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  • 4 novembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La guerre du Rif (4) dans PAGES D'HISTOIRE le-poste-daoulai-150x150

     

    D’après la revue « Le correspondant » – 1928

     

    La défense de l’Aoulaï

     

    Si la 8e compagnie du 1er Tirailleurs Sénégalais occupait six postes et quatre tours dans le secteur de l’Aoudour, la 7e compagnie de ce régiment était disséminée entre deux groupements comprenant trois postes, deux blockhaus et une tour dans le secteur de l’Aoulaï.

    Le capitaine Duboin commandait à la fois la compagnie et le secteur. Il était installé dans le poste dit de l’Aoulaï, fait de baraques entourées d’une murette de 0m60 et d’un petit réseau, que devaient protéger en cas d’attaque les feux flanquants des ouvrages voisins, poste de Mghalla, blockhaus et tour de l’Aoulaï, blockhaus de Bab Cheraka. La garnison de l’Aoulaï était composée, outre le capitaine, du lieutenant Charpenel, du sergent-major Ristorto, de 3 sergents, 1 caporal et 1 soldat français, 33 caporaux et tirailleurs sénégalais.

    Jusqu’à la fin d’avril 1925, rien ne révéla une effervescence quelconque dans les villages du secteur. Mais, le 23, les Riffains apparaissent aux environs, tentent des coups de main, terrorisent les habitants pour les entraîner à la dissidence. Le 30, le capitaine Duboin constate qu’ils occupent le village près du poste, que les indigènes font en majorité cause commune avec eux, et il apprend que les autres, demeurés fidèles au maghzen, sont allés se réfugier à Sless.

    Le siège d’Aoulaï commence le lendemain. Les ouvrages secondaires doivent en même temps lutter pour leur propre défense. Ils tomberont l’un après l’autre, et leur appui manquera par conséquent au poste dont ils assuraient, en principe, la protection. Après un combat de quelques heures, la section du lieutenant Charpenel, que Duboin avait envoyée sur une croupe voisine pour tenir les assaillants à distance, est refoulée dans l’enceinte.

    Il faudra désormais se défendre sur place, dans les trous et les tranchées creusés en toute hâte sous le feu de l’ennemi. Un canon démolit les baraques, tue les animaux dont les cadavres empestent l’air. Les balles, tirées des hauteurs qui dominent l’Aoulaï, rendent dangereuses les allées et venues du personnel dans le poste. Cependant, jusqu’au 6 mai, l’ennemi ne tente pas d’attaque directe, car il s’occupe surtout à prendre les ouvrages détachés.

    Le 6, il s’empare du blockhaus d’Ourtzag, et tourne contre Aoulaï le canon et le lance-bombes qui lui ont procuré ce succès. La face Est, que sa disposition à contre-pente protège contre les obus, est martelée par les bombes. Les créneaux sont aveuglés à coups de fusil. Une troupe d’assiégeants résolus peut s’approcher des réseaux et engager une lutte à la grenade pour les franchir. Repoussée par le tir des tromblons VB, elle se défile dans un angle mort, mais la garnison a déjà perdu 9 tués ou blessés.

    La nuit se passe assez tranquillement. Au jour, deux canons de 75 recommencent le bombardement. Les rondes d’avions les contraignent au silence et ils ne tirent que lorsque les appareils ont disparu. Des invectives s’échangent entre les assiégeants et les assiégés. Ceux-ci voient s’accroître sans cesse le nombre de leurs adversaires, qui dévalent par petits groupes de toutes les montagnes aux alentours pour venir prendre part à la curée. Avec astuce, l’ennemi, favorisé par le terrain, se terre de plus en plus près du poste, surtout vers la face Est, pour se mettre à l’abri des bombardements aériens et pour se trouver à bonne distance d’assaut du côté le moins dangereux. Mais, malgré une efficace préparation par son artillerie, l’attaque faite le 9 mai échoue, comme celle du 6, devant le barrage de grenades et de VB que les Sénégalais étendent en chantant des chants guerriers.

    La prise de la tour de l’eau allait, le lendemain 10 mai, augmenter les chances des assiégeants. L’attaque de la tour n’était d’ailleurs qu’une diversion ayant pour but d’attirer vers la face Nord de l’Aoulaï les défenseurs de la face Est.

    En effet, tandis que la tour s’effondrait au sixième obus et que la garnison du poste observait avec angoisse la course des quatre gardiens qui surgissaient des décombres et cherchaient en vain à s’enfuir, une rafale de bombes et d’obus s’abattait sur l’Aoulaï, une fusillade précise balayait les emplacements de combat et une vague d’assaut de plus de cent réguliers riffains lançant des grenades abordait le réseau, le traversait, pénétrait dans le poste.

    Le barrage de VB est inefficace, car les projectiles mouillés n’éclatent pas. Le lieutenant Charpenel est frappé d’une balle au ventre, le capitaine est blessé à la tête, les pertes sont sensibles. Les survivants se replient vers le réduit, impressionnés par la foule de dissidents qui accourt en renfort des Riffains.

    Soudain, la sonnerie de la charge retentit, et produit sur-le-champ un effet magique. Surpris, l’ennemi s’arrête. Il semble redouter d’être pris entre deux feux par l’arrivée inopinée d’un secours pour la garnison, et fait aussitôt demi-tour. Les tirailleurs, un instant indécis, précipitent à coups de fusil sa retraite. La mitrailleuse du soldat Raffaëli accroît son désordre, et le tirailleur Keli Saandoungo le poursuit à coups de grenades.

    On cherche la cause de ce miraculeux changement. C’était le tirailleur Mongongo qui avait eu l’idée d’emboucher son clairon au moment critique et qui avait ainsi probablement sauvé le poste de la perdition.

    L’alerte avait été chaude. L’obusier J. D. était hors de service ; la garnison se trouvait diminuée de 2 tués et de 14 blessés.

    Duboin se demandait si, avec un effectif de combattants aussi amoindri, il ne devrait pas désormais se cantonner dans le réduit. La lassitude des assiégeants déçus lui laisse pendant la nuit la tranquillité nécessaire pour y perfectionner les moyens de résistance, mais il se résout à ne s’y enfermer qu’à la dernière extrémité. Les réseaux hâtivement réparés donnaient à l’enceinte du poste une protection suffisante contre les surprises, et l’on pouvait espérer que son échec de la veille rendrait l’ennemi plus prudent.

    Or, dès le matin, le brouillard sembla le favoriser. Outre que les avions ne pouvaient accomplir leurs missions habituelles d’observation et de bombardement, l’approche des assaillants était singulièrement facilitée.

    L’attaque se révéla par une vingtaine d’obus tombant en rafale, et dont l’un tua le lieutenant Charpenel, déjà grièvement blessé la veille.

    Elle se manifesta par deux assauts simultanés sur les faces Est et Ouest, vite arrêtés d’ailleurs par la mitrailleuse que le capitaine faisait lui-même fonctionner. Sur la face Est cependant, une forte vague de réguliers, devançant le flot tumultueux des dissidents et précédée par un barrage roulant de grenades, fut sur le point de réussir. Conduits par un chef à barbe blanche, ils se disposaient à franchir le réseau, quand le clairon Mongongo abattit à coups de fusil le vieux chef et les hommes qui voulaient retirer son corps pris dans les fils de fer.

    Des deux côtés, on se tire à bout portant. La lutte est un instant indécise, mais le brouillard se déchire. Un avion sauveur apparaît dans l’éclaircie. L’ennemi se décourage. Les groupes qui attendent dans un repli du sol le moment d’intervenir, se dispersent en toute hâte. Les réguliers, ne se sentant plus soutenus, cèdent devant une farouche contre-attaque du sergent-major Ristorto, et disparaissent, laissant leurs morts sur le terrain.

    Cette échauffourée coûtait encore à la garnison 2 tués et 2 blessés.

    Dans l’après-midi, un message optique, envoyé de la Kelaa des Sless où arrivait la colonne du général Colombat, annonçait aux défenseurs de l’Aoulaï : « Charpenel chevalier de la Légion d’Honneur, Duboin officier de la Légion d’Honneur. Félicitations. Tenez bon. Repliez-vous sur Kelaa des Sless par sortie nocturne ».

    Mais le conseil était plus facile à donner qu’à exécuter. S’il était possible de dissimuler les tombes des tués pour leur épargner les profanations, les 20 valides ne pouvaient sauver avec eux les 17 blessés de la garnison.

    Duboin ne songea pas un instant à les abandonner dans l’Aoulaï. Comme Franchi à l’Aoudour, il fit connaître que tous ses hommes auraient le même sort, dans le réduit du poste où ils résisteraient jusqu’au bout.

    Puisque les défenseurs ne voulaient pas venir vers la colonne, il fallait bien que la colonne allât vers eux, malgré les difficultés de l’entreprise. Mais le général Colombat était retenu autour de Kelaa des Sless par d’indispensables opérations de police qui devaient retarder la délivrance des assiégés.

    Il fit donc de son mieux pour diminuer les dangers qui menaçaient toujours l’Aoulaï, jusqu’à ce qu’il fût en état de le débloquer. Le temps, décidément au beau, facilitait d’ailleurs les randonnées des avions au-dessus du poste. Une sorte de permanence de jour fut établie qui imposa le silence aux canons des assiégeants. Des colis de vivres et de remèdes furent lancés avec succès dans l’enceinte.

    Les Riffains, terrés dans leurs tranchées pour rester invisibles à l’observation aérienne, recevaient sans presque riposter les obus VB, amorcés avec des allumeurs de grenades, que des tirailleurs audacieux, franchissant les réseaux, allaient jeter sur eux.

    Grâce au dévouement des aviateurs, l’ennemi, qui n’espérait rien d’une attaque de nuit, cessa dès le 12 mai d’inquiéter sérieusement le poste, pour concentrer ses efforts sur Bab Cheraka qu’il emporta le lendemain. Enfin, le 15 mai, un groupe mobile de la colonne Colombat put parvenir à l’Aoulaï, en dégagea momentanément les abords, délivra les défenseurs et les ramena le même jour à la Kelaa des Sless.

    Les garnisons des ouvrages voisins, fournies aussi par la 8e compagnie, n’avaient pas été moins héroïques, mais plus tragique en général fut leur destin. Le capitaine Duboin pouvait se montrer fier de ses subordonnés qui, sous ses yeux, avaient magnifiquement imité son exemple. De l’Aoulaï, on pouvait voir, et même entendre, les incidents de la lutte autour de chaque poste.

    Seul, le poste de Mghalla (3 Français, 24 Sénégalais), où le sergent Parigny résista du 23 avril au 14 mai, fut délivré par la colonne Colombat.

    Le blockhaus d’Aoulaï, qui protège une plate-forme d’artillerie (sergent Astor, 2 Français, 10 tirailleurs) est entouré dès le 24 avril, bombardé le 1er mai, à sept heures, par un canon et un lance-bombes. A sept heures trente, Astor signale : « Ils ne nous auront pas ». Le blockhaus s’écroule peu à peu. A douze heures, la garnison repousse l’assaut d’une centaine de Riffains. A quinze heures, ceux-ci parviennent sur la plate-forme où l’on se bat à la grenade. A seize heures, l’ennemi pénètre dans le blockhaus, et l’on entend encore des explosions. A seize heures trente, le blockhaus est pris et les vainqueurs en sortent, emmenant prisonniers 3 Sénégalais blessés, seuls survivants de la garnison.

    Ourtzag (sergent Joandet, 3 Français, 14 Sénégalais) est bloqué le 26 avril par de nombreux dissidents installés dans le bois qui domine le blockhaus. Joandet leur riposte sans cesse et soutient en même temps de son canon les mouvements de troupes qu’il aperçoit au loin. Le 30, il est grièvement blessé, ainsi que son artilleur. Le 5 mai, l’ennemi bombarde le poste avec une pièce d’artillerie, et tente deux assauts repoussés à la grenade. La garnison a perdu ce jour-là 1 tué, 4 blessés, et les grenades vont manquer. Le lendemain matin, après une violente rafale d’obus, nouvel assaut par un millier de dissidents que précède une vague de grenadiers riffains. Ils submergent le blockhaus et s’en emparent après un vif combat dans l’intérieur. Tous les défenseurs sont tués.

    La tour de l’Aoulaï, défendue par un soldat français et 4 tirailleurs, bloquée le 23 avril, s’effondre le 10 mai sous les obus des Riffains, et la garnison est massacrée en tentant une sortie.

    Le blockhaus de Bab Cheraka (sergent Bonte, 2 soldats français, 10 tirailleurs), assiégé le 23 avril, a le même sort le 12 mai. Le poste de Bab Cheraka (sergent Boheme, 2 soldats français, 1 sergent et 29 Sénégalais), celui de Bou Hadi (sergent Sibilleau, 2 Français, 23 Sénégalais) sont enlevés de vive force les 13 et 14 mai, après un violent bombardement que les Riffains effectuent avec nos propres canons pris dans les blockhaus et ouvrages déjà perdus.

     

     

    A suivre : Le soldat Berger à Aïn-Matouf.

     

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