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  • 16 novembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 16 novembre 1805 – Le combat de Hollabrunn dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-combat-de-hollabrunn-150x150

    Le combat de Hollabrunn

    D’après « Précis des événements militaires, ou Essais historiques sur les campagnes de 1799 à 1814 » – Mathieu Dumas (comte) – 1822

     

    Le général Kutusow, parti le 13 de Krems, reçut le lendemain à Ebersbrunn, après avoir fait une forte marche, l’avis que les Français avaient passé le Danube, et s’avançaient sur la route de Bohême pour couper sa retraite. Ses troupes étaient très fatiguées, et il avait encore une marche de dix à douze lieues pour gagner à Elzendorf ou à Mersendorf, l’embranchement des routes par lesquelles il pouvait être pris à dos par le corps du maréchal Bernadotte, tandis que le prince Murat marchait droit sur Znaim, et devait y arriver aussi tôt que la tête de la première colonne russe. C’était là le danger le plus pressant.

    Kutusow, pour le prévenir, jeta sur cette route, à Hollabrunn, une division de six mille hommes d’infanterie, sous les ordres du prince Bagration. Il le fit renforcer par quelques escadrons de cavalerie, un gros de Cosaques, douze pièces d’artillerie légère, et ordonna au général Bagration, s’il était attaqué, de tenir à tout prix, jusqu’à ce que le reste de l’armée, qui suivait la route de Schrattentahl pour se porter sur Znaim, eût dépassé sa hauteur.

    Les bruits d’armistice et de paix, que le passage réitéré du comte de Giulay avait accrédités à Vienne, s’étaient promptement répandus dans les armées. Loin de les démentir, chaque parti, soit de bonne foi, soit par ruse de guerre, en lirait avantage suivant sa position.

    Si les Français obtinrent celui du passage et de la conservation du beau pont de Vienne, une colonne de quatre mille hommes d’infanterie autrichienne et un régiment de cuirassiers détachés de l’armée de Kutusow, et coupant la route de Bohême, avaient traversé les postes français, qui les avaient laissé passer sur le faux bruit d’une suspension d’armes.

    Ce fut sur la même assurance que le général autrichien de Noslitz, atteint le 15 novembre entre Hollabrunn et Schoengraben par l’avant-garde du prince Murat, n’opposa aucune résistance, et fournit à la nombreuse cavalerie française le moyen d’attaquer presque à l’improviste le prince Bagration.

    Celui-ci, presque enveloppé de toutes parts, et vivement chargé par la cavalerie que suivait de près le maréchal Lannes avec les grenadiers d’Oudinot, fut contraint de céder le terrain, et d’abandonner cent voitures d’équipages attelées. Pendant qu’on se battait, le prince Murat, dont l’objet principal était de devancer le général Kutusow à Znaim, point de jonction des deux routes, essaya d’user du stratagème qui lui avait si bien réussi au pont de Vienne. Il envoya un trompette au prince Bagration.

    Le général Kutusow, informé de cet incident, saisit avidement le seul moyen qui lui restât de sauver le corps de Bagration, et de prévenir, comme il le dit lui-même dans ses rapports, la défaite totale de son armée. Il avait encore deux marches à faire pour arriver à Znaim. Ses soldats étaient si fatigués par les marches forcées et les combats continuels, qu’ils étaient hors d’état (ce sont ses propres expressions), et d’exécuter une prompte retraite, et de vaincre dans une bataille. Il envoya donc sur-le-champ au prince Murat le baron de Winlzingerode, adjudant-général de l’empereur Alexandre, avec l’ordre d’entrer en négociation, et de conclure un armistice.

    Cet officier-général fut reçu aux avant-postes français par le général Belliard, chef d’état-major du prince Murat, et chargé de ses pouvoirs. Le résultat de leur conférence fut une convention d’armistice, sous le titre de capitulation proposée par l’armée russe, et il est remarquable que le baron de Wintzingerode, en y déclinant ses titres, s’annonçait comme traitant au nom de l’empereur de Russie, et d’après son autorisation.

    Les conditions stipulées étaient « que l’armée russe quitterait l’Allemagne, et se mettrait de suite en marche par la route qu’elle avait prise pour s’y rendre, et par journées d’étape ; qu’alors le prince Murat suspendrait sa marche sur la Moravie ; que ces conditions ne pourraient être exécutées qu’après la ratification de l’empereur Napoléon, et, qu’en attendant, l’armée russe et le corps d’armée du prince resteraient dans les mêmes positions qu’ils occupaient. Enfin, dans le cas de non acceptation, on devait se prévenir quatre heures avant de rompre l’armistice ».

    Cette convention, signée à Hollabrunn, le 15 novembre au soir, fut envoyée à l’empereur Napoléon, à Schoenbrunn (distance de dix-huit lieues). Quelque diligence que fît l’officier qui en était porteur, on ne pouvait avoir sa réponse que douze à quinze heures après son départ. Et en ajoutant les quatre heures stipulées pour la reprise des hostilités, il y avait au moins, depuis la négociation entamée, vingt heures de suspension d’armes assurées à l’armée russe.

    C’était tout ce qu’avait voulu Kutusow. « J’avais, dit-il en rendant compte à son souverain du nom duquel il avait abusé, j’avais uniquement en vue de gagner du temps, pour trouver le moyen de sauver l’armée, et de m’éloigner de l’ennemi. L’adjudant-général Wintzingerode m’envoya un duplicata de cet acte pour le même objet (sa ratification). Je retardai de vingt heures ma réponse, et sans accepter en aucune manière cette convention, je continuai ma retraite avec l’armée, et m’éloignai de deux marches de l’armée française. Quoique je visse le corps du prince Bagration exposé à une perte certaine, je dus me trouver heureux de pouvoir sauver l’armée en sacrifiant ce corps ».

    Murat s’était laissé séduire par les belles paroles de Wintzingerode. Flatté de l’honneur d’avoir terminé par une capitulation si humiliante pour l’ennemi, une campagne dans laquelle il avait, avec le titre de lieutenant de l’empereur, joué le rôle le plus brillant, il était tombé dans le piège qu’il avait lui-même tendu à l’ennemi.

    Napoléon, plus clairvoyant, rejeta avec dépit cette fausse proposition, blâma sévèrement l’aveugle confiance et la légèreté de son lieutenant, et lui ordonna d’attaquer sur-le-champ l’arrière-garde russe, de la pousser l’épée dans les reins, afin d’obliger le général Kutusow à s’arrêter pour la soutenir. Il ordonna au général Caffarelli de porter sa division sur la route de Znaim, et dirigea sur Hollabrunn toute la garde impériale avec son artillerie. Il partit lui-même de Schoenbrunn quelques heures après, espérant encore, non plus d’entourer, mais d’atteindre et de battre cette armée avant qu’elle se fût élevée à la hauteur de Brunn.

    Dès que le prince Murat eut reçu, le 16 novembre vers midi, la réponse de l’empereur, il fit prévenir le prince Bagration que la convention n’était point ratifiée. Et comme il venait d’être informé que le gros de l’armée russe, au lieu de rester en position, avait profilé des dix-huit heures de suspension d’armes pour continuer sa marche, il résolut d’attaquer sur-le-champ, ne doutant pas que Bagration ne profitât aussi de la nuit pour s’échapper et rejoindre son armée.

    Les Russes avaient pris position en arrière du village de Schoengraben, au-delà du défilé du hameau de Grund, qu’ils avaient retranché à la hâte, et dont les maisons étaient garnies de leur infanterie. Une partie de leur artillerie était sur la chaussée, en tête du défilé, et le reste en avant de leur droite. Le prince Murat avait avec lui à Hollabrunn, outre sa réserve de cavalerie, le corps du maréchal Lannes, composé de la division de grenadiers d’Oudinot, et de celle du général Suchet. Le maréchal Soult, avec deux de ses divisions, celles des généraux Legrand et Vandamme, n’était qu’à une demi-lieue de distance entre Gellerdorf et Hollabrunn.

    Avec une telle supériorité de forces, Murat, presque au déclin du jour, ne balança pas à engager l’affaire, et fit ses dispositions pour déborder et envelopper l’ennemi.

    Après un échange de boulets et quelques escarmouches de cavalerie légère et de tirailleurs, pour faire replier les avant-postes, le maréchal Lannes fit avancer en deux colonnes la division de grenadiers d’Oudinot pour attaquer de front, et par la gauche, le centre et l’aile droite des Russes. Cette double attaque était soutenue par la division Suchet, marchant pour tourner l’aile droite.

    Le maréchal Soult dirigea sur la gauche de l’ennemi la division Legrand, formée sur deux colonnes. L’une, composée d’infanterie légère, devait tourner le village de Grund jusqu’à la chaussée, pour couper toute retraite à l’ennemi, tandis que l’aulre aborderait son aile gauche. La division Vandamme fut placée en réserve pour soutenir au besoin l’attaque des grenadiers et celle du général Legrand.

    Le général Oudinot, à la tête de la brigade de ses grenadiers, que commandait sous ses ordres le général Laplanche Mortière, fondit sur les Russes qui, ayant l’avantage de position, soutinrent avec fermeté ce premier choc. Leurs obus ayant mis le feu au village de Schoengraben, où se trouvaient des granges remplies de paille, et le vent chassant vers les Français des tourbillons de fumée, en même temps que l’incendie éclairait leurs mouvements, cet accident favorisa au commencement de l’action le prince Bagration, et le préserva d’être entièrement enveloppé.

    Mais pendant que sa ligne était débordée par sa droite, et que les grenadiers d’Oudinot enfonçaient le centre et poussaient dans le village de Grund tout ce qui était devant eux, le général Legrand faisait déployer ses deux brigades, et attaquait vivement ceux qui tenaient encore à la tête du village. A mesure que ses troupes s’engageaient dans le défilé, les Russes, refoulés de l’autre côté, se portaient sur celles-ci. La mêlée devint générale ; on se battait corps à corps, et la nuit plus obscure dans les intervalles des feux, augmentait la confusion.

    Pressés de tous côtés, les Russes, après avoir fait la plus opiniâtre résistance, furent entièrement défaits. Les rues du village de Grund, les cours, les jardins étaient jonchés de leurs cadavres et de leurs blessés. Ils parvinrent cependant, à la faveur de l’obscurité de la nuit, à rallier ceux qui avaient échappé au massacre. Ils mirent en tête de cette colonne des officiers qui parlaient français, et quelques prisonniers qu’ils avaient faits. Marchant ainsi vers la colonne qui leur coupait la retraite, ils crièrent : Que faites-vous ? C’est sur vos gens que vous tirez. Nous sommes Français ! Plus de huit cents hommes se sauvèrent par cette ruse.

    Un autre corps russe usa du même moyen au moment d’être chargé. Au cri : C’est nous, ne tirez pas, les Français s’arrêtèrent, et reçurent à bout touchant une décharge meurtrière. Indignés, ils s’élancèrent avec fureur sur les Russes et les taillèrent en pièces.

    Le combat dura jusqu’à onze heures du soir. Le prince Murat resta maître du champ de bataille, de dix-huit cents prisonniers et de douze pièces de canon. L’action fut très chaude sur tous les points. D’un et d’autre côté, les officiers de tous grades eurent l’honneur de combattre comme les plus braves grenadiers. On cita parmi les Français le général Dupas, le général Legrand, l’adjudant-commandant Ricard, le fourrier d’Aigrois, qui arracha l’aigle du 3e régiment des mains des Russes, etc. Le général Oudinot, déjà couvert d’honorables cicatrices, fut grièvement blessé, ainsi que ses deux aides-de-camp. Le général d’artillerie Fouché, et plusieurs officiers supérieurs, furent aussi blessés. La cavalerie poursuivit l’ennemi jusqu’au-delà de Guntersdorf, et ramena trois cents prisonniers.

    Cette affaire, dans laquelle les grenadiers russes rivalisèrent d’intrépidité avec les Français, fit beaucoup d’honneur au prince Bagration. Il se dévoua pour le salut des siens, garda sa position, soutint en plaine, avec six à sept mille hommes, l’effort d’une armée de vingt-cinq mille hommes. Et cédant enfin un champ de bataille glorieusement défendu pendant six heures, il se retira, et rejoignit l’armée avec le reste de ses braves soldats. Trois mille étaient tombés en combattant, ou avaient été faits prisonniers.

    L’empereur Napoléon, arrivé à Hollabrunn peu après la fin du combat, ne s’y arrêta que quelques heures, et se rendit le même jour 17 novembre à Znaim, où le prince Murat venait d’entrer avec son avant-garde.

     

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