• 27 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

     Le 27 octobre 1870 – La capitulation de Metz dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-capitulation-de-metz-150x150

    La capitulation de Metz

    D’après « Blocus et capitulation de Metz » – Hippolyte Nazet, Edouard-Accoyer Spoll – 1870

     

    A partir du 16 octobre, on ne put conserver aucun doute : le maréchal Bazaine avait renoncé à toute tentative de sortie, et chacun racontait que le commandant en chef était entré en négociations avec l’ennemi et discutait les conditions de la reddition de la place et de l’armée.

    Bien que l’idée d’une reddition sans coup férir répugnât à tous les Messins et leur fît rejeter bien loin cette pensée chaque fois qu’elle se présentait à leur esprit, il fallait bien s’y habituer, car tout la confirmait. Une sorte de trêve tacite existait entre les armées ennemies, les forts étaient muets et nos troupiers allaient marauder chaque jour entre les lignes sans que les Prussiens songeassent à tirer sur eux.

    Le 15 au matin pourtant, Metz et l’armée avaient eu une lueur d’espoir. On racontait partout qu’une vive canonnade avait été entendue pendant la nuit, et les officiers d’artillerie des forts Saint-Julien et Queuleu affirmaient qu’une bataille se livrait dans la direction de Pont-à-Mousson, au delà d’Ars-surMoselle. Ils avaient entendu à certains instants le bruit distinct des mitrailleuses et avaient vu les obus tomber dans le camp prussien d’Ars.

    Ces officiers avaient naturellement fait un rapport détaillé sur ces différents faits et l’avaient adressé au maréchal.

    Pendant toute la journée, on attendit auxieusement un mouvement de l’armée. Il semblait impossible que Bazaine n’essayât point d’aller rejoindre ceux qui venaient à son secours, d’autant plus que des soldats qu’on disait avoir pasé les lignes affirmaient, à qui les voulait entendre, que les francs-tireurs des Vosges avaient repris Nancy, que sur toute la route les paysans leur avaient répété : Dites à Metz de tenir bon, une armée vient la secourir !

    A la joie qui avait envahi tous les cœurs, succéda une morne consternation quand on apprit le 16, que Bazaine s’était contenté de répondre aux officiers qui lui avaient envoyé des nouvelles : Je sais quelle est cette canonnade, c’est le bombardement de Thionville qui commence !

    L’armée qui venait à notre secours n’existait, il est vrai, que dans l’imagination de malheureux trop prompts à accepter une illusion qui les faisait revivre, mais en tous cas le bruit du canon venait distinctement d’un point absolument opposé à la direction de Thionville.

    Le 26, tout était bien fini pour Metz et pour l’armée. Le général de Cissey avait été envoyé au château de Frescaty pour discuter tous les articles de la capitulation, et Chargarnier lui-même avait voulu aller intercéder en faveur de notre brave armée pour obtenir des conditions moins dures, mais il avait trouvé l’ennemi inflexible. Metz et les troupes devaient se rendre à merci.

    Le 27 au matin, on put, seulement alors, lire sur les murs de Metz la proclamation du général Coffinières, l’adresse du maire aux habitants et l’appendice à la convention militaire relatif à la ville et à ses citoyens, toutes pièces qui ont été publiées en même temps que l’ordre général de Bazaine à l’armée du Rhin et le protocole signé des généraux Jarras et Stiehle.

    Les derniers jours de Metz furent lugubres. Bazaine, lui, continuait à ne se pas montrer, mais rendait encore chaque jour des décrets, conférant des grades ou des décorations, tant à ceux qui les avaient mérités qu’à des amis à qui les galons d’officiers devaient rendre moins dure la captivité sur une terre étrangère.

    Parmi les derniers brevets signés par le maréchal, nous devons citer, comme une juste récompense, les décorations décernées aux docteurs Liégeois, Good et Ward de la Société internationale de secours aux blessés. Tous trois s’étaient multipliés sur les champs de bataille, et c’est au milieu des obus et des balles qu’ils avaient fait leur chemin de la croix.

    Il y eut malheureusement bien des oubliés. Nous citerons, par exemple, dans la première ambulance, Mme Cahen, cette femme d’un courage et d’un dévouement admirables, qui avait, elle aussi, tant de droits à une distinction si honorable.

    Rien ne vint plus troubler le deuil de Metz jusqu’au 27 au soir, où éclata le tardif mouvement que l’on sait. Quelques généreux citoyens voulurent se révolter contre le marché infâme qui les jetait tous aux mains des Prussiens, mais il n’était plus temps.

    Le lendemain matin, les officiers qui avaient tant de fois conduit au feu leurs soldats, étaient forcés d’aller les remettre désarmés, vaincus, aux mains de l’ennemi.

    Il y eut là des scènes déchirantes, des adieux que la plume ne peut retracer. Nous vîmes de vieilles moustaches sur lesquelles roulaient de grosses larmes au récit de leur douloureuse mission. Des hommes énergiques, habitués à voir chaque jour la mort de près, sanglottaient comme des enfants ou chargeaient d’imprécations les deux hommes dont la lâche trahison imprimait à leur honneur militaire une telle flétrissure.

    « Plus honteux que Sedan, plus honteux que Sedan, » répétait l’un d’eux. Au moins ceux-là se sont battus, mais nous… Comment oser jamais rentrer en France ! ».

    Un officier supérieur rentra chez lui, prit son revolver et se brûla la cervelle, ne voulant pas survivre, disait-il, à la honte.

    Le 28 octobre, à 10 heures du matin, suivant les termes de la capitulation, les forts étaient livrés à l’ennemi en bon état. Ils devaient l’être, en effet, car la veille encore le général Frossard inspectait les travaux de défense pour les rendre plus dignes sans doute d’être présentés aux Prussiens.

    A midi, la garde de la porte Mazelle, formée par les grenadiers, était relevée par un poste prussien et l’armée ennemie pénétrait par petits groupes isolés dans Metz l’inviolée.

    Ce furent d’abord des membres de la Société internationale, puis des officiers qui affectaient de saluer avec la courtoisie la plus parfaite, ceux de nos blessés qu’ils rencontraient cheminant par les rues.

    Dans le milieu de la journée les groupes devinrent plus fréquents, plus nombreux. Peu à peu les boutiques se fermaient silencieusement et l’on se détournait les uns des autres dans la rue pour n’avoir point à parler de la honte commune.

    A peine si quelque rideau discrètement levé aux fenêtres laissait apercevoir une tête inquiète contemplant avec un étonnement mêlé d’effroi les pimpants officiers de la garde prussienne, dont le visage épanoui attestait assez la joie des Prussiens de se voir maîtres de la place dont la trahison venait de leur donner les clefs.

    Vers trois heures, un bruit étrange retentit tout à coup. C’était comme un son lointain de musique militaire. On n’y voulait point croire. Qui donc, s’écriait-on, peut faire jouer la musique de son régiment en ce jour de deuil ?

    Mais ce n’était pas une musique française. On oubliait les vainqueurs, qui venaient insulter à la douleur d’une ville livrée sans défense à ses envahisseurs. Beau triomphe, en vérité !

    Nous vîmes sur notre passage de malheureux troupiers appuyés sur des béquilles qui pâlissaient de rage en voyant défiler les magnifiques régiments de la garde prussienne. Quelques officiers se réfugièrent chez les habitants pour ne pas assister à cette promenade militaire, pas un n’avait l’œil sec.

    Bientôt la ville fut envahie, des piquets furent placés au coin de toutes les rues en cas de résistance ou d’émeute. Les généraux et officiers supérieurs, ainsi que leurs aides de camp, prirent militairement possession des hôtels de la ville dont les habitants furent sommairement congédiés.

    Il fallait bien faire un peu ripaille depuis le temps qu’on était privé de vin de Champagne et d’eau-devie. Les hôtels de Metz en regorgaient, on allait boire et rire à la prussienne, c’est à dire s’enivrer à qui le mieux.

    Le soir, en effet, des bandes avinées parcouraient les rues en chantant les refrains bachiques d’outre-Rhin, et cognant aux portes des habitants qui de bonne heure avaient éteint leurs lumières et feignaient un sommeil que la honte et le chagrin faisaient fuir de leurs paupières.

    A deux heures du matin, on entendait encore les soldats prussiens enfoncer les portes des allées pour pénétrer dans les maisons où ils s’abritaient contre la pluie qui tombait fine et serrée. D’autres envahissaient les écuries situées dans l’intérieur de la ville pour y mettre leurs chevaux et détachaient ceux des habitants qui vaguaient en liberté dans les cours et dans les rues.

    Puis chacun s’endormit vaincu par la fatigue, et le lendemain, la ville se réveilla prussienne.

     

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