• 18 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le 18 décembre 1793 – L’incendie de la marine de Toulon dans EPHEMERIDE MILITAIRE lincendie-de-la-marine-de-toulon-150x150

    L’incendie de la marine de Toulon

    D’après « France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer » – Abel Hugo – 1838

     

    Non contents de dépouiller les magasins de la marine française, et tandis que les républicains faisaient toutes leurs dispositions pour occuper les forts et la ville de Toulon, les Anglais, avant de se retirer, incendièrent les établissements maritimes de cette malheureuse cité et les vaisseaux qu’ils ne pouvaient emmener. Du haut de leurs positions, les soldats français en furent les témoins sans pouvoir s’y opposer.

     

    Voici la peinture que nous a laissée Napoléon de cet effroyable incendie :

    « Le tourbillon de flammes et de fumée qui sortait de l’arsenal ressemblait à l’irruption d’un volcan, et les treize vaisseaux qui brûlaient dans la rade à treize vastes feux d’artifice. Le feu dessinait les mâts et la forme des vaisseaux. Il dura plusieurs heures et présentait un spectacle unique. Les Français avaient l’âme déchirée en voyant se consumer en si peu de temps d’aussi grandes ressources et tant de richesses. On craignit un instant que les Anglais ne fissent sauter le fort La Malgue. Il parait qu’ils n’en eurent pas le temps ».

     

    Trente et un vaisseaux de ligne et vingt-cinq frégates se trouvaient à Toulon, au moment où les coalisés y entrèrent. Sur ce nombre, seize vaisseaux et cinq frégates devinrent la proie des flammes ou furent fortement endommagés. Trois vaissseaux et six frégates tombèrent en partage aux Anglais ; trois frégates aux Sardes, aux Espagnols et aux Napolitains. Cinq vaisseaux furent envoyés, au nom des coalisés, en mission dans les ports français de l’Océan, et furent perdus pour la République, et pris ou gardés par les Anglais. Sept vaisseaux et onze frégates restèrent seuls intacts dans le port.

     

    Les Anglais ne firent pas mystère dans leur pays de leur conduite à Toulon. A leurs yeux, tout ce qui était fait dans le but de nuire à la France paraissait sans doute honorable.

    Voici le rapport que Sidney Smith, chargé par lord Hood d’incendier les établissements maritimes de Toulon, adressa, le 20 décembre, à son chef supérieur :

    « Milord, conformément à vos ordres, je me suis rendu à l’arsenal de Toulon, et j’ai fait tous les préparatifs nécessaires pour incendier les vaisseaux et les approvisionnements français. J’ai disposé à cet effet les bâtiments propres à cette expédition. Nous trouvâmes l’entrée du bassin en sûreté, par les précautions que le gouvernement avait prises. Je n’ai pas cru devoir inquiéter les gens du port, à raison du peu de force que j’avais avec moi, et parce que cela nous eût détournés, et peut-être empêché d’accomplir notre objet principal.

    Des galériens, au nombre d’environ six cents, nous regardaient faire d’un air qui indiquait évidemment l’intention de s’opposer à nous. D’ailleurs, ils étaient en partie déchaînés, ce qui nous mit dans la nécessité de les observer avec vigilance, et de pointer les canons de nos chaloupes sur eux….

    Les Français commencèrent un feu terrible de mousqueterie et d’artillerie du fort de Malbosquet et des redoutes environnantes. Ce feu produisit pour nous cet avantage d’empêcher de sortir de leurs maisons les républicains de Toulon. Il arrêta un instant nos opérations, mais cet instant fut court. Tout se disposa. Vers les neuf heures, j’eus la satisfaction de voir le lieutenant Gore commencer à manœuvrer avec le brûlot le Vulcain. Le capitaine Hare, son commandant, d’après ses instructions, se posta d’une manière très savante. Les soldats et les canons qu’il avait avec lui nous rassurèrent contre les entreprises des galériens. Toute espèce de tumulte avait cessé parmi eux : nous n’entendions que les coups de marteau avec lesquels quelques-uns cherchaient à briser leurs fers. J’ai cru que l’humanité me faisait un devoir de ne pas m’y opposer…

    Nous attendions avec anxiété le moment de mettre le feu aux mèches. Le lieutenant Tupper fut chargé de brûler le grand magasin et le magasin de poix, goudron, suif et huile. Il y réussit parfaitement. Le magasin à chanvre fut enveloppé dans les mêmes flammes. Un temps très calme en arrêta malheureusement un moment les progrès, mais deux cent cinquante tonneaux de goudron, répandus sur des bois de sapin, propagèrent bientôt l’incendie avec une grande activité….

    L’atelier des mâts fut livré aux flammes par le lieutenant Midleton, du vaisseau la Bretagne. Le lieutenant Paters, du même vaisseau, bravait les flammes avec une intrépidité étonnante, afin de compléter l’ouvrage dans les lieux où le feu paraissait n’avoir pas bien pris. Le feu des ennemis avait redoublé sitôt que les flammes, en nous éclairant, leur avaient indiqué le but où ils devaient tirer.

    Le feu de nos brûlots était des deux côtés, dirigé principalement vers les endroits d’où nous avions à craindre l’approche de l’ennemi. Ses cris de joie et ses chants républicains continuèrent jusqu’à ce qu’eux et nous manquâmes d’être abîmés par l’explosion de quelques milliers de barils de poudre à bord de la frégate l’Iris, qui était dans la rade intérieure, et dans laquelle on mit imprudemment le feu, la faisant sauter au lieu de la couler bas, suivant l’ordre qui avait été donné. La secousse communiquée à l’air, et la quantité de bois enflammés qui tombaient de toutes parts, faillirent opérer notre destruction entière…

    J’avais commandé à des officiers d’incendier les vaisseaux du bassin devant la ville. Mais ils furent bientôt de retour et me firent part des obstacles qui avaient empêché l’exécution de ce projet. Nous en renouvelâmes la tentative dès que nous eûmes terminé nos opérations à l’arsenal, mais nous fûmes repoussés, lorsque nous nous disposions à abattre le mât, par une vigoureuse décharge de mousqueterie qui partait des batteries du Fort-Royal. Quant aux canons, ils ne pouvaient servir, par la précaution que nous avions prise de les enclouer.

    Le peu de succès de notre tentative pour mettre le feu au bassin qui était devant la ville, ayant prouvé l’insuffisance de nos forces, me fit regretter qu’on m’eût enlevé le secours des vaisseaux espagnols pour les employer à d’autres opérations…

    L’explosion d’un second vaisseau à poudre, également inattendue, et dont le choc fut encore plus violent que celui du premier, nous mit dans le plus grand danger. Et, lorsqu’on pense à la quantité incroyable de bois embrasé qui tombait autour de nous, et qui faisait écumer la mer, il est presque miraculeux que personne, soit du Swallow, soit de trois autres vaisseaux qui étaient avec nous, n’en ait été atteint. Ayant alors mis le feu à tous les objets qui se trouvèrent à notre portée, et après avoir épuisé nos matières combustibles et nos forces à un tel point que nos hommes tombaient de fatigue, nous dirigeâmes notre route vers la flotte.

    Nous pouvons vous assurer que le feu a été mis à dix vaisseaux de ligne au moins. La perte du grand magasin, d’une grande quantité de poix, de goudron, de résine, de chanvre, de bois, de cordages et de poudre à canon, rendra très difficile l’équipement du peu de vaisseaux qui restent. Je suis fâché d’avoir été obligé d’en épargner quelques-uns, mais j’espère que votre seigneurie sera contente de ce que nous avons fait… ».

     

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