Restez à jour: Articles | Commentaires

  • 29 septembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Histoire des troupes étrangères au service de la France (6) dans PAGES D'HISTOIRE Soldats-étrangers-150x150

     

    D’après la monographie « Histoire des troupes étrangères au service de la France » – Eugène Fieffé – 1854

     Histoire des troupes (5)

     

    Les Grecs

    La Grèce du Moyen-Age a fourni à la France des cavaliers connus sous le nom de stradiots et d’argoulets. On les appela aussi amantes, capelets, corvals, génélaires. Mais la dénomination la plus commune est celle de cavalerie grecque ou albanaise.

    Les stradiots, qui tirent leur origine d’un mot grec σ τ ρ α τ ι ω ́ τ η ς, soldat, ou mieux encore de l’italien strada, route, se rencontrèrent pour la première fois avec les troupes françaises à la bataille de Fornoue.

    Philippe de Commines fait ainsi leur portrait : « Les estradiots tuèrent un gentilhomme françois appelé Lebœuf et luy coupèrent la teste, qu’ils pendirent à la banderole d’une lance, et la portèrent à leur provedadour (chef) pour en avoir un ducat. Estradiots sont gens vestus, à pied et à cheval, comme Turcs, sauf la teste, où ils ne portent cette toile qu’ils appellent turban, et sont dures gens et couchent dehors tout l’an, eulx et leurs chevaux. Ils étoient Grecs et venus des places que les Vénitiens y ont ; les uns de Napoli de Romanie, de la Morée ; les autres d’Albanie, devers Duras ; et sont leurs chevaux bons et tous de Turquie. Les Vénitiens s’en servent fort et s’y fient ; sont vaillants hommes et qui fort travaillent un ost (bataillon) quand ils s’y mettent ; ils emportent les testes, telle est leur coustume ».

    A cette description Jean Molinet ajoute les traits suivants : « Les estradiots de l’ost des Vénitiens étoient moult étranges, fort barbus, sans armures et sans chaussures, ayant une targette (bouclier) en une main et une demi-lance de l’autre. Souvent ils portent des coups fort soudains, et quand ils peuvent tuer un François, ils lui coupent la teste ».

    Charles VIII voulut en avoir dans son armée. Bussy Rabutin raconte qu’à son retour d’Italie, ce roi prit à son service quatre cents stradiots que lui amena Castriotto.

    Lorsque Louis XII marcha contre les Génois, en 1507, il enrôla deux mille stradiots, qui commencèrent à s’appeler cavalerie albanaise. Brantôme, dans son quinzième discours, dit que le même prince donna à de Fontrailles l’état de colonel général des Albanais : « M. de Fontrailles estoit l’un des compagnons qui a eu en son temps la réputation d’un bon capitaine et surtout bien commandant aux chevau-légers, et les bien menant. Aussi, le roi Louys, son maistre l’aimoit fort, et lui donna l’estat de colonel général des Albanois qu’il avoit à son service ; car, de ce temps-là, il ne se parlait point de cavalerie légère françoise, sinon de la gendarmerie ».

    Les stradiots de France faisaient bonne figure dans nos rangs. En 1513, les Anglais assiégeaient Thérouenne ; les Français voulaient y envoyer des vivres. De Fontrailles fait aussitôt attacher sur le col des chevaux de sa troupe un sac de poudre et deux quartiers de lard, puis s’élançant tout à coup à travers le camp des Anglais, il arrive jusqu’aux fossés de la ville, où les huit cents stradiots qu’il conduit jettent leurs fardeaux. Ces intrépides cavaliers retournent ensuite avec la même vitesse vers les Français, sans donner aux ennemis le temps de se préparer à les poursuivre.

    Les stradiots étaient armés comme les chevau-légers français. Seulement, au lieu des avant-bras et des gantelets, ils avaient des manches et des gants de mailles, l’épée large au côté, la masse à l’arçon et la zagaie ou arzegaie au poing. C’était l’arme des Maures ; elle était longue de dix à douze pieds et ferrée aux deux bouts. Leur cotte d’armes était courte et sans manches. Une banderolle flottant à l’extrémité d’une lance leur servait d’enseigne.

    Les stradiots, qui se sont souvent distingués dans les guerres où ils ont servi la France, combattaient aussi bien à pied qu’à cheval. C’est lorsqu’ils avaient mis pied à terre qu’ils maniaient l’arzegaie à toutes mains avec une force et une adresse admirables.

