• 12 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 13 octobre 1307 – L’arrestation des Templiers : la plus grande opération policière de tous les temps dans EPHEMERIDE MILITAIRE templiers-150x150

     

    L’arrestation des Templiers : la plus grande opération policière de tous les temps

    D’après « Historia » n° 318 – Duc de Castries de l’Académie française – Mai 1973

     

    Le drame marquant la dissolution de l’ordre du Temple se range parmi les plus tragiques tragiques de l’histoire et ses résonances ont été infinies.

    Certains auteurs y ont vu le début de la désaffection à l’égard de la monarchie capétienne et ont considéré comme une juste revanche que Louis XVI, dernier monarque absolu, ait été emprisonné dans la tour du Temple où avait débuté la tragédie.

    Une tradition, assez douteuse, assure même que sur la place de la Concorde, le 21 janvier 1793, quand la tête coupée du roi fut présentée au peuple, une voix s’éleva pour crier : – Jacques de Molay, tu es vengé !

     

    Jacques de Molay avait été le dernier grand maître des Templiers, et l’ultime détenteur des secrets de l’Ordre. On a souvent écrit qu’il avait pu prendre des précautions nécessaires pour que ces secrets fussent transmis au long des âges. De leur doctrine, conservée par une secte d’initiés, serait issue la franc-maçonnerie.

    Cette puissance occulte, enfin organisée pour la lutte, au cours du XVIIIe siècle, se serait donné comme premier objectif d’abattre la monarchie française pour venger l’injustice qu’elle commit jadis, avec l’aide de la papauté et la complicité de ses ministres.

    Vraie ou fausse, cette tradition, qui frappe fortement l’esprit, donne l’échelle d’une affaire dont l’évocation, même impartiale, secoue encore la conscience universelle et jette une tache sur le pape Clément V, sur le roi Philippe le Bel et sur les défaillances morales qui accablent les clercs accusateurs autant que les accusés.

     

    L’ordre des Templiers étaient une fondation monacale et militaire à la fois, qui avait reçu ses statuts au concile de Troyes, en l’an 1128.

    Les croisades ayant implanté les puissances d’occident en Palestine, il avait paru nécessaire de constituer des forces armées permanentes pour assurer l’occupation. Les soldats préposés à cette tâche formaient de véritables communautés dont les membres prononçaient des vœux, analogues à ceux de cénobites.

    De toutes ces formations de chevaliers, le Temple devint la plus importante.

     

    Pour assurer leurs fonctions, les Templiers eurent besoin d’immenses moyens financiers. En vue d’accroître les ressources insuffisantes apportées par les contributions des souverains d’occident, les Templiers développèrent une activité bancaire qui prospéra et les aida à faire face à des charges souvent énormes.

    Ces charges, en effet, n’étaient point seulement d’assistance et de charité, mais avant tout d’ordre militaire. Faute de troupes suffisantes et d’armements, les Templiers avaient subi des revers dès la fin du XIIe siècle. Ils avaient bientôt évacué les lieux saints et l’émir Saladin avait occupé Jérusalem.

    Pour défendre la bande côtière qui permettait cependant le contrôle de la côte méditerranéenne d’Alexandrette jusqu’à l’Egypte, les Templiers avaient alors édifié cette série de châteaux forts qui emporte encore l’admiration depuis Sayhoun et Tortose au nord, jusqu’à ceux de l’extrême sud Athlit ou Kerak, en passant par le fameux Crac des Chevaliers qui domine l’Oronte et par Montfort, perché au-dessus du Litani.

    Ces travaux de fortifications coûtaient cher ; ils avaient accru encore la nécessité des activités bancaires. Celles-ci avaient leur centre en France, dans l’enclos même du Temple, et des ramifications importantes à travers l’Europe.

    En dépit d’un effort militaire et financier considérable, la position de l’Ordre en Orient se dégrada rapidement après la mort de Saint Louis et de Philippe le Hardi. A peu près abandonnés par les puissances chrétiennes, les Templiers durent évacuer la Palestine et la Syrie à partir de la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1287. Les éléments subsistants maintinrent les positions du Temple dans les îles de Chypre et de Rhodes.

     

    Toutefois, vers 1306, le grand maître, Jacques de Molay, trouva judicieux de replier l’état-major dans la maison de Paris. Il allait ouvrir la porte à la tragédie.

    Jacques de Molay s’était montré un soldat courageux. Il avait fait face avec dignité aux revers militaires. S’il ne craignait point de payer de sa personne dans les combats, il était de nature beaucoup moins généreuse quand on débouchait sur les problèmes financiers.

    Peut-être encore plus clairement que ses prédécesseurs, il avait senti que, débarrassé de ses charges militaires, mais conservant ses activités militaires, l’ordre du Temple pourrait rapidement devenir la plus importante puissance financière du monde.

    De fait, les ressources restant les mêmes alors que les dépenses avaient été fortement réduites, l’Ordre du Temple s’était vite retrouvé immensément riche. Depuis longtemps, il avançait de l’argent au roi de France. Il s’en trouva rapidement le principal créancier.

    Il était tentant pour la Couronne d’annexer purement et simplement un amas de richesses qui eût changé la situation du Trésor. Il ne l’était pas moins d’abattre une puissance financière risquant de devenir un Etat dans l’Etat. Mais il demeurait difficile de dépouiller les Templiers, à moins d’obtenir l’appui ecclésiastique pour mener à bien l’opération.

     

    Le roi Philippe le Bel était depuis de longues années en difficulté avec l’Eglise. Sa lutte avec Boniface VIII est reste tristement célèbre : l’attentat d’Anagni, perpétré par Guillaume de Nogaret, en a marqué le point culminant. Le pape mourut de rage et de chagrin.

    Il fut remplacé par le pieux Benoit XI. Ce pontife avait travaillé à la réconciliation avec la France tout en maintenant l’excommunication contre Nogaret. Après avoir notifié cette décision, le pape mourut mystérieusement, peut-être empoisonné par les bons offices de Nogaret lui-même.

    Sous la pression de Philippe le Bel, un conclave peu édifiant choisit comme pape un Français, l’archvêque de Bordeaux, Bertrand de Got. Sacré à Vienne, ce pontife plus diplomate que pasteur ne regagna pas Rome. Il s’établit provisoirement en France dans un dessein d’apaisement.

    Au même moment, Philippe le Bel nommait Nogaret chancelier et l’affaire des Templiers entrait dans une phase aiguë.

     

    Depuis 1305, des accusations étaient secrètement lancées contre l’Ordre par les soins du légiste Esquieu de Floyran, originaire de Béziers, et, probablement comme Nogaret, descendant d’anciens cathares.

    Le 13 octobre 1307, Guillaume de Nogaret prit l’offensive par un coup d’audace exécuté avec une rare maîtrise. Dans la nuit, tous les Templiers résidant en France furent arrêtés, chargés de chaînes et jetés en prison par petits groupes.

    Le grand maître, Jacques de Molay, fut mis au courant des accusations portées contre l’Ordre. Celles-ci étaient rédigées à l’avance et leur contenu passait l’imagination.

    Le réquisitoire assurait que pour être admis au Temple, il fallait renier Jésus-Christ, cracher trois sur le Crucifix, embrasser le grand maître sur le bas de l’échine, le nombril et la bouche, faire vœu de pratiquer la sodomie, avec mise à l’épreuve immédiate et devant témoins. De surcroît, les Templiers juraient d’adopter une idole en des chapitres secrets.

    Pour obtenir de chacun des adhérents la confession de ces infamies, la torture était prévue : le chevalet disloquait les membres ; la calcination consistait à enduire les pieds de graisse et à les approcher du feu ; les brodequins écrasaient le reste des jambes.

    Ceux des obstinés qui résistaient encore étaient pendus par les parties génitales et tenaillés avec des pinces chauffées au rouge ; pour finir, ils avaient les dents arrachées et les doigts brisés entre des baguettes biseautées.

    On conçoit qu’avec de pareils procédés, les aveux souhaités aient pu être obtenus dans  la majorité des cas.

    Pour le grand maître, Jacques de Molay, on n’eut pas besoin d’aller aussi loin. Peut-être par peur, peut-être avec l’espoir d’arrêter l’affaire, il céda sur la simple menace de la torture. Il avoua tout ce qui lui était reproché, faisant seulement la réserve qu’il avait craché non sur le Crucifix mais à terre et que s’il avait admis le principe de devenir sodomite, il n’avait jamais mis celui-ci en application.

    Après une pareille défaillance d’un haut dignitaire qui jusque-là s’était montré un homme de courage en dépit de ses petitesses financières, le sort des Templiers ne paraissait plus douteux.

     

    On n’était pourtant qu’à la première péripétie du drame atroce et sordide qui, à travers de nombreux rebondissements politiques, allait maintenir l’opinion publique en haleine pendant près de sept ans.

    Pour mener son opération judiciaire, le roi Philippe le Bel avait fait appel à l’Inquisition. Dans l’état de servitude où était tombée cette juridiction, le roi de France n’avait pas eu besoin d’en référer au pape.

    Mais pour parfaire son succès, Philippe le Bel commit la faute d’écrire à tous les autres souverains européens pour leur suggérer de modeler leur conduite sur la sienne et de faire le procès des Templiers dans leurs propres Etats. C’était là empiéter sur les prérogatives papales et Clément V eut alors une réaction no prévue par le roi de France. Le pape suspendit les pouvoirs judiciaires des évêques, ce qui rendait caduque l’instruction effectuée par les inquisiteurs.

    Philippe le Bel riposta par des menaces. Il obtint ainsi de conserver la garde des Templiers emprisonnés. Les dignitaires furent transférés dans la grosse tour du château de Chinon.

     

    Comme le pape ne croyait pas à la culpabilité des Templiers, il fit effectuer une enquête. Celle-ci révéla que les aveux avaient été arrachés par d’horribles tortures et que la moitié des frères arrêtés étaient morts en prison des suites de leurs supplices.

    Alors en février 1308, Clément V, durcissant son attitude, suspendit les pouvoirs de l’Inquisition en France. La réplique royale fut immédiate. Le 13 mars 1308, Philippe le Bel réunit les états généraux à Tours. Devant cette assemblée, le roi justifia sa position à l’encontre des Templiers. Il fit appel à la sagesse des représentants du peuple de France pour purifier le pays des méfaits perpétrés par un Ordre criminel.

    Cette manœuvre d’habile démagogie obtint un succès éclatant. Désormais, ce n’était plus le roi qui assignait les Templiers, mais bien le peuple français tout entier. Atterré, le pape s’enfuit vers Rome. Les sbires de Nogaret veillaient. Prisonnier, le pontife fut obligé de révoquer ses décisions et de rendre leurs pouvoirs aux tribunaux ecclésiastiques.

    Les Templiers seraient jugés par des commissions diocésaines et, sous peine d’excommunication, personne ne serait admis à assurer leur défense. Nogaret put donc faire reprendre le réquisitoire pour entamer le procès définitif.

    Tandis que cette procédure se déroulait, le pape parvint à quitter le territoire français. Il prit asile dans la ville d’Avignon, alors terre d’Empire. Sans être complètement libre de ses manœuvres, Clément V put du moins nommer une commission pontificale, présidée par l’archvêque de Narbonne, Pierre Aycelin, afin de vérifier le bien-fondé des accusations.

    La présence de cette commission fit stagner l’affaire pendant plus d’un an. Un compromis douteux avait été signé : le pape autorisa le procès ; en revanche, le roi de France admit que les accusés pourraient être assistés de défenseurs.

    Le 26 novembre 1309, Jacques de Molay comparut devant la commission pontificale. Mal conseillé par son avocat, il semble qu’il ne défendit pas ses activités avec toute la vigueur nécessaire.

    Ses compagnons devaient se montrer plus fermes que lui. Ils déclarèrent qu’ils aimaient mieux mourir que de ne point défendre l’honneur de l’Ordre. Ils dirent qu’ils avaient été torturés et, à l’appui de leurs affirmations, ils montrèrent leurs cicatrices, leurs membres rompus et leurs talons calcinés.

    Le courage avec lequel furent proférées ces affirmations redonna du cœur à tous les prisonniers survivants. Plus de cinq cent cinquante demandèrent à être entendus par la commission pontificale. Soudain, il sembla que le vent allait tourner et que les Templiers, injustement accusés, pourraient être sauvés.

    Le porte-parole de l’Ordre, le frère Pierre de Bologne, déposa le 7 avril 1310 un mémoire en défense. Les accusés s’y faisaient accusateurs et ils demandaient qu’aucun laïc ne participât à leurs interrogatoires. Cette allusion directe à l’ingérence de Philippe le Bel dans les affaires ecclésiastiques provoqua chez le roi une réaction immédiate.

    Tandis que Guillaume de Nogaret suscitait des témoignages pour effacer les allégations de Pierre de Bologne, Philippe le Bel exerça une pression sur le prudent Clément V. Le pape déféra aux exigences du roi en nommant comme archevêque de Sens (siège dont dépendait alors le diocèse de Paris) Philippe de Marigny, frère d’Enguerrand de Marigny, surintendant aux Finances.

    Philippe de Marigny était un jeune ambitieux qui devait toute son élévation au bon plaisir royal. Par cette âme damnée, Philippe le Bel allait pouvoir faire juger les Templiers.

    Le nouvel archevêque de Sens réunit sans attendre un concile provincial, devant lequel cinquante-quatre Templiers furent traduits sans être assistés de défenseurs.

    Le réquisitoire contre les prévenus avait été fort habilement réduit à un seul chef d’accusation : celui d’avoir rétracté leurs aveux. Ils furent donc déclarés relaps, et pour cette raison, condamnés à mort.

    Le lendemain du prononcé de la sentence, ils furent brûlés à petit feu. Sous la torture, ils renouvelèrent leurs aveux, quatre exceptés. « J’aurais confessé que j’avais tué Dieu ! cria l’un d’eux, à bout de souffle, au moment où il expirait.

    Cette exécution massive allait peser sur les décisions du concile de Vienne, dont l’objet principal était de statuer sur le sort de l’Ordre. Alors qu’en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, au Portugal, toutes les enquêtes ordonnées par la papauté avaient établi la non-culpabilité des Templiers, l’affaire allait suivre son cours.

    Philippe le Bel s’était rendu en personne à Vienne pour y contrôler les débats du Concile. Il était accompagné de troupes suffisantes pour enlever le pape si celui-ci ne s’inclinait pas. Sans possibilité de résister par la force, Clément V trouva judicieux de céder. Alors qu’il avait en main toutes les preuves de l’innocence des Templiers, il prononça la dissolution de l’Ordre par la bulle Vox in excelso, en déclarant le Temple « coupable de scandales avoués, odieux au roi Philippe, inutile pour le Terre sainte ».

    Le roi de France l’avait emporté.

    Outré par l’abandon pontifical, Jacques de Molay et son premier assistant, Geoffroy de Charnay, firent appel de la sentence. Le pape Clément V ne daigna pas répondre à leur requête et le dernier acte du drame put alors se jouer.

    Le 13 mars 1314, amenés devant Notre-Dame de Paris, en présence de trois cardinaux, d’une foule d’évêques et de prélats, les dirigeants des Templiers s’entendirent condamner à la prison perpétuelle.

    Alors se produisit un rebondissement spectaculaire. Se dressant contre l’iniquité, les malheureux captifs eurent un sursaut et se retrouvèrent des chevaliers. « Nous ne sommes pas coupables des choses dont on nous accuse, cria Jacques de Molay, mais nous le sommes d’avoir bassement trahi l’Ordre pour sauver nos Vies. L’Ordre est pur, l’Ordre est saint, les accusations sont absurdes et les confessions menteuses ».

    Ces dénégations étaient un soufflet appliqué publiquement sur les joues du roi de France. Celui-ci réagit aussitôt : le soir même, il déclarait relaps Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay qui montèrent immédiatement sur le bûcher.

    Pour faire souffrir plus longuement les deux vieillards affaiblis par sept ans de prison, le bourreau avait reçu l’ordre de n’allumer le feu qu’avec un lenteur calculée. Le roi et l’archevêque simoniaque Jean de Marigny espéraient que sous la torture, Jacques de Molay se rétracterait encore.

    Mais devant la mort inévitable, le grand maître des Templiers avait retrouvé le courage indomptable dont il avait manqué en présence des juges et des bourreaux. Quand les flammes commencèrent à mordre sa chair, Jacques de Molay parla. Il invectiva le pape et le roi par une apostrophe restée célèbre dans l’histoire anecdotique :

    « Clément, juge inique et cruel bourreau, je t’ajourne à comparaître dans quarante jours devant le tribunal de Dieu. Roi de France, tu ne finiras point l’année qui vient de commencer et la malédiction divine frappera tes complices et détruira ta postérité ».

    Les flammes qui s’élevaient dans la nuit hivernale firent alors taire le vieillard. Ses cendres furent jetées au vent.

     

    Quarante jours plus tard, le pape tombait malade et le 20 avril 1314, il mourut. Philippe le Bel devait le suivre de près. Le 20 novembre 1314, il succombait à un bizarre accident de chasse. Le chancelier Guillaume de Nogaret avait précédé de quelques jours son maître dans la tombe en des circonstances toujours non éclaircies.

    Les trois fils de Philippe le Bel, qu’un écrivain de notre temps a surnommés les rois maudits, ont passé dans la légende scandaleuse. En moins de quinze ans, s’est éteinte en leurs trois personnes, la ligne aînée des Capétiens directs, extinction qui pendant un siècle et demi, allait plonger la France dans les guerres et les calamités.

    Il fallut l’arrivée de Jeanne d’Arc pour contrebalancer la malédiction des Templiers et Jeanne d’Arc, à son tour monta sur le bûcher, condamnée par un évêque présidant un tribunal ecclésiastique à la solde des rancunes laïques.

    Pour pousser jusqu’à l’extrême ce tableau, il conviendrait encore de mettre en balance les premiers appels au peuple que constituèrent les états généraux de 1302 à 1308 avec les derniers, ceux de 1789, qui abattirent la monarchie française.

     

    Toutefois, un historien sérieux ne peut conclure sur de tels rapprochements, si séduisants qu’ils puissent paraître aux yeux de l’opinion populaire.

    L’ultime rétractation de Jacques de Molay est une réalité. Sa malédiction, la persistance de ses secrets, la blessure, peut-être mortelle, qu’en reçut la dynastie française ne sauraient être considérées comme prouvées.

    Il faut abandonner aux romanciers de l’Histoire cette présentation des évènements.

    Ce qui reste la vérité est ceci : même s’il présentait un intérêt politique pour la Couronne, le procès des Templiers fut une iniquité. La répression organisée contre ces moines-soldats faits pour la guerre et non pour le cloître, fut dictée par certains motifs sordides, que n’excusent pas des considérations plus hautes mises d’ordinaire en avant pour défendre la mémoire de Philippe le Bel.

    Certes, ce roi ne voulait pas d’une féodalité d’argent dans l’Etat, mais il est impossible de nier le profit à la fois politique et financier qui s’attachait à la condamnation des Templiers.

    En face de l’aspect politique de l’affaire, reste le côté religieux, le plus important, pour notre exposé. Il n’est pas à l’honneur de la papauté et plus spécialement de Clément V.

    Qu’un souverain pontife, par crainte, par faiblesse, par souci de tranquillité entende calomnier des innocents sans élever de protestations contre les tortures qu’ils subissent, qu’il condamne leur Ordre en sachant d’avance les conséquences de cette attitude, oblige à porter un jugement sévère sur le premier pape d’Avignon.

    Pour l’équité, il convient aussi de rechercher tous les arguments assurant sa défense.

    D’abord, l’excommunication n’était pas une arme efficace contre Philippe le Bel et Nogaret. Boniface VIII en avait fait naguère la concluante expérience. Ensuite le pape ne possédait point les troupes qui lui eussent permis de résister au roi de France dont il avait été le sujet et le vassal jusqu’à son élévation au pontificat, par une élection qui ne fut pas d’une parfaite pureté.

    Enfin, et c’est peut-être la seule excuse sans réplique (et elle préfigure certains évènements du XXe siècle), il importait au pontife de ne pas déclencher une persécution générale par une prise de position trop directe contre un souverain trop puissant.

    Pour conserver l’unité de l’Eglise, le sacrifice de quelques centaines de Templiers pouvait sembler de peu de poids. Le pape pensa peut-être que sa souplesse avait empêché un schisme qui eut séparé la France de la communauté chrétienne.

    Il est sage de conclure que le procès des Templiers est une page regrettable de l’histoire de l’Eglise. Car si les rigueurs qui furent exercées avec tant de mauvaise foi choquent à bon droit, il est permis aussi de penser que les mœurs des Templiers n’avaient point gardé la pureté primitive et que les accusations portées sur ce chapitre n’étaient peut-être dénuées de tout fondement.

     

  • One Response à “Le 13 octobre 1307 – L’arrestation des Templiers : la plus grande opération policière de tous les temps”

    • douniau on 14 octobre 2019

      L’histoire parfois se répète,regardons en face, nos »jocrisses » et ceux qui se voilent la face devant certains évènements actuels !

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