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  • 28 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La guerre du Rif (2) dans PAGES D'HISTOIRE la-vallee-de-laoudour-150x150

     

    D’après la revue « Le correspondant » – 1928

     

    La défense héroïque de l’Aoudour

     

    A 8 kilomètres environ à vol d’oiseau du poste de Bibane, vers le Nord-Ouest, de l’autre côté de l’Oued des Ouled-Amar, le poste de l’Aoudour dominait la rive droite de l’Oued Aoudour dont il surveillait la vallée. Sa garnison, fournie par la 8e compagnie du 1er Tirailleurs Sénégalais, comprenait le lieutenant Franchi, chef de poste ; le sergent Rodin, 2 soldats télégraphistes et 2 artilleurs français ; 1 adjudant, 2 sergents, 2 caporaux, 34 tirailleurs.

    Une tour, bâtie à 700 mètres de distance, près de la source où s’approvisionnait la garnison, était occupée par le caporal Bleu et trois tirailleurs qui protégeaient les corvées d’eau, mais son emplacement et les formes du terrain la mettaient hors des vues de l’Aoudour. Comme au Bibane et au Dar Remik, plusieurs tirailleurs étaient libérables et leur relève était imminente.

    Le 15 avril 1925, la dissidence devient générale en bordure du secteur. Nos partisans Ouled Kacem tentent de disperser les groupes ennemis et sont repoussés. Peu à peu, le blocus s’établit autour de l’Aoudour. Les Riffains occupent le village de Bou-Kelaa, sur les pentes au Sud-Ouest du poste, et coupent les communications téléphoniques avec Tafrant où l’on entend, le 24, une vive fusillade, des explosions de grenades.

    Le siège de l’Aoudour est commencé ; le poste reste livré à lui-même et n’a d’eau que pour huit jours.

    Le 26, le lieutenant Franchi cherche vainement à retarder ou empêcher, à coups de canon, l’arrivée des guerriers qui dévalent du Djebel Idlan pour renforcer les assiégeants ; il tente sans résultat d’atteindre la source pour augmenter sa provision d’eau. Le blocus s’est si bien resserré qu’aucune liaison n’est possible avec les défenseurs de la tour ; celle-ci et le poste sont vivement attaqués pendant la journée et pendant la nuit. Le poste repousse les assauts, mais la tour est enlevée après une belle résistance. Vers deux heures, un brusque silence après de sauvages clameurs et une violente explosion suggèrent à Franchi que Bleu et ses trois tirailleurs se sont fait sauter plutôt que de se rendre.

    On ne devait connaître qu’un an plus tard les péripéties de cette lutte épique, après la libération des prisonniers franco-espagnols par le colonel Corap et le général Ibos.

    Comme aux abords de l’Aoudour, les assiégeants s’étaient postés derrière les crêtes environnantes, dans les ravins, pour tirer à leur aise sur les créneaux de la tour, sans crainte des obus J. D. que Franchi essayait de lancer sur eux. Leur tactique était bonne, puisque, dès le premier jour, un tirailleur était tué, un autre blessé. Bleu n’avait plus avec lui qu’un homme valide pour tenir l’ennemi à distance de la mauvaise muraille qui les protégeait. A la nuit tombante, l’adjudant Orahslala, envoyé par Franchi, parvint par surprise à la tour avec trois tirailleurs. Il apportait un ravitaillement d’eau et de café, donnait de judicieux conseils pour la défense, promettait de revenir pour amener du renfort et rentrait sans dommage à l’Aoudour avec son escorte.

    Mais le lendemain il était moins heureux. Eventé par les sentinelles ennemies, il évitait à grand peine une embuscade, avec les six hommes qui l’accompagnaient, et devait faire demi-tour en se frayant un passage à coups de grenades, sans pouvoir accomplir sa mission. Aussitôt après, les assiégeants décident d’en finir avec la tour. Tandis que les uns tirent sans relâche sur les créneaux pour en écarter les trois défenseurs survivants, les autres, au nombre d’environ 300, s’approchent, franchissent le réseau. Une pioche abandonnée au pied du mur leur sert à percer une brèche. Bleu s’est coupé la main en ouvrant une caisse de grenades. A deux heures trente, après cinq heures d’efforts, la muraille éventrée livre passage à un torrent de Riffains. Trois d’entre eux sont tués, mais Bleu reçoit deux blessures et il est pris avec ses deux tirailleurs, dont un seul est valide.

    Une acclamation infernale qu’on entend à Tafrant annonce le succès. Les vainqueurs emmènent aussitôt leurs prisonniers, emportent les fusils, les mitrailleuses et les cartouches, et mettent le feu à la tour. Quatre caisses de grenades qu’elle contenait encore sautent, ce qui fit croire aux défenseurs de l’Aoudour que la garnison était anéantie.

    Pendant ce temps, la fusillade avait redoublé autour du poste. Elle ne cessait pas les deux jours suivants et il était vraisemblable que l’ennemi préparait un furieux assaut.

    Franchi signalait cependant, le 29 au soir : « Nous sommes rationnés en eau à l’extrême, mais nous pouvons tenir encore ; le moral est excellent ».

    Toutefois une prompte intervention paraissait nécessaire, car l’Aoudour semblait être, de tous les postes du secteur, celui que menaçait le plus la chute par la soif. Aussi le général Colombat, qui avait terminé ses préparatifs à Tafrant, résolut-il de le secourir d’abord, ainsi que l’Achirkane.

    Le 1er mai, sa colonne mobile est mise en marche. Elle bouscule à Bou Kelaa les assiégeants, qui tentent de l’arrêter, et parvient avant midi à l’Aoudour où elle amène un fort convoi de ravitaillement. Comme au Bibane, les tirailleurs libérables refusent d’être relevés avant le retour de la tranquillité. Ils veulent partager le sort de leur chef.

    La garnison tout entière donne aux troupes de secours une réconfortante impression : elle s’est faite belle pour recevoir le général qui admire la propreté, inattendue en de telles circonstances, des hommes, de la cour et des bâtiments.

    La colonne mobile quitte l’Aoudour dans l’après-midi, pour aller à l’Achirkane. Les Riffains, qui s’étaient éloignés hors de portée sans cesser d’observer ses mouvements, se rapprochent aussitôt et bloquent de nouveau le poste. Jusqu’au 9 mai ils se bornent à tirailler. Mais Franchi se méfie de cette inertie apparente et fait creuser une profonde tranchée qui servira d’abri contre un bombardement qu’il devine prochain. La disette imminente d’eau le préoccupe.

    Le 9 et le 10, il tente une sortie pour s’approvisionner à une petite source qui n’est pas encore tarie et qui filtre non loin du poste. Ces opérations réussissent, et la joie qu’il en éprouve lui fait télégraphier, le 13 : « la situation est excellente ».

    Cependant le blockhaus du poste menaçe ruine, et l’on n’a pu aménager un local sûr pour les blessés. L’ennemi s’enhardit ; il rôde autour des réseaux et il faut employer contre lui les grenades, la mitrailleuse et le canon pour le tenir à distance. La poche d’eau où les corvées nocturnes remplissaient les tonnelets ne contient plus que de la boue. La source de la tour, qu’on atteint par surprise le 28, est à sec elle aussi. Elle ne peut donner qu’une vingtaine de litres recueillis quart par quart.

    Selon toute apparence, la source de Bou Kelaa doit avoir encore un débit suffisant. Elle représente pour la garnison la dernière chance de vivre. Franchi n’hésite pas à risquer une dangereuse sortie pour s’y ravitailler. Mais l’ennemi a deviné son projet et préparé une embuscade. La petite troupe est obligée de se replier en ramenant deux blessés, sans rapporter de l’eau.

    La situation serait désespérée, si, le 3 juin, un orage opportun n’éclatait sur la montagne. Toiles de tente, couvertures, récipients de toute sorte servent à recueillir une pluie abondante qui procure le salut.

    Dès ce jour, les assaillants ne comptent plus obtenir le succès par la lassitude et l’épuisement de la garnison. Le Bibane est pris, et les défenseurs de l’Aoudour, témoins du drame, n’ont pu que gêner avec leur canon les Riffains pendant leurs préparatifs de l’assaut final.

    Le tour de Franchi et de sa troupe semble venu. Les tranchées des assiégeants se rapprochent ; les invectives et les menaces s’échangent entre les combattants des deux partis. Les Sénégalais sont parfois invités à séparer leur sort de celui de leurs chefs blancs, mais ils répondent à coups de fusil et par des injures à ces propositions qu’accompagnent des offres de ripailles, bien tentantes par contraste avec la famine qui se fait sentir.

    A l’arrière, on sait que les vivres font défaut et l’on expédie des avions au-dessus du poste pour le ravitailler. Trois fois ils essaieront de lancer des colis, mais la cible représentée par l’Aoudour est si petite qu’ils manquent le but, et les assiégeants peuvent s’emparer de ces envois qui ne leur étaient pas destinés. Cependant le moral des défenseurs triomphe de leurs déceptions. Ils voient qu’on ne les oublie pas, et ils espèrent qu’une colonne mobile, plus lente et plus sûre, viendra tôt ou tard les délivrer.

    Mais les colonnes mobiles avaient fort à faire ailleurs. Aucune troupe assez forte n’était disponible à Tafrant pour débloquer à temps l’Aoudour. Et, plutôt que d’exposer le poste à périr par la disette ou, comme le Bibane, sous les vagues d’assaut des assiégeants, on préféra autoriser Franchi à l’évacuer.

    Un message optique lui prescrivit, le 7, de se replier vers Tafrant, après avoir détruit ce qu’il ne pourrait emporter. Une puissante artillerie le protégerait de loin par un barrage infranchissable, mais il ne devait faire aucun sacrifice pour les blessés. A ce prix, le salut devenait presque déshonorant.

    Or les tranchées ennemies entouraient maintenant le poste. Il paraissait impossible aux défenseurs, même débarrassés de tous ceux qui ne pouvaient plus combattre, de forcer le blocus. Franchi répondit donc que, si l’on ne pouvait le délivrer avant le 12, la garnison n’abandonnerait pas ses blessés, et périrait avec eux.

    C’était précisément ce que l’on voulait éviter. D’une part, on convint qu’il ne fallait pas laisser les blessés en trophée à l’assaillant. D’autre part, Franchi, mieux instruit de ce qu’il pouvait tenter, combina un plan audacieux.

    Il avait heureusement remarqué que chaque soir, au crépuscule, la plupart des assiégeants allaient festoyer pendant quelques heures dans les villages voisins. Leurs tranchées n’étaient alors occupées que par des guetteurs, peu nombreux, mais suffisants pour garder les positions et surveiller les défenseurs de l’Aoudour.

    Il régla donc avec Tafrant, par l’optique, le programme de son repli. Toute la journée du 8 est consacrée aux préparatifs. Tandis que son canon tire, autant pour gêner l’ennemi que pour étouffer par les détonations le bruit de ce qui se passe dans le poste, Franchi répartit la besogne et la fait exécuter promptement. Partagés en divers groupes, les gradés et tirailleurs détruisent tout ce qui pourrait servir de butin. Ils enterrent soigneusement les bagages et les munitions.

    A dix-sept heures, on prend un frugal repas. A vingt heures, la garnison s’élance par un passage ménagé dans le réseau. Le lieutenant sort le dernier, après avoir tiré le dernier obus et fait mettre hors d’usage la mitrailleuse et le canon. Le soldat Le Stourm a descendu le pavillon et obtenu de le conserver comme souvenir : « Un Breton n’abandonne pas les couleurs ».

    Le groupe d’avant-garde fonce sur les guetteurs postés à l’origine d’un ravin. Il les surprend, les chasse à coups de grenades, ouvre la voie au reste du détachement, alourdi par trois blessés qu’il faut transporter. Le tumulte de l’alerte fait affluer les Marocains qui surgissent des environs et tentent de s’opposer à la sortie. Mais l’artillerie de Tafrant, qui a discrètement réglé son tir pendant la journée, entoure d’une inviolable et mobile barrière les évadés.

    Le profond ravin qui descend vers Tafrant leur offre bientôt l’abri de son thalweg. Les balles ennemies ne peuvent plus les atteindre, car les obus éloignent les poursuivants des croupes qui le dominent. Ils sont sauvés.

    Ce coup d’audace n’a coûté la vie qu’à deux tirailleurs, tués avant d’atteindre le ravin. La garnison de l’Aoudour, qui ramène fièrement ses blessés, arrive sans encombre à Tafrant, après avoir soutenu un siège de cinquante-trois jours.

    Le poste d’Achirkane, en face de l’Aoudour, (sergent Morel, 1 sergent et 21 tirailleurs), fut également évacué, avec le même bonheur, grâce au sang-froid de son chef, après un siège de cinquante-deux jours, moins étroit cependant que celui de l’Aoudour. La garnison y gagna le même ravin, mais à trois heures trente la même nuit, protégée par un encagement d’artillerie qui surprit les assiégeants, déjà découragés par la délivrance des défenseurs de l’Aoudour.

     

    A suivre – Le sous-lieutenant Lapeyre à Beni Derkoul

     

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