• 17 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 16 décembre 1883 – La prise de Sontay (Tonkin) dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-prise-de-sontay-150x150

    La prise de Sontay (Tonkin)

    D’après « Les Hauts faits de l’armée coloniale » – F. Bertout de Solières – 1912

     

    Les lignes de Phu-Sa ayant été emportées, le 14 décembre 1883, l’armée fit un mouvement en avant et légèrement tournant pour isoler Sontay du fleuve Daï, en prenant ses dispositions pour l’attaquer le lendemain.

    Le 16 décembre était un dimanche. Les troupes occupèrent, dès le matin, les positions assignées la veille.

    L’attaque principale devait se faire par la porte ouest de l’enceinte, située à l’extrémité d’un long saillant dominé par des hauteurs. Quoique minée, cette porte paraissait offrir les conditions les plus favorables ; des canons furent hissés sur les tertres environnants auprès de quelques pagodes qui y étaient construites.

    Les zouaves, trop éprouvés à l’attaque de Phu-Sa, furent laissés en arrière et remplacés, en première ligne, par la légion étrangère et les tirailleurs.

    Un feu très vif s’engage tout d’abord des deux côtés. L’ennemi cherche à prendre à revers notre position, mais ce mouvement tournant est arrêté par les 1er et 3e bataillons de tirailleurs algériens qui se portent en avant, au pas de course, soutenus par les canons-révolvers du Pluvier.

    A ce moment, on voit arriver sur le haut des remparts trois grands étendards noirs à lettres blanches. Ce sont les propres drapeaux de Lui-Vinh-Phuoc qui semblent ainsi défier le commandant en chef. On les balançe un instant au-dessus de la porte, puis ils sont plantés sur le sommet du mirador central.

    A la porte nord, le bataillon Chevalier, de l’infanterie de marine, se heurte à une résistance énergique et combat avec une persévérance et une bravoure remarquables.

    Du côté de l’ouest, le bataillon de la légion commence son mouvement vers midi. Il relève les deux bataillons de tirailleurs et, s’abritant derrière les talus qui coupent les rizières, il avance lentement.

    Les compagnies de tête, 3e et 4e, s’engagent sérieusement vers trois heures. Couvertes par le feu de l’artillerie, elles poursuivent leur mouvement jusqu’à 60 mètres de l’enceinte.

    L’ennemi se montre tenace, la mitraille tombe drue comme grêle : nos troupes sont immobilisées.

    Vers cinq heures, le soleil baissant, on se décide à donner l’assaut quand même. L’artillerie cesse son feu, l’amiral Courbet lève son casque. A ce signal convenu, les commandements de « En avant ! » retentissent sur toute la ligne. Les clairons sonnent la charge et les soldats se précipitent sur les remparts aux cris de « Vive la France ! ». Le moment est émotionnant.

    La légion étrangère, ayant à sa tête le commandant Donnier et le capitaine adjudant-major Mehl, court vers la porte murée. Le bataillon des marins, guidé par le commandant Laguerre, le lieutenant de vaisseau Couturier et l’enseigne Blondeau, se dirige vers la porte du nord, avec une compagnie d’infanterie de marine.

    Des remparts, on nous crible de balles, nous écrit un témoin oculaire. Une nuée de Chinois débouchent par la porte ouest et s’établissent audacieusement, à découvert, en dehors des fortifications.

    La tête de colonne de la légion arrive enfin au pied des glacis, garnis de palanques et de chevaux de frise. Le feu s’éteint alors dans la ville, les Chinois attendant les assaillants l’arme à l’épaule. Le capitaine Mehl, en tête d’un groupe de soldats de la légion, s’élance sur le glacis.

    De multiples explosions retentissent. Ce sont des bambous remplis de poudre qui éclatent en faisant de nombreuses victimes parmi les braves qui cherchent à gagner les murailles.

    On s’ouvre un passage, la hache à la main, au travers des palissades. Tout le monde travaille avec ardeur. Le lieutenant Maquard parvient enfin à arracher un bambou à demi-brisé et saute le premier, suivi de son ordonnance, le soldat Minaërt. Quelques pas en arrière, le capitaine Mehl tombe frappé d’une balle en plein cœur. Le capitaine Lecomte et une soixantaine de légionnaires sont couchés sur le terrain.

    Le lieutenant Maquard et son ordonnance poursuivent leur course, franchissent le fossé et pénètrent dans la ville par une embrasure de canon. Les soldats de la légion, entraînés par cet exemple, ne tardent point à les suivre, chacun passant par où il peut.

    Pendant ce temps, on finit de briser la porte murée. Un tourbillon humain s’y engouffre, enfonçant les barricades, coupant les bambous, renversant tous les obstacles. Les étendards noirs sont jetés à bas et remplacés par le drapeau français. Il est exactement 5 heures 45.

    Malheureusement, notre succès nous coûtait cher. Nous avions 83 morts et 319 blessés. Cinq officiers tués : les capitaines Cuny et Doucet, le lieutenant Clavet, de l’infanterie de marine, le capitaine Mehl, de la légion, et le capitaine Godinet, des tirailleurs.

    Le lieutenant Maquard, qui pénétra le premier dans Sontay, est né à Sivry-sur-Meuse. A Bac-Ninh, il entra encore le premier dans la citadelle et planta lui-même le drapeau sur la tour. La croix de la Légion d’honneur l’a récompensé de ces deux beaux faits d’armes. Il est aujourd’hui capitaine au 17e de ligne.

    Le soldat Minaërt a été retraité il y a quelques années comme adjudant et chevalier de la Légion d’honneur.

     

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