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  • 22 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 22 octobre 1797 – Le premier saut en parachute dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-premier-saut-en-parachute-150x150

     

    Le parachute, une invention française qui est utilisée maintenant aussi bien dans le secteur civil, que dans toutes les armées du monde entier !

    Que de progrès depuis cette expérience en 1797 !

     

    D’après « Nouvelle encyclopédie théologique » – 1860

     

    Tous les corps, quelles que soient leur nature et leur forme, tombent dans le vide avec la même vitesse. On fait souvent dans les cours de physique une expérience qui démontre clairement ce fait. Dans un tube de verre de trois à quatre mètres de longueur, fermé à ses deux extrémités, on place divers corps de poids très différents, tels que du plomb, du papier, des plumes, etc., on fait ensuite le vide dans ce tube à l’aide de la machine pneumatique.

    Lorsque le tube est parfaitement vide d’air, on le retourne brusquement, de manière à le placer dans la verticale. On voit alors tous les corps, tombant dans l’intérieur du tube, venir au même instant en frapper le fond. Ainsi, dans un espace vide tous les corps tombent avec la même vitesse. Quand la force de la pesanteur n’est combattue par aucune résistance qui puisse contrarier ses effets, elle s’exerce avec la même énergie sur tous les corps, quels que soient leur forme et leur poids. Dans le vide, une montagne ne tomberait pas plus vite qu’une plume.

    Les choses se passent autrement dans l’atmosphère au milieu de laquelle nous vivons. La cause de cette différence est due à la présence de l’air, qui oppose à la chute des corps une résistance dont tout le monde connaît les effets. Les corps ne peuvent tomber sans déplacer de l’air, et par conséquent sans perdre de leur mouvement en le partageant avec lui.

    Aussi la résistance de l’air croît-elle avec la vitesse, et l’on exprime cette loi en physique, en disant que la résistance de l’air croît comme le carré de la vitesse du mobile ; c’est-à-dire que pour une résistance double la résistance de l’air est quatre fois plus forte ; pour une résistance triple, neuf fois plus considérable, etc.

    Il résulte de là que si une masse pesante vient à tomber d’une grande hauteur, la résistance de l’air devient suffisante pour rendre uniforme le mouvement accéléré, qui est, comme on le sait, particulier à la chute des corps graves. La résistance de l’air croît aussi avec la surface du corps qui tombe. Si cette surface est très grande, le mouvement uniforme s’établissant plus près de l’origine du mouvement, la vitesse constante de la chute en est considérablement retardée. Ainsi en donnant à la surface d’un corps tombant nu milieu de l’air un développement suffisant, on peut ralentir à son gré la rapidité de sa descente. Selon la plupart des physiciens, un développement de surface de cinq mètres suffit pour rendre très lente la descente d’un poids de cent kilogrammes.

    C’est sur ces deux principes qu’est fondée la construction de l’appareil connu sous le nom de parachute. Pour donner plus de sécurité aux ascensions, on a eu l’idée de suspendre au-dessous des aérostats un de ces instruments destiné à devenir, dans les cas périlleux, un moyen de sauvetage. Si par un événement quelconque, le ballon n’offre plus les garanties suffisantes de sécurité, l’aréonaute coupe la corde du parachute. Débarrassé de ce poids, l’aréostal s’élance dans les régions supérieures, le parachute se développe et ramène à terre la nacelle par une chute douce et modérée.

    Quelque simple que nous paraisse la disposition du parachute employé de nos jours par les aéronautes, ce n’est cependant qu’après de longs essais que l’on est parvenu à le construire. Cet instrument est en effet le résultat, un peu éloigné peut-être, mais au moins le résultat immédiat des recherches si nombreuses qui ont été faites pendant le XVIIe et le XVIIIe siècle, pour arriver à créer des machines réalisant le vol aérien.

    Personne n’ignore qu’à la fin du XVIIe et au commencement du XVIIIe siècle, les géomètres se sont occupés de la possibilité de faire élever et soutenir dans les airs, différentes machines capables de porter des hommes. Cette sorte de passe-temps scientifique était fort à la mode à cette époque.

    Ce n’est pas seulement par des calculs plus ou moins sérieux que l’on a essayé de résoudre le problème du vol aérien. Depuis le XVIe siècle, on compte un grand nombre de mécaniciens qui ont essayé de construire des appareils destinés à imiter le vol des oiseaux, et beaucoup d’entre eux n’ont pas hésité à confier leur vie au jeu de ces machines.

    Jean-Baptiste Dante, habile mathématicien, qui vivait à Pérouse vers la fin du XVe siècle, construisit des ailes artificielles qui, appliquées au corps de l’homme, lui donnaient, dit-on, la propriété de voler. Selon l’abbé Mouger, qui lut à l’académie de Lyon, le 11 mai 1773, un Mémoire sur le vol aérien, J.-B. Dante aurait fait plusieurs fois l’essai de son appareil sur le lac de Trasimène.

    Mais ces expériences eurent une assez triste fin. Le jour de la célébration du mariage de Barthélémy d’Alviane, Dante voulut donner ce spectacle à la ville de Pérouse : il s’éleva très-haut, dit l’abbé Mouger, et vola par-dessus la place. Mais le fer avec lequel il dirigeait une de ces ailes s’étant brisé, il tomba sur l’église de Notre-Dame et se cassa la cuisse. Suivant le même écrivain, un accident semblable serait arrivé précédemment à un savant bénédictin anglais, Olivier de Malmesbury. Il s’élança du haut d’une tour avec des ailes attachées à ses bras et à ses pieds. Mais ses ailes le soutinrent à peine l’espace de cent vingt pas ; il tomba au pied de la tour, se cassa les jambes et mourut de sa chute.

    Pendant l’année 1678, un mécanicien, nommé Le Besnier, originaire de la province du Maine, fit à Paris diverses expériences d’une machine à voler. L’instrument dont il se servait était composé de quatre ailes ou pales de taffetas, brisées en leur milieu, et pouvant se plier et se mouvoir à l’aide d’une charnière, comme un volet de fenêtre. Ces ailes étaient fixées sur ses épaules, et il les faisait mouvoir alternativement au moyen des pieds et des mains. Le Besnier ne prétendait pas s’élever de terre ni planer longtemps en l’air, mais il assurait qu’en partant d’un lieu médiocrement élevé, il pourrait se transporter aisément d’un endroit à un autre, de manière à franchir, par exemple, un bois ou une rivière. Le Journal des Savants, du 13 septembre 1678, assure que Le Besnier fit usage de ses ailes avec un certain succès, et qu’un baladin, qui en acheta une paire à l’inventeur, s’en servit heureusement à la foire de Guibray.

    Il n’en fut pas de même d’un certain Bernon, qui, à Francfort, se cassa le cou en essayant de voler.

    Dans son petit ouvrage sur les ballons, M. Julien Turgan rapporte un fait intéressant qui se serait passé à Lisbonne en 1736. Dans une expérience publique faite à Lisbonne en 1736, en présence du roi Jean V, un certain Gusman, physicien portugais, s’éleva, dit M. Turgan, dans un panier d’osier recouvert de papier. Un brasier était allumé sous la machine. Mais, arrivée à la hauteur des toits, elle se heurta contre la corniche du Palais-Royal, se brisa et tomba. Toutefois la chute eut lieu assez doucement pour que Gusman demeurât sain et sauf. Les spectateurs enthousiasmés lui décernèrent le titre d’ovoador (l’homme volant). Encouragé par ce demi-succès, il s’apprêtait à réitérer l’épreuve, lorsque l’inquisition le fit arrêter comme sorcier. Le malheureux aéronaute fut jeté dans un « in pace », d’où il serait sorti pour monter sur le bûcher, sans l’intervention du roi. Il a toujours été confondu avec le P. Barthélémy Lourenço, dont l’invention complètement impraticable avait cependant obtenu du roi de Portugal une pension de 3,750 livres. Il est fâcheux que M. Turgan ne cite pas la source de ce renseignement curieux et nouveau.

    A une époque plus rapprochée de la nôtre, le marquis de Baqueville eut à Paris un sort à peu près semblable. Il avait construit d’énormes ailes semblables à celles qu’on donne aux anges ; il annonça qu’il traverserait la Seine en volant et qu’il viendrait s’abattre dans le jardin des Tuileries. L’hôtel du marquis de Baqueville était situé sur le quai des Théatins, au coin de la rue des Saints-Pères. Il s’élança de sa fenêtre et s’abandonna à l’air. Il paraît que dans les premiers instants son vol fut assez heureux, mais lorsqu’il fut parvenu au milieu de la Seine, ses mouvements devinrent incertains, et il finit par tomber sur un bateau de blanchisseuses. Le volume de ses ailes amortit un peu la chute : il en fut quitte pour une cuisse cassée.

    La tradition rapporte que, sous Louis XIV, un danseur de corde nommé Alard annonça qu’il ferait devant le roi, à Saint-Germain, une expérience de vol aérien. Il devait s’élancer de la terrasse et se rendre par la voie de l’air jusque dans le bois du Vésinet, dans l’endroit où se trouve aujourd’hui l’embarcadère du chemin de fer. Il paraît qu’il se servait d’une sorte de pales ou plans inclinés à l’aide desquels il comptait s’abaisser doucement vers la terre. Il partit, mais l’appareil répondant mal aux vues de sa construction, le maladroit Dédale tomba au pied de la terrasse et se blessa dangereusement.

    En 1772, l’abbé Desforges, chanoine à Etampes, fit publier, par la voie des journaux, l’annonce de l’expérience publique d’une voiture volante de son invention. Au jour indiqué, un grand nombre de curieux répondirent à son appel. On trouva le chanoine installé avec sa voiture sur la vieille tour de Guitel. La machine du chanoine était une sorte de nacelle munie de grandes ailes à charnières. Elle était longue de sept pieds et large de trois pieds et demi. D’après l’inventeur, elle pouvait faire trente lieues à l’heure. Ni les vents, ni la pluie, ni l’orage ne devaient arrêter son essor. Le chanoine entra dans sa voilure, et le moment du départ étant venu, il déploya ses ailes qui furent mises en mouvement avec une grande vitesse. « Mais, dit un témoin oculaire, plus il les agitait, plus sa machine semblait presser la terre et vouloir s’identifier avec elle ».

    La dernière machine du genre de celles qui nous occupent, est le bateau volant dont Blanchard, en 1782, faisait l’exhibition publique dans la rue Taranne. Mais, malgré toutes ses annonces et ses promesses, il ne put rien obtenir de sérieux.

    Le mauvais résultat de tous les essais entrepris pendant le dernier siècle, pour construire des machines réalisant le vol aérien, fit abandonner ces vaines recherches. Si le succès eût couronné d’aussi puériles tentatives, on aurait obtenu une machine pouvant peut-être satisfaire quelques instants la curiosité publique, mais incapable, en fin de compte, de répondre à aucun objet d’application sérieuse. D’ailleurs, le géomètre De Lalande démontra l’impossibilité de réussir dans les recherches de ce genre.

    Dans une lettre adressée en 1782 au Journal des Savants, De Lalande prouve mathématiquement que, pour élever et soutenir un homme dans les airs, sans autre point d’appui que lui-même, il faudrait le munir de deux ailes de cent quatre-vingts pieds de long et d’autant de large, c’est-à-dire de la dimension des voiles d’un vaisseau, masse évidemment impossible à soutenir et à manœuvrer avec les seules forces d’un homme.

    Les recherches relatives à la construction des machines à voler étaient donc à peu près oubliées, lorsque la découverte des ballons vint ramener l’attention sur elles, et rendre quelque valeur au petit nombre de résultats pratiques qu’elles avaient mis en lumière. On se proposa de munir le voyageur aéronaute d’un appareil propre à favoriser sa descente dans les cas périlleux ou embarrassants, et ce problème fut assez facilement résolu, grâce aux données fournies par les expériences antérieures concernant le vol aérien.

    Le physicien qui a mis le premier en pratique le principe sur lequel est fondé le parachute actuel est Sébastien Lenormand, qui devint plus tard professeur de technologie au Conservatoire des arts et métiers.

    C’est à Montpellier qu’il fit, en 1783, la première expérience de ce genre que l’on ait exécutée à notre époque. Lenormand avait lu, dans quelques relations de voyage, que, dans certains pays, des esclaves, pour amuser leur roi, se laissaient tomber munis d’un parasol, d’une assez grande hauteur, sans se faire beaucoup de mal, parce qu’ils sont retenus par la couche d’air comprimée par le parasol. Il lui vint à l’esprit de répéter lui-même cette expérience, et le 26 novembre 1783, il se laissa aller de la hauteur d’un premier étage, tenant de chaque main un parasol de trente pouces. Les extrémités des baleines de ces parasols étaient rattachées au manche par des ficelles, afin que la colonne d’air ne le fit pas rebrousser en arrière. La chute lui parut insensible.

    En faisant celle expérience, Lenormand fut aperçu par un curieux qui en rendit compte à l’abbé Bertholon, alors professeur de physique à Montpellier. Ce dernier ayant demandé à Lenormand quelques explications à ce sujet, Lenormand lui offrit de répéter devant lui l’expérience, en faisant tomber de cette manière différents animaux du haut de la tour de l’observatoire de Montpellier. Ils firent ensemble ce nouvel essai. Lenormand disposa un parasol de vingt-huit pouces, comme il l’avait fait la première fois, et il attacha, au bout du manche divers animaux dont la grosseur et le poids étaient proportionnés an diamètre du parasol. Les animaux touchèrent la terre sans éprouver la moindre secousse.

    « D’après cette expérience, dit Lenormand, je calculai la grandeur d’un parasol capable de garantir d’une chute, et je trouvai qu’un diamètre de quatorze pieds suffisait, en supposant que l’homme et le parachute n’excèdent pas le poids de deux cents livres ; et qu’avec ce parachute un homme peut se laisser tomber de la hauteur des nuages sans risquer de se faire de mal… Ce fut pendant la tenue des Etats du ci-devant Languedoc, c’est-à dire vers la fin de décembre 1783, que je fis cette expérience. Le citoyen Montgolfier était alors à Montpellier. Il fut témoin de quelques-unes de ces expériences. Il approuva beaucoup le nom de parachute que je donnai à ces machines, et proposa d’y faire quelques changements ».

    Peu de temps après, Blanchard, dans ses ascensions publiques, répétait sous les yeux des Parisiens et comme objet de divertissement, l’expérience exécutée par Lenormand du haut de la tour de l’observatoire de Montpellier. Il attachait à un vaste parasol divers animaux qu’il lançait du haut de son ballon, et qui arrivaient à terre sans le moindre mal. Bien que ces expériences eussent toujours réussi, Blanchard n’eut jamais la pensée de les exécuter lui-même ni de rechercher si le parachute développé et agrandi pourrait devenir pour l’aéronaute un moyen de sauvetage.

    Cette pensée audacieuse s’offrit pour la première fois à l’esprit de deux prisonniers.

    Jacques Garnerin, qui devint plus tard l’émule et le rival heureux de Blanchard, avait été témoin, à Paris, des expériences que ce dernier exécutait avec différents animaux qu’il faisait descendre en parachute du haut de son ballon. Envoyé, en 1793, à l’armée du Nord, comme commissaire de la Convention, Garnerin fut fait prisonnier dans un combat d’avant-postes à Marchiennes. Pendant les loisirs de la longue captivité qu’il subit en Hongrie dans les prisons de Bude, l’expérience de Blanchard lui revint en mémoire et il résolut de la mettre à profit pour recouvrer sa liberté. Mais il ne put réussir à cacher les préparatifs de sa fuile. On s’empara des pièces qu’il commençait à disposer, et il dut renoncer à mettre son projet à exécution.

    Un autre prisonnier poussa plus loin la tentative.Ce fut Drouet, le maître de poste de Sainte-Menehould, qui avait arrêté Louis XVI pendant sa fuite à Varennes.

    Drouet avait été nommé par le département de la Marne membre de la Convention. En 1793, il fut envoyé comme commissaire à l’armée du Nord, et il se trouvait à Maubeuge lors du blocus de cette ville par les Autrichiens. Craignant de tomber au pouvoir des assiégeants, il se décida à revenir à Paris et partit pendant la nuit avec une escorte de dragons. Mais son cheval s’étant abattu, il tomba entre les mains des Autrichiens qui l’emmenèrent prisonnier à Bruxelles, puis à Luxembourg. Lorsque les alliés abandonnèrent les Pays-Bas en 1794, ils transportèrent Drouet à la forteresse de Spielberg, en Moravie, et c’est là qu’inspiré par le souvenir des expériences de Blanchard, il essaya de s’échapper à l’aide d’une sorte de parachute. Il fabriqua avec les rideaux de son lit un vaste parasol, et réussit à cacher Sod travail aux soldats qui le gardaient. La nuit étant venue, il se laissa aller du haut de la citadelle. Mais il se cassa le pied en tombant, et fut ramené dans sa prison, d’où il ne sortit qu’un an après pour être échangé, avec quelques autres représentants du peuple, contre la fille de Louis XVI.

    Jacques Garnerin, rendu à la liberté en 1797, en profita pour mettre à exécution le projet qu’il avait conçu dans les prisons de Bude. Il voulut reconnaître si le parachute, avec les dimensions et la forme qu’il avait calculées, ne pourrait être utile comme moyen de sauvetage dans les voyages aérostatiques.

    Il exécuta cette courageuse expérience le 22 octobre 1797.

    A cinq heures du soir, Jacques Garnerin s’éleva du parc de Monceaux dans un aérostat de petite dimension. La nacelle dans laquelle il s’était placé était surmontée d’un parachute replié, suspendu lui-même à l’aérostat. L’affluence des curieux était considérable. Un morne silence régnait dans la foule, l’intérêt et l’inquiétude étaient peints sur tous les visages.

    Lorsqu’il eut dépassé la hauteur de mille mètres, on le vit couper la corde qui rattachait le parachute à son ballon. Le ballon s’éleva et se perdit dans les nues, tandis que la nacelle et le parachute étaient précipités vers la terre avec une prodigieuse vitesse. L’instrument s’étant développé, la vitesse de la chute fut très amoindrie.Mais la nacelle faisait des oscillations énormes qui résultaient de ce que l’air, accumulé au-dessous du parachute et ne rencontrant pas d’issue, s échappait tantôt par un bord, tantôt par un autre, et provoqua des oscillations et des secousses effrayantes. Un cri d’épouvante s’échappa du sein de la foule, plusieurs femmes s’évanouirent. Heureusement on n’eut à déplorer aucun accident fâcheux. Arrivée à terre, la nacelle heurta fortement le sol, mais ce choc n’eut point d’issue funeste.

    Garnerin monta aussitôt à cheval et s’empressa de revenir au parc de Monceaux pour rassurer ses amis et recevoir les félicitations que méritait son courage. L’astronome De Lalande, son ami, s’empressa d’aller annoncer ce succès à l’Institut qui se trouvait assemblé, et la nouvelle fut reçue avec un intérêt extrême. Il sera peut-être intéressant de lire ici la narration de cette belle expérience donnée par Garnerin lui-même dans le Journal de Paris.

    « On ne saurait croire, dit Garnerin, tous les obstacles qu’il me fallut vaincre pour arriver à l’expérience du parachute que j’ai faite le premier de ce mois (1er Brumaire An VI), au parc de Monceaux.
    J’ai été obligé de construire mon parachute en deux jours et deux nuits. Pour que le parachute fût prêt le jour indiqué, je fus non seulement contraint de renoncer aux projets de précaution que commandait la prudence dans un essai de celte importance, mais je fus encore obligé de supprimer beaucoup des agrès nicessaires à ma sûreté… Le 1er brumaire, jour indiqué pour l’expérience, j’éprouvai encore d’autres contre-temps. A deux heures, je n’avais pas encore reçu une goutte d’acide sulfurique pour obtenir le gaz inflammable propre à remplir mon aérostat.
    L’opération commença plus tard. Un vent violent contrariait les manœuvres. A quatre heures et demie, je doutais encore que mon ballon pût m’enlever avant la nuit. Le ballon d’essai qui devait m’indiquer la direction que j’allais suivre manqua. En suspendant le parachute au ballon, le tuyau qui lui servait de manche se rompit, et le cercle qui le tenait se cassa. Malgré tous ces accidents je partis, emportant avec moi cent livres de lest, dont je jetai subitement le quart dans l’enceinte même, pour franchir les arbres sur lesquels je craignais d’être porté par le vent. Je dépassai rapidement la hauteur de 300 toises, d’où j’avais promis de me précipiter avec mon parachute.
    Je fus porté sur la plaine de Monceaux, qui me parut très favorable pour consommer l’expérience aux yeux des spectateurs. Aller plus loin, c’eût été en diminuer le mérite pour eux, et c’était prolonger trop longtemps leur inquiétude sur l’événement. Tout combiné, je prends mon couteau et je tranche la corde fatale au-dessus de ma tête. Le ballon fit explosion sur-le-champ, et le parachute se déploya en prenant un mouvement d’oscillation qui lui fut communiqué par l’effort que je fis en coupant la corde ; ce qui effraya beaucoup le public.
    Bientôt j’entendis l’air retentir de cris perçants. J’aurais pu ralentir ma descente en me débarrassant d’un lest de 75 livres qui restait dans ma nacelle. Mais j’en fus empêché par la crainte que les sacs qui le contenaient ne tombassent sur la foule de curieux que je voyais au-dessous de moi. L’enveloppe du ballon arriva à terre longtemps avant moi.
    Je descendis enfin sans accident dans la plaine de Monceaux, où je fus embrassé, caressé, porté, froissé et presque étouffé patune multitude immense qui se pressait autour de moi.
    Tel fut le résultat de l’expérience du parachute, dont je conçus l’idée dans mon cachot de la forteresse de Bude en Hongrie, où les Autrichiens m’ont retenu comme otage et prisonnier d’Etat.
    Je laisse aux témoins de cette scène le soin de décrire l’impression que fit sur les spectateurs le moment de ma séparation du ballon et de ma descente en parachute. Il faut croire que l’intérêt fut bien vif, car on m’a rapporté que les larmes coulaient de tous les yeux, et que des dames aussi intéressantes par leurs charmes que par leur sensibilité étaient tombées évanouies ».

    Dès sa seconde ascension, Garnerin apporta au parachute un perfectionnement indispensable, qui lui donna toutes les conditions nécessaires de sécurité. Il pratiqua au sommet une ouverture circulaire surmontée d’un tuyau de un mètre de hauteur. L’air accumulé dans la concavité du parachute s’échappe par cet orifice, et de cette manière, sans nuire aucunement à l’effet de l’appareil, on évite ces oscillations qui avaient fait courir à Garnerin un si grand danger.

    Le parachute dont on se sert aujourd’hui est le même appareil que Garnerin a construit et employé en 1797. C’est une sorte de vaste parasol de cinq mètres de rayon, formé de trente-six fuseaux de taffetas, cousus ensemble et réunis au sommet à une rondelle de bois. Quatre cordes, partant de cette rondelle, soutiennent la nacelle ou corbeille d’osier où se place l’aéronaute. Trente-six petites cordes, retenant les bords du parasol, viennent s’attacher à la corbeille. Elles sont destinées à l’empêcher de se rebrousser par l’effort de l’air. La distance de la nacelle au sommet de l’appareil est d’environ dix mètres. Lors de l’ascension, l’appareil est fermé, mais seulement aux trois quarts environ. Un cercle de bois léger d’un mètre et demi de rayon, concentrique au parachute, le maintient un peu ouvert, de manière à favoriser, au moment de la descente, l’ouverture et le développement de la machine par l’effet de la résistance de l’air. Au sommet, se trouve pratiquée une cheminée d’un mètre de hauteur, qui permet à l’air comprimé de s’échapper rapidement sans nuire à sa résistance qui modère la vitesse de la chute.

    C’est avec cette machine si simple que Jacques Garnerin, Elisa Garnerin sa nièce, et Mme Blanchard, ont donné si souvent au public de Paris le spectacle toujours nouveau et toujours admiré de leur descente au milieu des airs. Aucun événement fâcheux n’a signalé ces belles et courageuses expériences.

    Si dans une seule occasion, elles ont eu une issue funeste, on ne doit l’attribuer qu’à l’imprévoyance et à l’ignorance de l’opérateur. Nous voulons parler de la mort de M. Cocking.

    M. Cocking était un amateur anglais, qui s’était mis en tête de créer un nouveau parachute. M. Green, qu’il avait accompagné dans quelques ascensions, eut le tort d’ajouter foi à sa prétendue découverte, et le tort plus grand encore de se prêter à l’expérience. Il était cependant bien facile de comprendre par avance que le projet de M. Cocking était tout simplement une folie. Voici, en effet, la disposition qu’il avait imaginée.

    Le parachute employé par les aéronautes est un véritable parasol dont la concavité regarde la terre. En tombant, il pèse sur l’air atmosphérique et s’appuie dès lors sur un support résistant. M. Cocking prenait le contre-pied de cette disposition. Il renversait le parasol dont la concavité regardait le ciel : c’était une disposition merveilleusement choisie pour précipiter la chute au lieu de la retarder. L’événement ne le prouva que trop. Dans une ascension faite au Wauxhall de Londres, le 27 septembre 1836, M. Green s’était embarqué, tenant M. Cocking et son déplorable appareil suspendus par une corde à la nacelle de son ballon. Parvenu à une hauteur de douze cents mètres, M. Green coupa la corde, et il dut considérer avec effroi la chute épouvantable du malheureux qu’il venait de lancer dans l’éternité. En une minute et demie, l’aéronaute fut précipité à terre, d’où on le releva sans vie.

     

     

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