• 4 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 3 janvier 1885 – Le combat de Nui-Bop dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-combat-de-nui-bop-150x150

    Le combat de Nui-Bop

    D’après « Exploits et aventures des Français au Tonkin, en Chine, en Annam » – 1886

     

    Dès le 22 décembre, de nouvelles masses de Chinois étaient signalées vers Maï-To, grossissant chaque jour. Notre point de concentration, pour la marche sur Lang-Son, se trouvait donc menacé vers l’est et même sur ses derrières. D’autre part, l’ennemi répandu dans la vallée, vers An-Chau, vivait abondamment des produits du pays. Il importait de lui enlever ces ressources et d’établir la sécurité aux approches des établissements que nous élevions sur la ligne de Sam-Chu, pour notre base d’opérations.

    Le bataillon du 143e (commandant Farret) ; un bataillon de tirailleurs algériens (commandant de Mibielle) ; un bataillon d’infanterie de marine (commandant de Mahias) ; une batterie d’artillerie (capitaine de Saxcé) furent dirigés sur Loch-Man où le général de Négrier en prit le commandement.

    Le 2 janvier, toutes nos troupes étaient concentrées à Chu.

    Elles se composaient de deux bataillons, sous le commandement du lieutenant-colonel Herbinger, d’un bataillon mixte d’infanterie de marine, d’un bataillon de tirailleurs algériens, d’un bataillon de la légion étrangère, d’un bataillon de tirailleurs tonkinois, de deux batteries d’artillerie, d’une section du génie, d’une section de télégraphistes, d’une section d’ambulance et d’un détachement du train.

    Chu était observé par l’ennemi. Les Chinois couvraient les deux routes de Chu à Lang-Son. Le général de Négrier, jugeant nécessaire de donner de l’air au poste de Chu, avertit le commandant du corps expéditionnaire et se prépara à prendre l’offensive dans la direction d’An-Chau.

    Une partie des troupes forma garnison à Chu sous les ordres du colonel Donnier, qui réserva une compagnie et demie de la légion étrangère comme troupe de sortie. Cette compagnie joua un rôle important, en attirant l’attention de l’ennemi pendant la marche du général.

    Les Chinois avaient établi à Soui-Nien une ligne de quatre forts pour se couvrir d’une attaque venant du sud. Chacun de ses ouvrages, parfaitement organisé, était pourvu d’une enceinte continue, défendue par une batterie de quatre Krupp et dix pièces.

    Cet ouvrage portait le nom de camp retranché du Nui-Bop, et les renseignements recueillis n’en n’avaient pas fait soupçonner l’importance.

    Les cantonnements de l’ennemi s’étendaient dans les villages qu’entourent ce camp, à l’ouest et au sud. De leur disposition, le général conclut qu’une attaque menée par la route de Chu et An-Chau ne ferait que rejeter l’ennemi sur des positions plus fortes, tandis que l’assaillant serait exposé à être attaqué sur ses derrières par un corps débouchant de Dong-Song par Deo-Van.

    En conséquence, il se résolut à faire une démonstration sur cette route au moyen des troupes de sortie de Chu, tandis qu’avec toutes ses forces, il dérobait sa marche en remontant la rive gauche du Loch-Nan par un sentier de montagne. Il se proposa aussi d’atteindre un gué qui lui avait été signalé sur le Loch-Nan, près du village Dao-Bé, et, après être repassé sur la rive droite, de prendre place sur les hauteurs de Phong-Cot : un mouvement offensif dans cette direction devait couper l’ennemi de sa ligne de retraite sur Chu.

    Le 3 janvier 1885, les troupes, rompant à six heures du matin, franchirent le Loch-Nan ou gué de Taï-Lam et se formèrent entre le village de To-Duong et le fleuve, face à l’est. La marche fut reprise à huit heures par un temps brumeux, dans un sentier difficile, coupé par un grand nombre de ruisseaux et de ravins. Le génie eut beaucoup de peine à améliorer les passages.

    A une heure, l’avant-garde atteignit le gué de Dao-Bé : ce gué était profond, le courant rapide, la rive droite escarpée, et il fallut établir une rampe. A mesure qu’elles passaient, les compagnies prenaient la formation de rassemblement dans un terrain boisé, qui les masquait des vues de l’extérieur. Le passage présentait de telles difficultés que le gros n’eut terminé son mouvement qu’à quatre heures, de sorte que l’ennemi eut le temps d’être informé de l’approche de la colonne.

