• 20 novembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le combat de Téniah

    D’après « Le magasin pittoresque » – Louis Fouquet – 1840

     

    A environ deux lieues et demie de Blidah, ville distante d’Alger d’environ douze lieues, se trouve une grande ferme désignée par les indigènes sous le nom de Haouck-Chaouchel-Mouzaïa, et par nous sous celui de Ferme de l’Agha, sans doute parce que le Maure Hamdan, notre premier agha de la plaine de la Métidja, y fut laissé en observation pendant l’expédition de 1830.

    De Blidah à cette ferme, on longe le pied des montagnes qui bornent, au sud-ouest d’Alger, la plaine, large de cinq à six lieues. Ces montagnes, qu’on appelle généralement le Petit-Atlas, s’élèvent par ressauts brusques et fortement prononcés. Leurs premiers contreforts sont cultivés et couverts de vergers, auxquels succèdent, jusqu’aux crêtes les plus élevées, des forêts de chênes verts. Il faut franchir ces montagnes pour arriver à Médéah. Après avoir gravi le premier contrefort de la chaîne de l’Atlas, on parvient à un plateau d’où les regards plongent sur toute la plaine de la Métidja. La mer apparaît dans le lointain, et l’on découvre à l’ouest le lac Aoula, à l’extrémité du territoire des Hadjoutes.

    Le 21 novembre 1830, vers midi, nos troupes firent halle en cet endroit : le général Clauzel, qui commandait en chef, les fit former de manière à faire face du côté de la France, et le passage de l’Atlas fut salué par une salve de vingt-cinq coups de canon.

    Une distance de quatre lieues sépare la ferme de Mouzaïa du Teniah. Le chemin qui y conduit suit la rive droite d’un torrent très encaissé : il est roide, escarpé, coupé sur plusieurs points par des ravins profonds, et donnait, en 1830, à peine passage à deux hommes de front, surtout aux approches du col. Taillé dans un sol schisteux et glissant, il court en zigzag, à branches rapprochées, sur un plan très incliné. L’accès de ce défilé est d’autant plus difficile, qu’il ne présente qu’une coupure de quelques pieds, dominée des deux côtés, et à une hauteur considérable, par des mamelons coniques dont le sommet se perd dans les nues. Le Téniah, ou col de Mouzaïa, s’élève à 964 mètres 70 centimètres au-dessus du niveau de la mer. Le mamelon qui le domine à l’est, à 1182 mètres 32 centimètres, et celui de l’ouest, 1034 mètres 74 centimètres au-dessus du même niveau. La distance qui sépare ces deux points est de 900 mètres.

    Trois à quatre mille Turcs, appuyés par deux pièces de canon, défendaient les approches du Téniah. Le reste des troupes du bey de Tittery était échelonné dans la gorge, en avant de la position principale, occupant les points les plus favorables à la défense jusqu’à une distance de cinq quarts de lieue. Toutes les hauteurs, jusque sur les derrières de nos troupes, étaient occupées par des Arabes.

    Cette position ne pouvait être attaquée que de front et par la gauche, la profondeur du précipice qui bordait la droite de la route ne permettant pas de faire passer des troupes de ce côté. Une colonne composée des 14e, 20e et 28e régiments de ligne, gravit les hauteurs de l’est, pour prendre à revers les Kabaïles du bey de Tittery. Le 37e et deux compagnies du 14e, sous les ordres du général Achard, commandant la première brigade, continuèrent à marcher sur la roule. Les difficultés locales rendaient lente la marche des corps qui manœuvraient sur les hauteurs.

    Dans un engagement avec les Kabaïles, les tambours des bataillons de gauche battant la charge, le général Achard, auquel ses ordres ne prescrivaient pas d’attaquer de front cette position formidable, s’écrie : « Quand je suis en face de l’ennemi, je sais ce que j’ai à faire : dans moins d’une demi-heure je serai là-haut ».

    Aussitôt il fait quitter le sac aux soldats du 37e et du 14e, et s’élance à leur tête. Après un combat court, mais vif, la position est emportée. L’ennemi, étonné de la vigueur de cette attaque, s’enfuit précipitamment. Avant le coucher du soleil, nous sommes maîtres du Téniah, et le drapeau français flotte sur l’Atlas.

    Le 22 novembre, à onze heures du matin, le général en chef, après avoir laissé la garde du col à la brigade Munck d’Uzer, continua sa marche sur Médéah.

    Téniah est le point culminant de l’Atlas dans cette direction, de sorte qu’après l’avoir franchi, il ne reste plus qu’à descendre. La route, en général, plus large que sur le versant septentrional, est pavée en plusieurs endroits. Après plus d’une heure de pentes abruptes, elle suit, pendant trois heures environ, une espèce de plateau ondulé, sillonné de ravins profonds, et dominé de distance en distance par des collines assez élevées.

    On escarmoucha jusqu’au-delà de Zemboudj-Azahra, bois d’oliviers, à une lieue duquel un Arabe à pied, très pauvrement vêtu, se présenta, tenant à la main une lettre adressée au général en chef. Elle était des autorités de Médéah, et contenait la soumission de ses habitants. Avant la nuit, l’armée arriva devant les portes de la ville, et le général en chef y fit son entrée avec un bataillon, laissant le reste des troupes campé en dehors des murs.

     

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