• 5 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     L’accident ferroviaire de Turenne le 14 septembre 1932 dans PAGES D'HISTOIRE article-de-journal-du-15-sept-1932-150x150debris-du-train-150x150 dans PAGES D'HISTOIREdefile-des-drapaux-150x150defile-des-legionnaires-150x150

    D’après le journal « L’Echo de Tlemcen » du 20 septembre 1932

     

    Mercredi dernier, vers 14h50, une catastrophe d’une violence inouie s’est produite à la sortie du tunnel n° 4 au point kilométrique 167, entre Zelboun et Turenne. Le train dont les voyageurs étaient exclusivement des légionnaires se rendant en renfort au Maroc, a déraillé en abordant une courbe située sur un remblai profond de 80 mètres environ.

    Dès que la triste nouvelle fut répandue dans notre ville, un train de secours fut organisé par la Cie P.L.M. qui transporta un matériel de sauvetage et du matériel médical. Dans ce train, avaient pris place les docteurs Tabet et Nekkache. Par la route, étaient arrivés le médecin-commandant Dalidet, le médecin-capitaine Labrousse et le docteur Trolard, de Tlemcen, le médecin militaire Jeansoul et Dornier, médecin de colonisation, tous deux de Marriia, M Malbois, chirurgien-dentiste de Tlemcen, s’est offert spontanément pour prêter son concours aux médecins.

    Tous donnèrent, sur place, les premiers soins aux victimes que l’on transporta, au fur et à mesure de leur évacuation, sur l’hôpital militaire de Tlemcen.

    Arrivèrent ensuite M. De Lacour, sous-préfet de Tlemcen, M. Castanet, administrateur détaché à la Sous-Préfecture, MM. Nicaise, adjoint au maire de Tlemcen ; Ducros, maire de Turenne ; Hébert, Commissaire de la Sûreté avec plusieurs de ses inspecteurs, M. Serna, inspecteur du PLM, plusieurs fonctionnaires de cette Compagnie et la gendarmerie de Tlemcen et de Turenne. M. Valleur, maire de Tlemcen absent de la ville, mais rentré tard dans la soirée, s’est occupé de l’évacuation des blessés avec le plus grand dévouement.

    Mais celui qui prenait la plus grande part à cette épouvantable catastrophe, était certainement le général Rollet, inspecteur de la Légion Etrangère, et commandant la subdivision de Tlemcen. Impassible en apparence, ému en réalité au delà de toute expression, il assistait au sauvetage des soldats, comme si c’eut été celui de ses propres enfants. Sa douleur était immense.

    Le lendemain, M. le Gouverneur Général Carde, ému par la nouvelle de la terrible catastrophe, n’a pas hésité à rejoindre Tlemcen par avion, où il a procédé, aussitôt arrivé, à la visite des blessés à l’hôpital de Tlemcen. Par train spécial, il s’est rendu sur les lieux de la catastrophe, accompagné des autorités civiles, militaires et judiciaires. Des instructions avaient été données en vue du déblaiement qui n’avait, pas encore été commencé, les moyens matériels importants n’étant pas encore arrivés.

    Un second train spécial amène M. Ducluzeau, sous-directeur du réseau du P.L.M. accompagné de MM. Soreau, ingénieur de la traction, Villeret, Pinelli, Anton, Mutin, Weislhorp et Delaby, déjà arrivés sur les lieux la veille.

    Presque en même temps sont arrivés en auto, MM. le Général Gucdeney, commandant la Division, le Général Rollet et le Colonel Nicolas. Les gendarmeries de Tlemcen et d’Oran, avec leurs dévoués chefs en tête, assurèrent l’ordre.

    M. le Gouverneur Général Carde, après avoir contemplé pendant un assez long moment, cet affreux spectacle a pris le train d’Qudida, auquel on avait accroché un wagon-salon, pour se rendre, accompagné des autorités se trouvant sur les lieux, les uns à Tlemcen et M. le Gouverneur à Oran.

