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  • 1 novembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La guerre du Rif (3) dans PAGES D'HISTOIRE la-poste-de-beni-derkoul-150x150

     

    D’après la revue « Le correspondant » – 1928

     

    La défense de Beni Derkoul

     

    Le poste de Beni Derkoul surveillait, en principe, le massif du Djebel Idlan qui dominait la rive droite de l’Oued Aoudour.

    Il était commandé par le sous-lieutenant Lapeyre, sorti de Saint-Cyr dans l’infanterie coloniale en 1924, et la garnison comprenait 1 sergent et 3 soldats français, 2 sergents, 4 caporaux et 29 tirailleurs sénégalais de la 8e compagnie.

    Après l’échec de nos partisans à la zaouïa d’Amjot, le 15 avril, les dissidents s’étaient répandus dans les villages environnant le poste, pour y établir l’autorité d’Abd-el-Krim. Lapeyre ne perdait aucune occasion de faire tirer sur leurs groupes dès qu’ils se montraient à sa portée. En échange, les Riffains ripostaient sur la garnison, sans toutefois l’assiéger en règle, car le gros de leurs forces, dans la région, était alors réuni autour du Bibane et de l’Aoudour qui résistaient énergiquement.

    Mais, le 25 avril, l’arrivée de nouveaux contingents leur permet de bloquer Beni Derkoul, de s’installer dans les localités voisines et d’occuper tous les points d’eau.

    La ligne téléphonique est coupée. Cependant les communications optiques avec Tafrant restent possibles, et le capitaine de la compagnie est ainsi tenu au courant des péripéties de la lutte soutenue par la petite garnison. Les attaques sont incessantes. Les assiégeants tentent plusieurs assauts qui sont repoussés à coups de grenades, et ces épisodes paraissent sans importance à Lapeyre qui se borne chaque soir à rendre laconiquement compte des événements de la journée.

    On peut enfin le secourir. Depuis quatre jours, aucune corvée n’avait pu atteindre la source ; les défenseurs étaient réduits à boire l’eau croupie au fond de vieux tonneaux, et à manger de la viande corrompue.

    Le 13 mai, le général Colombat essaie de débloquer le poste, et il réussit à le ravitailler. Il trouve une garnison sûre d’elle-même, confiante jusqu’à l’enthousiasme dans la bravoure et l’habileté de son chef. Celui-ci a mis à profit l’éloignement momentané de l’ennemi, pour préparer sa troupe et ses bâtiments à paraître en beauté devant le général. Et, comme le capitaine de la compagnie, qui est venu de Tafrant avec la colonne, complimente lui aussi Lapeyre pour sa brillante défense.

    « Mon capitaine, lui répond le jeune officier, je tiendrai jusqu’au bout avec mes braves Sénégalais. N’ayez crainte, ils ne nous auront pas vivants. J’ai dans mon poste 800 kilos de poudre, qui devaient me servir aux travaux de route pour faire sauter les rochers ».

    Comme à l’Aoudour, comme au Bibane, la colonne est obligée le jour même de rentrer à Tafrant pour aller secourir d’autres assiégés. L’ennemi qu’elle n’a refoulé que sur les sommets voisins, où il attend son heure, dévale aussitôt après le départ de nos troupes, et le siège du poste recommence aussitôt, plus acharné que jamais.

    Chaque soir, Lapeyre se contente de signaler : « Poste attaqué, moral excellent ».

    Mais l’eau s’épuise. La vigilance, l’adresse et les dispositions de l’ennemi empêchent nos avions de venir lancer, comme au Bibane, les blocs de glace qui pourraient la remplacer.

    Lapeyre essaie, le 26 mai, de faire une sortie pour se ravitailler. Il réussit, par surprise, à rapporter huit jours d’eau et de bois. Mais l’ennemi a éventé la manœuvre et manqué de peu de couper la retraite à la corvée qui doit combattre pour se frayer le chemin du retour. Une nouvelle tentative sera désormais impossible.

    Le 31, les réservoirs sont presque vides. De concert avec son capitaine de Tafrant, Lapeyre combine une opération qui mettra, pour un temps, fin à la disette. Une batterie de 75 et une batterie de 65 sont postées à Skiffa, sous la protection d’un bataillon. Leur tir, bien nourri et bien ajusté, dégage autour de la source une zone de sécurité, grâce à laquelle, sans perdre un homme, Lapeyre peut recueillir de l’eau pour dix-sept jours. L’avenir lui paraît radieux.

    Mais la chute du Bibane et l’abandon de l’Aoudour rendent disponibles de nombreux guerriers qui viennent, dès le 7 juin, renforcer les assiégeants de Beni Derkoul. La dysenterie fait rage dans le poste, une mitrailleuse est hors d’usage, les grenades vont manquer. Cependant Lapeyre ne se décourage pas. Son compte-rendu quotidien se termine toujours par la phrase réconfortante : « Moral excellent, ai entièrement confiance ».

    Le 12 juin, sa situation s’aggrave encore. Ses mitrailleuses cessent d’être utilisables ; il n’a plus de grenades et l’audace des assiégeants s’accroît. Ils ont entouré de tranchées le poste et se préparent à le démolir avec le canon qui a déjà déterminé la chute du Bibane.

    A l’arrière, on s’inquiète. Les instances du capitaine Pietri, qui commande à Tafrant la compagnie et le secteur, font comprendre qu’une évacuation opportune, comme celle de l’Aoudour, tout en prévenant un sacrifice glorieux, mais inutile, enlèverait aux Riffains l’occasion d’une deuxième victoire dont le retentissement serait néfaste dans la région. On se décide à prescrire l’abandon de Beni Derkoul, et la nuit du 14 au 15 juin est choisie pour le tenter.

    Un bataillon et une forte artillerie sont poussés vers Skiffa pour recueillir la garnison. Il est trop tard. L’ennemi devine sans doute que ces préparatifs sont destinés à lui ravir sa proie. Il redouble d’efforts pendant la journée du 14. Son canon démolit une partie de l’enceinte et des bâtiments, et fait une large brèche dans le réseau.

    Trois assauts sont repoussés à coups de fusil, mais, vers dix-huit heures, des Riffains s’emparent de la tour qui domine le poste à 800 mètres vers le Nord-Ouest, après avoir tué ou mis hors de combat ses sept défenseurs, dont un seul fut fait prisonnier. Lapeyre peut encore signaler : « Tour prise, tirez dessus », quoique la situation de son propre poste soit déjà désespérée.

    Enfin, à dix-neuf heures dix, une nouvelle ruée des Riffains les porte au réseau. Les vagues d’assaut franchissent les brèches, submergent la cour.

    A ce moment, un vaste panache de fumée s’élève et plusieurs explosions violentes retentissent. On aperçoit des groupes d’assiégeants qui s’enfuient à toutes jambes. La fumée disparue, il ne reste plus que des ruines de ce qui fut Beni Derkoul.

    Après un siège de soixante et un jours, le sous-lieutenant Lapeyre, ainsi qu’il l’avait annoncé le 13 mai, s’était fait sauter avec sa troupe plutôt que de se rendre. On sut plus tard qu’une soixantaine de Riffains avaient été tués en même temps par l’explosion.

    Le haut commandement rendit à la mémoire des braves défenseurs de Beni Derkoul l’hommage qui leur était dû.

    Et, suprême honneur pour un officier, la promotion de 1925 à Saint-Cyr demanda et obtint comme nom de baptême celui de son héroïque ancien.

     

    A suivre : Le capitaine Duboin à l’Aoulaï.

     

     

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