    L’avant-garde avait à peine commencé son mouvement dans la direction de Phong-Cot que le général, d’un sommet où il examinait les environs, aperçut une ligne chinoise garnissant les crêtes et d’autres groupes marchant à notre rencontre par le chemin de Phong-Cot, lequel suit le thalweg d’une vallée profonde.

    Aussitôt une batterie fut dressée, et, l’avant-garde (Tonkinois et infanterie de marine) se déploya vers la gauche. La position de l’ennemi ne tarda pas à se dessiner. Il avait pris, par sa gauche, appui sur une crête barrant l’horizon et dominant notre position, tandis qu’avec d’autres forces, il suivait la vallée et marchait résolument à l’attaque de notre avant-garde. Deux compagnies d’infanterie de marine (compagnies Salles et Tailhan), éclairées à leur gaucho par les tirailleurs tonkinois (capitaine de Beauquesne), furent envoyées pour tenir une croupe que l’ennemi était sur le point d’atteindre.

    La fusillade s’engagea de ce côté (quatre heures). La ligne chinoise, placée sur la crête de gauche, entra également en action. L’artillerie fut mise tout entière en batterie et choisit pour objectif le mamelon dominant occupé par les Chinois. L’infanterie de marine, prenant l’offensive, refoula l’ennemi jusqu’à un petit bois où il essaya de s’arrêter.

    L’artillerie ayant préparé l’attaque, le général donna l’ordre au lieutenant-colonel Herbinger de faire enlever le sommet dominant par le bataillon du 143e (commandant Farret), soutenu par le bataillon du 111e (commandant Faure). Les compagnies de première ligne du 143e (3e compagnie, lieutenant Thébaut, et 4e compagnie, capitaine Dautelle), se portèrent rapidement en avant et ne commencèrent le feu qu’à trois cents mètres. Après quelques instants de feu rapide, elles se lancèrent à l’assaut et chassèrent l’ennemi, qu’elles poursuivirent de leurs balles. Il était quatre heures trente.

    L’infanterie de marine, en continuant son mouvement, rivalisait avec le 143e pour aborder la ligne chinoise. Celle-ci montra encore une certaine ténacité et ne fut mise en fuite que vers cinq heures et demie.

    L’obscurité, devenue complète, arrêta la poursuite. Les troupes engagées reçurent l’ordre d’attendre sur leurs positions, le lever de la lune. Au débouché du thalweg, on avait, dans l’après-midi, aperçu le village de Phong-Cot et de nombreuses tentes. Il était nécessaire d’occuper ce village, qui ouvrait le débouché. Le général donna au lieutenant-colonel Herbinger, l’ordre de faire passer la ligne par le bataillon du 111e et d’enlever Phong-Cot. En même temps, il prescrivit au bataillon d’infanterie de marine de s’établir sur un sommet très élevé dominant Phong-Cot au nord-ouest, pour assurer le flanc gauche du défilé du lendemain.

    La batterie du capitaine de Saxcé fut amenée sur la crête conquise par le 143e. A une heure du matin, ces mouvements étaient achevés, sans combat, l’ennemi ayant évacué Phong-Cot.

    Trois compagnies du 111e y prirent position, tandis que la compagnie Verdier, du même bataillon était placée en grand’garde dans une pagode entourée d’un petit bois, à 300 mètres environ au nord de Phong-Cot, Jusqu’à quatre heures du matin, tout fut tranquille aux avant-postes. Toutefois, de la compagnie Verdier, on entendit le bruit des outils des Chinois, travaillant à se retrancher. A cinq heures trente, la compagnie du 111e, de grand’garde, fut subitement attaquée de très près avec vigueur. En même temps, l’ennemi commençait à bombarder Phong-Cot.

    Au moment où le jour se leva, à six heures, la compagnie Verdier, presque enveloppée, exécuta pour se dégager une attaque à la baïonnette qui amena un court combat corps à corps. La compagnie Tailhan, de l’infanterie de marine, descendant de sa position, se jeta sur le flanc de l’ennemi et acheva de dégager la compagnie Verdier. Le 111e prit immédiatement l’offensive avec une vigueur qui ne laissa pas que d’inquiéter le commandant. La direction du combat pouvait en effet lui échapper, et il craignait de ne pas avoir le temps de faire serrer les troupes pour appuyer l’attaque.

    Le village de Phong-Cot est situé au centre d’une plaine, entre le massif de Noui-Ba-Mat et les hauteurs occupées pendant la nuit par le bataillon d’infanterie de marine.

    Le général, qui s’était porté sur ces hauteurs, ordonna les dispositions suivantes :
    - Prendre comme appui de gauche le sommet sur lequel il se trouvait lui-même ;
    - Couronner le terrain, à l’ouest des forts, pour empêcher l’ennemi, établi dans les cantonnements de Maï-To, de rentrer dans le camp retranché ;
    - Soutenir le combat démonstratif au centre ;
    - Masser une attaque à l’aile droite, pour enlever d’abord les ouvrages de l’est, couper ainsi la ligne de retraite et se rabattre de la droite sur la gauche.

    Cette manoeuvre fut immédiatement exécutée. Tandis que le gros marchait, le bataillon du 111e, continuant son attaque avec vivacité chassa l’ennemi des mamelons du sud du Nui-Bop, sur lesquels les Chinois avaient commencé des tranchées, et dépassa celle-ci de sorte que le centre se trouva en pointe au moment où la droite du 111e commençait à être dérobée. On rectifia aussitôt la ligne.

    À neuf heures et demie, cette droite étant dégagée, et la ligne rectifiée, le général décida l’attaque par l’aile droite. Mais, pendant ces préparatifs, l’ennemi, qui ne restait pas inactif, défendait les bords du Soui-Nien avec ténacité, quoique son artillerie eût vu son feu éteint.

    A dix heures quarante, les dernières dispositions prises, les bataillons du 143e et des tirailleurs algériens, établis sur la crête, avaient débordé le fort de l’Est. Toute l’artillerie concentra son feu sur ce fort, et, tournés par leur gauche, les défenseurs du Soui-Nien lâchèrent pied. Sans attendre le signal, le 111e se précipita à leur poursuite. Après une fusillade, il escalada deux forts.

    Les tirailleurs algériens et le bataillon du 143e se jetèrent aussitôt en avant. Les trois forts appuyant la gauche de l’ennemi furent enlevés, la gauche elle-même mise en fuite vers le nord-est.

    A la gauche de notre ligne, la section d’artillerie Largouët réussit à empêcher les corps ennemis de Liem-Son, de Maï-lo, etc., de rentrer dans le camp retranché. Ces corps se dispersèrent dans la direction de Bien-Dong, en filant le long des pentes du Nui-Bop.

    La compagnie Bourguignon, de l’infanterie de marine, traversa alors le Soui-Nien avec les plus grandes difficultés et se forma en colonne d’attaque au pied du seul fort dont nous n’étions pas maîtres. Là aussi, l’ennemi avait posté une ligne de tirailleurs le long du ruisseau. Mais ceux-ci, pris de flanc par le mouvement de la compagnie Bourguignon, se hâtèrent de rentrer.

    La section Largouët dirigea son tir sur une redoute palissadée, adjacente à la face sud du fort. Aussitôt que la compagnie Bourguignon s’élança à l’assaut, les défenseurs, qui jusqu’alors étaient restés couchés dans le fossé, se levèrent et commencèrent un feu violent sur l’attaque. Uu obus emporta le saillant de la palissade. L’infanterie de marine s’y précipita. Les défenseurs se replièrent dans le fort et ouvrirent le feu aux deux rangées des créneaux. Cette fusillade, quoique meurtrière, ne ralentit pas l’attaque qui, contournant au pas de course l’ouvrage entre le parapet et la palissade, arriva sur ses derrières.

    L’ennemi finit par évacuer, et l’infanterie de marine continuant son mouvement, se jeta sur le fort, dont les défenseurs s’enfuirent en sautant par dessus le parapet et en enfonçant la palissade. Les hommes du centre et de la droite de l’ennemi, en déroute vers un col situé à l’ouest du Nui-Bop, se joignirent aux troupes des cantonnements, qui s’étaient mises également en retraite vers ce col.

    Toute l’artillerie concentra son feu sur les longues colonnes de fuyards et les poursuivit de ses schrapnels jusqu’à onze heures quarante-cinq. Le manque de cavalerie empêcha seul leur ruine complète. Tous les forts, étendards, canons, armes, munitions, tentes, chevaux, outils, approvisionnements, bagages des Chinois étaient entre nos mains, et 500 ou 600 ennemis jonchaient le terrain.

    La prise du Nui-Bop couvrait la route d’An-Chau à Mai-Xu et privait l’ennemi de sa ligne principale de ravitaillement. Le général de Négrier ordonna donc l’occupation immédiate de ce poste par une compagnie de la légion, une demi-section de tirailleurs tonkinois et un détachement d’artillerie.

     

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