    Jusqu’à présent, les causes de la catastrophe ne sont pas encore établies, d’une façon précise, pour arrêter les responsabilités. L’enquête serrée à laquelle procède le Gouvernement Général, nous les fera connaître.

    Les détails d’évacuation, le nombre des blessés progressant chaque jour, et toutes autres informations plus complètes, que notre modeste feuille ne peut fournir, ont été donnés par nos confrères du département.

    Bornons-nous à dire que le nombre des victimes qui ont trouvé la mort dans cette stupide catastrophe, s’élève à l’heure où nous paraissons à 56 légionnaires et 5 cheminots, soit au total 61 victimes, mortes dans l’accomplissement de leurs devoirs, plus 220 blessés.

    Nous ne saurions, à présent que le plus gros de l’effort a été donné, passer sous silence le dévouement, l’abnégation et l’esprit de sacrifice de tout le personel médical qui, jour et nuit, s’est employé à soulager les souffrances des blessés, à panser leurs plaies béantes.

    Citons la belle attitude de M. le médecin-commandant Dalidet, du médecin capitaine Labrousse, de Monsieur Moro, capitaine pharmacien, de l’adjudant-chef Chouraqui, faisant fonction d’officier gestionnaire, de M. Haddadine auxiliaire médical, de M. Marc Lascar, M. Diaz, le sergent Ouvier et l’adjudant-chef Touboul qui ne comptent plus leurs heures de travail, de M. Lèvent, instituteur au collège, capitaine de réserve du service de santé, qui, spontanément, est venu se mettre à la disposition du médecin chef, de Monsieur le médecin de colonisation de Béni-Saf qui, arrivé à Tlemcen le jour de la catastrophe, s’est immédiatement rendu à l’hôpital pour offrir ses services.

     

    La catastrophe s’est produite à 14h53, le mercredi 14 septembre, entre les kilomètres 163k750 et 163k900 de la ligne de Sainte Barbe-du-Tlélal à Oujda, au train de marchandises 403, transportant de Sidi bel-Abbès au Maroc un détachement du 1er Régiment Etranger, composé de 2 officiers, 27 sous-officiers, 481 légionnaires : total 510 hommes (effectif déclaré au départ).

    Le train était composé d’un fourgon de tête, 8 wagons de marchandises, 11 voitures de 3e classe à 4 compartiments, 1 de 3e classe à 5 compartiments, 1 de 3e classe à 6 compartiments, 1 voiture mixte de 2e classe à 3 compartiments, 5 wagons de marchandises, 1 fourgon de queue, total : 29 véhicules. Son tonnage était de 329 tonnes.

    Sur cette section de ligne, la composition pouvait être poussée à 40 véhicules chargés au maximum, ou à 65 véhicules chargés et vides. Remorqué par une locomotive à quatre essieux couplés, pesant 55 tonnes, le train aurait pu atteindre un tonnage de 452 tonnes. Il possédait le nombre de freins montés réglementaire et régulièrement disposés.

    La marche entre Zelhoun et Turenne est tracée à 36 km à l’heure. La vitesse maxima autorisée est de 45 km

    L’accident fut annoncé à la Gendarmerie de Turenne par un indigène. Celle-ci avisa immédiatement, à 15h25, la gare de la localité. En même temps, le conducteur de queue Valero, du train 403, s’étant rendu compte du déraillement de la machine et de son engagement dans le remblai, avait sauté de son fourgon. Bien que légèrement blessé, il n’hésita pas à aller aviser la gare de Turenne et couvrir à l’avant son train. Le vagonnier Garcin, également rescapé partit couvrir à l’arrière. Le chauffeur Rigaud blessé, recherche immédiatement son mécanicien, puis, ses forces le trahissant, ne put aller plus loin. Ainsi les 3 seuls rescapés des huit agents du train faisaient leur devoir avant de songer à leur propre personne et assuraient toute sécurité nécessaire aux circulations pouvant survenir, soit de Turenne, soit de Zelboun.

    La gare de Turenne avisa immédiatement celle de Tlemcen à 15h25. Un train de secours fut immédiatement organisé, composé de 3 voitures, 4 fourgons, 6 wagons, couverts, le wagon de secours du poste de Tlemcen et tout le matériel de secours dont disposaient les établissements P.L.M. de la localité. Le train partit à 16 h30, emmenant deux médecins et une équipe de sauveteurs composée des 13 agents immédiatement disponibles ou volontaires.

    Les autorités étaient en même temps prévenues.

    De son côté, la gare de Sidi-bel-Abbès expédiait à 17h30, un train de secours, avec grue roulante, qui d’ailleurs, ne put être utilisée, en raisons de la configuration du terrain.

    Dans ce train prenaient place : le Docteur Regnier, chirugien chef du secteur de secours de la Cie PLM, 2 infirmiers de sa clinique et le matériel médical dont il disposait, une équipe de secours formée d’agents du dépôt de machines de la compagnie P.L.M.

    Le train de secours de Tlemcen est arrivé sur les lieux de la catastrophe à 17h38, celui de Sidi- bel-Abbès à 22h05.

    Dès réception de la nouvelle à Alger, la Direction de la Cie P.L.M. faisait préparer par les ateliers d’Alger, des moyens de secours supplémentaires, qui furent expédiés par l’express de nuit d’Alger à Sainte Barbe du Tlélat, puis par l’express du matin de Sainte Barbe du Tlélat au lieu de la catastrophe. En même temps, ordre était donné aux ateliers de Sidi Bel Abbès, de constituer deux équipes de 25 hommes et d’emporter un matériel de secours important (treuil, etc.), ce qui fût fait par l’express précité.

    La solidarité du réseau des chemins de fer du Maroc voisin s’est manifestée par l’envoi sur les lieux de l’accident de paniers de grand secours et l’offre des moyens de secours dont il disposait à Oudjda. D’autre part, le Contrôleur Civil de la région d’Oudjda et l’autorité militaire de cette localité expédiaient dans trois cars du matériel et du personnel de secours.

    Le premier train de secours rentrait à Tlemcen à 21h40, ramenant 80 blessés, 17 légionnaires morts et le corps de l’homme d’équipe Forster.

    À une heure, le 15 au matin, le docteur Regnier donnait le premier renseignement sur les blessés et morts. Légionnaires : 194 blessés, 20 amputés, 2 blessés graves, 15 morts, nombre de disparus indéterminé. Cheminots : 5 morts.

    Deux autres trains spéciaux, dont le dernier arriva à Tlemcen à 3h13, ramenèrent le restant des blessés.

    Pendant toute la nuit, en s’aidant de chalumeaux, de haches, de cordes, les équipes de sauveteurs s’employèrent à retirer les blessés.

    A 6h40 la situation était la suivante : Cheminots : 5 morts, dont 2 retirés (mécanicien Priéto, homme d’équipe Forster), 2 blessés, 1 rescapé. Légionnaires : 18 morts retirés, 37 disparus, 221 blessés dont 2 officiers, 230 rescapés, soit au total 506 contre 510 annoncés.

    A partir de ce moment, tous les blessés ayant été retirés, les légionnaires cédèrent le terrain aux équipes de la Cie P L M, laissant les brancardiers nécessaires pour le transport sur une bulle voisine des corps retirés. Le travail de déblaiement ne fut plus arrêté jusqu’à la nuit de samedi 17 au dimanche 18, aucun corps n’étant plus aperçu et le travail de nuit devenant impossible. Le déblaiement fut repris le 18 au malin, au lever du jour.

    Dans la nuit du 15 au 16, il fut retiré 5 nouveaux corps de légionnaires et celui du vagonnier de Cruz. Le 16, il fut retiré 6 corps de légionnaires et les corps du chef de train Beltra el du contrôleur adjoint des trains Pasquier.

    Dans la nuit de vendredi 16 à samedi 17,4 nouveaux corps de légionnaires furent retirés. Sur la demande du Général Rollet, un train spécial partit à une heure, le 17, de Tlemcen, pour apporter sur les lieux de la catastrophe les cercueils définitifs destinés aux derniers corps retirés. Le dernier le fut à 3h12. Le train spécial repartit à 4 heures pour Tlemcen.

    A 6h20, un train spécial emmenait de Tlemcen à Bel-Abbès, pour y arriver à 8h17, les 52 cercueils des légionnaires morts dans la catastrophe même ou à l’hôpital, des suites de leurs blessures. Dans la journée de samedi 17, les trois derniers corps qui avaient pu être repérés furent retirés.

     

     

    D’après le journal « Le Progrès de Bel-Abbès » du 20 septembre 1932

     

    Nos quotidiens ont donné dans ses moindres détails la relation de ce terrible accident qui met en deuil l’Armée française et la grande famille des Cheminots.

    On connaît le sinistre : un train de marchandises de la Cie PLM, qui transportait de Bel-Abbès au Maroc un détachement de la Légion composé de 2 officiers, 27 sous-officiers, 481 légionnaires, a déraillé mercredi vers 15 heures à 4 km de Turenne, précipitant son chargement dans un ravin qui longe la voie.

    Les causes ? Un ballast dégarni outre mesure dans une courbe dangereuse et d’où les rails se sont dégagés. Les responsabilités ? Une enquête les recherche.

    Dès 16h30, la pénible nouvelle parvenait à Bel-Abbès accompagnée des bruits les plus contradictoires, des commentaires les plus divers.

    Qui connaît l’affection de notre ville pour « sa » Légion comprendra combien était vive l’émotion générale en ces heures douloureuses. Voir partir pleins de courage et d’entrain ces hommes jeunes et robustes et les savoir écrasés sous un amas inextricable de fer et de bois était chose incroyable, impossible presque. Huit Cheminots les accompagnaient. Victimes du devoir, eux aussi ?

    Il fallait se rendre à l’évidence. La fatalité implacable avait touché du doigt ce convoi qui gisait à quelque quarante mètres du remblai tragique.

    Les secours s’organisèrent, rapides, dévoués. Des équipes d’hommes, fiévreux, infatigables, ramenèrent sur la voie des blessés, des agonisants, des cadavres.

    Au long des jours, le bilan prit une importance sinistre et à l’heure où paraissent ces mots rien n’est encore définitif.

    La Cie P.L.M. a payé un lourd tribut au destin : Cinq hommes, travailleurs du rail, consciencieux et fidèles, ont laissé leur vie dans le sombre ravin de Zelboun. Nommons ces victimes du devoir ; Chef de Train Beltra, Mécanicien Prieto, Contrôleur Pasquier, Wagonnier De Cruz, Homme d’équipe Forster.

    L’Armée pleure ses disparus et ceux qui, grièvement touchés, ne pourront plus porter l’uniforme.

    Samedi matin, cinquante deux corps arrivaient en gare de Bel-Abbès. Des funérailles émouvantes leur furent faites avec le concours de toute la population. Vouloir les décrire serait en amoindrir la sublime grandeur.

    Face à ces cercueils où gisaient ceux qui, cherchant la gloire, n’avaient trouvé, par une ironie cruelle du destin, qu’un trépas sans éclat, le Général Rollet fit l’appel des morts… Instant douloureux, tandis que, dans le ciel, couvert comme en décembre, des avions apportaient l’hommage ému de leurs frères de l’Armée des Airs.

    Quatorze camions-automobiles, dont le funèbre chargement disparaissait sous un monceau de fleurs, traversèrent la ville silencieuse, recueillie, sous la lumière voilée des ampoules. Au passage du cortège, dont l’imposante masse s’étendait à perte de vue, des milliers de personnes adressaient aux disparus un douloureux adieu.

    Ce matin, quatre corps sont allés les rejoindre au champ de repos où ces braves dormiront leur dernier sommeil dans la vénération publique.

     

     

    Les photos illustrant cet article sont extraites d’un site consacré à Sidi-bel-Abbès, et publiées avec l’aimable autorisation de monsieur Francis Rodriguez.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso