• 1 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    Le 30 novembre 1808 – La charge de Somosierra dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-charge-de-somosierra-150x150

    La charge de Somosierra

    D’après « Revue d’histoire rédigée à l’État-major de l’armée, Section historique » – 1902

    Lorsque l’empereur Napoléon arriva en Espagne au commencement de novembre 1808 pour diriger en personne les opérations militaires, l’armée française, retirée sur l’Èbre depuis le mois d’août et sérieusement renforcée depuis cette époque, venait de prendre l’offensive par sa droite dans la direction de Bilbao contre l’armée espagnole de Galice.

    Ce mouvement, dont le maréchal Lefebvre avait pris l’initiative, était contraire aux instructions données par l’Empereur, qui aurait désiré voir les Espagnols s’engager irrémédiablement sur ses deux flancs dans les directions de Durango et de Pampelune. Il se serait ainsi trouvé à même, en poussant rapidement sur Burgos, de se rabattre sur la droite ou sur la gauche de l’ennemi qui aurait subi un désastre offrant la contre-partie de celui de Bailen. Les deux masses principales des Espagnols une fois détruites, il ne rencontrerait plus d’obstacles sérieux jusqu’à Madrid, son objectif politique, où il voulait couronner son frère Joseph.

    Ayant trouvé les opérations engagées dans un sens imprévu, il jugea qu’il était trop tard pour arrêter les opérations entamées, et il laissa la droite de l’armée, sous les maréchaux Lefebvre et Victor, poursuivre le général Blake après la victoire remportée à Durango le 31 octobre. Il prit en même temps ses dispositions pour s’emparer de Burgos et de là se rabattre sur une des ailes de l’ennemi si les circonstances le permettaient.

    Le 4 novembre, l’armée de Galice est atteinte à Espinosa par le maréchal Victor, celle d’Extremadure à Gamonal par le maréchal Soult. Toutes deux sont mises en déroute, le centre des Espagnols est percé. Burgos est pris, et la route de Madrid est ouverte.

    Mais l’Empereur ne pousse pas plus avant sans être sûr que les deux armées principales de l’ennemi sont hors de cause. Ignorant la victoire d’Espinosa, il envoie le maréchal Soult sur Reinosa pour essayer de couper l’armée de Galice. Il s’occupe ensuite de la gauche ennemie restée intacte et qui se trouve toujours dans la vallée de l’Ebre, sous le commandement de Castaños.

    Il lui oppose le maréchal Moncey et la division Lagrange, en attendant qu’il puisse manoeuvrer contre elle par la vallée du Duero, afin de la couper de l’intérieur de l’Espagne et de renouveler contre elle la manœuvre qui avait si bien réussi à Ulm.

    Afin d’opérer en sécurité, sans craindre une intervention de l’armée anglaise qu’il sait débarquée en Portugal, il lance au loin sa cavalerie dans la direction de Valladolid et fait poursuivre sur la route de Madrid les débris de l’armée d’Extremadure qui font mine de résister à Aranda. Mais l’ennemi ne tient pas dans cette ville, où le maréchal Ney entre le 16 novembre au soir. Les Espagnols se retirent vers le défilé de Somosierra.

    L’Empereur, sachant alors par sa cavalerie qu’il n’existe aucun rassemblement ennemi dans la direction de Valladolid, envoie le 18 novembre ses ordres au maréchal Ney pour qu’il se dirige par Soria sur les derrières de Castaños, tandis que le maréchal Lannes, avec le 3e corps et la division Lagrange, attaquera dans la vallée de l’Ebre vers Calahorra le 22 novembre.

    En même temps, l’Empereur rappelle à lui le 1er corps devenu disponible. Dès que ce corps arrive à proximité de Burgos, il le dirige sur Aranda, ainsi que la Garde impériale, et porte sur le même point son quartier général le 23 novembre.

    Son intention est de s’engager dans la vallée du Duero avec toutes ses forces pour soutenir le maréchal Ney. Il pourra opérer sans danger ce mouvement, car sa droite sera gardée par le maréchal Lefebvre, descendu sur Carrion pour soutenir le gros de sa cavalerie dans la région de Valladolid. Il n’a rien à craindre de l’armée qui s’est retirée sur Somosierra, car elle y est réduite à la défensive.

    Il envoie le 23 novembre, le 1er corps dans la direction d’Almazan, et il allait le suivre le 26 novembre avec la Garde impériale, lorsqu’il reçut la nouvelle de la victoire complète remportée le 23 novembre par le maréchal Lannes à Tudela. Il était dès lors trop tard pour continuer à manœuvrer contre Castanos par la vallée du Duero, et il valait mieux essayer de devancer l’armée espagnole à Madrid où elle se dirigeait à marches forcées par Calatayud.

    L’Empereur fait alors faire un à droite au 1er corps et à la division de dragons de Latour-Maubourg, dont la tête arrivait sur Almazan, et les dirige droit sur Somosierra, qui était le dernier obstacle à surmonter avant d’atteindre Madrid.

    Pendant que les divisions Ruffin et Villatte s’y rendent par Riaza, la division Lapisse et la Garde prennent le chemin de Boceguillas et l’Empereur, à qui la cavalerie de Lasalle a appris la présence de forces ennemies assez sérieuses à Sepulveda et à Somosierra, envoie, le 27 novembre, le général Savary reconnaître Sepulveda. Savary attaqua la ville le lendemain, mais la trouvant fortement gardée, il n’insista pas et se retira.

    A cette nouvelle, l’Empereur, qui savait d’autre part que Somosierra était fortement occupé, jugea qu’il était nécessaire d’attendre que le 1er corps et la Garde fussent réunis pour attaquer méthodiquement Sepulveda et Somosierra. Il renonça donc à passer la Somosierra le 29 novembre, comme il en avait eu primitivement l’intention, et en attendant le 1er corps qui ne pouvait arriver en entier que dans la soirée du 29, il employa la journée à reconnaître lui-même la position de Somosierra.

    Il donna ses ordres dans la soirée pour que la division Lapisse attaquât dans la matinée du 30 novembre, la ville de Sepulveda, de façon que cette position fût enlevée vers 9 heures du matin. Pendant ce temps, les troupes du maréchal Victor s’approcheraient de Somosierra et attaqueraient le défilé vers 9 heures. Mais, dans la nuit du 29 au 30 novembre, on apprit que les troupes de Sepulveda avaient évacué la ville et battaient en retraite sur Ségovie. L’Empereur donna alors ses ordres pour que le 1er corps se portât le 30 novembre dès le matin à l’attaque de Somosierra.

    Les forces dont l’Empereur disposait à ce moment se trouvaient ainsi réparties : vers Riaza et Cerezo de Arriba, les divisions Villatte et Ruffin, avec le régiment des chevau-légers polonais ; vers Boceguillas et Grajera, les fusiliers de la Garde et la division Lapisse avec la cavalerie de la Garde ; les divisions de dragons La Houssaye et Latour-Maubourg arrivaient vers Grajera, venant d’Aranda et d’Osma.

    En exécution des ordres de l’Empereur, le maréchal Victor quitta Cerezo de Arriba le 30 novembre vers 7 heures du matin avec la division Ruffin, sans attendre la division Villatte restée à Riaza, et les troupes de la division Lapisse et de la Garde, venant de Boceguillas et Grajera. Le régiment des chevau-légers polonais suivit le mouvement de la division Ruffin.

    L’Empereur quitta de bonne heure son quartier général de Boceguillas et se porta au delà de Cerezo de Abajo avec la cavalerie de la Garde impénale. Il s’arrêta pour déjeuner dans une maison abandonnée, à gauche de la route et à proximité de l’entrée du défilé, pendant que le maréchal Victor se portait sur Somosierra avec la division Ruffin renforcée de six pièces d’artillerie. Ces troupes commencèrent à entrer dans le défilé vers 9 heures du matin. Les autres divisions du 1er corps, parties de plus loin, ne pouvaient guère y parvenir avant le milieu de la journée.

    Un brouillard très épais bornait la vue à courte distance et nuisait à la rapidité de la marche en dehors de la route. Aussi, dès que les voltigeurs français eurent pris le contact des tirailleurs espagnols et engagé la fusillade, la division Ruffin ne progressa plus qu’avec lenteur. Le mouvement général fut encore retardé par la nécessité où l’on se trouva, afin de donner passage à l’artillerie, de réparer la route coupée en plusieurs endroits. C’est le général Bertrand qui fut chargé de ce travail par l’Empereur.

    Pendant ce temps, le maréchal Victor avait pris ses mesures pour l’attaque de la position. D’après ses ordres, le 96e régiment de ligne s’avança au centre en suivant la route dans le fond du défilé. Le 9e régiment d’infanterie légère s’engagea sur les hauteurs du Cerro Barrancal à l’Ouest de la route, et le 24e de ligne suivit les pentes des hauteurs de la Cebollera à l’Est. Ces deux régiments devaient marcher parallèlement à la route, balayer tout ce qui se trouvait sur les hauteurs, déborder par conséquent les défenseurs du défilé, et ouvrir ainsi le passage à la colonne du centre.

