• 11 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     

    La bataille de Rocoux

    D’après « Batailles françaises » – Colonel Hardy de Périni

     

    Quand il apprit, le 20 janvier, que les Autrichiens s’apprêtaient à passer le Rhin pour hiverner en Brabant, Maurice de Saxe résolut de les prévenir en s’emparant de Bruxelles. Il rassembla les garnisons de Flandre, fit venir Brézé de Tournay avec l’artillerie de siège, et lui-même amena de Gand, 25 bataillons, 34 escadrons et 20 pièces de campagne.

    Le 26 janvier, les hussards de Bausobre caracolaient devant la capitale de la Belgique et les Grassins eu coupaient les routes. Le 29, le comte de Kaunitz-Rittberg se voyait investi par 42 bataillons et 102 escadrons. Il capitulait le 20 février, sans attendre le secours, que les généraux ennemis, déconcertés par cette brusque agression, tardaient à lui amener.

    Bruxelles devint la base d’opérations et le centre d’approvisionnements des Français dans les Pays Bas.

    Pendant que le maréchal de Saxe manoeuvrait habilement, entre Louvain et Tongres, pour empêcher Charles de Lorraine et Waldeck de secourir les places attaquées, Conti s’emparait de Mons, de Saint-Ghislain et de Charleroy ; Clermont-Bourbon, d’Anvers et de Namur (30 septembre).

    La principauté ecclésiastique de Liège avait pu, jusqu’alors, maintenir sa neutralité. Les généraux alliés résolurent de n’en pas tenir compte et d’y établir leurs troupes en quartiers d’hiver. Le maréchal de Saxe se prépara à les en empêcher.

    Le 7 octobre, 94 bataillons et 200 escadrons, anglais, hollandais, hessois, bavarois et autrichiens, passèrent la Meuse à Visé, et s’étendirent sur la rive gauche depuis le faubourg Sainte-Marguerite de Liège, jusqu’à Houtain sur le Geer.

    Le maréchal de Saxe avait pris position en face de Maëstricht de Tongres à Bilsen. Sa cavalerie d’exploration, en battant l’estrade le long de la Meuse, l’avertit des mouvements de l’ennemi. Il vint, à dix heures du matin, reconnaître ces mouvements avec les régiments d’Alsace et de Monin, les carabiniers, les volontaires royaux, les escadrons de Saint-Jal, Vintimille, Rosen et quelques canons de campagne.

    Quand il eut passé le Geer à Glons, il vit l’armée ennemie en bataille sur 2 lignes, couverte à droite et à gauche par des ravins impraticables et au centre par le village de Slins, entouré de haies et d’abatis. Jugeant la position trop avantageuse pour l’attaquer, il se contenta de canonner Slins pendant six heures, et de laisser sa cavalerie escarmoucher avec celle de l’ennemi. Il eut un cheval tué sous lui pendant l’action.

    Au soleil couchant, il revint à son camp de Tongres, bien décidé à livrer bataille aussitôt qu’il aurait réuni toutes ses troupes et pris ses dispositions pour s’assurer la victoire, d’après l’étude approfondie de la position ennemie. Elle avait une certaine analogie avec celle de Fontenoy. Les alliés s’appuyaient à une grande ville, Liège, et ils avaient derrière eux un fleuve, la Meuse, qu’on ne pouvait passer qu’aux trois ponts de Visé, mi-chemin entre Liège et Maëstricht.

    Le front de bataille était couvert par 5 villages fortifiés, Slins, Liers, Rocoux, Voroux et Ans. Entre Rocoux et Ans, des redoutes et des redans avaient été construits et armés de canons.

    C’était l’occasion pour Maurice de Saxe de donner à ses adversaires une nouvelle leçon de guerre, en leur montrant à Rocoux comment il attaquait une position fortifiée, après leur avoir enseigné à Fontenoy comment il la défendrait.

