• 1 décembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    Le combat de Figuières

    D’après « Nouveau dictionnaire historique des sièges et batailles mémorables » – 1809

     

    Les Espagnols, vaincus par le général Pérignon à Escaulas, courent se réfugier dans le camp de Liers, établi sous le canon du château de Figuières. Les Français les y suivirent avec tant de vitesse, que les Espagnols se mirent à fuir sept à huit lieues plus loin. Dès le soir, le fort de Fernando fut investi par les soldats français, qui tournèrent contre la place les canons espagnols dont ils venaient de s’emparer.

    Ce fort, l’un des plus beaux de l’Europe, est situé à quatre cents toises de la ville. Tout y est voûté, casemate à l’épreuve de la bombe. Cette forteresse est cependant exposée à être enfilée de plusieurs côtés. Elle se trouvait commandée au Nord et à l’Ouest par des éminences. Mais, éloignées d’environ trois cents toises du corps de la place, on n’en pouvait profiter pour battre en brèche. Le front du côté de l’Ouest est entièrement miné et contre-miné. La garnison, forte d’environ dix mille hommes, avait encore élevé des traverses dans toutes les parties des remparts exposés à être enfilés. On attaqua en même temps le fort de Roses, situé à dix mille toises à l’Ouest.

    Pour assiéger Figuières, Roses et le fort de la Trinité, il aurait fallu une armée de cent mille hommes, afin d’en garder tous les postes intermédiaires. L’armée n’en comptait pas vingt-cinq mille. Cependant l’effroi et la désorganisation étaient tels dans l’armée espagnole, qu’elle devait être pour longtemps dans l’impuissance de s’opposer aux entreprises des Français.

    Il régnait d’ailleurs un grand désordre et beaucoup de désunion parmi les troupes chargées de la défense de Figuières. Au moment où le comte de La Union s’était aperçu dans la dernière bataille que son armée était culbutée sur la gauche, il fit sortir de Figuières une partie très considérable de la garnison pour se porter au camp de Liers, et servir de point de ralliement. Mais ces troupes elles-mêmes avaient été entraînées par la marche rapide des Français. Les fuyards, ayant trouvé les ponts-levis baissés et les portes ouvertes, se jetèrent dans le fort, poursuivis de si près, que les Français y seraient entrés dès ce moment, si on ne se fût hâté d’en lever les ponts.

    Cette garnison se trouvait donc composée de troupes diverses, débris épars de quelques régiments, parmi lesquels la terreur et l’insubordination, étaient telles, que les soldats se refusaient à tout genre de service. Il était important pour le général Pérignon de ne pas laisser la garnison de Figuières revenir de la stupeur dont elle avait été frappée, et surtout de ne pas lui laisser le temps de s’organiser.

    On partagea donc en deux l’armée des Pyrénées. Quinze mille Français investirent Figuières. Le général Pérignon fit une sommation terrible au gouvemeur, elle produisit tout l’effet qu’on en attendait. Le commandant espagnol André Torrès convoqua un conseil de guerre. Presque tous les officiers furent d’avis de capituler.

    Deux parlementaires arrivèrent d’abord au général Pérignon, à la Jonquière, demandant de la part du gouverneur qu’il lui fût permis d’écrire à son général, et d’en recevoir une réponse, qui déciderait du sort de la place. Pérignon refusa de souscrire à cette demande, et chargea les parlementaires d’informer le gouverneur que l’armée française attendait avec impatience le signal d’une attaque pour laquelle tout était disposé. Les suites en devaient être terribles, et la réussite assurée. La frayeur des Espagnols ne leur laissa point apercevoir le petit nombre des Français, la faiblesse de leurs moyens d’attaque, et la puissance de ceux de défense que leur donnaient leurs fortifications, leurs munitions et leurs vivres.

    Tremblant à la menace d’un assaut, le gouverneur capitula le 27 novembre. Dix mille soldats espagnols et portugais sortirent de Figuières pour poser les armes sur les glacis et être conduits prisonniers en France.

    La reddition de cette place étonna encore davantage quand on y trouva deux cents pièces de canon, beaucoup de farines, de viandes salées, de vins, de vinaigre, d’eaux-de-vie, et une grande quantité de poudre. Cette conquête, en approvisionnant l’armée des Pyrénées, et lui fournissant six cents mille livres en numéraire, aurait même été infiniment précieuse quand elle n’aurait pas encore ouvert aux Français l’accès du Lampourdan, pays riche en grains et en vins, et qui leur assurait des subsistances.

    La reddition de Figuières parut si surprenante, que l’on attribua un tel succès à la corruption et non à la terreur des armes républicaines.

    Une conversation entre le représentant Delbrel, commissaire près cette armée, et le lieutenant-colonel Ortozouar, l’un des parlementaires espagnols, peint d’une manière énergique la situation morale des troupes enfermées dans Figuières. La capitulation était signée.

    - Actuellement que tout est signé, lui dit le représentant, vous pouvez parler franchement. N’est-il pas vrai que vous manquiez d’artillerie pour la défense de la place ?
    - Il y a deux cents pièces en batterie sur les remparts.
    - Vous n’aviez donc pas de munitions ?
    - Nous en avions pour six mois.
    - Manquiez-vous de subsistances ?
    - Tous les magasins sont remplis.
    - Votre garnison était donc trop faible ?
    - Elle était de dix mille hommes.
    - Que vous manquait-il donc pour défendre la place ?
    - Cela, en montrant son cœur. Si j’avais eu seulement trois mille hommes de vos troupes, vous n’auriez jamais eu le fort.

    Indigné de cette reddition, le roi d’Espagne fit faire le procès au gouverneur de Figuières et aux officiers d’état major. Quatre d’entre eux furent condamnés à mort.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso