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  • 6 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 6 octobre 1870 – Le combat de Nompatelize dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-combat-de-nompatelize-150x150

     

    Le combat de Nompatelize

    D’après « Revue du Cercle militaire » – 1889

     

    La Meurthe, entre Saint-Dié et Raon-1′Etape, traverse un ancien bassin lacustre dont les bords supérieurs sont marqués par les monts de la côte de Répy, de Mon-Repos, de Chémont, de la Madeleine, de la Burre et des bois du Feys. Sur la rive droite, ces montagnes serrent de très près le lit de la rivière. Sur la rive gauche, au contraire, elles s’abaissent sur lui, suivant un escalier dont les gradins principaux sont jalonnés par les hauteurs des Jumeaux, de Nompatelize et de Saint-Michel.

    Trois ruisseaux déchirent ces gradins ; ce sont ceux de Sauceray, des Void de Paru et de la Valdange. Ils correspondent aux ponts de la Voivre et d’Étival et ouvrent des voies d’accès jusqu’aux cols de la croix Idoux, de Mon-Repos, du Haut-du-Bois et de la Chipotte qui écrêtent le bord supérieur sud du bassin.

    Le 5 octobre au matin, le commandant Brisac a disposé ses troupes sur ces divers gradins de la façon suivante :
    - Francs-tireurs de Colmar vers Saint-Michel avec un poste dans le cimetière et un à la maison d’école ;
    - Une compagnie du bataillon de la Meurthe à Nompatelize ; une autre, entre Nompatelize et la Salle ;
    - Gardes-nationaux de la Salle, aux abords de leur village ;
    - Francs-tireurs de Neuilly, à la lisière du bois de Saint-Benoît, occupant la coupure faite au Haut-du-Bois sur la route de Rambervillers ;
    - Une compagnie des Vosges, en avant de la Bourgonce ;
    - Tout le reste, en réserve dans ce village.

    C’est occuper bien du terrain avec peu de monde. La ligne n’a pas moins de 4 kilomètres et le commandant Brisac ne dispose que de 2000 hommes.

    Le même jour, les colonnes du général de Degenfeld opèrent leur jonction sur la Meurthe et le corps du général Werder s’ébranle à son tour en trois colonnes dans les directions de Raon-l’Etape, Étival et Saint-Dié. L’ennemi pousse deux reconnaissances : l’une sur la route de Rambervillers, l’autre vers Saint-Michel. La première incendie la ferme de la Chipotte après avoir massacré ses habitants inoffensifs ; la seconde est repoussée à coups de fusil par les francs-tireurs de Colmar.

    Le lendemain, dès 6 heures du matin, la brigade Degenfeld quitte Étival et se met en marche sur Saint-Dié par les deux rives de la Meurthe : sur la rive gauche, deux bataillons, un demi-escadron et deux pièces ; sur la rive droite, le reste, moins deux bataillons laissés à Raon-1′Etape et Étival pour assurer ses derrières.

    Bientôt, les éclaireurs ennemis signalent la présence de troupes françaises à Nompatelize. Le général de Degenfeld, croit encore n’avoir affaire qu’à un petit corps de partisans. Il a sur son flanc droit toute une brigade qui, sous les ordres du général Dupré, vient d’arriver à la Bourgonce et se prépare à entrer en action. En scindant en deux portions, séparées par un obstacle infranchissable, un corps aussi peu important que celui qu’il a sous la main, le général allemand a commis une grave imprudence, et il ne tient qu’au commandant des troupes françaises de la lui faire payer.

    Malheureusement le général Dupré n’a aucune idée de la situation, et il va laisser passer le moment opportun de se jeter en forces sur la colonne de droite et de l’écraser avant que les troupes de l’autre rive aient pu être rappelées.

    Au moment où les deux partis en viennent aux mains, nos troupes sont réparties comme il suit :
    - les francs-tireurs de Colmar, vers les Feignes ;
    - le bataillon de la Meurthe, à Nompatelize ;
    - le 1
    er bataillon des Vosges (quatre compagnies) sur les pentes du Petit-Jumeau et entre Nompatelize et la Salle ;
    - un bataillon du 34
    e de marche (gardes-mobiles des Deux-Sèvres) à la ferme du Han ;
    - les francs-tireurs de Neuilly, à la lisière des bois de Saint-Benoît ; ceux de Lamarche, à Saint-Rémy.