    Sans compter les troupes légères, il disposait de 460 bataillons et de 223 escadrons, qui passèrent tous, le 10, entre le Geer et la Meuse et bivouaquèrent en face de l’ennemi, depuis le château de Glaen sur le Geer, jusqu’au village d’Hollogne.

    A l’extrême droite, entre Hollogne et la chaussée de Saint-Trond, Estrées campa 10 bataillons et 49 escadrons, puis Clermont-Bourbon, assisté de Lowendal et de Villemur, 3 brigades et 32 escadrons.

    Le corps de bataille, sous le commandement direct du maréchal, était établi entre les chaussées de Saint-Trond et de Tongres, sur 2 lignes de 32 bataillons (en 8 brigades) et 64 escadrons chacune.

    L’aile gauche, sous Clermont-Gallerande, comprenait entre la Chaussée de Tongres et le Geer, 2 brigades et 32 escadrons.

    Deux réserves, placées l’une derrière l’autre à l’appui de la chaussée de Tongres, avaient été données à MM. du Chayla et de Contades. 1e réserve : Maison du Roi (13 escadrons), gendarmerie (8) carabiniers (10) volontaires de Saxe (6) ; gardes françaises (6 bataillons), Alsace (4) Cantabres (1). 2e réserve : 32 bataillons en 4 brigades ; 16 escadrons.

    Deux bataillons de grenadiers royaux (formés avec l’élite des miliciens, il y en avait 6 corps à Rocoux, ceux d’Espagnac, de Bruslard, de gautteville, de la Tour et de Longaunay) et un piquet par brigade avaient été chargés de la garde des équipages, laissés à Tongres.

    Le plan du maréchal était de concentrer ses principaux efforts sur le centre et sur la gauche ennemis, en ne laissant devant la droite, qu’il jugeait inaccessible à cause des ravins qui la couvraient, qu’un masque, formé par une brigade de son aile gauche et les volontaires royaux, sous le commandement de M. de Mortaigne.

    Pour ne pas renouveler la faute que Cumberland avait commise en ne s’emparant pas, tout d’abord, d’Antoing et de Fontenoy, il s’était réservé les attaques de Liers, de Voroux et de Rocoux, et il les avait préparées si fortes qu’elles ne pouvaient pas échouer. Pour que ces. villages ne fussent pas secourus, il avait disposé contre l’aile gauche ennemie et le village d’Ans, qui en était le point d’appui, l’attaque en potence du comte d’Estrées.

    Pendant que Clermont, Lowendal et Villemur marcheraient sur Ans avec 19 bataillons et 36 escadrons, Estrées contournerait le village en longeant les remparts de Liège, pour prendre l’ennemi à revers et le couper des ponts de Visé.

    Dès le 10, à cinq heures du soir, Estrées commença son mouvement offensif en chassant de la hauteur de Biersy, en avant d’Hollogne, les 3000 chevaux et les 5 bataillons hollandais qui l’occupaient sous le commandement de M. de Baronay. Estrées passa la nuit sur cette hauteur, au contact avec les avant-postes ennemis.

    Pour charmer ses loisirs et amuser le soldat, Maurice de Saxe se faisait suivre en campagne d’une troupe d’opéra-comique, dont le poète Favart était le directeur et Mme Favart l’étoile. La veille de Rocoux, la représentation eut lieu dans la journée et l’étoile chanta ce couplet, improvisé par son mari :

    Demain bataille ! Jour de gloire
    Que dans les fastes de l’histoire
    Triomphe encor le nom français !

    Comme on s’étonnait, dans la salle : « Demain, Messieurs, dit-elle, il y aura relâche à cause de la bataille. Mais après-demain, nous vous donnerons, le Coq du Village ! ».

    On battit la générale, dès l’aurore, dans le camp français et, une heure après, au drapeau et l’assemblée. Le brouillard, comme à Fontenoy, retarda jusqu’à huit heures la mise en marche des troupes. Les généraux ennemis eurent le temps de prendre leurs dispositions de combat.

    A l’aile droite, la cavalerie autrichienne, sur 2 lignes, couronnait les hauteurs d’Houtain et de Milmont. En avant d’elle, les villages de Slins, Fexhe et Enick surplombaient un ravin inaccessible, bordé de redans et de batteries, que gardait une ligne de hussards.

    Le corps de bataille, composé de l’infanterie anglaise, hanovrienne et hessoise, était échelonné en arrière de Liers, Voroux et Rocoux, formant un formidable triangle de haies, d’abatis, de murs et de maisons crénelés, défendu par bataillons et de l’artillerie.

    En arrière à gauche de Rocoux et en avant du faubourg Saint-Walburge, une grande redoute, armée de canons, était flanquée par 3 batteries de gros calibre, croisant leurs feux sur la chaussée de Tongres, entre les villages de Villers-Saint-Simon et Lantin, qui formaient l’avancée de la position.

    Les Hollandais et les Bavarois du prince de Waldeck, cavalerie et infanterie, étaient à l’aile gauche entre les faubourgs Saint-Walburge et Sainte-Marguerite. Ils s’appuyaient au village d’Ans, entouré de haies et d’abatis défendus par les Pandours.

    La position de Rocoux était moins bonne que celle de Fontenoy. Elle avait trop d’étendue et trop peu de profondeur. Parallèle à la Meuse, que l’armée battue ne pouvait passer que sur les ponts de Visé, elle exposait l’ennemi à un désastre, qu’avait savamment préparé le maréchal de Saxe et auquel les alliés n’échappèrent que par les lenteurs de Clermont-Bourbon, chargé de l’attaque de flanc et de la manœuvre enveloppante.

    Estrées exécuta son mouvement sur 3 colonnes ; à droite, les troupes légères, à pied et à cheval, Grassins, la Morlière, volontaires cantabres, sous M. d’Armentières ; au centre, l’infanterie et l’artillerie ; à droite, la cavalerie. A l’exemple du capitaine de Grassin, M. de la Morlière avait formé, le 16 octobre un corps mixte de 1060 fusilliers et 540 dragons. Les volontaires cantabres avaient été levés dans le pays basque, le 15 décembre 1745 par le chevalier de Bela ; 2 bataillons, 300 hussards, 2 canons.

    Il aborda de front la chaussée de Saint-Trond, pour se déployer entre Ans et le faubourg Sainte-Marguerite. Clermont-Bourbon longeait la chaussée avec 4 colonnes conduites par MM. de Lowendal et de Villemur.

    A dix heures, Armentières culbuta les Pandours et dépassa le faubourg Sainte-Marguerite. Il vit alors toute l’aile gauche de cavalerie des alliés appuyée au village d’Ans, rempli d’infanterie, et, en troisième ligne, une importante réserve d’infanterie. Quelques bataillons hollandais gardaient les 3 batteries qui flanquaient la grande redoute.

    Armentières rendit compte à Clermont-Bourbon, qui perdit du temps à aller prendre les ordres du maréchal. Celui-ci avait formé contre le centre ennemi, 3 colonnes d’assaut.

    Clermont-Gallerande avec les brigades de Mailly, de Bretagne et d’Artois, avait Liers pour objectif ; Hérouville, Voroux, avec Montmorin, Navarre, Royal, et Auvergne. Latour-Maubourg, Rocoux avec Orléans, Beauvaisis, Rouergues et les Vaisseaux.

    Mais le maréchal ne voulait commencer son attaque au centre, que lorsque Clermont-Bourbon aurait prononcé la sienne à gauche.

    L’action s’engagea par un violent duel d’artillerie. Clermont-Bourbon disposa 6 pièces de 8 sur le flanc de la cavalerie hollandaise. Il en braqua 4 sur les haies d’Ans, et battit, avec 6 canons de 16, une grosse maison, pleine d’infanterie, qui servait de réduit au village.

    L’artillerie de la redoute et les 3 batteries voisines ripostèrent. Les pertes étaient grandes, de part et d’autre, quand Clermont-Bourbon ordonna à Estrées de donner l’assaut à Ans avec 4 brigades (Picardie, Monaco, Ségur et Bourbon), pendant que lui-même le soutiendrait avec 4 autres brigades et 20 canons.

    Derrière l’artillerie marchaient 10 escadrons de dragons et 14 de cavalerie, sous la conduite de M. de Rosen. Ces 24 escadrons s’arrêtèrent à 600 pas de la cavalerie hollandaise. Picardie et Monaco occupèrent les haies d’Ans, pendant que Ségur et Bourbon attaquaient de front le village.

    L’infanterie hollandaise qui bordait le ravin de Sainte-Marguerite ne put soutenir le feu de Picardie, embusqué derrière les haies d’Ans. Elle battit en retraite sur Saint-Walburge en abandonnant 6 canons. 40 escadrons hollandais vinrent bravement la remplacer et chargèrent Beaujolais, qui franchissait les haies en assez grand désordre.

    Un feu de salve de Picardie culbuta ces escadrons, mais ils se rallièrent et revinrent à la charge. Un bataillon de Bourbon les accueillit à 12 pas par une décharge, qui leur ôta l’envie d’y revenir. Picardie, Monaco et Ségur achevèrent de border le ravin, et la cavalerie de Rosen put se former dans la plaine, en face de la cavalerie hollandaise. Rosen n’eut pas à charger. Le canon établi en arrière d’Ans suffît pour faire tourner bride à cette cavalerie, qu’on ne revit plus.

    La bataille était gagnée à l’aile droite française. Au centre, elle était plus disputée. Renonçant à attaquer Liers de vive force, le maréchal lança la colonne Clermont-Gallerande contre Voroux, conjointement avec la colonne Hérouville, pendant que Maubourg donnait l’assaut à Rocoux. Les défenseurs de ces deux villages firent une si vaillante résistance, qu’il y eut un peu d’indécision dans l’attaque et qu’elle aurait échoué si le maréchal ne l’avait fait soutenir par la réserve de M. du Chayla.

    En voyant Voroux et Rocoux au pouvoir des Français, les bataillons hessois qui occupaient Liers, craignirent d’être tournés et l’évacuèrent sans combat, comme le maréchal de Saxe l’avait prévu.

    A notre extrême gauche, le petit corps de M. de Mortaigne suffit à contenir la cavalerie autrichienne, qui assista impassible à la défaite du centre et de l’aile gauche.

    Le maréchal de Saxe coula alors le long de Rocoux et passa en arrière de la redoute, pour aller prendre le commandement de la cavalerie de l’aile droite, et donner la chasse à la cavalerie anglaise et hanovrienne, qui couvrait l’infanterie en retraite vers les ponts de Visé.

    Malheureusement la nuit venait. Le maréchal dut renoncer aux belles charges sur lesquelles il comptait pour acculer l’ennemi à la Meuse, l’y noyer, ou lui faire mettre bas les armes. Il dut laisser Charles de Lorraine et Waldeck opérer tranquillement leur retraite sur Maëstricht.

    La cavalerie n’eut pas, comme à Fontenoy, sa part de gloire dans cette journée de Rocoux, qui fut une des plus belles de l’infanterie française.

    Estrées, informé que l’artillerie hollandaise s’était entassée dans Wotem, y envoya ses troupes légères, qui prirent 22 canons ou obusiers et 60 chariots avec leurs attelages.

    Les généraux ennemis avaient payé cette leçon de guerre de 5000 morts, de 3000 prisonniers, de 11 drapeaux, 7 étendards et de 50 canons. Elle coûtait au maréchal de Saxe 3000 hommes hors de combat.

    L’armée française retourna, le lendemain, à son camp de Tongres et applaudit joyeusement Mme Favart dans le « Coq du Village ».

     

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