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  • 15 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 15 octobre 1870 – Les incendies de Varize et de Civry dans EPHEMERIDE MILITAIRE les-incendies-de-varize-et-de-civry-150x150

     

    Les incendies de Varize et de Civry

    D’après « Défense de Chateaudun dans la journée du 18 octobre 1870.  Incendies de Varize et de Civry » – Louis Désiré Coudray – 1871

     

    Parmi les communes rurales de France, qui ont déployé contre les envahisseurs allemands le plus d’énergie et de courage, il faut citer Varize et Civry, villages voisins de Châteaudun. Les divers petits combats livrés sur leurs territoires sont trop à l’honneur de leurs habitants pour que nous les passions sous silence.

    Par trois fois, et dans les circonstances suivantes, Varize et Civry ont héroïquement résisté à l’ennemi.

    Le 10 octobre 1870, un détachement de cavalerie prussienne traverse le bourg de Varize pour se rendre à Châteaudun. A son retour, il est reçu à coups de fusil par les gardes nationaux des deux communes, qui avaient eu le temps de s’armer, se réunir et se cacher dans un bois voisin des habitations. Cette brusque attaque tue un homme et un cheval, et coupe en deux la colonne ennemie. Par suite, quinze cavaliers effrayés se précipitent dans les marais de la Corne, vers la goure de Spoy. Là, ils sont sur le point de tomber tous entre les mains de braves gardes nationaux lancés à leur poursuite, lorsqu’un berger leur signale le danger de leur position. Alors ils rebroussent chemin, et, reçus de nouveau à coups de fusil, ils laissent un homme tué, cinq prisonniers et quatre chevaux.

    Dans la soirée, toute la capture, hommes et chevaux, est amenée à Châteaudun par plusieurs des combattants.

    Pendant que Varize et Civry infligeaient à l’ennemi cette première correction, un officier de uhlans était tué à quelques pas de là, à Pontault, commune de Nottonville. Il avait sur lui 160 francs en or, une montre d’or et et du linge très fin. On l’enterra d’abord dans l’endroit où il avait trouvé la mort, mais le lendemain on le transporta dans le cimetière de la commune.

    Si ce chef de pillards n’avait rien d’extraordinaire parmi ses bagages, il n’en était pas de même de ses soldats. L’un de ces derniers, sans doute pour éviter les surprises de la faim et des intempéries, avait cru prudent de se charger d’un poulet, d’une livre de beurre, d’un pain, d’un gâteau, de six paires de chaussons d’un paquet de mouchoirs et d’une douzaine de châles.

    Cependant, les Prussiens tiennent à prendre une éclatante revanche de l’attaque du 10 octobre. Le 14 donc, deux cents cavaliers venant de Patay se présentent à Varize dans l’espoir d’avoir facilement raison de ses quelques défenseurs. Malgré leur plus grand nombre, ils sont aussi bien accueillis que leurs devanciers, par les gardes nationaux réunis de Varize et de Civry. Ils laissent sur le carreau onze des leurs, et fuient honteusement devant une poignée de braves – trente hommes tout an plus.

    Mais, avec le système d’intimidation et de terreur qui fait une grande partie de la force des Allemands, une pareille conduite mérite une vengeance éclatante, un châtiment exemplaire.

    Ah ! misérables, vous ne voulez pas vous laisser piller de bonne grâce ! Ah ! vous avez l’audace de défendre vos foyers contre les soldats du roi Guillaume ! Ah ! paysans sans courage, vous avez l’infamie, avec une poignée d’hommes mal armés, de tenir tête à de nombreux cavaliers bien équipés ! Eh bien ! vous allez être fusillés, mitraillés, incendiés ! Pas de pitié pour votre race maudite ! Mort à vos femmes et à vos enfants !

    Et, en vérité, le roi Guillaume-le-Justicier ne serait plus le favori du Dieu des armées si les choses se passaient autrement.

    Donc, encore une fois les vaillants soldats de la Germanie vont marcher sur Varize. Mais d’abord de la prudence, et pour cause.

    Comme on le sait, Varize est situé sur la Conie et dans un bas-fond. Le marais impraticable l’entoure presque de toutes parts. Une seule voie le traverse. Pour mettre les habitants dans l’impossibilité de fuir et d’être secourus, il suffit de barrer les deux issues de la route de Toury et d’occuper en force les rives de la Conie.

    C’est cette dernière précaution que les Prussiens prennent d’abord dans la journée du 15 octobre. Deux colonnes fortes d’environ 6 ou 800 hommes, composées de cavalerie, infanterie et artillerie, partent de Patay et se présentent inopinément des deux cotés de la vallée, de manière à tout cerner et à empêcher toute fuite vers Châteaudun ou vers Orgères.

    Néanmoins, les vaillants gardes nationaux n’hésitent pas encore à leur tenir tête, tandis que les femmes, les enfants et les vieillards, effrayés par les détonations du canon et la chute des obus, se réfugient dans les taillis du parc et les hautes herbes du marais.

    Bientôt les Prussiens ont cinquante hommes hors de combat, parmi lesquels plusieurs officiers. Un de ces derniers, un capitaine, est ramené grièvement blessé à Patay.

    De leur côté, les habitants de Varize et de Civry, toujours réunis pour la défense, ont la douleur de compter treize victimes : huit morts et cinq blessés. Il va sans dire que plusieurs personnes inoffensives, traquées comme des bêtes fauves, ont été impitoyablement fusillées.

    Une fois maîtres de la place, et avec la supériorité de leurs forces, cela ne leur était pas difficile, les assaillants pillent et saccagent toutes les maisons du village. Puis, leur butin mis à l’abri, ils incendient une à une, à la main, avec du pétrole et du goudron dont ils sont porteurs, toutes les habitations.

    Cette exécution accomplie, une colonne prussienne se dirige vers Civry pour lui infliger le même traitement.

    À son approche, les femmes, les enfants, les vieillards, restés seuls au village, se sauvent de toutes parts. Pour la plupart ils échappent, non sans peine, à la fureur de l’ennemi. Mais, comme Varize, Civry est pillé, saccagé, incendié.

    Maintenant, il ne reste de Varize, bourg de soixante-douze feux, que deux maisons et l’église atteinte en partie par les flammes. Rien de plus navrant que ces ruines au milieu des arbres et des roseaux de la vallée !

    Quant à Civry, il possède encore toutes les maisons reconstruites après le terrible incendie du onze juillet précédent, son école, son église et son presbytère. En bornant ses dévastations à toutes les anciennes demeures, l’ennemi a-t-il obéi à un sentiment d’humanité ? C’est peu probable. Il ne faut voir aucun calcul, là où il n’y a probablement qu’un accident.

    Au moment où ces scènes d’horreur commençaient, le courrier d’Orgères, sans méfiance, arrivait à Varize et tombait aux mains de quelques uhlans, qui le recevaient à coups de lance et le conduisaient prisonnier à leur camp de Patay.

    De ce camp, dans la soirée, on apercevait distinctement la lueur des incendies.

     

  • One Response à “Le 15 octobre 1870 – Les incendies de Varize et de Civry”

    • Dupuy on 1 septembre 2018

      Merci pour cet article, très intéressant et documenté. Grand hommage à ces citoyens perdus sur la route des blés mille mercis

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