    L’artillerie (une batterie de 4 de campagne), moins une section détachée à l’aile gauche, est en batterie au pied du Petit-Jumeau. Le 32e de marche (infanterie de ligne) forme réserve générale au débouché de la Bourgonce.

    Tandis qu’une moitié du bataillon de fusiliers du 6e régiment badois engage le feu avec les troupes du Han et que l’autre moitié se jette sur Nompatelize, le 2e bataillon du 3e régiment (major Steinwach) continue sa marche sur Biarville. A 9 heures et demie, il débouche de ce village et se porte moitié sur les Feignes (deux compagnies), moitié sur Nompatelize en remontant le vallon qui longe la route de Saint-Dié.

    Nos troupes abandonnent aussitôt les quelques maisons qui forment l’avancée nord-est de Nompatelize, sur le petit chemin des Void-de-Paru, mais elles se maintiennent dans celles qui bordent le chemin des Feignes, et le feu des Badois ne peut les en déloger. En vain, ceux-ci mettent deux pièces en batteries à moins d’un kilomètre sur la route départementale. Obligées de répondre à notre artillerie, ces pièces sont impuissantes à protéger le mouvement en avant, et les deux compagnies viennent s’entasser dans le vallon, sans parvenir à franchir le chemin des Void-de-Paru. Elles restent là trois quarts d’heure, couchées et serrées, à bout de munitions, à la merci d’un mouvement offensif qui malheureusement ne se produit pas.

    Pendant ce temps, les deux compagnies qui marchent sur les Feignes n’avancent qu’avec précaution. Elles attendent, pour prononcer leur attaque, que les troupes rappelées de la rive droite viennent les soutenir.

    A leur aile droite, les Allemands ne sont pas plus heureux, et, après une heure de combat, les fusiliers du 6e régiment n’ont pu gagner un pouce de terrain. Vers 10 heures même, les gardes mobiles des Deux-Sèvres et les francs-tireurs de Neuilly prennent l’avantage, et, sous l’énergique impulsion du commandant Perrin, ces troupes entament un mouvement offensif pour tourner la hauteur de la Molière.

    Telle est à peu près la situation jusqu’à 11 heures 1/2 du matin. L’ennemi, partout tenu en échec, ne se maintient que grâce à son artillerie et à l’inertie du général Dupré qui ne sait pas saisir le moment favorable pour un retour offensif.

    Mais déjà le général de Degenfeld, qui avait cru d’abord à une simple escarmouche de francs-tireurs, a appelé en toute hâte sur le lieu du combat la majeure partie de la colonne de gauche et les troupes laissées à Etival et à Raon. L’artillerie, rebroussant chemin et passant par le pont d’Etival, arrive la première et s’installe sur la position de la Molière d’où elle canonne le bois des Jumelles et le village en flammes de Nompatelize.

    Les Allemands prennent l’offensive sur toute la ligne. Leur droite, mettant un terme au mouvement tournant des Français, s’empare de Saint-Remy et du Han. Leur centre achève l’occupation de Nompatelize, mais leur gauche essaie vainement de sortir des Feignes, où la maintiennent les feux qui partent du bois des Jumelles.

    Il ne semble pas jusqu’alors que le général de Degenfeld ait choisi son point d’attaque. Son premier soin a été de renforcer et de souder entre elles les huit compagnies déployées par le major Kieffer sur un front de plus de 3000 mètres. Maintenant, deux partis s’offrent à lui : accentuer le succès de sa droite ou pousser une vigoureuse attaque sur Nompatelize pour couper notre ligne en deux. Après de longues hésitations, et au moment où l’aile gauche et le centre français, épuisés par six heures de lutte, sont à la merci du premier effort, il en prend un troisième et laisse sa gauche livrer un assaut inutile et meurtrier au bois des Jumelles.

    Vers 5 heures, le Petit-Jumeau est cerné. Nos troupes débandées, éparses, évacuent la Bourgonce et se retirent dans plusieurs directions. Mais l’ennemi ne sait pas profiter de sa victoire. Il tâtonne, il hésite, et notre retraite s’effectue sans encombre par Mon Repos et la vallée des Rouges-Eaux. Un instant, on pense à occuper la crête, à en défendre les passages et à disputer pied à pied le terrain à l’ennemi. Mais la fatigue et le découragement des hommes, le manque de vivres et de munitions font renoncer à ce projet. Malgré les protestations du commandant Perrin, partisan de la lutte à outrance, le colonel Rouget de Gourcez, qui, en l’absence du général Dupré blessé, a pris le commandement de la brigade, ordonne la retraite sur Bruyères.

    C’est là que le nouveau commandant du corps d’occupation des Vosges, le général Cambriels, va recueillir les débris de ses troupes. Peut-être si, au lieu de perdre plusieurs jours à Belfort pour chercher à soulever les populations du Haut-Rhin, il était accouru plus tôt dans les Vosges, eût-il su éviter le désastreux combat de la Bourgonce. Au moins, aurait-il eu le temps d’étudier un peu son théâtre d’opérations et de préparer son plan de résistance.

    Ignorant du pays, mal secondé dans son commandement, souffrant d’une blessure encore récente, découragé par la vue des ressources dont il dispose, il n’a ni la vigueur physique ni l’énergie morale nécessaires pour faire face aux évènements.

    Ceux-ci, du reste, ne vont guère lui laisser le temps de la réflexion. Pendant que le général français, préoccupé d’interdire à l’ennemi toutes les voies d’accès du massif vosgien, dissémine ses troupes en cordon sur un front de 35 kilomètres, depuis le Valtin jusqu’à Mon Repos, ne gardant pour réserve qu’un bataillon et deux batteries d’artillerie, le 14e corps allemand, sous les ordres du général Werder, a traversé les Vosges.

    Le 8 octobre, les 2e et 3e brigades de la division badoise atteignent Saint-Dié et Etival et la brigade prussienne, qui complète le corps d’armée, arrive à Celles.

    Le général de Degenfeld est resté inactif pendant ces deux jours, patrouillant timidement autour de Nompatelize, sans arriver à prendre le contact de l’ennemi. L’arrivée du commandant en chef va secouer sa torpeur. Dès le 9, des patrouilles sont dirigées vers le col du Plafond et Rambervillers, et constatent la présence de nos troupes sur ces deux points. Le lendemain 10, un détachement de la 3e brigade badoise occupe Anould, après un engagement sans importance et s’établit au col. D’autre part, le 2e bataillon du 3e régiment s’empare de Rambervillers, malgré une vigoureuse résistance des gardes nationaux de cette ville et au prix de pertes sensibles

    Le 11, le gros de la brigade prussienne entre à Rambervillers. La 1e brigade badoise franchit le col du Haut-Jacques, et, après des engagements successifs à la Hézelle, à Brouvelieures et aux abords de Bruyères, elle atteint cette dernière localité. La 3e brigade passe par le col de Vanémont et gagne la Houssière. La 2e enfin vient cantonner à Corcieux.

    Le plan du général allemand commence à se dessiner : il veut, avec la division badoise, occuper de front la petite armée des Vosges, pendant qu’avec les troupes prussiennes, il percera rapidement sur Epinal pour se porter sur ses derrières.

    Si ce plan réussit, c’en est fait des troupes vosgiennes. Mais, Dieu merci ! la prudence du commandant en chef français va le faire échouer.

    En apprenant que l’avant-garde prussienne occupe Destord et doit le lendemain marcher sur Épinal, le général Cambriels, sentant ses communications menacées, ordonne la retraite sur Remiremont et le Thillot. Celle-ci s’effectue un peu en désordre. Mais le 14 octobre, l’armée des Vosges, échappée à un désastre certain, est en sûreté sur le revers sud des Faucilles, à portée du canon de Belfort et de celui de Besançon.

    A partir de ce moment, l’ennemi est maître incontesté de la région. Épinal, tombé entre ses mains après une courte et vaine résistance, va devenir pour lui le siège d’un commandement d’étapes et une place de ravitaillement pour les troupes allemandes opérant dans le bassin de la Saône. Il n’y a plus de résistance possible dans les Vosges.

     

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