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  • 14 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     L'Aigle perdue et retrouvée dans NAPOLEON BONAPARTE - CAMPAGNES ET ANECDOTES etendard-imperial-150x150

     

    D’après « Anecdotes du temps de Napoléon Ier » – Marco de Saint-Hilaire – 1867

     

    Arrivé devant le front d’un bataillon qui avait fléchi un moment sous l’effort d’une division de cavalerie de la garde impériale russe, le visage de l’Empereur se rembrunit, et faisant reculer son cheval de quelques pas, tout en parcourant la ligne d’un regard irrité, il s’écria brusquement :

    - Soldats ! Qu’est devenue l’Aigle que je vous ai donnée ? Vous m’aviez fait le serment de la défendre jusqu’à la mort !

    Un léger murmure, suivi bientôt du plus profond silence, répondit seul à cette vive interpellation. Le commandant de ce bataillon sortit des rangs et s’avança la pointe de l’épée basse :

    - Sire, dit-il avec une sorte d’hésitation, le porte-drapeau a été tué au moment de la première charge, et ce n’est qu’après la seconde que le régiment ayant pu se former en carré, nous nous sommes aperçus de la disparition de notre Aigle.

    - Et qu’avez-vous fait sans drapeau ? reprend Napoléon d’un ton sévère.

    - Sire, nous sommes allés chercher ceux-ci au milieu des cuirassiers russes, pour supplier Votre Majesté de nous rendre une aigle en échange.

    Et deux sous-officiers sortirent des rangs portant chacun un étendard russe sur lequel brillait l’aigle noir à deux têtes. L’Empereur considéra un instant ces deux trophées. Il sembla hésiter, puis il reprit :

    - Soldats, me jurez-vous qu’aucun de vous ne s’est aperçu de la perte de son Aigle ?

    - Nous le jurons ! répond le régiment tout d’une voix.

    - Me jurez-vous que vous seriez tous morts pour la reprendre si vous l’aviez su ?

    - Oui ! oui !

    - Et vous garderez bien à l’avenir celle que je vous donnerai ? Car, vous le savez, un soldat qui a perdu son drapeau a tout perdu.

    Des acclamations frénétiques répondirent cette fois.

    - Eh bien donc, dit l’Empereur en étendant la main, je consens à recevoir ces drapeaux et à vous rendre votre Aigle. Quant à vous, commandant, ajouta-t-il d’un ton moins sévère que la première fois, vous viendrez me trouver après la revue, j’ai à vous parler.

    A peine cette longue inspection était-elle terminée, que ce chef de bataillon était en présence de l’Empereur.

    - Monsieur, je suis bien aise de vous voir, lui dit-il en lui rendant son salut et en l’attirant à l’écart. C’est votre bataillon qui a faibli hier ?

    - Sire, les Russes nous serraient de si près, qu’il nous a été impossible d’exécuter nos feux avec ensemble.

    - Toujours des prétextes… des excuses….

    - Sire, ce n’est pas ma faute si je ne suis pas tué ! reprit l’officier avec une sorte d’humeur.

    - Ah ! commandant, que me dites-vous là ! vous me comprenez mal.

    Puis, se rapprochant doucement de l’officier, il avise au collet de son habit une déchirure qui a noirci la couleur tranchante du drap.

    - Qu’est-ce que cela ? lui demande Napoléon avec intérêt en même temps qu’il fourre le doigt dans cette déchirure. Voilà une boutonnière qui n’est plus d’ordonnance aujourd’hui, ajoute-t-il.

    - Je ne sais, répond le commandant d’un ton d’indifférence. C’est peut-être un trou…

    - Et cette épaulette, continua Napoléon toujours du même ton. Voyez dans quel état elle est ! Il vous en faut une autre, monsieur….

    En effet, la moitié de l’épaulette avait été enlevée par un biscaïen. Il n’en restait que la torsade, à laquelle pendaient encore quelques graines d’épinards froissées.

    - Sire, peut-être est-ce une balle, répond l’officier sans avoir l’air d’attacher d’autre importance à ces preuves irrécusables de son courage.

    - Oui, une balle qui a fait un trou : c’est cela…. Un moment, monsieur ! Vous êtes bien pressé, fit l’Empereur, j’ai encore quelque chose à vous dire.

    Et fourrant de nouveau son doigt dans la déchirure du collet qu’il élargit encore davantage, il continue :

    - Ce soir, monsieur le major, après avoir assisté à l’appel et avoir fait l’inspection de vos hommes, vous irez trouver le major général de ma part, et vous lui direz de vous donner une rosette pour boucher ce trou-là.

    Et Napoléon, voyant que celui-ci s’attendrissait, se hâta d’ajouter :

    - Allons, soyons calme !… Allez, et faites en sorte de ne pas vous faire tuer comme vous aviez l’air de m’en faire la menace, à moi qui vous aime et vous apprécie mieux que personne.

    Et après lui avoir légèrement tiré la moustache, il lui tourna le dos, sans doute pour éviter, comme il avait coutume de dire, une scène de sensiblerie, et rejoignit le groupe des officiers généraux au milieu duquel il s’entretenait auparavant.

     

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