• 2 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La capitulation de Mézières

    D’après « Relation historique et critique de la guerre franco-allemande en 1870-1871 » – Ferdinand Lecomte – 1872

     

    Mézières, sur la Meuse, est dans la région montagneuse des Ardennes et dans une position très favorable. Cette place, occupée par une garnison un peu énergique, ne peut être investie que par des forces bien supérieures.

    La ville même et la citadelle sont sur la rive droite, resserrées dans un coude de la rivière, qui les limite au nord et au sud. Sur la rive gauche se trouvent, au sud, le faubourg de Pierre, entouré par l’ouvrage à cornes de Champagne ; au nord le faubourg d’Arches, avec la tête de pont qui porte ce nom. Le faubourg d’Arches réunit Mézières à la ville ouverte de Charleville, très industrielle, peuplée de 11500 habitants, également entourée par un coude de la Meuse.

    La tête de pont d’Arches, l’ouvrage à cornes de Champagne, ne sont, ainsi que les fronts extérieurs de la citadelle, que de simples tracés bastionnés. Une partie des fortifications de la ville et de la citadelle remonte au moyen-âge, et se compose de hautes tours couvertes par des contre-gardes. Il y a de plus, un ouvrage à cornes du côté du faubourg ouvert de Saint-Julien.

    La ville proprement dite a 5800 âmes. Les ouvrages sont dominés de beaucoup par les sommets des Ardennes. Les plus rapprochés de ces sommets sont à 12-1800 pas de la ville ; le mont Olympe (646 pieds), au delà de Charleville ; les hauteurs de Godard (700 pieds), entre la citadelle et Montoy, tombent à pic sur la Meuse.

    Les Français avaient construit sur ces dernières des ouvrages provisoires. Mais de l’autre côté, on avait seulement barricadé les villages, malgré la résistance des habitants. On n’avait rien fait en avant de Charleville.

    Après la capitulation de Sedan, un détachement relativement très faible observa Mézières : le commandant de la place aurait pu lui faire beaucoup de mal au commencement d’octobre, et l’on n’était pas, à Sedan, sans inquiétude à ce sujet. Après la prise de Soissons, le corps de siège fut dirigé sur Mézières, mais ces forces ne purent réussir à investir la place et à chasser les Français des villages environnants. Le parc de siège, qui était déjà arrivé à Rethel, dut rétrograder, et l’on ajourna le siège jusqu’à la prise de Montmédy.

    Après la chute de cette place, la 13e division marcha sur Mézières et réussit, en peu de jours, à bloquer étroitement la place, dont la garnison avait d’ailleurs été fort affaiblie par l’envoi à l’armée du Nord d’une partie des vieilles troupes et de bataillons de nouvelle formation.

    Le parc de siège, accompagné par 19 compagnies, vint de Montmédy par le chemin de fer.

    Le 24 décembre, on commença la construction des batteries. Réparties, au nombre de quinze, sur un arc de cercle de 14000 pas de développement, elles entouraient la moitié sud de la place. 4 batteries à gauche du village de Saint-Laurent étaient sur la rive droite ; les autres, sur la rive gauche de la Meuse, jusqu’au village de Warcy.

    On dut, à cause de la grande longueur de cette ligne, établir deux parcs, l’un à Warnicourt, l’autre à Lûmes. La distance des batteries à la place est de 2100 (au centre) à 4800 pas (à l’aile droite). On travailla seulement la nuit aux batteries qui pouvaient être vues de la place. Les autres furent construites aussi pendant le jour ; et tout le travail, exécuté dans un terrain rocheux, gelé à une profondeur de un pied et demi, fut achevé le 30.

    Les batteries n’étaient armées que de pièces rayées, 30 pièces de 12, 20 courtes et 14 longues de 24 et 4 mortiers rayés de 21 cent ; plus une batterie de campagne à l’extrême droite de l’attaque. Les mortiers rayés durent tirer spécialement sur les bâtiments de la citadelle.

    Le 31 décembre, à huit heures un quart du matin, les 74 pièces commencèrent leur feu. Elles dominèrent promptement celui de la place, et vers midi, on commença à ne tirer que sur les maisons. La nuit suivante, on bombarda également Charleville, bien que ce fût une ville ouverte, pour empêcher les habitants et la garnison, qui fuyaient Mézières en flammes, d’y trouver un asile sûr. On n’y lança cependant qu’un petit nombre de projectiles.

    Le lendemain, 1er janvier, le drapeau blanc fut hissé à onze heures trois quarts du matin, et la place capitula à onze heures du soir. La garnison, troupes de ligne et gardes mobiles, en tout plus de 2000 hommes, fut prisonnière de guerre. La garde nationale de Mézières et des environs fut libre sur parole. On prit 106 canons, dont la moitié étaient rayés. La ville éprouva des pertes considérables.

    La prise de Mézières avait beaucoup d’importance pour les opérations des armées allemandes : elle donnait à l’armée de siège de Paris une ligne de chemins de fer de plus, par Reims, Mézières, Montmédy, Thionville et Metz. Peu de jours après l’ouverture de cette ligne, la rupture d’un pont près de Toul, par une troupe de partisans sortie de Langres, en fit pendant quelque temps la seule communication avec l’Allemagne.

     

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