• 26 novembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    L’escalade de Prague

    D’après « Batailles françaises » – Colonel Hardy de Périni

     

    L’Electeur de Bavière, qui commandait les 40000 Franco-Saxons rassemblés devant Prague, avait ordonné une attaque de nuit, avant l’arrivée d’un renfort de 14000 Autrichiens que la garnison attendait.

    Maurice de Saxe avait écrit à l’Électeur : « Il ne nous reste d’autre ressource que de prendre Prague de vive force. La garnison ne peut résister à nos efforts si nous l’attaquons de plusieurs côtés, et la bourgeoisie armée, quoique très nombreuse, ne doit pas nous effrayer. Si V. A. veut faire faire deux attaques aux Saxons, j’en ferai une de mon côté. M. de Gabion pourra en faire une quatrième ».

    L’Electeur répondit : « Mes Saxons feront une véritable attaque à la porte Charles et tâcheront de l’emporter. On fera défiler les troupes, l’entrée de la nuit, pour commencer l’action vers les trois heures du matin mais nous attendrons le succès des fausses attaques de MM. de Gassion et de Saxe, commencées une heure plus tôt, afin d’attirer l’attention de leur côté, car à la porte Charles il y a 1000 hommes de piquet toutes les nuits ».

     

    Voici le récit qu’a fait Maurice de Saxe à son ami le chevalier de Folard de cette escalade légendaire.

    « Je ramassai quelques échelles et j’accommodai des poutres avec des cordes pour me servir de béliers. Je coulai, tout le long du fossé de la citadelle, jusqu’à la porte-neuve, la seule qui ne fut pas murée et, bien que le revêtement fût fort haut, je résolus d’y faire mon attaque, parce que, n’ayant que quatre compagnies de grenadiers et 800 fusiliers, il me fallait une porte pour faire entrer de suite ma cavalerie dans la ville.

    Comme j’approchais de Prague, une heure après minuit, j’entendis l’attaque de M. de Polastron. Je fis halte et, pendant qu’on distribuait les échelles, la poudre et les balles, je m’avançais avec M. de Chevert, lieutenant-colonel de Beauce, commandant les grenadiers, pour reconnaître où nous ferions l’attaque.

    Je trouvai, près de la porte-neuve, un bastion revêtu en briques jusqu’à la hauteur de 30 pieds. Vis-à-vis et à peu près au milieu du rempart, était une plate-forme, formée de gravois et d’immondices.

    Le temps pressait. Je me décidai à escalader le flanc du bastion du polygone, à côté de celui de la porte-neuve.

    Je fis mettre pied à terre à mes 600 dragons et à 400 de mes carabiniers, et je laissai M. de la Tour à cheval, avec 400 carabiniers et 600 maîtres de la brigade du Roi. Je dis à M. de Chevert que, dès que je m’apercevrais qu’il était découvert, je me mettrais, avec les troupes à pied, sur la plate-forme pour y attirer le feu du polygone, et qu’en même temps, j’attaquerais le pont-levis de la porte-neuve. Tout cela se fit dans un si grand silence que les sentinelles du rempart ne s’aperçurent de rien.

    Je fis avancer mes cavaliers sur la chaussée, pour qu’ils entrent dans Prague au moment où j’aurais forcé la porte-neuve.

    Les échelles ayant été distribuées, j’ordonnai au sergent Jacob Pascal de monter sur le bastion avec 8 grenadiers, de ne point tirer, quelque chose qu’il arrivât, de poignarder les sentinelles s’il pouvait les surprendre, et de ne se défendre qu’à coups de baïonnette s’il trouvait de la résistance. Ce sergent devait être suivi par M. de Chevert, à la tête des grenadiers, et par des dragons ou des fusiliers, conduits par Victor de Broglie, fils aîné du maréchal.

    Jacob était parvenu au haut du rempart, avec ses 8 grenadiers, quand les sentinelles donnèrent l’alarme. J’étais assis sur le bord du fossé, au bout de la plate-forme, vis-à-vis le bastion de M. de Chevert. Mes dragons étaient cachés à 30 pas derrière moi. Je me levai et criai : « A moi, dragons ! ».

    Ils parurent sur-le-champ. Tout ce qu’il y avait d’ennemis dans le polygone et sur la courtine, nous ayant découverts, tira sur nous. Je fis répondre par un très grand feu. Pendant ce temps, M. de Chevert montait dans le bastion avec les grenadiers. Les ennemis ne s’en aperçurent que lorsqu’il y en eut une compagnie sur le rempart. Alors, ils vinrent à la charge mais les grenadiers ne se défendirent qu’à grands coups de baïonnette et tinrent ferme. Au moment où j’arrivais avec mes dragons à la porte-neuve, M. de Chevert m’en abattit le pont-levis.

    Je laissai des dragons à la porte. J’en jetai sur le rempart de chaque côté pour assurer mes flancs. Je poussai, à toute bride, la cavalerie dans les rues et je marchai avec les 4 compagnies de grenadiers et le reste de la cavalerie vers le pont de Prague, qui sépare la ville en deux, afin de favoriser aux Saxons l’entrée du petit coté, dont ils continuaient l’attaque avec une grande vivacité ».

     

    Les magistrats remirent à Maurice de Saxe les clefs de la ville, et le gouverneur, M. d’Ogilvy, signa pour la citadelle une capitulation honorable, qui sauva la ville du pillage.

    En s’éveillant au petit jour, les bourgeois de Prague apprirent que la garnison austro-hongroise avait été relevée par des Français et des Saxons.

     

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