, cherchaient à grossir les armées de l’Est.

    C’eût été, pour le général Bourbaki, un soulagement réel que de se sentir ainsi couvert sur sa gauche, car la seule présence du général Garibaldi à Dijon ne pouvait pas lui donner une sécurité complète à cet égard. Les troupes dont disposait ce chef de partisans pouvaient suffire à éclairer le pays, mais non à arrêter effectivement les corps ennemis descendant sur Gray ou Pontaillier. Au contraire, le général Cremer, manœuvrant avec 20000 hommes entre Gray et Langres et donnant la main à Garibaldi, aurait sans doute barré le passage aux ennemis.

    Tel était l’avis de l’administration de la guerre qui, dans deux dépêches successives du 6 janvier, donna des indications dans ce sens au général Bourbaki. Mais celui-ci, préférant grouper toutes ses forces autour de lui, maintint pour le général Cremer la marche sur Vesoul.

    Dans les conseils tenus à Besançon, le colonel de Bigot proposa, paraît-il, un plan sensiblement différent de celui qui a été suivi, et dont l’idée essentielle était de marcher tout droit sur Belfort. Ce plan est résumé de la manière suivante par le correspondant anglais de L’Evening standard, attaché à l’état-major du général Cremer :

    Le 20e et le 24e corps, partant de Besançon, remonteraient le long de la rive gauche du Doubs. Le 24e corps, formant la droite, passerait par Blamont, et les deux traverseraient la rivière, près d’Audincourt, de manière à déboucher dans la plaine dite de Belfort. Par ce moyen, ils prendraient les positions des Prussiens à Montbéliard et à Héricourt par derrière, tandis que le Doubs et le canal du Rhône au Rhin serviraient de ligne de ravitaillement, et, en même temps, couvriraient l’armée contre une attaque de flanc. En cas d’insuccès, les mêmes routes, qui étaient non seulement nombreuses, mais excellentes, et, nonobstant la gelée et la neige, parfaitement praticables, serviraient de lignes de retraite sur Besançon et Lons-le-Saulnier, dans la direction de Bourg et de Lyon.

    Le 15e corps, formant la réserve générale de l’armée, devait avancer par la route « impériale » sur la rive droite du Doubs, par Baume-les-Dames, Fontaine, et de Geney à Arcey, Sainte-Marie, Saint-Julien et Saint-Chenans.

    Le 18e corps prendrait la route à travers Rougemont, Villersexel, puis à droite de Saint-Ferjeux au Vernois. Sa droite marcherait par Aibre et Verlans directement sur Héricourt, tandis que sa gauche tournerait cette position et attaquerait Chagey par la route qui passe par Champay et le bois d’Apremont, en longeant la ville à l’ouest et opérant là sa jonction avec la division Cremer. Celle-ci serait arrivée de Dijon, par Vesoul, Lure, Ronchamp et Champagny, sur les derrières de Frahier, prenant Chenebier et Mandrevillars à revers.

    Le grand avantage de ces dispositions eût été de ne pas encombrer les routes, d’assurer beaucoup mieux le ravitaillement et la retraite, et de gagner un temps considérable pour arriver devant Héricourt. A la vérité, on ne dispersait pas sûrement les forces de Werder, qui pouvaient garder leurs positions devant le 18e corps et la division Cremer, et, dès lors, menacer l’armée d’une diversion ou d’une jonction par la route deLure. Néanmoins, comme la suite l’a montré, la considération du ravitaillement et de la célérité était telle que, tout compte fait, ce plan eût été préférable à l’autre.

    La marche sur Vesoul ayant prévalu, les 18e et 20e corps partirent de Dampierre et d’Auxonne pour traverser l’Ognon à Pesmes et au-dessus. Mais les ponts ayant été détruits par l’ennemi lors de sa retraite de Dijon et de Gray, le 20e corps remonta jusqu’à Voray, ce qui occasionna un nouveau retard.

    La traversée de l’Ognon fut marquée par un incident intéressant à rappeler, car il n’est pas fréquent dans l’histoire des guerres, et il montre en outre dans quelles rudes conditions s’accomplissait la campagne de l’Est.

    Les 18e et 20e corps ayant traversé, cheminèrent sur la rive droite, tandis que le 24e corps, venu de Besançon, cheminait de concert sur la rive gauche. L’armée avança ainsi, à cheval sur la rivière, par Rioz, Montbozon et Rougemont. Elle menaçait directement Villersexel et Esprels, où l’ennemi s’était soigneusement fortifié.

    L’attaque de ces positions eut lieu le 9 janvier au matin.

    Le général de Werder avait tiré parti de tous les obstacles naturels. Les villages étaient barricadés, les maisons crénelées ; les points culminants étaient garnis de grosse artillerie. Son armée, forte de 35000 hommes environ, était distribuée entre Vesoul et Villersexel, occupant tous les points favorables, et, par suite de la configuration du terrain, c’était moins une bataille qu’il fallait livrer, qu’une suite de positions retranchées à enlever. La supériorité numérique de nos forces se trouvait en grande partie annulée, car il était impossible de les faire entrer toutes en ligne.

    Quant à la division Cremer, qui avait quitté le 8 seulement les environs de Dijon, elle ne devait pas arriver en temps utile. Si l’on tient compte, en outre, des avantages naturels acquis à l’ennemi, on peut admettre que la partie était à peu près égale des deux côtés.

    Le combat s’engagea avant dix heures du matin et se prolongea jusqu’à sept heures du soir. Le terrain fut disputé pied à pied par l’ennemi. Le village de Villersexel, qui était la clef de la communication avec Montbéliard, fut pris et repris, mais resta en définitive aux Français.

    Le succès de la journée fut dû principalement à l’intervention personnelle du général Bourbaki qui ne quitta pas le champ de bataille. Au moment où les troupes faiblissaient sous le feu de l’artillerie, il parcourut leur front et les ramena à l’assaut avec une bravoure incomparable. Ceux qui étaient auprès de lui et qui n’avaient point eu occasion de le voir dans le combat, parlent avec admiration du changement qui s’opéra en sa personne. Sa physionomie, d’ordinaire douce et tranquille, s’illumina soudain, et son geste eut une puissance de commandement irrésistible. Les troupes électrisées marchèrent au feu en poussant des acclamations enthousiastes.

    Le général de Werder a essayé vainement de s’attribuer la victoire.

    Les personnes, dit M. Ed. Tallichet, dans la Revue suisse, qui ont vu passer ensuite les colonnes prussiennes marchant ensemble, mais en désordre, et tous les corps mélangés, savent à quoi s’en tenir sur ce point. Cependant, ajoute l’auteur, le général de Werder avait réussi dans son mouvement, et, quoique battu, il amenait au général Treskow un secours urgent.

    En effet, ses troupes avaient pu, en grande partie, s’échapper dans la direction de Lure, et, de là, elles gagnèrent Héricourt sans obstacle. Si la division Cremer n’avait pas été retardée à Dijon, il est vraisemblable que, par sa présence sur la route de Lure, elle aurait empêché cette jonction de s’opérer.

    On a reproché au général Bourbaki d’avoir perdu vingt-quatre heures, après sa victoire, à fouiller les villages environnants pour en déloger les derniers ennemis. On dit que son intérêt le plus pressant était de se porter sur Héricourt, afin de laisser au général Treskow le moins de temps possible pour se fortifier.

    Il est assez difficile, à distance, d’apprécier s’il y a eu là une faute commise, ou si, au contraire, la situation de l’armée commandait ce temps d’arrêt. Ce qui paraît plus probable, c’est que le général en chef a été obligé d’attendre à Villersexel ses approvisionnements. Déjà, en effet, se produisaient dans le ravitaillement de l’armée ces lenteurs et ces irrégularités qui devaient bientôt être si fatales. Or, le pays était trop pauvre et la saison trop rude pour qu’on pût facilement suppléer aux fournitures de l’intendance.

    Le 11, l’armée reprit sa marche en avant, avec une lenteur due sans doute aux mêmes difficultés, et le 13, elle rencontra l’ennemi à Arcey, à peu près à mi-chemin de Villersexel à Héricourt. Cette position était la première ligne de défense d’une série de retranchements élevés par la nature et fortifiés avec soin par les Prussiens jusqu’à Héricourt.

    Le combat qui s’engagea autour d’Arcey se termina de la même manière que celui de Villersexel, après des phases sensiblement pareilles. Le général Bourbaki y déploya la même vigueur et eut également la plus large part dans le succès. Toutefois, la lutte fut moins meurtrière et on fit peu de prisonniers. L’ennemi, délogé de ses positions, se retira dans la direction d’Héricourt, sans être sérieusement inquiété.

    Enfin, le 14 au soir, le général vint s’établir devant Héricourt, qui était la vraie clef de la situation. Héricourt pris, le siège de Belfort était levé nécessairement, et l’armée de Treskow obligée de se réfugier en Alsace, peut-être de repasser le Rhin.

    L’ennemi ne l’ignorait pas ; aussi avait-il fait d’énormes préparatifs pour garder la position. Il n’était bruit, dans toute la presse étrangère, que des renforts qu’il avait fait venir d’Allemagne. On articulait le chiffre invraisemblable de cent mille hommes. D’un autre côté, une partie de l’armée de Werder l’avait rejoint. On peut estimer, sans exagération, à quatre-vingt mille hommes, le total des forces réunies dans ces parages. Vingt mille environ avaient été laissés pour contenir Belfort. Le reste, ou soixante mille hommes, étaient retranchés autour d’Héricourt et de Montbéliard.

    Le général Bourbaki y arrivait vingt-cinq jours après le premier départ de Bourges, c’est-à-dire dix jours après le délai qu’il eût été permis d’espérer, si toutes choses s’étaient bien passées dès le début. Néanmoins, et malgré ce long retard, le mouvement avait été, dans les commencements, si bien caché à l’ennemi, que le général Treskow avait eu à peine le temps d’achever ses travaux de défense. On assure même que les grosses pièces de siège qui couronnaient les hauteurs et qui nous ont empêché de vaincre, n’y avaient été établies que la veille. En sorte que si l’armée avait mis un jour de moins à venir de Villersexel, elle aurait enlevé la position.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso