• 2 octobre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 2 octobre 1794 – La bataille d’Aldenhoven dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-d’Aldenhoven-150x150

     

    La bataille d’Aldenhoven

    D’après « La France militaire : 1792-1833 » – Abel Hugo – 1833

     

    Le général Clairfayt, après le combat d’Ayvaille, avait quitté, pendant la nuit, le camp de la Chartreuse et toutes ses autres positions sur la Meuse, pour se retirer en toute hâte, et par plusieurs colonnes, vers Rolduc et Aix-la-Chapelle. Les divisions Hatry et Championnet manœuvrèrent en vain pour se rapprocher de Scherer, dont tous les efforts tentaient à couper la ligne autrichienne, en séparant Clairfayt de Latour et en rejetant ce dernier dans les montagnes de Verviers.

    Clairfayt, par la rapidité de sa retraite, échappa au danger qui le menaçait, et la brigade Legrand, formant l’avant-garde de la division Championnet, lancée à la poursuite du général autrichien, n’en atteignit l’arrière-garde que le 20, sur les hauteurs de Clermont, où elle lui enleva 800 hommes.

    Jourdan ralentit même sa marche dans le dessein d’engager l’ennemi à se poster autour d’Aix-la-Chapelle, ce qui eût permis à Scherer, dirigé en hâte sur Verviers ou Limbourg, de le prendre à revers en coupant ses communications avec Cologne. Mais Clairfayt, informé de ce danger par ses éclaireurs, abandonna encore le 22, Aix-la-Chapelle, et se retira en hâte derrière la Roër. Ce mouvement permit à la division Kléber d’investir Maastricht.

    Depuis un mois, Clairfayt, dans la prévision de ce qui arrivait alors, avait fait garnir la rive droite de la Roër de retranchements. Cette position, dont le centre, à Aldenhoven, était protégé par la place de Juliers, offrait de grands moyens de défense. Le front en était couvert par la Roër, rivière encaissée comme l’Ourthe, peu large à la vérité et guéable sur quelques points, mais rapide et alors gonflée par les pluies. Ses rives escarpées, plus élevées à droite, dominent presque partout la gauche de son lit, ce qui donnait aux batteries autrichiennes une supériorité décisive sur celles que les Français auraient pu établir. Les ponts en étaient rompus, les gués dégradés et hérissés de chevaux de frise ; enfin, une nombreuse artillerie en défendait le passage et les approches.

    La ligne des Autrichiens était longue et morcelée. La droite, aux ordres de Werneck, s’étendait jusque vers Ruremonde, près du confluent de la Roër et de la Meuse. Le centre était à Aldenhoven, en avant de Juliers, et la gauche, aux ordres de La tour, tenait depuis Dueren jusqu’à Niedeggen, où se trouvait le général Haddick.

    Jourdan, qui avait suivi l’ennemi, s’était ainsi établi, l’aile droite, sous Scherer, à Cornelis-Munster ; eux divisions en avant d’Aix-la-Chapelle, Lefebvre à Rolduc, Morlot, en seconde ligne, à Damerscheit ; et la réserve de cavalerie à Cartiels. Kléber, avec la division de l’aile gauche, investissait Maastricht, dont le siège ne pouvait commencer qu’après que les Français seraient maîtres du cours de la Roër. Mais, dans la prévision de la bataille, il se contenta de laisser devant cette place un corps d’observation de quelques mille hommes.

    L’armée de Jourdan était forte de 100.000 hommes. Il la divisa en quatre colonnes, pour attaquer, le 2 Octobre au matin, et sur huit lieues de développement, les quatre points principaux de la ligne autrichienne. L’aile droite était confiée au général Scherer ; la gauche à Kléber ; Lefebvre conduisait l’avant-garde. Jourdan s’était réservé la direction du centre, composé des divisions Hatry, Morlot, Championnet, et d’une partie de la cavalerie de Dubois. Scherer devait forcer le passage vers Niedeggen, Diskerdorf et Dueren pour accabler l’aile gauche autrichienne. L’attaque à la gauche des Français, à Heinsberg, était confiée à Kléber. L’avant-garde devait être dirigée sur Linnich ; Jourdan se proposait, avec le corps de bataille, de marcher sur Juliers.

    Le 2 octobre, à cinq heures du matin, l’armée s’ébranla en colonnes serrées par brigades. Un épais brouillard en fit suspendre la marche jusqu’à dix heures. Bernadotte, qui commandait l’avant-garde de Kléber, reconnut les gués de la Roër à la gauche des Français, et n’y trouva qu’un torrent impétueux. Néanmoins, la 71e demi-brigade, encouragée par Ney, dont le nom parait ici pour la première fois dans nos annales militaires, s’y élança malgré la mitraille, arriva à l’autre bord et emporta la position de Rathein. Mais les ponts se trouvant trop courts pour que l’artillerie put suivre l’infanterie, l’ennemi profita de cette circonstance et assaillit avec des forces supérieures les troupes qui avaient forcé le passage. Friant accourut à leur secours avec sa divison, et son mouvement, secondé par le feu des batteries que Kléber se hâta d’établir sur la rive gauche, maintint jusqu’à la nuit la 71e demi-brigade dans les positions qu’elle avait prises à l’ennemi.

    Lefebvre, avec sa division, surprit Linnich. Mais la violence de la rivière sur ce point rendit très longue la construction des ponts, qui durent être établis sous le feu des redoutes autrichiennes. Linnich, criblé de boulets et d’obus, fut incendié.

    Le centre de Clairfayt, que Jourdan devait attaquer, était couvert par une haute colline qui s’élève entre Aldenhoven et Juliers, et qu’on avait hérissée de redoutes. Tous ces retranchements furent enlevés au pas de charge par les divisions du centre. Clairfayt, réfugié dans Juliers, essaya de paralyser l’impétuosité française par des charges multipliées de cavalerie : sa cavalerie sabra même les artilleurs d’une batterie légère de la division Morlot, et le 14e de dragons, accouru pour délivrer cette batterie, allait être écrasé si le 1er régiment de la même arme ne fût venu à son aide. Les divisions du centre ne purent donc tenter ce jour-là aucun passage.

    Morlot eut ordre d’appuyer les divisions Lefebvre ; Hatry reçut celui de se porter à l’aile droite pour secourir Scherer s’il en était besoin. Jourdan était d’autant plus inquiet du sort de sa droite, que, quoiqu’il fût déjà tard, rien n’avait annoncé qu’elle se trouvât en présence de l’ennemi.

    En effet, le mauvais état des routes avait retardé Scherer. Il ne put pas commencer avant trois heures les diverses attaques qu’il devait tenter. Alors le général Lorges avec sa brigade força les passages de Dueren, enfonça les portes de la ville, en chassa l’ennemi et déboucha dans la plaine au-delà. Il fut heureusement secouru par les escadrons de Marceau qui venait d’emporter le gué et le bourg de Merweiler, après un violent combat dans lequel l’adjudant-général Klein avait entraîné les troupes en s’élançant dans la Roër à la nage.

    Lorges, à l’aide de ce renfort, se maintenait hors de Dueren, quand Mayer, avec sa division, déboucha en même temps de Biskendorf, où il avait passé la Roër, et vint se pincer à sa gauche.

    Les plus grands efforts de Latour se dirigèrent sur cette dernière division, qui menaçait de couper ses communications avec Clairfayt et de Juliers. Elle eut à essuyer le feu de soixante pièces de canon, placées sur les hauteurs qui dominent Dueren, et privée d’artillerie, elle ne pouvait y répondre et éprouvait de grandes pertes. Elle se disposait à battre en retraite vers la rivière, quand la division Hacquin, longtemps arrêtée par des tirailleurs dans les bois entre Kreutzen et Binsfeldt, apparut enfin sur les hauteurs de Rinsfeldt et prit à revers les batteries autrichiennes, circonstance qui décida la victoire à la droite des Républicains.

    La ligne de la rivière, ainsi franchie par les deux ailes françaises, n’était plus tenable pour Clairfayt. Les ponts furent terminés pendant la nuit, et le 3, au jour, toute l’armée républicaine passa la Roër. Mais quand les colonnes se portèrent devant Juliers, elles trouvèrent cette place évacuée, et les magistrats prêts à en présenter les clefs aux généraux français.

    Clairfayt, décidé à repasser le Rhin, et comprenant qu’il ne pouvait plus rester sur la rive gauche sans la presque certitude d’une complète extermination, hâta sa retraite par les routes de Bonn, de Dusseldorf et de Cologne, et fut vigoureusement poursuivi par les divisions Lefebvre et Dubois. Ce fut le 5 octobre que l’armée impériale repassa le Rhin.

    La bataille d’Aldenhoven, ou de Juliers, lui coûtait environ 4000 hommes tués ou blessés, et 800 prisonniers. L’armée républicaine avait perdu 1500 hommes.

    La bataille d’Aldenhoven fut le complément de celle de Fleurus, et décida définitivement du sort de la Belgique par l’expulsion totale des Autrichiens et par leur fuite au-delà du Rhin.

     

     

     

     

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