• 10 novembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 10 novembre 1813 – La bataille de la Nivelle dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-la-nivelle-150x150

    La bataille de la Nivelle

    D’après « Histoire du Duc de Wellington » – Alexis Henri Brialmont – 1857

     

    Les alliés ayant suspendu leur mouvement offensif après le passage de la Bidassoa, Soult employa son armée à compléter les ouvrages du camp retranché de Saint-Jean-Pied-de-Port et à fortifier les approches de Saint-Jean-de-Luz, ainsi que tous les points susceptibles d’être attaqués entre la mer et la Nive. Ces retranchements avaient un développement de seize milles. Pour les construire, Soult avait mis en réquisition tous les ouvriers et tous les matériaux du pays.

    Il était toujours décidé à porter la guerre en Aragon. Mais il fut obligé de renoncer à ce projet, parce que l’hiver arriva plus tôt cette année que de coutume.

    Sa situation d’ailleurs devenait de plus en plus difficile. Si la marine anglaise avait empêché le cabotage entre Bordeaux et Bayonne, il aurait même dû se retirer derrière l’Adour ; car ses troupes manquaient de vivres et d’argent, à ce point que, dans un rapport au ministre de la guerre, il qualifia de honteuse la misère des officiers et des soldats. Le maréchal était profondément affecté de cette situation, toute nouvelle pour une armée défendant son propre territoire.

    Des privations semblables faisaient autant de ravages dans l’armée alliée. La désertion s’était mise dans ses rangs, et un certain mécontentement commençait à s’y faire jour.

    Le 20 octobre, Wellington apprit, par une lettre interceptée, que le gouverneur de Pampelune ne pouvait pas tenir au-delà d’une semaine. (Pampelune se rendit le 31 octobre. La garnison était dans la plus grande détresse. Depuis le commencement d’octobre, la ration, par homme, avait été réduite à quatre onces de viande de cheval, les herbes sauvages avalent remplacé les légumes. Tous les chevaux domestiques, les rats mêmes étaient mangés. Les maladies et le feu de l’assiégeant avalent réduit la garnison à 600 hommes).

    Cette circonstance et les nouvelles d’Allemagne le décidèrent à envahir la France, conformément au désir, de plus en plus vivement exprimé, des souverains alliés. Il ne consentit toutefois à ce mouvement que dans un intérêt politique, et sur la promesse formelle qu’on lui enverrait des renforts considérables.

    Cette défiance parut exagérée alors à certains esprits, qui regardaient l’occupation des provinces du Midi comme une chose facile. Mais Wellington, qui était sur les lieux, appréciait différemment les chances de l’entreprise, et l’on doit reconnaître qu’il avait raison, car si le duc de Dalmatie avait conservé les 30000 hommes qui lui furent enlevés en janvier 1814, si le duc d’Albuféra s’était joint à son collègue, et si la population avait fait cause commune avec l’armée française, très probablement les Anglais auraient été ramenés au-delà des Pyrénées.

    Les pluies avaient tellement détrempé les routes, que Wellington dut remettre au 8 novembre, et ensuite au 10, le commencement de ses opérations contre les lignes de Soult. L’attaque avait été décidée pour le 29 octobre, mais les pluies ne cessèrent que le 8 novembre. (Wellington aurait franchi la Nivelle le 8, si les divisions espagnoles avaient été prêtes ; il fallut attendre jusqu’au 10).

    Les forces de l’armée alliée s’élevaient alors à 90000 hommes (dont plus de 74000 Anglo-Portugais) et à 95 pièces de canon. L’armée française ne comptait guère plus de 60000 hommes d’infanterie, soutenus par un nombre convenable de pièces attelées. La cavalerie et la division Foy, cantonnées en dehors de la ligne de défense, faisaient monter cet effectif à 79000 hommes.

    La position du duc de Dalmatie décrivait un demi-cercle depuis Urugne jusqu’à Espelette et Cambo : le point saillant de ce demi-cercle était à Sarre. Tout le front était fortifié à l’aide de plusieurs lignes de redoutes et de retranchements susceptibles d’une bonne défense.

    La première ligne fut achevée le 20 octobre. La deuxième était incomplète et la troisième a peine commencée quand l’attaque eut lieu. La première ligne s’étendait depuis Urugne jusqu’au mont Daren, la seconde, depuis Saint-Jean-de-Luz jusqu’à Cambo, et la troisième s’élevait près d’Abancen-Borda, en arrière de Saint-Pé, sur le chemin d’Ustaritz. La seconde ligne comprenait les camps en avant d’Espelette et de Sourante, les ouvrages à hauteur de Sarre et le camp de Serres.

    La faiblesse de ces lignes, en avant de Sarre, n’avait point échappé à l’œil exercé du général anglais. La position de Sarre laissait ouverte un intervalle de plus d’une demi-lieue entre la hauteur de la Rhune et le pont d’Amotz sur la Nivelle, en présentant à l’ennemi un débouché facile pour pénétrer en France et tourner la ligne des Pyrénées : une seule redoute, dite de Sainte-Barbe, défendait ce passage.

    Wellington avait compris aussi que, maître du village de Sarre, il pourrait marcher par Saint-Pé et Amotz directement sur Bayonne, et couper en deux l’armée française, forcée d’agir sur un front de cinq lieues, entre Urugne et Cambo.

    En conséquence, il avait fait commencer, immédiatement après le passage de la Bidassoa, un chemin praticable pour l’artillerie dans le bas-fond qui communique de Beyra aux débouchés en face de Sarre. Et, afin de détourner l’attention de Soult des points importants qui avoisinent ce dernier village, il avait dirigé sur Mondarrain de nouvelles troupes, appartenant au corps d’observation établi à Maya. Le plan de Wellington était de tenir la droite en échec, de tourner cette aile, en forçant le centre et la gauche, et de s’avancer ensuite le long de la Nivelle jusqu’à Saint-Pé. C’était incontestablement celui qui offrait le plus de chances de succès.

    Le duc donna le commandement de la droite à Hill, celui du centre à Beresford, et celui de la gauche à Hope. Hill était opposé à Clausel avec 24000 hommes, et Beresford à d’Erlon avec 16000.

    Il dirigea les deux premiers généraux avec 40000 hommes sur le point faible de la ligne ennemie. Grâce à cette concentration, habilement exécutée, la droite d’Erlon et la gauche de Clausel furent enfoncées, et les deux corps séparés l’un de l’autre. En même temps, Hope, avec 19000 hommes et 54 bouches à feu et sous la protection de l’escadre anglaise, attaquait la droite de Reille.

    Clausel défendit le terrain pied à pied, et ne se retira que lorsque la perte des redoutes de Sainte-Barbe et de la Rhune (trop tôt abandonnées par les troupes de Conroux) eut exposé son flanc gauche et tourné toute la ligne de Sarre à la mer. Il alla prendre position au-delà d’Ascain et de Sarre, un peu au-dessus de Saint-Pé. Reille se retira en arrière de SaintJean-de-Luz, sur Bidard.

    En ce moment, Soult arriva de Saint-Jean-de-Luz au camp de Serres avec sa réserve d’artillerie et toutes ses troupes disponibles pour menacer le flanc gauche des alliés. Mais les dispositions de Wellington (Il passa la Nivelle à Saint-Pé avec deux divisions. Toutefois, il n’opéra ce passage que quand il fut certain que la 6e division, dont il attendait l’arrivée, était a portée de le soutenir. Ce retard sauva le duc de Dalmatie) et la nuit tombante empêchèrent ce mouvement de produire son effet. Il en résulta que trois divisions anglaises purent s’établir solidement derrière l’aile droite de Soult.

    Les ouvrages de la seconde ligne, débordés de tous côtés par des forces supérieures, étaient tombés en grande partie au pouvoir des Anglais. Ce fut en défendant avec vigueur ces derniers retranchements que le brave général Conroux reçut une blessure, dont il mourut quelques jours après.

    Le soir, l’armée française se trouva établie dans une position à peu près concentrique à celle du matin. Sa gauche était appuyée à la Nive et au village de Larressore ; son centre se trouvait sur la route de Saint-Pé à Bayonne, près d’Abancen-Borda, et sa droite occupait la Nivelle, de Serres à Saint-Jean-de-Luz.

    Le résultat de la journée pour les alliés fut la possession des villages d’Urugne, de Sarre, d’Ascain, de Saint-Pé, d’Ainhoé, d’Espelette et de Sourante, tous situés sur le territoire français.

    Les Français perdirent ce jour-là 4265 hommes (y compris 1400 prisonniers), 51 bouches à feu, 6 caissons de munitions, leurs magasins de Saint-Jean-de-Luz et ceux d’Espelette. Du côté des alliés, les pertes ne s’élevèrent qu’à 2694 hommes : 289 tués, 1991 blessés et 69 manquants (état officiel publié par Gurwood).

    De l’aveu même de Clausel, les troupes de sa division « ne firent pas tout ce qu’elles auraient pu faire » dans les fortes positions qu’elles eurent à défendre.

    Si Wellington avait eu plus de monde sous la main, ou si le jour n’avait pas été aussi avancé, il aurait atteint complétement son but en coupant la droite des Français. On doit admirer l’excellent parti qu’il sut tirer de ses troupes et la vigueur extraordinaire que celles-ci déployèrent dans l’attaque des redoutes, des forts, des abattis et des retranchements en terre ou en pierres sèches que les Français avaient élevés sur deux et trois lignes successives, au milieu d’un pays de rochers, de hautes montagnes et de précipices.

    La conduite du maréchal Soult ne fut pas exempte de reproches. Il commit notamment une faute grave en n’engageant pas les deux belles divisions de Daricau et de Foy. Dans le moment décisif, il ne put opposer aux 50000 hommes réunis par Wellington que 18000 Français, découragés par de nombreux échecs et par le spectacle de la trahison de leurs concitoyens.

    Pendant la nuit, les troupes françaises, craignant que Beresford ne s’interposât entre Saint-Jean-de-Luz et Bayonne, abandonnèrent leurs ouvrages et leurs positions sur la rive droite de la Nivelle, après avoir démoli tous les ponts de cette rivière entre Saint-Jean-de-Luz et Ascain.

    Le 11, à dix heures du matin, l’armée de Soult s’étendait depuis la mer jusqu’à la Nive, la droite appuyée à Bidard, et la gauche postée en avant du village d’Araunts, sur le monticule appelé Sainte-Baabe. La tête de pont de Cambo était gardée par le général Foy.

    Le 11, au matin, Hope, qui, dans sa fausse attaque, avait obtenu quelques avantages sur Reille, passa la Nivelle à gué au-dessus de Saint-Jean-de-Luz. Le même jour, le restant de l’armée alliée se mit en mouvement : Beresford au centre, Hill et Morillo sur la droite. Mais les fortes pluies tombées le 10, et l’épais brouillard du 11 interrompirent la marche des colonnes.

    Malgré cette circonstance favorable, le maréchal Soult ne jugea pas ses troupes en état de soutenir une seconde bataille sur le terrain étendu qu’il occupait. Poursuivant donc sa retraite, il s’établit le lendemain dans une nouvelle position entre Anglet et le camp retranché de Bayonne, position défendue par la Nive, dont les eaux, débordées en ce moment, formaient une excellente ligne de défense.

    Le duc de Dalmatie ne s’était pas attendu à cette prompte évacuation d’une série d’ouvrages sur lesquels il avait fondé le plus brillant espoir. D’après l’exemple donné par Wellington en 1810, il avait pendant trois mois employé toute son armée à construire un camp retranché qui, par la nature et la disposition des ouvrages, autant que par la constitution physique du terrain et par les défenses naturelles dont on avait tiré parti, ressemblait beaucoup au camp de Torrès-Vedras.

    Mais le temps n’avait pas permis au général français de donner aux éléments de cette vaste ligne la consistance nécessaire, et, d’un autre côté, le nombre de ses troupes n’était pas en rapport avec les besoins d’une défense aussi étendue. Les soldats français, au surplus, n’avaient pas grande confiance dans ces lignes, et, pour surcroit, leur moral s’était affaibli par des circonstances qu’il n’était pas au pouvoir de Soult de conjurer. Néanmoins, le maréchal pensa qu’ils auraient pu montrer plus d’opiniâtreté. « Il est à peine croyable, écrivit-il au ministre de la guerre, que des retranchements tels que ceux que défendaient Clausel et d’Erlon aient pu être enlevés ».

    Après la perte de la Nivelle, le duc de Dalmatie employa une partie de ses troupes à renforcer les ouvrages du camp retranché de Bayonne.

    Wellington ne lui aurait pas donné le temps de prendre ces mesures de précaution, si le terrain argileux qui se trouve au pied des Pyrénées n’eût été détrempé au point de rendre impossible les mouvements de l’artillerie et de la cavalerie. Il avait d’ailleurs besoin de rétablir dans son armée la subordination et la discipline, fortement ébranlées par le manque de vivres et le mauvais exemple des Espagnols.

    Ces derniers commirent de tels excès sur le territoire ennemi (non contents de piller, ils commettaient encore de nombreux assassinats), que Wellington, préférant une diminution de force matérielle à la perte de l’influence qu’il espérait obtenir en respectant la vie et les propriétés des citoyens français, fit passer par les armes tous les maraudeurs pris sur le fait. Et quand cette sévérité même demeura sans résultat, il n’hésita point à renvoyer les corps espagnols chez eux.

    Wellington fit exécuter à cette époque deux soldats anglais convaincus d’avoir pillé. On leur mit sur la poitrine un écriteau indiquant les méfaits qu’ils avalent commis. Le quartier-maitre Surtees, dans son ouvrage intitulé « Twenty five years in the rifle brigade », raconte que vers ce temps, les relations entre les Français, les Anglais et les Portugais étaient devenues si amicales, qu’aux avant-postes on ne s’opposait plus au placement des sentinelles ; que les soldats des trois nations échangeaient de l’eau-de-vie contre du thé, et qu’ils pillaient en parfaite harmonie. Or, c’est précisément cette fraternité de pillards que Wellington eut à cœur de faire cesser par tous les moyens possibles.

    Rien n’est plus honorable que cette résolution, ni plus digne d’éloges que la sévérité du duc à l’égard des maraudeurs, et les peines qu’il se donna pour éviter de recourir aux réquisitions dont le droit de la guerre et l’exemple des Français auraient cependant légitimé l’emploi.

    Toutes ses proclamations avaient pour but de rassurer le peuple : « Je vous prie, disait-il dans celle du 1er novembre, de faire arrêter et conduire à mon quartier-général tous ceux qui vous font du mal… ». Et dans sa lettre au général Freyre : « Je ne viens pas en France pour piller les Français… au contraire, mon devoir et le devoir de tous est d’empêcher le pillage… ».

    Les mêmes sentiments se trouvent exprimés dans une foule d’autres lettres. Le but qu’il voulait atteindre par cette conduite, si opposée à celle des conquérants ordinaires, se révèle dans les lignes suivantes, adressées au gouvernement britannique : « Je dois dire que nos succès dépendront surtout de notre modération et de notre esprit de justice, ainsi que de la bonne conduite et de la discipline de nos troupes ».

    Ce but, à ce qu’il paraît, fut complètement atteint, car, le 21 novembre 1813, Wellington écrivit de Saint-Jean-de-Luz à Bathurst : « Les indigènes de cette partie du pays sont non seulement réconciliés avec l’invasion, mais encore ils désirent que nous réussissions. Ils nous procurent tous les vivres qu’ils peuvent, et ils s’emploient eux-mêmes à nous donner des renseignements ».

    Le 1er janvier 1814, s’adressant au même ministre : « Nous protégeons, dit-il, les propriétés des habitants contre le pillage de leurs armées. Ils viennent mettre à l’abri de nos lignes leurs bestiaux et tout ce qu’ils possèdent… ». Cette modération, sans exemple dans l’histoire, favorisa puissamment la restauration des Bourbons, et contribua dans une large proportion au succès de la campagne de 1814 en France.

    Dès que le temps se fut un peu remis, Wellington songea à poursuivre le cours de ses victoires. Reconnaissant qu’il serait difficile d’attaquer Soult dans la forte position que ce maréchal avait prise en avant de Bayonne, il pensa que le meilleur moyen de l’en déloger ou de l’affaiblir assez pour donner aux alliés une occasion de le battre, serait de passer la Nive et d’établir sa droite sur l’Adour.

    Ainsi l’armée française, qui déjà éprouvait beaucoup de difficultés à se procurer le nécessaire, perdrait ses communications avec l’intérieur par l’Adour, tandis que l’armée alliée aurait toute facilité de recevoir des subsistances et des renseignements des provinces du centre. Cette opération permettait aussi d’encourager les mécontents et d’entrer en relation avec eux.

    Sur ce point, toutefois, Wellington montra une grande réserve, et nous verrons qu’il eut de puissantes raisons pour agir de la sorte. En se mettant trop tôt à la tête du mouvement bourbonnien qui s’opérait dans le midi de la France, il aurait exposé ses partisans et la cause même de la légitimité à des périls imminents. Sa prudence lui fit éviter cet écueil de la manière la plus heureuse.

     

     

    Une association prépare le bicentenaire de la bataille de la Nivelle

     

     

     

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