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  • 20 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 20 octobre 1827 – La bataille de Navarin dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-navarin-150x150

     

    La bataille de Navarin

    D’après « France militaire » – Abel Hugo – 1838

     

    L’insurrection des Grecs avait, dès son commencement, excité en Europe une vive sympathie. On applaudit aux efforts de ce peuple célèbre, longtemps opprimé, et qui, après trois siècles du plus humiliant esclavage, prenait les armes pour reconquérir sa liberté religieuse et son indépendance nationale.

    Les nations s’empressèrent de lui envoyer des secours pécuniaires produits de souscriptions ouvertes avec enthousiasme dans toutes les villes. Un grand nombre d’hommes de courage et d’honneur partirent en volontaires pour coopérer au grand œuvre de l’indépendance hellénique. Mais les chefs des gouvernements, encore émus des insurrections successives de l’Espagne, du Piémont et de Naples, hésitèrent à favoriser ouvertement cette insurrection nouvelle, quelle que fût d’ailleurs la légitimité de son origine et de son but.

    Les commencements de l’insurrection furent heureux. Les Grecs s’emparèrent de plusieurs places fortes, et chassèrent les Turcs des campagnes de la Morée et de presque toutes les îles de l’Archipel, mais les Turcs reprirent l’avantage. Une armée formidable fut envoyée dans la Grèce par le sultan. Le vice-roi d’Egypte reçut l’ordre d’y joindre, avec un corps d’élite sous les ordres de son fils Ibrahim-Pacha, une flotte nombreuse et bien équipée. Alors commença contre les malheureux Hellènes une véritable guerre d’extermination.

    Le cri d’indignation et de pitié qui s’éleva dans toute l’Europe pénétra dans le cœur des souverains. Les rois de France et d’Angleterre, l’empereur de Russie, résolurent d’intervenir pour faire cesser les hostilités et assurer l’indépendance de la Grèce.

    La Porte Ottomane fit de vains efforts pour annuler ou éluder les effets de l’intervention qu’elle repoussait. Mais les trois souverains favorables aux Grecs réunissaient des forces navales destinées à la faire respecter. Ils étaient convenus d’envoyer chacun dans la Méditerranée une escadre composée de quatre vaisseaux de ligne, de quatre frégates et de quelques bâtiments légers. Les chefs de ces escadres devaient se concerter sur les mesures à prendre pour amener une suspension d’armes ou empêcher les hostilités.

    Un officier anglais (le lieutenant-colonel Craddock) avait été envoyé en Egypte pour prévenir le pacha des intentions des trois souverains, et pour l’inviter à suspendre le départ d’une expédition préparée dans le port d’Alexandrie pour envoyer des renforts à Ibrahim.

    Mais le pacha, à qui l’on supposait des projets d’indépendance, déclara, au contraire, qu’il était décidé de suivre les ordres et la fortune de son souverain. Il avait fait les derniers efforts pour équiper sa flotte, dont les équipages étaient composés de 3000 Arabes de nouvelle formation, et sur laquelle il faisait embarquer un régiment d’infanterie fort de 3700 hommes de cavalerie, des munitions, des vivres, et un million de piastres d’Espagne.

    L’expédition turco-égyptienne, composée de 92 voiles, sortit du port d’Alexandrie, échappa aux croisières des puissances alliées, et entra le 9 septembre dans le port de Navarin.

    Peu de jours auparavant, le gouvernement grec avait répondu aux chefs des forces navales britanniques, françaises et russes dans l’Archipel, qu’il acceptait, au nom de toute la Grèce, l’armistice proposé, comme une preuve de la bienveillante disposition des trois grandes puissances.

    Il était difficile d’amener Ibrahim à prendre le même parti au moment où les renforts qu’il venait de recevoir lui promettaient des succès décisifs. L’amiral anglais, sir Ed.Codrington, informé le premier de l’entrée de la flotte turco-égyptienne à Navarin, se mit en croisière devant ce port, en attendant l’arrivée des escadres alliées.

    Le 19 septembre, Ibrahim-Pacha fit partir une division de son escadre, sous le commandement du capitan-bey. Mais dès que l’amiral anglais vit sortir les bâtiments turcs, il envoya un officier au capitan-bey pour lui dire qu’il eût à retourner à Navarin, ou qu’il emploierait la force pour l’y contraindre. Le capitan-bey répondit que cette menace lui paraissait étrange, et qu’il allait en instruire son général en chef Ibrahim, qui pouvait seul lui donner des ordres.

    L’amiral anglais voyant que le capitan-bey refusait de rentrer à Navarin sans ordres supérieurs, écrivit à Ibrahim une lettre dans laquelle il lui faisait part des instructions qu’il avait reçues de son gouvernement. Ibrahim répondit par son drogman, qu’il envoya à bord du vaisseau de ligne l’Asia, qu’il ne commencerait pas les hostilités sans en avoir reçu l’ordre formel de son souverain, et qu’en conséquence, il ordonnait au capitan-bey de rentrer à Navarin. Mais il ajouta qu’il sortirait lui-même avec toute sa flotte, s’il en recevait l’ordre du sultan, et que, sans égard aux forces navales qui voudraient s’opposer à ses projets, il s’exposerait à tous les dangers pour remplir le devoir d’un général d’armée, qui est d’obéir sans balancer aux ordres de son gouvernement.

    Le 21 septembre au matin, l’escadre française rallia la division anglaise devant Navarin. Le 22, le contre-amiral de Rigny envoya à Ibrahim, par la corvette l’Estafette, une lettre en tout semblable à celle de l’amiral Codrington.

    Le 25, les deux amiraux se rendirent auprès d’Ibrahim. Après les compliments d’usage, les amiraux demandèrentque le premier drogman assistât seul à leur entretien avec le pacha. Ibrahim répondit qu’il ne les pouvait entendre qu’en présence de tous ses officiers. Les amiraux déclarèrent alors qu’ils avaient reçu de leurs cours l’ordre formel de faire cesser l’effusion du sang, et de contraindre par la force celle des deux parties belligérantes qui s’y refuserait ; que les Grecs s’étaient déjà soumis à cette résolution avec empressement, et que si Ibrahim voulait seul continuer les hostilités, il mettrait sa flotte en danger, et sacrifierait peut-être les plus grands intérêts de son souverain. Ibrahim répondit que, sans ordre formel, il ne tirerait pas le premier coup de canon, mais que s’il recevait cet ordre, il l’exécuterait sans égard à la supériorité de ses adversaires.

    Les amiraux cherchèrent à lui faire comprendre l’insuffisance des moyens de résistance de la Porte aux volontés des puissances alliées. Ibrahim les écouta avec calme et attention. Il répondit : « Serviteur de la Porte, j’ai reçu des ordres pour pousser la guerre en Morée, et la finir par une attaque décisive sur Hydra ; je n’ai aucune qualité pour entendre les communications que vous me faites, ni pour prendre un parti à ce sujet. Mais comme les ordres de la Porte n’ont pas prévu le cas extraordinaire qui se présente, je vais expédier des courriers à Constantinople et en Égypte, et jusqu’à leur retour ma flotte ne quittera pas Navarin ».

    Ibrahim demanda ensuite avec ironie aux deux amiraux pourquoi, lorsqu’on lui prescrivait de rester dans l’inaction, on permettait à lord Cochrane d’opérer, avec 28 voiles grecques, un débarquement pour s’emparer de Pairas. Les amiraux répondirent qu’ils allaient instruire lord Cochrane de la convention conclue, et le sommer de cesser les hostilités.

    Après cette convention, qui fut considérée par les amiraux comme un armistice dont la durée devait être d’environ vingt jours, l’escadre anglaise se dirigea sur Zante, et l’escadre française sur Milo, pour y chercher des vivres. Elles pouvaient ainsi surveiller les mouvements de la flotte turque, soit qu’elle se dirigeât sur Patras, soit qu’elle essayât d’attaquer Hydra. Deux frégites, le Darmouth et l’Armide, laissées devant Navarin, observaient d’ailleurs de plus près les mouvements de la flotte ottomane.

    A peine l’amiral Codrington avait-il mouillé à Zante, qu’un signal du Darmouth lui apprit que la flutte turque, violant l’armistice, était sortie de Navarin. L’amiral remit aussitôt en mer avec son vaisseau, une frégate et deux bricks, seules forces dont il pût alors disposer. Bientôt il découvrit une partie de l’escadre turque, composée de sept frégates, neuf corvettes, deux bricks et dix-neuf bâtiments de transport : tous les bâtiments de guerre étaient turcs. Les Anglais se préparèrent au combat. L’amiral cependant envoya dire au commandant turc qu’il s’étonnait d’un tel manque de foi, et qu’au reste il était prêt à s’opposer par la force au passage de l’escadre ottomane. Les Turcs virèrent aussitôt de bord sous l’escorte des bâtiments anglais.

    Une seconde division apparut peu de temps après. Elle était composée de six frégates et de huit bricks, et se dirigeait, comme la première, sur Patras, sans doute avec le projet de jeter des secours dans cette place. L’amiral anglais s’opposa également à son passage, et la fit rentrer dans le port de Navarin.

    L’amiral français, prévenu par l’Armide de la sortie de la flotte turque, avait, de son côté, repris la route de Navarin avec les vaisseaux le Trident, le Breslaw, et la frégate la Sirène. Deux des vaisseaux de son escadre, le Scipion et la Provence, en passant de nuit entre Cerigo et le cap Saint-Ange, avaient éprouvé des avaries assez graves pour forcer le dernier à revenir à Toulon. Mais le Scipion, moins endommagé, put être mis, par les seules ressources de l’escadre, en mesure de retourner, le 13 octobre, devant Navarin.

    Le 15 octobre, M. de Rigny fit sommer les Français qui se trouvaient encore sur la flotte ou dans l’armée d’Ibrahim, de quitter ce service, et la plupart se retirèrent à bord d’un brick autrichien.

    L’escadre russe étant arrivée, les trois amiraux se réunirent le 18, pour aviser aux moyens d’atteindre le but de leur mission, l’armistice de fait entre les Turcs et les Grecs. Et « considérant, dit un document officiel publié sur la bataille de Navarin, la violation de la suspension d’armes provisoire consentie par Ibrahim-Pacha, la continuité du système d’extermination et de dévastation poursuivi par ses troupes dans la Morée, et l’inutilité des représentations qui lui avaient été faites pour suspendre le cours de tant de barbaries, ils résolurent de prendre position avec leurs escadres dans le port de Navarin, pour renouveler à Ibrahim des propositions qui,entrant dans l’esprit du traité (d’intervention signé le 6 juillet à Londres), étaient évidemment dans l’intérêt de la Porte elle-même ».

    Cette résolution prise, le commandement fut déféré, aux termes des instructions, au plus ancien des trois amiraux. C’était le vice-amiral anglais sir Ed. Codrington.

    Le 19, un ordre du jour annonça que la flotte combinée allait entrer dans le port de Navarin, mais que les vaisseaux alliés ne feraient feu sur les Turcs qu’autant que ceux-ci tireraient les premiers.

    Le lendemain, les trois escadres se disposèrent à exécuter les ordres donnés la veille. Nous allons, pour faire connaître la mémorable bataille qui en fut la suite, recourir au rapport officiel de l’amiral français.

    Le 20 octobre à midi, le vent se trouvant favorable, les signaux de préparation furent faits ; chacun prit son poste. Le vaisseau-amiral anglais l’Asia en tête, suivi de l’Albion et du Genoa, la frégate la Sirène, portant pavillon de l’amiral de Rigny, le Scipion, le Trident et le Breslaw, puis l’amiral russe comte Heyden, suivi de trois vaisseaux et de quatre frégates.

    Les Turcs avaient formé une ligne d’embossage à fer à cheval sur le contour de la baie, en triple ligne, formant un total de trois vaisseaux de ligne, un vaisseau rasé, seize frégates, vingt-sept grandes corvettes et autant de bricks.

    La force principale se trouvait réunie vers la droite en entrant, et composée de quatre grandes frégates, deux vaisseaux de ligne, une grande frégate, un vaisseau , puis des frégates de divers rangs achevant le contour, et renforcés en deuxième ligne par les corvettes et les bricks. Six brûlots étaient placés aux extrémités du fer à cheval pour être à même de venir se jeter sur les escadres alliées, si un engagement avait lieu, et au vent desquelles ils se trouvaient naturellement placés.

    La frégate anglaise le Darmouth, capitaine Fellows, avait été envoyée deux jours avant à Navarin pour porter à Ibrahim une lettre signée des trois amiraux. Mais cette lettre avait été renvoyée sans réponse, sous prétexte qu’Ibrahim n’était pas présent.

    A deux heures, le vaisseau de tête l’Asia donnait dans le port et avait dépassé les batteries. A deux heures et demie, il mouillait par le travers du vaisseau amiral turc, et était suivi par les autres vaisseaux anglais.

    La Sirène suivait, et à deux heures vingt-cinq minutes, le capitaine Robert la mouillait à portée de pistolet de la première frégate de ligne turque. En ce moment, un canot de la frégate anglaise le Darmouth accostait un des brûlots auprès desquels elle avait mouillé quelques minutes avant, lorsqu’un coup de fusil parti de ce brûlot, tua l’officier anglais qui commandait le canot. La Sirène était alors si près du brûlot qu’elle aurait pu le couler, s’il n’y avait pas eu du danger pour le canot anglais. Le Darmouth fit alors une fusillade sur le brûlot pour dégager ses embarcations.

    Presque à la même minute, la Sirène étant vergue à vergue de la frégate égyptienne à deux batteries, l’Esnina, l’amiral de Rigny la héla en portevoix, en disant que si elle ne tirait pas, il ne tirerait pas sur elle. Au même instant, deux coups de canon partirent d’un des bâtiments qui étaient dans la poupe de la Sirène, sur laquelle un homme fut tué ; l’autre parut dirigé sur le Darmouth. Dès lors le combat s’engagea.

    Il est à remarquer que presque en même temps que cela se passait à l’entrée, l’amiral Codrington envoyait une embarcation vers le vaisseau portant pavillon amiral, et que le pilote anglais fut tué d’un coup de fusil dans le canot parlementaire.

    L’engagement devint bientôt général : les vaisseaux russes eurent à essuyer le feu des forts, qui ne commencèrent à tirer qu’au cinquième bâtiment, qui était le Trident. A cinq heures du soir, la première ligne des Turcs était détruite, les vaisseaux et frégates rasés, coulés, incendiés. Le reste s’en allait à la côte, où ils se brûlaient eux-mêmes.

    Dans cet engagement imprévu, il y a eu naturellement des bâtiments qui, par leur position, ont plus souffert les uns que les autres. Ce qui est certain, c’est que dans chaque escadre, chacun a fait son devoir à l’envi l’un de l’autre.

    La frégate du roi l’Armide, qui, dans le début de l’action, était placée avec la frégate anglaise le Talbot, à l’extrémité gauche du fer à cheval, a eu à supporter avec sa brave compagne le feu de cinq frégates turques, jusqu’à l’arrivée des frégates russes. Le capitaine Hugon a reçu des félicitations unanimes pour l’assurance de sa manœuvre et la vivacité avec laquelle il a combattu les bâtiments qui lui étaient opposés.

    Le vaisseau le Scipion, capitaine Milius, engagé dans son beaupré par un brûlot enflammé, a éteint quatre fois le feu à son bord sans cesser de combattre, tirant à la fois des deux bords sur la ligne ennemie et sur les forts.

    L’amiral de Rigny a reçu, par la position qu’avait prise le capitaine Maurice, du Trident, l’assistance la plus complète de ce vaisseau.

    Le capitaine La Bretonnière, du Breslaw, a combattu d’abord à la voile, puis à l’ancre, en se portant là où sa présence pouvait être utile. L’amiral russe a adressé au chevalier de Rigny des remerciements particuliers pour l’assistance qu’il avait reçue du vaisseau le Breslaw, dans un moment où l’Azof était fort maltraité par des feux d’enfilade de l’ennemi.

    Les goélettes l’Alcyone et la Daphné ont vaillamment participé à l’attaque des brûlots faite par les corvettes et bricks anglais.

    En résumé, tout ce qui a été opposé aux vaisseaux alliés a été promptement réduit, malgré l’acharnement que quelques bâtiments turcs ont montré.

    L’amiral de Rigny a dû adresser des remerciements particuliers au capitaine Fellows, de la frégate de S.M.B. le Darmouth, chargé de la surveillance des brûlots, pour le secours toujours à propos qu’il en avait reçu, lorsqu’un des brûlots enflammés était sur le point de tomber sur la Sirène.

    Le matériel de l’escadre française a beaucoup souffert : deux de nos vaisseaux sont forcés de retourner à Toulon pour réparer leur mâture. La Sirène surtout a des avaries très graves : son grand mât et le mât d’artimon sont coupés ; les deux basses-vergues, celle du grand hunier coupées, six boulets à la flottaison.

    La flotte turco-égyptienne fut complètement détruite. Plus de cinquante bâtiments étaient brûlés ou coulés, mais aucun n’était tombé au pouvoir des alliés. Tous ceux mis hors de combat furent incendiés par leurs propres équipages, et coulaient ou sautaient avec banderolles déployées….

    « C’était, dit un témoin oculaire, le plus horrible et le plus magnifique spectacle à la fois que de voir se succéder les incendies et les explosions dans l’enceinte étroite où s’était livré le combat ».

    L’escadre française perdit 43 hommes tués, dont 21 sur la seule frégate la Sirène, montée par l’amiral de Rigny, et eut 66 blessés grièvement, parmi lesquels le brave capitaine de La Bretonnière. Les Anglais eurent 75 tués et 197 blessés. L’escadre russe souffrit un peu moins. Ces pertes étaient peu considérables en comparaison de celle des Turco-Égyptiens, qui fut de 7 à 8000 hommes.

    Ibrahim-Pacha ne se trouvait lors du combat, ni à Navarin, ni même dans la partie sud de la Morée. Il en parcourait l’intérieur, enlevant partout les armes, les munitions et les vivres, détruisant ce qu’il ne pouvait emporter, exterminant ceux qui ne voulaient pas se soumettre, et traînant après lui des milliers de femmes et d’enfants destinés à l’esclavage. Il n’arriva à Navarin que quatre jours après l’incendie de lа flotte. Les amiraux alliés ayant atteint leur objet, et rendu les hostilités par mer impossibles, avaient cessé le blocus….

    On craignait de cruelles représailles contre les captifs grecs ou contre les Francs qui se trouvaient en Morée. Mais Ibrahim-Pacha montra une générosité. Il adressa des plaintes amères aux amiraux alliés, mais il fit proclamer que quiconque oserait toucher un Franc serait immédiatement mis à mort.

    Les ambassadeurs des puisances alliées à Constantinople, furent instruits (le 28 octobre) du désastre de Navarin plusieurs jours avant le sultan lui-même, par des avisos expédiés du champ de bataille.

    Ils se concertèrent, et le 1er novembre les drogmans des trois ambassades française, anglaise et russe, adressèrent au reis-effendi les questions suivantes :
    « Quelles sont les instructions que la Porte a données à Ibrahim-Pacha ? Comment la Porte verrait-elle les mesures hostiles que pourraient prendre les escadres alliées en conséquence de l’opiniâtreté d’Ibrahim à résister à la volonté des trois puissances ? La Porte persiste-t-elle dans son refus d’accepter ce que les puissances alliées lui ont demandé ? ».

    Le reis-effendi, encore dans l’ignorance des événements de Navarin, répondit :
    « La Porte n’a pas demandé aux cours alliées les instructions qu’elles avaient données à leurs chefs d’escadre. En conséquence, elle ne se croit pas obligée de faire connaître aux cours alliées celles qu’elle a données à ses généraux. Nous espérons qu’on ne commettra pas d’hostilités, et nous ne sommes pas disposés à déclarer aujourd’hui ce que nous ferions et ce que nous ne ferions pas en pareil cas. On ne donne pas de nom à un enfant avant sa naissance, et avant de savoir de quel sexe il est ».

    Le même jour, la Porte et l’internonce autrichien eurent connaissance des événements de Navarin. L’internonce et l’ambassadeur de Prusse se hâtèrent d’intervenir pour engager la Porte à la modération et à ne prendre aucune mesure précipitée. Il y eut pendant plusieurs jours des conférences à ce sujet, et le divan s’assembla plusieurs fois.

    Enfin, le 9 novembre, le reis-effendi fit connaître, par une note remise aux ambassadeurs, les prétentions de la Porte relatives à une satisfaction pour l’événement de Navarin. Cette note portait en substance :
    1° – Qu’avant toute négociation, et comme condition première, les trois puissances devraient renoncer à toute intervention directe dans les affaires de la Turquie avec la Grèce ;
    2° – Que les trois puissances feraient une réparation publique et solennelle à la Porte ottomane, pour l’insulte faite à son pavillon devant Navarin ;
    3° – Que les trois puissances s’engageraient à indemniser intégralement la Sublime-Porte de tous les dommages résultant de cette insulte.

    Les trois ambassadeurs répondirent le lendemain au reis-effendi :
    1° – Que le traité du 6 juillet interdisait aux alliés d’abandonner la Grèce ;
    2° – Que la marine turque avait donné lieu au combat de Navarin, et détruit ainsi toute prétention de la Porte à une indemnité ;
    3° – Que la Porte pouvait d’autant moins attendre une satisfaction, qu’elle avait été instruite en temps et lieu qu’un événement tel que celui de Navarin pouvait arriver, si elle n’écoutait pas les conseils de la modération, ou si elle attaquait la première.

    Cette note se terminait par une invitation au reis-effendi de déclarer sans plus de retard aux ambassadeurs des cours alliées quelles étaient les intentions de la Sublime-Porte ; si elle était disposée à révoquer immédiatement des mesures contraires aux traités existants (l’embargo mis sur les bâtiments anglais, fiançais et russes), et si, pour mieux constater ses vues pacifiques, elle adhérait aux propositions ultérieures qui lui étaient faites.

    Ces déclarations n’amenèrent aucun rapprochement, les négociations continuèrent. Les trois ministres des cours alliées eurent chacun des entrevues particulières avec le reis-effendi. Mais ces conférences étant sans résultat, ils se décidèrent tous les trois, le 8 décembre, à rompre toutes relations avec la Porte, et à quitter simultanément Constantinople, démonstration anti-pacifique et qui néanmoins n’eut pas pour conséquence une guerre avec la Turquie.

     

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