• 7 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 7 octobre 1798 – La bataille de Sédiman dans EPHEMERIDE MILITAIRE la-bataille-de-sediman-150x150

     

    La bataille de Sédiman

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français »
    Charles Théodore Beauvais – 1818

     

    Le général Desaix se trouvait sur le canal de Jussef, se disposant à aller attaquer Mourad-Bey dans la province de Faïoum.

    La navigation de la flottille sur laquelle se trouvaient les troupes de la division française était extrêmement difficile. Le canal serpentant dans les terres, les vents faisaient échouer les bâtiments presqu’à chaque instant. Les soldats étaient très souvent dans la nécessité de tirer les barques, et de se plonger, à cet effet, jusqu’à la ceinture, dans une eau vaseuse. Rien ne peut se comparer à la fatigue qu’ils éprouvèrent dans cette marche de plusieurs jours et de plusieurs nuits sans presque aucune relâche.

    Vis-à-vis le village de Melaoueh, Desaix renvoya dix des plus grandes djermes qui ne pouvaient pas suivre, en y faisant placer les nombreux malades de sa colonne, par le canal du même nom qui aboutit au Nil. Les malades devaient être conduits à Benisouef, pour y être soignés et se trouver à portée de rejoindre la division après leur guérison. Les Français arrivèrent à Behneseh, où ils espéraient rencontrer les mameloucks, comme quelques paysans l’avaient annoncé, mais ils n’y trouvèrent aucun ennemi.

    Ce ne fut qu’au village de Benkiah, le 4 octobre, qu’on aperçut les premiers détachements de Mourad, au nombre de cent cinquante mameloucks et autant d’Arabes. Une colonne de quatre cents Français, marchant le long du canal à la hauleur de la flottille, força ces détachements à s’éloigner, et permit à la division de suivre sa route.

    Le 5 octobre, les Français virent paraître un corps de six cents mameloucks, qui, placés en assez bon ordre sur la rive droite du canal, passant en cette partie sur la lisière du désert, se disposaient à faire feu sur la flottille. Il était impossible de débarquer en cet endroit, à cause des inondations : Desaix fit rétrograder les bâtiments à une demi-lieue, pour mettre les troupes à terre et marcher sur l’ennemi. Celui-ci envoya un détachement, afin de troubler cette opération, mais les carabiniers de la vingt-unième légère ne permirent pas aux mameloucks d’approcher de la rive. La division put débarquer sans empêchement, et se forma aussitôt. Desaix fit aussi mettre à terre deux pièces de canon attelées, et les troupes s’avancèrent dans le désert en côtoyant l’inondation.

    Cependant, les mameloucks se retiraient lentement devant les Français. Les pelotons de ceux-ci, qui marchaient en avant-garde, firent pendant plus de quatre heures un feu continuel sur cette cavalerie, qui essayait de riposter sans charger, et qui perdit quelques chevaux. Elle était commandée par le bey Mohammed-Elfy, créature et favori de Mourad.

    Desaix s’arrêta pour attendre ses barques, qui suivaient, gardées par deux cents hommes et montées par deux cents hommes blessés ou malades. La division bivouaqua dans le désert.

    Le lendemain, 6 octobre, les troupes se remirent en marche un peu avant le jour, et la flottille suivit, malgré les vents contraires. Bientôt on aperçut l’armée de Mourad placée sur toutes les hauteurs parallèles au Nil. Desaix marcha sur-le-champ pour le déposter, et y réussit après quelque résistance. Mourad reforma ses troupes dans la plaine en arrière des hauteurs, sur une ligne très étendue.

    Desaix forma sa division en carré, éclairé par deux pelotons, dans le même ordre, de deux cents hommes chacun. Ces deux petits carrés soutenaient, l’un devant, l’autre derrière, deux autres pelotons de tirailleurs, opposés aux tirailleurs ennemis, qui venaient tirer jusque sur le grand carré.

    Lorsque les Français furent arrivés à une certaine distance da centre ennemi, ils firent halte pour se reposer et se rafraîchir un instant, car ils marchaient depuis trois heures. Ils purent alors apercevoir Mourad-Bey sur le devant de sa tente, entouré de ses beys et kachefs, et des principaux officiers de sa maison. La division ne tarda pas à se remettre en mouvement au pas de charge. Les mameloucks n’osèrent point attendre le choc, et se replièrent après avoir reçu plusieurs coups de canon tirés avec une étonnante précision par l’artillerie légère, qui leur tua quelques hommes et quelques chevaux. Desaix fit marcher inutilement à leur poursuite le reste de la journée.

    Le 7, la division aperçut les mameloucks qui venaient à elle. L’intention de Mourad était d’attirer les Français dans le désert, afin de les éloigner de leur flottille et de leurs provisions. Desaix avait trop d’expérience pour ne pas pénétrer le dessein de son adversaire. C’est pourquoi, après avoir repoussé les mameloucks, il se rapprocha du canal pour couvrir ses bâtiments. L’ennemi ne tarda pas à revenir en poussant de grands cris, mais le feu des pelotons avancés suffit pour le tenir à une distance respectueuse. Les Français, qui avaient consommé leurs vivres dans les deux journées précédentes, en prirent sur les bâtiments pour deux autres jours. Dans les affaires qui venaient d’avoir lieu, la division n’avait eu qu’une dizaine de blessés. La perte de l’ennemi avait été bien plus considérable : les paysans l’estimèrent à plus de cinquante hommes.

    Le lendemain, 8 octobre, au matin, la division se remit en marche. Desaix venait d’être informé que Mourad-Bey se retranchait au village de Sédiman, où il avait rassemblé toutes ses ressources, tous les Arabes de son parti, et que, fort de quatre à cinq mille chevaux, il se disposait à tenter un vigoureux effort.

    Le général français résolut d’attaquer Sédiman par le côté qui touche le désert, et s’éloigna à cet effet de l’inondation. Le pays est formé de monticules irréguliers. Une vallée assez profonde séparait les deux partis.

    Les Français étaient formés à peu près dans le même ordre que dans la journée du 6. Après deux heures de marche, Desaix vit la cavalerie ennemie s’avancer rapidement vers lui, au son d’une musique barbare. Les pelotons avancés étaient à peine repliés sur les petits carrés, et les deux pièces d’artillerie légère mises en batterie, lorsque les mameloucks se précipitèrent de toutes parts sur les Français. Ceux-ci les virent arriver avec le plus grand sang-froid.

    Desaix avait commandé aux grenadiers de la vingt-unième légère de faire feu : « A vingt pas, général, répondirent ces braves ; nous ne tirerons pas avant ». Le canon éloigna les mameloucks du front du grand carré, mais ils se jetèrent sur les deux petits carrés placés aux angles, l’un devant, l’autre derrière.

    Le capitaine Vallette, qui commandait celui de droite, ordonna à ses chasseurs (de la vingt-unième légère) de ne faire feu qu’à dix pas et de croiser la baïonnette. Cet ordre fut exécuté. L’ennemi, trop nombreux pour être arrêté d’abord par un feu trop court et trop peu nourri, arrive jusque sur les baïonnettes. Il ne peut rompre le petit carré. Le feu des second et troisième rangs le foudroie, et les baïonnettes du premier éventrent ses chevaux.

    Les mameloucks jettent alors sur leurs adversaires fusils, tromblons, haches, pistolets, masses d’armes, et jusqu’à leurs sabres et leurs poignards. Plusieurs soldats succombent sous ce nouveau genre de traits. Les mameloucks pénètrent dans le carré.

    Douze Français tombent morts, trente sont blessés, mais l’ennemi paye cher cet avantage : autant des siens mordent la poussière. Bientôt la mitraille et le feu du grand carré parviennent à dégager les intrépides chasseurs du capitaine Vallette, qui rentrent dans ce carré après avoir dépouillé ceux de leurs riches adversaires qui sont restés sur le terrain. La conduite de ces trop braves soldats qui, pour la plupart, n’avaient voulu se battre qu’à la baïonnette, est au-dessus de tout éloge.

    Pendant que cela se passait au petit carré de droite, d’autres mameloucks, aussi nombreux que les premiers, s’étaient avancés sur le carré de gauche, commandé par les capitaines Sacrost, de la vingt-unième, et Geoffroy, de la soixante-unième. Mais le feu de cette troupe, beaucoup plus prompt et mieux nourri que celui du carré de droite, repoussa la charge. L’ennemi se porta alors sur le côté du grand carré formé par la quatre-vingt-huitième. Il fut reçu de même. Le chef de cette demi-brigade, Conroux, fut blessé à l’épaule droite.

    Cependant, avant de marcher sur le gros des troupes ennemies, il fallait transporter les blessés. Malgré toute la diligence que mirent les Français à cette opération, Mourad-Bey eut le temps de faire placer quatre pièces de canon sur un monticule. Déjà ces pièces faisaient un grand ravage, mais Desaix ordonna de marcher dessus au pas de charge. La mitraille ne put arrêter la marche du carré, non plus qu’une charge vigoureuse entamée sur le front de la quatre-vingt-huitième, au milieu de la course. L’ennemi, étonné de cette intrépidité, s’enfuit dans le plus grand désordre et le capitaine Rapp, aide-de-camp de Desaix, à la tête des tirailleurs, s’empara des quatre pièces.

    Embarrassé de ses blessés, et voulant reposer ses soldats, haletant de soif et de fatigue, Desaix arrêta la division sur les bords de l’inondation du Faïoum. Dans toute cette partie, on ne peut approcher aucun village. Après quelques instants de repos, les troupes marchèrent sur Sédiman, évacué par les troupes de Mourad, pour que les blessés y fussent pansés et transportés ensuite sur les djermes de la flottille.

    Les Français avaient perdu dans le combat quarante hommes tués et quatre-vingt blessés. Le capitaine Humbert, de la vingt-unième légère, fut au nombre des morts. Cinq autres officiers reçurent des blessures dangereuses. Plus de trois cents mameloucks restèrent sur le champ de bataille, et Mourad emmena un plus grand nombre de blessés. La plaine était couverte de cadavres de chevaux.

    Les beys et les kachefs, autant par bravoure personnelle que pour animer leurs gens, s’étaient plus particulièrement exposés au danger ; aussi plusieurs d’entre eux reçurent-ils la mort ou des blessures graves. Les beys Sélim-Aboudia, Osman-Bardizy, Osman-Tamburdji étaient au nombre des tués. Mohammed-Elfi-Bey avait reçu un coup de feu à la cuisse.

    Les chefs de bataillon Eppler et Morand, les capitaines Vallette, Sacrost, Geoffroy, les lieutenants Horman et Nicolier, les sergents Pierre Laurent, Jérôme, les sous-officiers et soldats Parilès, Rougereau, Richoux, Tremier, Girard, Tissot, Châtelain, Demonge, Marchand, Duchêne et Morin, méritèrent une mention plus particulière dans les rapports des généraux et chefs de corps. Nous n’avons pas besoin de dire que ces derniers donnèrent de nouvelles preuves de leur sang-froid ordinaire, notamment le général Friant, l’adjudant-général Donzelot, et les chefs de brigade Robin et Conroux.

    L’Egypte n’avait point encore vu de combat plus opiniâtre et plus meurtrier, et, ce qui rend encore le succès obtenu par les Français plus remarquable, c’est que les troupes de Mourad-Bey étaient six fois plus nombreuses que celles de Desaix : celui-ci avait à peine deux mille hommes.

    Le résultat de cette action brillante fut la séparation des Arabes d’avec les mameloucks, et l’occupation de la fertile province de Faïoum, où Desaix alla s’établir pour reposer ses troupes. Les mameloucks se retirèrent d’abord derrière le lac de Gaza, et de là au village de Delgé, à la hauteur de celui de Melaoueh, sur le Nil.

    Un autre avantage de la victoire de Sédiman fut de convaincre Mourad-Bey de l’impossibilité de vaincre l’infanterie française en bataille rangée. Il faut attribuer à l’expérience qu’il fit dans cette journée de l’intrépidité surnaturelle de nos soldats, le parti pris par ce chef des mameloucks de ne plus se mesurer franchement avec eux. Il résolut de les harceler, de fuir quand il serait poursuivi, et de ne se laisser jamais approcher d’assez près pour être contraint d’engager un combat désavantageux.

    Cette tactique de Mourad était celle des Arabes. Ce ne fut pas sans une extrême répugnance que ce guerrier se soumit à des manœuvres si opposées a son courage impétueux et à son audace naturelle. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle manière de faire la guerre aux Français tint ceux-ci dans un mouvement continuel, et leur fit éprouver, dans les marches et contre-marches auxquelles ils furent forcés, plus de mal qu’ils n’en auraient eu dans des combats réguliers.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso