• 18 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le 17 décembre 1793 – La prise du Petit-Gibraltar dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-prise-du-petit-gibraltar-150x150

    La prise du Petit-Gibraltar

    D’après « France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837 » – Abel Hugo – 1838

     

    Peu de jours après la prise des gorges d’Ollioules, Bonaparte, alors chef de bataillon d’artillerie, vint de Paris, envoyé par le comité de salut public pour commander l’artillerie du siège, qu’une blessure du général Dammartin laissait sans chef. L’arrivée de Bonaparte fut un événement des plus favorables aux opérations du siège. Le nouveau commandant d’artillerie trouva le quartier-général établi au Beausset. On s’occupait des préparatifs à faire pour brûler l’escadre ennemie mouillée dans la rade de Toulon.

    Le lendemain, Bonaparte accompagna le général en chef dans une visite des travaux du siège. « Quel fut mon étonnement, dit-il dans ses Mémoires, de trouver une batterie de six pièces de 24 placée à un quart de lieue en avant des gorges d’Ollioules, à trois portées de distance des vaisseaux anglais, et à deux portées de la mer. Les volontaires de la Côte-d’Or et les soldats du régiment de Bourgogne étaient néanmoins occupés à faire rougir les boulets dans toutes les bastides ». Bonaparte témoigna son mécontentement au chef de la batterie, qui s’excusa sur ce qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres de l’état-major.

    Le premier soin du commandant de l’artillerie fut d’appeler à son aide un grand nombre d’officiers momentanément éloignés par les événements de la Révolution. Au bout de six semaines, il était déjà parvenu à réunir, à former et à approvisionner un parc d’artillerie de deux cents bouches à feu. Les batteries avaient été avancées et placées sur les points les plus avantageux du rivage. Bientôt de gros bâtiments ennemis furent démâtés, des bâtiments légers coulés bas, et les bâtiments anglais furent contraints à s’éloigner de cette partie de la rade.

    Pendant que l’équipage de siège se complétait, l’armée se grossissait. Le chef de bataillon Marescot et plusieurs brigades d’officiers du génie arrivèrent. Le comité de salut public envoya des plans et des instructions relatifs à la conduite du siège. Ils avaient été rédigés au comité des fortifications par le général du génie d’Arçon, officier d’un grand mérite.

    Tout paraissait prêt pour commencer. Un conseil fut réuni sous la présidence de Gasparin, représentant du peuple, homme sage, éclairé, et qui avait servi. On y lut les instructions envoyées de Paris : elles indiquaient en grand détail toutes les opérations à faire pour se rendre maître de Toulon par un siège en règle.

    Le commandant d’artillerie, qui, depuis un mois, avait reconnu exactement le terrain, qui en connaissait parfaitement tous les détails, proposa le plan d’attaque auquel on dut Toulon. Il regardait toutes les propositions du comité des fortifications comme inutiles d’après les circonstances où l’on se trouvait. Il pensait qu’un siège en règle n’était pas nécessaire.

    En effet, en supposant qu’il y eût un emplacement tel, qu’en y plaçant quinze à vingt mortiers, trente à quarante pièces de canon et des grils à boulets rouges, l’on pût battre tous les points de la petite et de la grande rade, il était évident que l’escadre combinée abandonnerait ces rades, et dès lors la garnison serait bloquée, ne pouvant communiquer avec l’escadre qui serait dans la haute mer. Dans cette hypothèse, le commandant d’artillerie mettait en principe que les coalisés préféreraient retirer la garnison, brûler les vaisseaux français, les établissements, plutôt que de laisser dans la place 15 à 20000 hommes qui, tôt où tard, seraient pris sans pouvoir alors rien détruire, afin de se ménager une capitulation.

    Enfin, il déclara :
    - que ce n’était pas contre la place qu’il fallait marcher, mais bien à la position supposée ;
    - que cette position existait à l’extrémité du promontoire de Balagnier et de l’Aiguillette ;
    - que, depuis un mois qu’il avait reconnu ce point, il l’avait indiqué au général en chef, en lui disant qu’en l’occupant avec trois bataillons, il aurait Toulon en quatre jours ;
    - que depuis ce temps les Anglais en avaient si bien senti l’importance, qu’ils y avaient débarqué 4000 hommes, avaient coupé tous les bois qui couronnaient le promontoire du Caire, qui domine toute la position, et avaient employé toutes les ressources de Toulon, les forçats même, pour s’y retrancher. Ils en avaient fait, ainsi qu’ils l’appelaient, un Petit-Gibraltar ;
    - que ce qui pouvait être occupé sans combat il y a un mois, exigeait actuellement une attaque sérieuse ;
    - qu’il ne fallait point en risquer une de vive force, mais établir en batterie des pièces de vingt-quatre et des mortiers, afin de briser les épaulements, qui étaient en bois, rompre les palissades et couvrir de bombes l’intérieur du fort ;
    - qu’alors, après un feu très vif pendant quarante-huit heures, des troupes d’élite s’empareraient de l’ouvrage ; que deux jours après la prise de ce fort Toulon serait à la république.

    Ce plan d’attaque fut longuement discuté. Mais les officiers du génie présents au conseil ayant émis l’avis que le projet du commandant d’artillerie était un préliminaire nécessaire au siège en règle, le premier principe de tout siège étant de bloquer étroitement la place, les opinions devinrent unanimes.

    Le plan proposé par Bonaparte eut donc pour résultat de sauver la ville et de ne diriger les troupes du siège que contre les Anglais et les coalisés.

    Les Anglais avaient construit deux redoutes sur les mamelons qui dominent l’Aiguillette et la tour Balagnier. Ces deux redoutes flanquaient le Petit-Gibraltar, et battaient les deux revers du promontoire.

    D’après l’ordre de Napoléon, les Français élevèrent plusieurs batteries devant le Petit-Gibraltar, et construisirent des plates-formes pour placer une quinzaine de mortiers. En même temps, on élevait une batterie de huit pièces de 24 et de quatre mortiers contre le fort Malbosquet.

    Ce travail était exécuté dans un grand secret : les ouvriers, couverts par des oliviers, avaient réussi à en dérober la connaissance à l’ennemi. Cette batterie ne devait être démasquée qu’au moment même de l’attaque du Petit-Gibraltar, et afin d’obliger les Anglais à diviser les ressources de la défense. Mais des représentants du peuple étant allés la visiter, les canonniers leur dirent que cette batterie était terminée depuis huit jours, mais qu’on ne s’en servait pas encore, quoiqu’elle dût faire un bon effet. Alors, sans autre explication, les représentants ordonnèrent de commencer à tirer. Les canonnieis obéirent, et le feu roulant, qui commença aussitôt, dévoila à l’ennemi le danger qui le menaçait.

    Le général en chef et le commandant de l’artillerie furent vivement contrariés de cet ordre irréfléchi, qui contrariait leurs projets, mais il était trop tard pour y remédier.

    Legénéral O’Hara, qui commandait l’armée combinée dans Toulon, fut étrangement surpris de l’établissement d’une batterie si considérable près d’un fort de l’importance de celui de Malbosquet, et il donna des ordres pour faire une sortie à la pointe du jour. La batterie était placée au centre de la gauche de l’armée.

    Les troupes, dans cette partie, montaient à environ 6000 hommes : elles occupaient la ligne du fort Rouge au Malbosquet, et étaient disposés de manière à empêcher toute communication partielle. Mais, trop disséminées partout, elles ne pouvaient faire de résistance nulle part.

    Une heure avant le jour, le général O’Hara sort de la place avec 6000 hommes. Il ne rencontre pas d’obstacle, ses tirailleurs seulement sont engagés, et les pièces de la batterie sont enclouées.

    La générale bat au quartier-général. Dugommier s’empresse de rallier ses troupes. En même temps, le commandant de l’artillerie se rend sur un mamelon en arrière de la batterie, et sur lequel il avait établi un dépôt de munitions. La communication de ce mamelon avec la batterie était assurée au moyen d’un boyau qui suppléait à la tranchée. De là, voyant que les ennemis s’étaient formés à la droite et à la gauche de la batterie, il conçut l’idée de conduire par le boyau un bataillon qui était près de lui. En effet, par ce moyen il débouche sans être vu au milieu des broussailles, près de la batterie, et fait aussitôt feu sur les Anglais. Ceux-ci sont tellement surpris, qu’ils croient que ce sont les troupes de leur droite qui se trompent et qui tirent sur celles de leur gauche.

    Le général O’Hara lui-même s’avance vers les Français pour faire cesser cette erreur. Aussitôt il est blessé d’un coup de fusil à la main. Un sergent le saisit et l’entraîne prisonnier dans le boyau, de sorte que le général en chef anglais disparait sans que les troupes anglaises sachènt ce qu’il est devenu.

    Pendant ce temps, Dugommier, avec les troupes qu’il avait ralliées, s’était placé entre la ville et la batterie. Ce mouvement acheva de déconcerter les ennemis, qui firent à l’instant leur retraite. Ils furent poussés vivement jusqu’aux portes de la place, où ils rentrèrent dans la plus grande confusion et sans connaître encore le sort de leur général en chef. Dugommier fut légèrement blessé dans cette affaire. Un bataillon de volontaires de l’Isère s’y distingua.

    Enfin, tout étant préparé, le général Dugommier ordonna l’attaque du Petit-Gibraltar. Le commandant de l’artillerie y fit jeter des bombes, pendant que le feu soutenu d’une trentaine de pièces de 24 en rasaient toutes les défenses. A quatre heures du soir, les troupes étaient déjà en mouvement et se dirigeaient sur le village de La Seine, où les colonnes d’assaut devaient se former.

    Le projet du général en chef était d’attaquer à minuit, afin d’éviter, autant que possible, le feu du fort et des redoutes ennemies. Tout à coup les représentants du peuple convoquent un conseil et mettent en délibération s’il faut attaquer ou ne pas attaquer. Ils craignaient, sans doute, l’issue de cette entreprise, et voulaient en rejeter toute la responsabilité sur Dugommier. Peut-être aussi jugeaient-ils l’entreprise impraticable en ce moment, en raison du temps affreux qu’il faisait et de la pluie qui tombait par torrents.

    Dugommier, appuyé par le commandant de l’artillerie, vint à bout de dissiper ces craintes. Deux colonnes se formèrent et l’on marcha à l’ennemi. Les Anglais, afin d’éviter l’effet des bombes et des boulets, avaient l’habitude de rester à une certaine distance en arrière du fort.

    Les Français espéraient ainsi pouvoir y arriver avant eux. Mais une ligne de sentinelles et de tirailleurs avait été jetée en avant. La fusillade s’engagea au pied même de la montagne. Les troupes coalisées accoururent à la défense du fort, dont le feu devint des plus vifs. La mitraille pleuvait de tous côtés. Enfin, après une vive et chaude attaque, Dugommier, qui, selon sa coutume, marchait à la tête de la première colonne, se vit obligé de rétrograder. Dans son désespoir, il s’écria même : « Je suis perdu ! ». En effet, il fallait alors des succès : l’échafaud était dressé pour les généraux malheureux.

    La canonnade et la fusillade duraient toujours. Muiron, capitaine d’artillerie, adjoint de Bonaparte, fut détaché par son chef avec un bataillon de chasseurs. La deuxième colonne le suivit à portée de fusil pour soutenir son attaque. Muiron connaissait parfaitement la position, et profita si bien des sinuosités du terrain, qu’il arriva au sommet de la montagne sans presque éprouver de pertes. Il déboucha au pied du fort et s’y élança par une embrasure. Dugommier et Bonaparte étaient près de lui et l’imitèrent. Le bataillon les suivit et le fort fut pris.

    Les canonniers ennemis furent tués sur leurs pièces. Mais, dans la mêlée, le brave Muiron fut blessé grièvement d’un coup de pique. Maîtres du fort, les Français en tournèrent aussitôt les pièces contre les coalisés.

    Dugommier était déjà depuis trois heures dans la redoute, lorsque les représentants du peuple y arrivèrent avec grand fracas, le sabre à la main, et comblèrent d’éloges les troupes qui l’occupaient. Cette circonstances rapportée par Napoléon lui-même, dément positivement les relations du temps, qui, afin, sans doute, de faire valoir les membres de la Convention, disent que les représentants marchaient à la tête des colonnes. On a vu qu’au contraire, ils s’étaient opposés à l’attaque qui réussit si glorieusement.

    Le vénérable Dugommier, qui avait pendant toute l’attaque fait preuve d’un courage héroïque et d’une activité de jeune soldat, était harassé de fatigue. Bonaparte, certain du résultat de la conquête qu’ils venaient de faire, lui dit, après la visite des représentants : « Général, allez-vous reposer ; nous venons de prendre Toulon : nous y coucherons demain ». Quant à lui, il continua à faire les dispositions nécessaires pour atteindre ce grand résultat.

    A la pointe du jour, on marcha sur Balagnier et l’Aiguillette, positions qu’on trouva déjà évacuées par l’ennemi. Les pièces de 24 et les mortiers furent aussitôt mis en mouvement pour armer ces batteries d’où l’on espérait pouvoir canonner la flotte anglo-espagnole.

    Mais Bonaparte, ayant reconnu ces deux forts, jugea impossible de s’y établir. Ils étaient construits en pierre, et dominés à leur gorge par une grosse tour en maçonnerie, placée si près des plate-formes, que tous les boulets qui l’auraient frappée seraient retombés, avec les éclats et les débris, sur les canonniers républicains. Bonaparte fit ranger des bouches à feu sur les hauteurs, derrière les batteries.

    L’amiral Hood n’eut pas plutôt vu les Français ainsi postés, qu’il donna le signal de lever l’ancre et de quitter les rades. Afin d’accélérer la retraite, cet amiral se rendit lui-même à Toulon. Il ne fallait pas perdre un moment pour gagner la haute mer. Le temps était sombre, couvert de nuages, et tout annonçait l’arrivée prochaine du vent, terrible dans cette saison.

     

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