    Mais ce fut le mouvement inverse qui se produisit. Le 96e de ligne, marchant sur une bonne route, arriva assez rapidement à la faveur du brouillard. Vers le milieu du défilé, aux environs du pont sur lequel la route traversait le ruisseau, il y fut arrêté par le tir à mitraille d’une batterie espagnole qui enfilait la route, et le feu plongeant des tirailleurs déployés à droite et à gauche sur les deux flancs du défilé.

    Les deux autres régiments, au contraire, ayant à parcourir au milieu du brouillard des montagnes escarpées et difficiles, se trouvèrent bien en arrière du 96e au moment où ce dernier fut arrêté. Dans ces conditions, le 96e fut obligé d’attendre que les deux autres régiments eussent dessiné leur mouvement.

    Afin de soutenir le 96e et de riposter au feu de la batterie qui enfilait la route, le maréchal Victor fit avancer l’artillerie du général Sénarmont, mais à cause du peu de largeur du défilé en cet endroit, on ne put mettre en batterie que deux pièces, qui entamèrent aussitôt la lutte avec les quatre pièces espagnoles, mais ne parurent pas produire grand effet.

    En même temps, les voltigeurs du 96e s’élevaient sur les pentes à droite de la route et gagnaient peu à peu du terrain sur les tirailleurs espagnols. Mais le combat s’annonçait comme devant être encore long et pénible, tout au moins jusqu’au moment où les 9e léger et 24e de ligne auraient fait sentir leur action.

    Il pouvait être alors entre 11 heures et midi. Le soleil avait fini par dissiper le brouillard, et peu à peu le temps était devenu beau. L’Empereur, informé de ce qui se passait et impatienté en voyant la lenteur du mouvement de son infanterie, se porta en avant avec la cavalerie de la Garde, qui fut arrêtée vers l’entrée du défilé.

    Il y pénétra suivi seulement des escadrons de service, et poussa jusque dans le voisinage de la batterie française pour examiner de ses propres yeux la situation. Lorsqu’il s’arrêta, il n’avait auprès de lui que le 3e escadron des chevau-Iégers et deux pelotons des chasseurs de la Garde. L’endroit où il s’était arrêté se trouvait battu par le feu de l’ennemi, mais sans prendre garde aux balles qui sifflaient à ses oreilles, il explora longuement le ravin avec sa lunette, et il paraissait absorbé dans sa contemplation, lorsque tout à coup il donna l’ordre de faire avancer l’escadron des chevau-légers polonais, qui était de service auprès de lui, et de le faire charger sur la route pour enlever les batteries espagnoles.

    Le général Montbrun, qui commandait ce jour-là la cavalerie d’avant-garde, prit avec lui le colonel de Piré, aide de camp de Berthier, et partit avec l’escadron pour le faire charger, mais au moment de le lancer, à la vue de l’artillerie qui balayait la route par laquelle il fallait forcément passer, il jugea la tentative par trop téméraire et exempte de chance de succès. Il abrita donc l’escadron dans un pli de terrain et envoya dire à l’Empereur que la charge était impossible devant de pareils obstacles. A cette nouvelle, l’Empereur qui voulait en finir rapidement, s’irrita, et déclarant qu’il ne connaissait pas le mot impossible, réitéra son ordre précédent. Il envoya le major Philippe de Ségur, son officier d’ordonnance, le transmettre à l’escadron polonais.

    Ce fut le chef d’escadron Kozietulski qui le reçut. Devant la volonté nettement affirmée de l’Empereur, l’hésitation n’était plus permise, et Kozietulski n’en eut pas. Il s’élança aussitôt en tête de son escadron qui prit le galop en restant en colonne par quatre, le peu de largeur de la route et du défilé ne permettant pas d’autre formation.

    Ségur se joignit aux Polonais, et se trouva ainsi le seul Français qui prit part à leur magnifique chevauchée.

    Aussitôt lancé, l’escadron fut assailli sur son front par la mitraille de l’artillerie et sur ses flancs par le feu des troupes postées sur les hauteurs. Il subit en peu de temps des pertes considérables qui causèrent forcément quelque désordre et peut-être un moment d’hésitation. Mais la charge retrouva vite son élan, et les Polonais continuèrent à galoper à toute vitesse vers les canons ennemis. Quelques cavaliers seulement, épouvantés par le feu terrible qui s’abattait sur la colonne, restèrent en arrière s’abritant dans un pli du terrain.

