• 2 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le combat de Francfort

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français »
    Charles Théodore Beauvais – 1854

     

    Aussitôt que la retraite des armées coalisées fut décidée, le duc de Saxe-Teschen rappela aux Pays-Bas le corps de Clairfait. Ce général partit le 13 octobre de Stenay, se retira sur Mons par Namur, et le 24, toute l’armée prussienne fut réunie à Luxembourg, où elle arriva réduite de moitié.

    Le même jour, on reçut au quartier général des alliés, la nouvelle de la prise de Mayence. Cet événement fit concevoir des craintes pour Coblentz, qui renfermait les magasins de la coalition. Le corps hessois, qui à cette époque était à Trèves, pressa sa marche de manière qu’il atteignit le 28 Coblentz, qui fut couvert par quelques redoutes.

    L’armée prussienne suivit par Trèves, en six divisions, dont la première quitta Luxembourg le 25 octobre. La dernière passa le Rhin le 24 novembre. A mesure que les divisions de l’armée prussienne passaient le Rhin, elles cantonnèrent derrière la Lahn.

    Brunswick, après le combat livré à son avant-garde devant Limbourg, s’était retiré et fortifié dans Marbourg. Son armée tout entière ne tarda pas à venir le joindre. Le roi de Prusse lui-même l’accompagnait. Et, pressé de reprendre sur les Français la ville de Francfort, et de repousser Custine sur le Rhin, il avait, le jour même de son arrivée, donné l’ordre d’occuper Limbourg, que les Français avaient abandonné.

    Obligé de céder à des forces supérieures, Custine, après avoir réuni ses troupes à Francfort, ne tarda pas à s’y voir suivi par l’armée du roi de Prusse. Deux mesures à prendre s’offraient également à Custine pour se maintenir sur le Rhin : l’une de livrer bataille sous les murs de Francfort, l’autre d’évacuer cette ville et de se retirer sur Mayence. Il ne fit ni l’un ni l’autre. Il se contenta de laisser une garnison de 1500 hommes dans Francfort, et ne songea à les faire appuyer par des forces supérieures que lorsqu’il ne fut plus temps d’agir.

    Le corps du comte Kalkreuth se porta à Herborn pour se rapprocher des 3000 hommes de Hesse-Darmstadt qui occupaient Giessen. Le landgrave de Hesse-Cassel était à Marbourg avec ses troupes. Le général Courbière fut laissé à Coblentz avec neuf bataillons et dix escadrons. Le duc de Brunswick réunit seize bataillons et quinze escadrons à Montabourg, et une avant-garde de dix bataillons et dix-huit escadrons à Limbourg, sous le prince héréditaire de Hohenlohe-Ingelfingen, qui avait commandé l’arrière-garde pendant la retraite. Toutes dispositions d’attaque terminées le 25 novembre, le comte Kalkreuth, qui conduisait l’avant-garde, s’avança jusqu’à Bockenheim, et somma en vain Francfort d’ouvrir ses portes.

    Le 29, l’avantgarde et le gros de l’armée marchèrent à Hombourg. Les troupes de Hesse-Cassel restèrent à Bergen. Pendant ce temps, Custine restait inactif à Höchst, et Houchard s’était retiré dans une position près d’Ober-Ursel, dont la gauche était couverte par quelques retranchements. Pour tourner par sa gauche la position d’Ober-Ursel, qui ne pouvait être attaquée de front, l’avant-garde marcha le 30 à Reifenberg.

    Le roi de Prusse se décida enfin à attaquer Francfort, où commandait le général Van-Helden avec environ 1600 hommes et deux pièces de 3. Cette ville était entourée encore à cette époque d’un rempart bastionné et d’un large fossé que Custine avait négligé de nettoyer. Van-Helden recevait de lui les ordres les plus contradictoires : tantôt Custine lui ordonnait d’évacuer la place, tantôt d’opposer la plus opiniâtre résistance.

    Cependant Van-Helden n’avait rien de ce qui est nécessaire pour soutenir un siège. Francfort avait des fortifications ruinées, difficiles à mettre à l’abri d’un coup de main. Les fossés avaient à peine six pieds d’eau ; les portes étaient couvertes de ravelins en mauvais état ; les glacis étaient transformés depuis longtemps en jardins sur lesquels on avait construit des pavillons de plaisance et des maisonnettes.

    Afin de pouvoir résister avec quelque avantage dans une place ainsi démantelée, il eut fallu une garnison plus nombreuse et beaucoup d’artillerie. Quand il voulut tirer de l’arsenal les canons qui y étaient, les Francfortois, déjà mal disposés par la contribution de deux millions de florins que Custine leur avait imposée, s’y opposèrent. Le magistrat réclama son droit de neutralité, et rappela même la promesse du général Custine de ne point exposer la ville à un siége.

    Désespéré de ces contre-temps, le commandant de Francfort avait dépéché courriers sur courriers au général en chef, qui était alors à Mayence, pour le prévenir des dangers dont il était menacé, et le prier d’envoyer au général Houchard des secours propres à le mettre dans le cas de résister aux forces réunies contre lui. Mais déjà il n’était plus temps, et le général Neuwinger, qui accourait avec 9000 hommes, n’arriva qu’au moment où les Prussiens étaient maîtres de la ville.

    Le 2 décembre, les divisions ennemies avaient attaqué les différents postes du genéral Houchard, et l’avaient forcé de se replier sur sou quartier général de Höchst, et d’y prendre position. N’ayant plus en tête que les troupes de Van-Helden, et certains de la bonne volonté des Francfortois à leur égard, les Hessois s’étaient approchés des portes d’Essenheim, de Friedberg et de Hanau, tandis qu’une quatrième division se dirigeait sur le faubourg de Sachsenhausen, où était retranchée une partie de la garnison française.

    La sécurité des assaillants leur devint funeste. Persuadés qu’on ne pouvait leur opposer qu’une faible résistance, ils s’avançaient à découvert et sans précaution. Mais à peine furent-ils à portée que Van-Helden, démasquant tout à coup le peu d’artillerie qu’il avait pu rassembler, fit sur eux une décharge meurtrière. Les Prussiens, étonnés d’abord, se rassurent par leur grand nombre, continuent d’avancer, et soutiennent avec intrépidité la fusillade meurtrière des Français. Enfin, après une heure de combat, les portes sont enfoncées. Les habitants eux-mêmes aident à baisser les ponts. Les colonnes ennemies pénètrent rapidement dans la ville.

    Une nouvelle lutte s’engage dans les rues et dans les maisons. Les Français tuent un grand nombre de Prussiens, et Van-Helden ne songe à céder que lorsqu’il est convaincu de toute l’inutilité de la résistance. Les Français abandonnent enfin la ville, et laissent Van-Helden au pouvoir de l’ennemi. Ils sortent par la porte Neuve pour aller se joindre au quartier de Houchard, à Höchst.

    Poursuivis vivement par les vainqueurs, ils arrivent au moment où Neuwinger se réunissait à Houchard avec ses 9000 hommes. Malgré cette réunion, l’avant-garde prussienne continue son attaque sur les troupes françaises, et s’efforce de leur faire abandonner leur position. Mais, pris à revers et de front par l’artillerie légère de Neuwinger, les Prussiens, ne pouvant se développer, sont contraints de se replier. Les Français profitaient de cet avantage pour opérer eux-mêmes leur retraite sur Mayence, lorsque les Prussiens, soutenus par le gros de leur armée, reparurent ; mais le combat ne se rengagea point. Les deux armées passèrent la nuit dans leurs positions respectives. Dès le matin, Neuwinger et Houchard ordonnent la retraite, et décampent avant que les Prussiens s’en soient aperçus.

    Les Prussiens et les Hessois surtout éprouvèrent des pertes considérables dans ces différentes affaires, où, malgré la supériorité de leur nombre, ils eurent besoin de faire les plus grands efforts pour remporter la victoire. Le prince de Hesse-Philippstadt fut blessé à mort.

    Les Français perdirent mille prisonniers, deux cents blessés et cent tués. Ils avaient combattu avec une bravoure telle que les ennemis même n’avaient pu s’empêcher de les admirer.

    Le roi de Prusse lui-même remarqua un grenadier d’un bataillon de la Haute-Saône qui se défendit longtemps seul sur un pont. Déjà couvert de blessures et entouré des corps de ceux qu’il avait tués, il refusait quartier. Frappé de cette grandeur de courage, le roi fit retirer ceux qui attaquaient ce brave, ordonna de l’environner, de le prendre vivant, et de le lui amener. Mais le grenadier ne rend ses armes que lorsque ses blessures ont anéanti ses forces.

     

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