• 6 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 6 décembre 1835 – La prise de Mascara dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-prise-de-mascara-150x150

    La prise de Mascara

    D’après « Histoire des armées françaises de terre et de mer » – Abel Hugo – 1838

     

    Après le combat de Sidi-Embarek, l’armée se remit en marche le 4 décembre à sept heures, et passa l’Habrah. L’arrière-garde et le flanc droit de la colonne furent vivement inquiétés par une fusillade très soutenue.

    Le maréchal Clausel fit appuyer à gauche, et déjà les Arabes d’Abd-el-Kader criaient bon voyage à nos soldats, croyant qu’ils rétrogradaient vers Mostaganem. Tout à coup, le maréchal commande tête de colonne à droite à ses deux premières brigades (le général Marbot remplaçait le général Oudinot). Celle commandée par le général Perregaux aborde un mamelon qui s’élevait sur la gauche, et le couronne presque sans combat. La brigade Marbot accourt par un autre passage.

    Les deux brigades une fois sur la crête, on reconnaît que la brigade Perregaux est sur la bonne voie ; on laisse la brigade Marbot en position. Alors la brigade commandée par le général d’Arlanges reçoit l’ordre de suivre la même route que celle du général Perregaux, et fait monter les chameaux avec elle.

    La brigade Combes et la réserve sous les ordres du lieutenant-colonel Beaufort, restèrent en bas pour garder les convois et les voitures, qui ne pouvaient suivre avant que le génie n’eût exécuté des travaux assez considérables. Les trois premières brigades se portèrent seules en avant, et arrivèrent aux marabouts de Ouled-Sidi-Ibrahim où elles s’arrêtèrent pour bivouaquer. Le convoi, bien escorté arriva un peu plus tard et en bon ordre.

    Le 5 décembre, on se remit en route d’assez bonne heure. Les bagages suivaient la vallée et le cours du Rio-Salado, escortés par deux brigades. L’état-major marcha avec le général Marbot, qui manoeuvra sur la droite pour couvrir les convois. Vers midi, cette brigade était attaquée par les Beni-Mougran que le commandant Lamoricière, avec ses Zouaves et une compagnie de voltigeurs du 2e léger, mit en fuite.

    Le 6 décembre, au moment où l’avant-garde arrivait sur une pente qui descend à une tribu appelée El Berg, le caïd de cette tribu vint au-devant de nos soldais, pour les assurer de sa neutralité et de celle de tout son monde. Malgré quelques coups de fusil tirés çà et là, il devenait évident que le parti d’Abd-el-Kader, qu’on ne rencontrait plus, était dissous.

    Le maréchal réunit les brigades Marbot et Perregaux, et, accompagné du duc d’Orléans, se porta vivement sur Mascara, dont il était encore éloigné de trois bonnes lieues. Cette avant-garde marchait très vite. Elle arriva vers les cinq heures. Le prince et le maréchal, escortés par la cavalerie et par des Zouaves, entrèrent les premiers dans Mascara, où ils précédèrent de quelques heures les brigades Marbot et Perregaux. Les généraux d’Arlanges et Combes avaient reçu l’ordre d’arrêter leurs mouvements.

    Ces deux brigades ne rejoignirent le corps principal qu’au moment de sa retraite sur Mostaganem, le maréchal ayant voulu leur éviter une fatigue inutile, et se jugeant en sûreté dans les murs de Mascara. La ville était occupée depuis quelques heures par les troupes du bey Ibrahim. A l’arrivée du maréchal, les désordres cessèrent.

    Mais la ville était dans un état déplorable. Une partie des maisons brûlaient ; la plupart étaient vides. Certains Juifs pleuraient devant leurs portes ; plusieurs avaient été massacrés avec leurs femmes et leurs enfants. L’arrivée des troupes françaises rendit quelque sécurité à ces malheureux.

    Le prince et le maréchal s’installèrent dans la maison d’Abd-el-Kader, qui n’avait pas été plus respectée que les autres. Les états-majors y trouvèrent également place. Le bey Ibrahim s’établit à la Casbah. Quelques compagnies d’infanterie furent logées dans la ville ; le reste fut à couvert dans le fort et dans les faubourgs, très heureusement pour eux, car la nuit fut affreuse. La pluie tomba sans interruption, et le vent ne cessa pas de souffler avec fureur.

    Le 7 décembre, le maréchal laissa reposer les troupes. La ville fut fouillée. On y trouva des provisions considérables de blé, d’orge, de paille, de biscuit d’assez mauvaise qualité, des dépôts de soufre et de salpêtre, mais nulle part de la poudre confectionnée.

    Abd-el-Kader avait aussi fait, à la Casbah, quelques grossiers essais de fourneaux et de forges. Enfin on retrouva tous les débris de notre artillerie tombés au pouvoir de l’ennemi après l’échec de la Macta. L’obusier fut repris ; des pièces espagnoles, à peu près hors de service, furent enclouées. Le maréchal termina cette première tournée en visitant le petit fort et les murailles de circonvallation et trouva qu’elles n’auraient offert rien de redoutable s’il avait fallu s’en emparer de vive force.

    Ce même jour, le maréchal envoya au général d’Arlanges, commandant l’arrière-garde, l’ordre de rétrograder avec sa brigade, celle du colonel Combes et la réserve, jusque sur les positions que l’armée avait occupées le 4, en deçà de l’Habrah.

    Le 8 décembre, le bey Ibrahim ayant paru peu disposé à rester à Mascara, à cause de l’impossibilité d’entretenir, d’un point si éloigné, des rapports avec les établissements français, et de s’appuyer sur une force respectable, le maréchal Clausel résolut de brûler la ville.

    Les Juifs demandaient à grands cris à être emmenés avec l’armée française. Rien ne s’opposait donc à l’exécution de ce projet. On commença par démanteler les forts ; on abattit les murailles ; on fit des amas de combustibles dans les édifices publics et dans les maisons particulières, et tout se prépara pour le départ du lendemain et pour le vaste incendie qui devait, au moment où les dernières troupes quitteraient la ville, consommer la ruine de Mascara.

    Le 9, dès le matin, les troupes commencèrent le mouvement. Ibrahim ouvrait la marche. Marchaient ensuite 7 ou 800 Juifs de tout âge et de tout sexe. Ces malheureux, qui abandonnaient pour toujours la ville on ils avaient longtemps vécu, où la plupart étaient nés, ne furent pas tous prêts à l’heure militaire, et retardèrent pendant quelques heures le départ de l’arrière-garde. Cependant à neuf heures elle fut en route.

    Le général Oudinot, qui avait voulu remonter à cheval, conduisait la tête de colonne et commandait deux brigades ; le général Marbot marchait le dernier.

    Arrivée sur le haut de la montagne au bas de laquelle était située Mascara, l’armée put voir une dernière fois les flammes qui dévoraient cette malheureuse ville, qu’avaient abandonnée presque en même temps ses défenseurs, ses habitants et ceux qui venaient d’en faire la conquête.

     

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