    Ils furent vite ralliés et entraînés en avant par le lieutenant Niegolewski qui revenait de reconnaissance avec son peloton et galopait à la suite de l’escadron pour se joindre à la charge.

    Malgré l’épouvantable grêle de projectiles qui venaient semer la mort dans leurs rangs, les Polonais poursuivirent leur chemin à toute vitesse et enlevèrent successivement les trois batteries espagnoles placées aux angles de la route. Lorsqu’ils parvinrent au sommet du col sur la quatrième batterie qui était solidement retranchée, ils se trouvaient réduits à une poignée de cavaliers sous le commandement du lieutenant Niegolewski, le seul officier resté indemne. Tout le reste de l’escadron était tombé en chemin.

    Malgré leur petit nombre, les braves qui restaient enlevèrent encore la dernière batterie, mais la plupart de ceux qui accomplirent ce dernier exploit tombèrent à leur tour ou se dispersèrent, et le vaillant Niegolewski, renversé sous son cheval abattu, reçut onze blessures près des canons qu’il venait d’enlever.

    L’escadron était presque détruit, mais le but cherché par l’Empereur était atteint. Cette charge extraordinaire avait produit sur les Espagnols un tel etfet de démoralisation, qu’ils abandonnèrent leur position, et s’enfuirent sans attendre le choc des escadrons envoyés à la suite du 3e. Lorsque le 2e escadron des chevau-légers et les chasseurs de la Garde, lancés par L’Empereur pour soutenir la première charge, parvinrent au sommet du col de Somosierra, ils n’avaient, à leur grande surprise, éprouvé aucune résistance, et n’avaient perdu ni un homme ni un cheval.

    C’est le contraste frappant entré les pertes subies par le 3e escadron et le néant de celles supportées par le 2e qui prouve d’une façon péremptoire que tout l’effet fut produit par le 3e, et que lors de la charge du 2e, les Espagnols ne se défendaient déjà plus. La charge eut donc des résultats foudroyants, et le magnifique dévouement d’une poignée d’hommes résolus suffit à briser la résistance de 8000 à 9000 Espagnols bien postés et soutenus par seize pièces d’artillerie.

    L’escadron polonais avait acheté son succès au prix de lourdes pertes. Tous les officiers étaient restés sur le terrain. Seul le chef d’escadron Kozietulski, ayant eu son cheval tué au début de la charge, put se retirer sans blessures, mais couvert de contusions, avec ses habits criblés de balles. Le major Philippe de Ségur, le seul Français qui prit part à la charge, avait reçu trois dangereuses blessures. Cinquante-sept chevau-légers étaient tués ou blessés, vingt-quatre étaient contusionnés et étaient demeurés en arrière avec beaucoup d’autres dont les chevaux s’étaient abattus. L’effectif de l’escadron étant de 150 hommes environ, on voit que les pertes relatives qu’il subit furent énormes, et qu’elles témoignent hautement en faveur de l’héroïme qu’il déploya.

    Cet héroïsme n’a pas lieu de beaucoup surprendre, si l’on réfléchit que le régiment des chevau- légers avait été recruté parmi les towarzysz, ou cavaliers nobles servant presque depuis l’enfance, familiarisés dès leur plus jeune âge avec le maniement des armes et la conduite du cheval, et élevés dans des sentiments d’honneur et d’amour du métier militaire. La bravoure naturelle de ces vrais chevaliers était doublée par la conviction qu’ils avaient de servir leur patrie, en se sacrifiant pour l’homme qui était à leurs yeux le futur restaurateur de la Pologne.

    La charge commença vers le milieu du défilé et fut menée sans interruption jusqu’au sommet du col, couvrant un espace de 2500 mètres environ. Elle ne dura donc pas plus de sept à huit minutes.

    Les résultats qu’elle procura paraissent, au premier abord, tellement extraordinaires, que les historiens en général ont refusé d’en attribuer l’obtention au seul escadron polonais. Les Espagnols, notamment, déclarent que si leurs troupes abandonnèrent la position, ce résultat fut bien dû en partie à la charge elle-même, mais surtout aux mouvements de flanc dont les menaçait l’infanterie française qu’ils apercevaient s’avançant sur les hauteurs de la Cebollera et du Barrancal. Il est probable, en effet, que, le brouillard s’étant levé, les Espagnols purent voir les 9e régiment d’infanterie légère et 24e de ligne marcher sur eux par les crêtes à droite et à gauche de la route. Mais il faut observer d’abord que ces régiments arrivaient de front et non pas de flanc contre les bataillons espagnols qui garnissaient les mêmes crêtes, ensuite qu’ils se trouvaient encore fort éloignés de la position espagnole, puisque c’est précisément la lenteur de leur marche dans un terrain difficile qui incita l’Empereur, impatient d’en finir, à lancer sa cavalerie pour faire brèche au centre de la position ennemie.

    De plus, si l’on considère que le 3e escadron, qui chargea le premier, laissa sur la route plus de la moitié de son effectif, on doit convenir que les Espagnols qui garnissaient les abords de la route opposèrent aux cavaliers polonais la défense la plus énergique. Mais on constate aussi que cette résistance cessa avec la charge même du 3e escadron, et que le 2e, qui le suivit quelques minutes après, devançant de bien loin l’infanterie, parvint au col sans avoir perdu un homme ni un cheval.

    Les Espagnols abandonnèrent donc leur position pendant les quelques minutes qui séparèrent les deux charges. Dans ces conditions, est-il logique d’admettre qu’un résultat aussi rapide fût du à la vue d’une infanterie hors de portée ? Il parait plus naturel de l’attribuer à l’effet moral immédiat produit par la première charge, qui avait passé malgré un feu terrible et foncé jusqu’au sommet du col en enlevant toute l’artillerie. Un pareil spectacle dut faire plus d’impression sur les troupes inexpérimentées qui défendaient le passage, que la menace lointaine de l’infanterie.

    Il est juste d’ajouter cependant que, pour éloignée qu’elle fût, cette menace n’était pas vaine, et qu’en sus des 9e légère et 24e de ligne, qui s’avançaient par les crêtes et à mi-pente, le 96e régiment d’infanterie, qui suivait la route, avait, sur l’ordre du général Barrois, déployé ses tirailleurs sur les pentes à droite de la route et s’avançait vers le col à la suite de la cavalerie, refoulant devant lui les tirailleurs espagnols.

    Les chevau-légers polonais se trouvaient donc directement soutenus par une forte troupe d’infanterie, dont la vue contribua probablement à la défoute de l’ennemi, fort ébranlé par l’impétuosité de la charge. Mais, rien de tout cela ne diminue le mérite des Polonais, car, si les troupes à pied eurent leur part obligée dans le succès final impossible sans elles, il n’en est pas moins vrai que le résultat principal fut obtenu en quelques instants par le coup d’audace des chevau-légers, alors que l’infanterie n’y serait peut-être parvenue qu’après plusieurs heures.

    Les Polonais méritèrent donc pleinement la flatteuse marque d’estime que leur donna l’Empereur le lendemain de la bataille, lorsque, ayant fait rassembler le régiment et fait sonner les trompettes, il se posta devant le front des escadrons et, se découvrant devant eux avec le geste plein d’ampleur qui lui était familier, il leur dit d’une voix forte : « Vous êtes dignes de ma vieille Garde, je vous reconnais pour la plus brave cavalerie ».

    L’Empereur récompensa magnifiquement le régiment en lui accordant 16 croix de la Légion d’honneur, dont 8 pour les officiers et 8 pour la troupe.

    Sans la charge héroïque des chevau-légers, l’affaire de Somosierra se serait réduite aux modestes proportions d’un petit engagement de montagne. De fait, le combat lui-même coûta peu de monde aux deux partis. Les pertes des Français ne s’élevèrent pas à 150 hommes tués ou blessés, celles des Espagnols furent également minimes, et ils ne laissèrent entre nos mains que quelques centaines de prisonniers. Il en fut tout autrement lors de la poursuite, pendant laquelle notre cavalerie en fit plusieurs milliers.

    Mais si le combat présenta en lui-même peu d’importance, il n’en acquit pas moins une célébrité égale à celle des grandes batailles, grâce à l’épisode brillant fourni par la charge des Polonais. De plus, si les résultats immédiats du combat étaient minimes, les suites qu’il entraînait étaient considérables, car la charge de l’escadron polonais avait terminé le combat et ouvert à l’Empereur le chemin de la capitale.

    Le reste du régiment des chevau-légers fut lancé à la suite du 2e escadron et des chasseurs de la Garde, et poursuivit les fuyards jusqu’à la nuit sur la route de Madrid. Il ne s’arrêta qu’au delà de Buitrago, où l’Empereur se porta le soir même avec la cavalerie de la garde et les divisions de dragons La Houssaye et Latour-Maubourg. La cavalerie du général Lasalle avait été lancée sur les traces du corps qui avait évacué Sépulveda, dans la direction de Ségovie.

     

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