• 1 janvier 2013 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    D’après « La grande guerre du XXe siècle » – 1915

     

    21 novembre 1914

    Edouard Martel, né le 16 juillet 1901, à Malzéville, près de Nancy, avait tout juste treize ans quand la guerre fut déclarée ; il compte aujourd’hui trois mois de campagne et porte sur les manches les galons de sergent. C’est certainement le plus jeune soldat et le plus jeune sous-officier de l’armée.

    Comme son père malade, comme ses quatre frères, le petit Marcel avait ses voisins les « Boches » en horreur et il se réjouissait lorsque, la mobilisation étant déclarée, il vit nos troupes traverser le village de Malzéville pour courir à la revanche. Il aurait voulu coopérer, lui aussi, à la défense nationale.

    Un jour – c’était le 10 août, il n’y tint plus et, ayant rapidement prévenu sa famille, il emboîta le pas aux sapeurs du 6e génie. Ce fut en vain que ceux-ci lui conseillèrent de rentrer au logis. Devant le refus obstiné de l’enfant, ils se virent bien obligés de l’adopter.

    Et Edouard Martel suit partout le 6e génie. Il partage avec les soldats la gamelle de rata et, comme eux, dort dans les tranchées qu’il creuse. Le gamin n’a pas peur, ses compagnons sont fiers de lui et, un soir, solennellement, on le nomme « premier jus ». Soldat de première classe ! Quelle joie pour l’enfant, qui coud les galons rouges sur la veste trop grande qu’un soldat lui a donnée !

    Cet avancement rapide lui a été accordé comme récompense à son dévouement et à son initiative : ses cent trente centimètres de taille lui permettent de se glisser partout et, comme il ne pèse que trente-sept kilos, il peut s’avancer sur les petites planches qui serviront à jeter un pont.

    Mais les Allemands ne sont pas loin. Martel veut être armé : on lui donne une carabine et, à partir de ce moment, il va faire le coup de feu comme un homme.

    Avec un calme que les obus ne peuvent troubler, il se blottit dans les tranchées, vise tranquillement les casques à pointe et, quand il a abattu un « Boche », il le signale à ses camarades :
    - Encore un ! Encore un ! Ça fait deux !

    Il fait avec son régiment la retraite de la Meuse jusqu’à la Marne. Sur les bords de la rivière, un jour, il protège, sa carabine à la main, les soldats qui, hâtivement, se préparent de nouvelles tranchées et, quand la section les a occupées, il s’en va, seul, chercher des munitions.

    Vingt fois il risque de se faire tuer, mais rien ne l’arrête : les cartouches ne manqueront pas. Le capitaine Bédos le félicite et lui annonce qu’il le nomme sergent. Cette bonne nouvelle enthousiasme le petit sous- officier. Elle ne réjouit pas moins ses compagnons, qui le choyent un peu plus encore. Le colonel Durieu entend parler du « gosse », il veut le voir et le féliciter, puis, devant toute la compagnie, il l’embrasse.

    Le 20 octobre, le 6e génie se trouve à Y…; la bataille fait rage. Le petit sergent est au comble de la joie : il en est arrivé à aimer le danger, et son insouciance et son ardeur émerveillent les hommes.

    Hélas! le petit tombe malade. Atteint de l’appendicite, il en est opéré le 27 octobre et six jours plus tard, il est évacué à Dunkerque.

    Portant toujours sa veste galonnée et son bonnet de police campé sur l’oreille, on l’admet à l’hôpital anglais de la duchesse de Sutherland, à l’hôtel Belle-Vue, à Malo-les-Bains.

    Rapidement guéri, il prolonge sa convalescence, car il est utile à quelqu’un. Il y a là, dans le même hôpital, un adjudant de Sénégalais qui a les deux bras déchirés par les éclats d’obus. C’est le petit sergent qui le soigne ; il le lave, le mouche, le fait manger et lui roule ses cigarettes.

    La duchesse de Sutherland vient le féliciter et le gamin ne comprend pas pourquoi on le charge de compliments : il n’a rien fait que de très naturel.

     

     

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