• 17 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 15 décembre 1916 – L’attaque de Vacherauville dans EPHEMERIDE MILITAIRE carte-vacherauville-15-decembre-1916-150x150

     

    L’attaque de Vacherauville

    D’après « Première fourragère du 112e » – Lieutanant Pierre Médan – 1919

     

    Du 9 au 11 novembre 1916, le régiment est relevé pour aller cantonner aux environs de Bar-le-Duc, à Louppy-le-Petit et à Génicourt. Une période d’instruction et d’exercices préparatoires à la nouvelle offensive projetée commence le 13 novembre.

    L’étude des nouvelles méthodes de combat de l’infanterie, l’instruction des spécialités, les exercices de combat de la section, de la compagnie, du bataillon et du régiment, les manœuvres de cadres se poursuivent du 13 novembre au 9 décembre. L’entrain de tous est remarquable, les exercices des nouveaux spécialistes (fusiliers-mitrailleurs, grenadiers Viven-Bessières, canonniers de 37) donnent d’excellents résultats, tant est vif l’intérêt que chacun prend à ces nouveautés.

    On a le sentiment très net que l’attaque projetée sera vigoureusement poussée car le moral des hommes est excellent. La présentation du drapeau aux troupes, le 9 décembre, sur la route de Louppy-le-Petit à Génicourt et le défilé du régiment révélèrent la vigueur, la correction, l’homogénéité des bataillons à la veille de l’attaque. Le lieutenant-colonel de Gail qui avait pris le commandement du 112e le 19 novembre, sentit battre le cœur de son régiment dans un grand élan d’ardeur et de foi patriotiques.

    Le 10 et le 11 décembre, le 112e monte en secteur pour l’attaque des organisations ennemies de la cote du Poivre qui, avec les villages de Louvemont à l’est, de Vacherauville à l’ouest, devaient être l’objectif de huit divisions, dont quatre d’attaque et quatre en réserve. La 126e division était une des divisions d’attaque.

    Dans cette offensive, le 112 avait comme objectif particulier le village de Vacherauville et la route de Vacherauville à Louvemont jusqu’au point 77.22.

    Le village s’appuie au sud sur le canal de l’Est. Il est contourné à l’est par la voie ferrée qui se dirige vers le nord en passant au bas de la cote du Poivre sur laquelle grimpe la route de Vacherauville à Louvemont. Au nord s’ouvre le ravin de Vacherauville entre la cote du Talou et la cote du Poivre, à l’est et au sud-est le ravin Saint-Martin et le ravin du Monument.

    Le village, constituant un réduit fortifié, était défendu en avant par trois lignes successives de tranchées : à l’est de la route, la tranchée Biberach ; puis, appuyée au canal, la tranchée Bethmann, enfin, à l’est du village, la tranchée Kiderlin et le boyau de Bülow. Tel était le système défensif que le 112e avait pour mission de réduire.

    Le 13 décembre commence, mais avec peu d’intensité, la préparation d’artillerie. Le 14, à 20h10, le régiment reçoit de la brigade l’ordre d’attaque pour le lendemain 15 décembre, 10 heures. Aussitôt, douze brèches larges de six mètres chacune sont ouvertes dans notre réseau.

     

    Le 15 décembre, à six heures, toutes les unités sont en place dans les tranchées et emplacements de départ sur le dispositif suivant, de l’est à l’ouest :

    1° – Le bataillon Morat (I-112e) avait en première ligne deux compagnies, la compagnie Palanque (2-112e) et la compagnie Ebener (3-112e) ; en deuxième ligne, la compagnie Dugua (1-112e) et la c. m. 1. Sa gauche s’appuyait au canal avec le peloton Ebano, de la troisième compagnie, installé dans des niches creusées entre des barques échouées et la berge Est, et sa liaison à droite avec le 55e régiment d’infanterie était assurée par un peloton détaché de la 11e compagnie (sous-lieutenant Chalé). Le commandant Morat avait à sa disposition son canon de 37, une section du genre et une demi-section de pionniers.

    Les objectifs intermédiaires du bataillon Morat étaient les tranchées de Biberach, de Bethmann et le boyau de Bulow ; l’objectif final était la contre-pente en arrière de la crête que gravit la route de Vacherauville à Louvemont.

    2° – Le bataillon Thinus (III-112e) était en deuxième ligne avec, à droite, la compagnie Onofri (10-112e) et trois sections de la c. m. 3 (capitaine Plazol) ; à gauche appuyés au canal, le peloton restant de la 11e compagnie (capitaine Maigrot) et une section de mitrailleuses. La compagnie Guieu (9-112e) était en réserve de régiment et détachait, sur la rive ouest du canal une reconnaissance commandée par l’aspirant Gombert, pour flanquer en avant et à gauche les unités d’attaque.

    Le commandant Thinus disposait de son canon de 37, d’un peloton de sapeurs-bombardiers, d’une section du génie et d’une escouade de pionniers.

    Il avait pour mission de réduire le centre de résistance constitué par le village de Vacherauville et pour objectif ses lisières nord-ouest, nord et nord-est.

    3° – Le Bataillon Moyret (II-l 12e) était en réserve de division et occupait les tranchées du bois des Bouleaux.

     

    De six heures à 10 heures, les unités subissent sans en être affectées un violent bombardement de nos lignes. Nos canons exécutent des tirs de contre-batterie et, à partir de 7h30, l’artillerie lourde écrase de ses tirs de destruction le village de Vacherauville et le ravin Saint-Martin.

    A 10 heures précises, les deux bataillons d’attaque sortent des tranchées de départ sur une ligne de quatre colonnes, utilisant les défilements fournis par le canal, la route et la voie ferrée en remblai, les têtes de colonne marchant dans les éclatements de notre barrage. Le déplacement de celui-ci avait été accéléré, de manière à permettre une progression de cent mètres à la minute et la rapidité de l’attaque surprit l’ennemi.

     

    Opérations du bataillon Morat.

    La compagnie Palanque trouve effondrée et inoccupée la tranchée de Biberach ; elle rencontre dans la tranchée de Bethmann un essai de résistance qui est promptement réglé par les nettoyeurs. Ses deux premières sections, conduites par le lieutenant Palanque, dépassent, sans la reconnaître, la route de Louvemont, défoncée et retournée par nos obus, et dévalent jusqu’à la route de Beaumont où elles sont arrêtées par des mitrailleuses tirant de l’extrêmité -ouest de la tranchée Mannesmann.

    Les deux autres sections et le peloton Chaté s’arrêtent dans la tranchée de Kiderlin, et l’organisent, en liaison avec la gauche du 55e régiment d’infanterie. Grièvement blessé, le lieutenant Palanque est remplacé par le lieutenant Beauvais. Le sous-lieutenant Chaté, blessé lui aussi, garde le commandement de son unité.

    La compagnie Ebener gagne rapidement ses objectifs ; le peloton Ebener s’installe dans la tranchée de Bethmann qu’il aménage et le peloton Ebano dans le boyau de Bethmann qu’il nettoie de ses défenseurs,

    La compagnie Dugua atteint elle aussi son objectif, la partie Est de la tranchée de Bethmann à droite de la compagnie Ebener.

    Les soldats allemands se rendaient de toutes parts après avoir vainement essayé de résister à l’élan fougueux de nos troupes et on les voyait se diriger d’eux-mêmes vers l’arrière en prenant la direction du canal. Le bataillon Morat fit ainsi plus de cent prisonniers.

    Au cours de leur progression, les compagnies avaient été mitraillées par les avions de chasse ennemis et avaient traversé un tir de barrage de 77, 88, 105 et 150 plus particulièrement nourri aux abords de la voie ferrée.

    Opérations du bataillon Thinus.

    La Compagnie Onofri qui, de 9 heures à 10 heures, avait subi un violent bombardement, sort résolument à l’heure H de ses tranchées de départ à la suite du bataillon Morat. Formée en petites colonnes, elle traverse le tir de barrage allemand sous le feu des mitrailleuses des avions ennemis volant très bas et entre dans Vacherauville au pas de charge, par la partie nord-est du village.

    Le peloton Maigrot (11e compagnie), suivant le remblai du canal à la hauteur de la compagnie Onofri, entre dans le village par la partie sud-ouest.

    Les défenseurs de Vacherauville (deux compagnies), terrés dans les caves, sont surpris par la vigueur de l’attaque. Pourtant quelques fractions se ressaisissent et tentent de résister. Le peloton Maigrot est pris d’enfilade par une mitrailleuse mais, enlevé par son chef, il atteint son objectif après un rapide et vif combat, appuyant sa droite à la compagnie Onofri et sa gauche au canal.

    Pendant que les nettoyeurs font environ trois cents prisonniers dont quatre officiers, s’emparent de trois mitrailleuses et d’une grande quantité de matériel, les 10e et 11e compagnies se portent rapidement sur leurs objectifs définitifs au nord et à l’ouest du village et commencent aussitôt à organiser leurs positions.

    La reconnaissance Gombert surprend une mitrailleuse allemande sur la rive ouest du canal et la capture, puis attaque à la grenade un petit poste qui est mis en fuite.

    A 10h30, chacun des deux bataillons est renforcé par une section de la compagnie Guieu. Vers midi, les Allemands tentent une contre-attaque à la grenade mais sont repoussés.

    La compagnie Palanque, diminuée de son peloton aventuré sur la route de Beaumont est renforcée dans la tranchée de Kiderlin par la compagnie Dugua. Mais vers 15h30, le peloton, sous le commandement de l’aspirant Waringhem, réussit à se replier et rejoint le reste de la compagnie.

    Enfin vers 17h30, la compagnie Caire (7 -112e) du bataillon Moyret rejoint le bataillon Morat, sur l’ordre du général commandant la 126e D. I. pour faire la liaison à droite avec le 55e régiment d’infanterie.

    Opérations du bataillon Moyret.

    Le deuxième bataillon, placé en réserve de division, avait envoyé, dans la matinée du 15 décembre, la compagnie Caire en renfort au bataillon Morat ; il se trouvait réduit à deux compagnies, la compagnie Paccini (8-112e), la compagnie Verdollin (6-112e).

     

    Le 15 décembre à 22h30, le bataillon reçoit l’ordre de se porter à la fontaine Saint-Martin, dans le secteur du 55e régiment d’infanterie pour réduire une poche formée par les tranchées de Brandebourg et d’Essen encore occupées par l’ennemi. A minuit, les deux compagnies sont placées face à leur objectif, après avoir fourni une marche très dure sur un terrain bouleversé par les obus et détrempé par la pluie.

    Le 16 décembre, à 4 heures du matin, la 5e compagnie attaque à la grenade la tranchée de Brandebourg et s’en empare tandis qu’une de ses sections explorait le ravin Saint-Martin où elle surprenait, dans les abris, un officier et un sous-officier et s’emparait d’un butin de guerre considérable.

    A 10 heures, le bataillon Moyret avait rempli sa mission et assurait définitivement la liaison avec le 255e régiment d’infanterie en arrière de la route de Vacherauville à Louvemont. Il commençait aussitôt à creuser une ligne de tranchées pour se fortifier sur le terrain conquis.

     

    L’attaque des 15 et 16 décembre 1916 constituait un magnifique succès pour le 112e. Menée avec un entrain merveilleux, elle avait atteint rapidement ses objectifs sans pertes trop considérables.

    Trois officiers furent blessés, dont l’un, le lieutenant Palanque, mourut à l’ambulance, après avoir reçu la croix de légion d’honneur. La troupe eut 27 tués, 102 blessés, 91 disparus ; au total, le régiment ne perdit que 220 hommes.

    Les prisonniers qui appartenaient au 159e R. I. et au 17e R. I. R. furent évalués à 450 dont quatre lieutenants. Un chef de bataillon du 159e R. I. fut abattu d’un coup de revolver par l’adjudant Jambette de la 11e compagnie.

    Le butin de guerre en armes, munitions, vivres, équipements, fut abondant ; à retenir surtout quatre canons lance-bombes, six canons lance-grenades, et six mitrailleuses qui furent immédiatement mises en batterie par nous.

    La lutte était à peine terminée que les compagnies se mettaient activement au travail pour organiser les positions conquises. Dès le matin du 16 décembre, des ouvrages de section flanqués de mitrailleuses et de F. M. jalonnaient notre nouvelle ligne. Ces travaux furent continués sans interruption jusqu’au 23 décembre malgré un bombardement incessant.

    L’approfondissement des tranchées et des boyaux, la pose de réseaux de fil de fer, la création de nouveaux éléments de tranchées, l’installation de petits postes étaient poussés activement malgré la fatigue, le gel et la pluie.

    Le 17 décembre, le sous-lieutenant Chateau de la c. m. 3 était tué d’un éclat d’obus. Le 20 décembre, le capitaine Verdollin tombait aussi au champ d’honneur. Dans la nuit du 21 au 22, un petit poste de la compagnie Onofri (10e compagnie) faisait quatre prisonniers.

    Le régiment fut relevé du 22 au 24 décembre pour aller prendre ses cantonnements de repos à Salmagne et à Géry (Meuse).

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso