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  • 6 novembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La guerre du Rif (5) dans PAGES D'HISTOIRE la-tour-de-defense-dain-matouf-150x150

     

    D’après la revue « Le correspondant » – 1928

    La défense d’Aïn-Matouf

     

    Aïn-Matouf était l’un des postes occupés par la 5e compagnie du 1er régiment sénégalais, qui fournissait six détachements dans le secteur de Bou Halima. Il était établi dans une vieille kasbah construite sur le flanc d’un mamelon, au sommet duquel était bâti un petit blockhaus.

    De tous les autres côtés, il était dominé de près par de gros rochers, propres aux embuscades, et d’où l’on avait des vues jusque dans la cour de la kasbah. Celle-ci avait été choisie comme dépôt de ravitaillement des colonnes, à cause des abris qu’offraient ses toitures en terrasse et ses murs en pisé. On y avait entassé cinq jours de vivres pour 3 bataillons avec leurs animaux, sous la garde d’une garnison qui comprenait le sergent Magnien, chef de poste, le soldat Berger et 15 tirailleurs. Le blockhaus était occupé par 2 soldats français et 3 tirailleurs.

    Jusqu’au 27 avril 1925, les habitants des environs paraissent indifférents aux appels à la dissidence que leur adressent les agents riffains. Le cimetière militaire a bien été profané pendant la nuit du 17 au 18, mais cet outrage était, disait-on, un acte de défi aux Français, pour entraîner dans la rébellion les habitants du district.

    Cependant, le 27 avril, la propagande et les menaces ont leur effet habituel. Les indigènes sont devenus tout à coup dissidents. Invulnérables dans les rochers autour de la kasbah, ils tiraillent sans arrêt sur les ouvertures des bâtiments et dans la cour où la circulation est dangereuse.

    La garnison ne peut plus communiquer avec le blockhaus. Vers dix-huit heures, le sergent Magnien est tué, un tirailleur est grièvement blessé. Ses camarades, jeunes soldats de la classe 1924, sont impressionnés par ces coupscontre lesquels ils comprennent que leurs ripostes sont inoffensives. Le caporal, un vieux Sénégalais médaillé, les encourage de son mieux.

    Le soldat Berger devine aussitôt que le moment est critique, car la moindre faiblesse, révélée aux assaillants par un tir moins nourri, serait le signal d’une attaque de vive force dont l’enjeu serait le dépôt de vivres qu’il fallait défendre à tout prix. Berger n’hésite pas. Il lâche son appareil optique et, de télégraphiste, il s’improvise chef de la résistance. Son attitude résolue fait accepter sans réserve, même par le vieux caporal, sa jeune autorité.

    A lui seul, son geste ne manquerait pas de mérite. Berger n’était pas de ces vétérans de la « Coloniale » qui ont acquis dans leurs pérégrinations à travers le monde la faculté de ne s’étonner de rien.

    Marsouin depuis six mois à peine, appelé de la classe 1924, il n’avait pas été admis au peloton des élèves caporaux et, faute de galons, il avait dû se contenter de l’insigne des signaleurs. Mais il avait l’âme d’un chef, et il le fit bien voir.

    Aussitôt les tirailleurs sont fixés à leurs postes de combat. Les allées et venues sont supprimées ou disciplinées pour diminuer les pertes. Les consignes de tir sont appliquées, les tours de veille organisés, les ravitaillements individuels assurés.

    Au milieu de la cour, le sergent Magnien, mort, semble approuver son remplaçant, mais des mouches volètent déjà sur le corps, et les dissidents font pleuvoir des balles autour de lui pour empêcher qu’on ne lui donne une sépulture décente. Berger déjoue leur sinistre calcul. Une couverture adroitement lancée recouvre comme un linceul le chef tué au champ d’honneur. Puis, avec une corde qu’un tirailleur manie comme un lasso, il est tiré au pied d’un mur, à l’abri des coups. Une fosse le reçoit, tandis que les quelques disponibles de la garnison rendent impassiblement les honneurs funèbres, comme si la fusillade ne crépitait pas autour d’eux.

    Cet acte confirma, mieux qu’un grade, la supériorité de Berger. Aussi, quand les ennemis, à la nuit tombante, tentèrent l’assaut de la vieille kasbah, furent-ils reçus par des volées de grenades que les 14 tirailleurs lançaient avec enthousiasme en criant toutes les injures de leur vocabulaire marocain.

    Chaque soir, jusqu’au 9 mai, une attaque identique fut repoussée de la même façon au pied des murailles. Les Sénégalais se croyaient désormais invincibles.

    Malgré le danger de se montrer à découvert, Berger était allé le 30 avril signifier aux occupants du blockhaus, dont les deux Français étaient plus anciens que lui, sa prise de commandement. Elle ne provoqua pas de compétitions. Le 4 mai, il revint, avec des vivres, et réconforta par sa confiance communicative, ses camarades qui ne perdaient rien, à travers leurs meurtrières, des péripéties de la lutte sauvage où sombraient, l’un après l’autre, les postes épars jusqu’aux limites de l’horizon.

    Cette confiance, d’ailleurs, il en faisait part à l’arrière, quand il s’installait devant son appareil optique pour expédier le compte-rendu quotidien.

    Enfin, le 9 mai, le cercle d’investissement se desserre. Les troupes de la colonne Freydenberg ont paru dans la région.

    Les assiégeants d’Aïn Matouf doivent renoncer à s’emparer de l’énorme butin qu’aurait représenté pour eux le dépôt de vivres et que Berger a si bien défendu. Ils se dispersent.

    Un nouveau sergent peut entrer sans encombre à la kasbah. Berger redescend dans le rang, mais sa belle conduite est connue au loin. Une magnifique citation à l’ordre de l’armée consacre sa défense d’Aïn Matouf, précédant la médaille militaire que lui promet le colonel.

    Mais le brave soldat n’aura pas le temps de la recevoir. Envoyé le mois suivant au poste de la Koubba, il y périt le 30 juin avec toute la garnison.

     

     

    A suivre : L’adjudant Chrétien à La Koubba.

     

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