    Cette cavalerie faisait encore partie de l’armée française sous Henri III. On la vit combattre avec une grande bravoure à la bataille de Coutras, sousles ordres du duc de Joyeuse.

    Argoulets – Lorsque les Grecs commencèrent à servir la France, les cavaliers d’ordonnance, qui craignaient que ces auxiliaires n’éclipsassent la brillante réputation militaire qu’ils s’étaient faite, s’appliquèrent à les tourner en ridicule, et les nommèrent argoulets, nom dérivé d’arglinti, qui, dans la langue franque, signifiait mauvais soldats. Cette dénomination, qu’ils conservèrent jusqu’en 1589, servit à les distinguer des stradiots, dont la manière de combattre était toute différente.

    Les argoulets étaient destinés à observer l’ennemi et à le harceler par des escarmouches, ce qui les faisait considérer comme la partie la moins utile de la cavalerie légère. Un tel rôle semblait justifier le nom qu’on leur avait donné.

    Ils étaient armés, suivant Montgomery, d’une large épée suspendue à l’arçon et de l’arzegaie qu’ils portaient au poing. Leur tête était protégée par un cabasset, sorte de casque carré sans cimier. En guerre, outre l’épée, ils avaient une masse et une arquebuse de deux pieds et demi de long, renfermée dans un fourreau de cuir bouilli. Une banderolle leur servait aussi pour se reconnaître et se rallier.

    Les argoulets figuraient à la bataille de Dreux. Tout ce qui restait de cette cavalerie, en 1589, fut incorporé, de même que les stradiots, dans les compagnies de carabins, qui faisaient partie de l’armée du roi de Navarre, et dont la réunion aux troupes françaises eut lieu lorsque Henri monta sur le trône de saint Louis.

     

    Les Flamands.

    Des compagnies considérables de Brabançons s’étaient jointes aux premières bandes d’aventuriers, et avaient disparu sous Charles V, au XIVe siècle.

    Les Flamands furent ensuite organisés en corps régulier par Louis XII, qui en forma une garde de quatre cents archers.

    Cette garde se distingua à la bataille de Ravenne, et y fut entièrement détruite par l’ennemi sur les bords du Ronco.

    Les Liégeois, Wallons, etc., ont été mêlés à nos guerres de religion. Mais alors ils faisaient généralement partie de l’armée auxiliaire de Philippe II, qui possédait les Pays-Bas.

     

    Les Espagnols.

    Aux stradiots et aux argoulets succéda une cavalerie d’origine espagnole, qui fut amenée en France à la fin du XVIe siècle : ce sont les carabins, qu’il faut se garder de confondre avec les carabiniers, corps exclusivement français qui fut formé sous Louis XIV.

    L’étymologie du mot carabin vient de l’arabe karab ou karal, terme qui s’appliquait en général à tout instrument de guerre. Les carabins, auxquels se mêlèrent des Basques et des Gascons, étaient attachés par trentaine aux compagnies de chevau-légers et ne formaient point de corps séparé.

    Dans les combats, ils étaient ordinairement placés sur les ailes des compagnies de chevau-légers. Ils engageaient presque toujours l’action et se retiraient ensuite derrière les rangs, pour faciliter les charges qui devaient décider du gain de la bataille. Lorsque l’ennemi vaincu commençait à lâcher pied, les carabins paraissaient de nouveau, mais dans ce cas, c’était pour inquiéter les fuyards, les poursuivre et leur faire des prisonniers.

    La banderolle suspendue à une lance remplaçait, chez les carabins, les enseignes et les guidons. Elle leur servait de signe de ralliement.

    Henri IV en fit entrer une compagnie de cent vingt-huit hommes dans sa garde. Ils étaient alors armés d’une cuirasse échancrée à l’épaule droite pour mieux coucher en joue, d’un gantelet à coude pour la main de la bride et d’un cabasset en tête, d’une longue escopette, espèce de pique de plus de trois pieds, qui fut remplacée par l’arquebuse à rouet, et d’un pistolet.

    Les carabins formèrent plus tard des corps distincts, mais alors ils n’eurent plus aucun caractère étranger.

    Les Espagnols s’étaient antérieurement mêlés aux aventuriers. Nous les verrons former des corps reguliers sous Mazarin.

     

    Telles sont les troupes étrangères qui servirent la France jusqu’à la fin du XVIe siècle. Les chefs de ces troupes portèrent, avant ceux des troupes nationales, le titre de colonel. Ce mot signifiait en même temps le commandant et le corps lui-même. Ainsi, dans l’énumération des corps qui firent le siège de Landrecies en 1543, Martin du Bellay cite « le collonel du sieur de Roignac (Rheinach) de quatre mille Bas-Allemands ».

    La plupart des troupes étrangères eurent en outre des colonels généraux. La plus importante de ces charges fut sans contredit celle de colonel général des Suisses.

    Toutes les troupes de cette nation, sauf la compagnie des Cent-Suisses, étaient subordonnées au propriétaire de cette charge, qui prêtait serment entre les mains du roi. C’était le plus souvent un prince du sang. Il nommait, dans l’origine, à toutes les places de colonels et de capitaines ; il nommait aussi et présentait au roi les officiers de tous grades provenant des cantons. Il était chef d’une compagnie que l’on appelait générale, et qui marchait à la tête des gardes suisses. Il pouvait faire grâce, même pour crime capital, aux soldats et aux officiers de sa compagnie, et décidait de toutes les querelles entre les officiers suisses.

    Quand le colonel général était à l’armée et qu’il s’y trouvait des régiments suisses, une compagnie montait la garde chez lui avec le drapeau. Il avait à son hôtel une garde de douze trabans ou hallebardiers.

    La marque de la dignité de colonel général des Suisses et Grisons consistait en six drapeaux du régiment des gardes, passés en sautoir derrière l’écusson de ses armes. Le fer de la pique de chaque drapeau se terminait en fleur de lis. Les drapeaux étaient de la couleur de la livrée du colonel général.

     

    Colonels généraux de toutes les troupes étrangères :

    Albanais.
    De Fontrailles, en 1509.

    Suisses.
    Les personnages qui ont eu la charge générale de ces troupes sont :
    Claude de Savoie, comte de Tende, capitaine général, de 1526 à 1536 ;
    Jean de Brosses, comte de Penthièvre et duc d’Étampes, colonel et chef général en 1544 ;
    René de Lorraine, marquis d’Elbeuf, colonel général par commission en 1556 ;
    Charles de Montmorency de Méru, duc de Damville, premier colonel général en titre d’office le 17 juin 1571 ;
    Nicolas de Harlay, baron de Sancy, le 21 février 1596 ;
    Henri, duc de Rohan, le 2 mars 1605 ;
    François, marquis de Bassompierre, le 12 mars 1614 ;
    César du Cambout, marquis de Coislin, le 16 mars 1635 ;
    Edme, marquis de La Châtre, le 1er janvier 1643 ;
    François, marquis de Bassompierre, colonel général pour la deuxième fois le 15 octobre 1643 ;
    Charles de Schomberg, duc d’Halwyn, le 18 avril 1647 ;
    Eugène-Maurice de Savoie, comte de Soissons, le 18 novembre 1657 ;
    Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, le 1er février 1674 ;
    Louis-Auguste de Bourbon, prince de Dombes, le 14 mai 1736 ;
    Louis-Charles de Bourbon, comte d’Eu, le 1er novembre 1755 ;
    Etienne – François, duc de Choiseul-Stainville, le 1er décembre 1762 ;
    Charles-Philippe de France, comte d’Artois, depuis Charles X, le 24 décembre 1770 ;
    Jean Lannes, duc de Moutebello, maréchal de France, le 13 septembre 1807 ;
    Louis-Alexandre Berthier, prince de Neufchàtel et de Wagram, maréchal de France, le 13 juillet 1810 ;
    Charles-Philippe de France, pour la deuxième fois, le 15 mai 1814 ;
    Henri-Charles-Ferdinand-Marie-Dieudonné d’Artois, duc de Bordeaux, du 23 septembre 1824 au 11 août 1830.

    Italiens.
    Les officiers qui ont commandé en chef les bandes italiennes, sont :
    Guy, comte de Rangone, capitaine général en 1535 ;
    Jean-Paul de Cère, capitaine général en 1537 ;
    Tristan de Moneryn, 1542 ;
    Pierre de Rosso, comte de Saint-Second, en 1543 ;
    Pierre Strozzi, colonel général en titre d’office le 1er novembre 1547 ;
    Louis de Birague, 1554 ;
    Jean-Bernardin de San-Severino, duc de Somma, le 22 juin 1558 ;
    Jean-Galéas de San-Severino, comte de Cajasso, le 26 mars 1570 ;
    André de Birague, le 1er janvier 1575 ;
    César, commandeur de Birague, le 1er janvier 1579 ;
    Alphonse d’Ornano, le 1er janvier 1584 ;
    Georges de Balbi, chevalier des Bertons, le 18 octobre 1588 ;
    Alexandre d’Elbène, le 8 mars 1597 ;
    Charles d’Angennes, marquis de Rambouillet, le 29 janvier 1608 ;
    Scipion de Champier, marquis de Vaux, le 6 février 1611 ;
    François de Galles du Bélier, baron de la Buisse, le 4 mai 1612.

    La charge de colonel général de l’infanterie italienne fut réunie, le 31 décembre 1638, à celle de colonel général de l’infanterie française.

    Corses.
    San-Pietro d’Ornano et de Bastelica, colonel général de l’infanterie corse le 29 avril 1547 ;
    Alphonse d’Ornano, le 26 novembre 1569 ;
    Jean-Baptiste d’Ornano, le 26 septembre 1597 ;
    Henri – François – Alphonse, marquis d’Ornano, le 20 septembre 1643 ;
    Joseph-Charles, comte d’Ornano, le 18 décembre 1652.

    Cette charge fut réunie, le 1er juin 1670, à celle de colonel général de l’infanterie française et étrangère.

    Allemands.
    Jean, baron de Heidesch, colonel général par commission, le 1er août 1542, de dix-huit bandes de lansquenets ;
    François de Clèves, duc de Nevers, en titre d’office, le 1er juillet 1544 ;
    Maurice, landgrave de Hesse-Cassel, le 20 octobre 1602.

    La charge de colonel général de l’infanterie allemande fut réunie, le 15 mars 1632, à celle de colonel général de l’infanterie française.

    Celle de colonel général de la cavalerie allemande fut créée en 1636, sous Louis XIII, en faveur de Jean de Streiff ; son successeur fut le baron d’Eguenfeld, en 1638. Cette charge fut supprimée peu de temps après.

    Ecossais.
    Jacques d’Estampes, maréchal de la Ferté-Imbault, colonel général de l’infanterie écossaise, du 11 août 1643 au 20 mai 1668.

    Anglais.
    Robert de Bavière, prince palatin du Rhin, du 13 décembre 1646 au 20 juillet 1660.

    Polonais.
    Jean Wladislas, prince Radziwill, du 14 avril 1648 à 1654 (Infanterie et cavalerie).

     

    A la fin du XVIe siècle, il ne manquait certainement pas en France de bons esprits qui s’indignaient de voir les intérêts du royaume livrés aux mains d’étrangers. Ils faisaient remarquer que ces troupes coûtaient fort cher, quoiqu’on fût généralement dans l’usage de les licencier lorsqu’on n’en avait plus besoin ; qu’elles tenaient à être payées très régulièrement ; qu’elles étaient faciles à débaucher ; que les secrets du général en chef étaient souvent trahis par leurs officiers ; qu’elles exigeaient dans les grandes occasions les postes d’honneur, au détriment des Français, et refusaient même de concourir aux expéditions hasardeuses ou obscures. Ils se plaignaient aussi avec raison que plusieurs fois, soit par caprice, soit par trahison, elles avaient fait défection dans des circonstances décisives, et avaient ainsi compromis le succès d’une campagne et causé un grand dommage aux affaires du roi.

    Mais on reconnaissait aussi que les Suisses étaient les meilleurs hommes de pied de l’Europe. Qu’en achetant les services des lansquenets et des bandes italiennes, on liait à ses intérêts les petits souverains de l’Allemagne et de l’Italie, et que c’était autant de bons soldats enlevés aux années ennemies. On ajoutait, enfin, qu’au demeurant, dans la guerre générale qu’on avait à soutenir, ce n’était pas trop de tant de monde, qu’il y aurait de la place pour tous, et que les Français n’avaient qu’à gagner au contact des étrangers, n’y ayant point de meilleur maître que l’émulation.

    En fait, il est incontestable que non seulement l’infanterie française, mais encore toute l’armée, toute l’organisation militaire de la France se ressentit de l’heureuse influence qu’exercèrent les troupes étrangères à notre service.

    L’infanterie allemande introduisit la pique dans nos armées. L’infanterie suisse nous enseigna l’ordonnance compacte, imitation imparfaite de la phalange élémentaire des Grecs, et fit revivre le système des masses, oublié depuis la bataille de Tours.

    Les Italiens et les Espagnols nous apprirent l’usage des armes à feu portatives, que toute l’Europe employait déjà et que la France fut la dernière à adopter.

    Les aventuriers grecs nous firent connaître l’emploi et l’utilité de la cavalerie légère, et les cavaliers espagnols, l’ordre profond, dont on attribue le mode de formation à Charles-Quint.

    Enfin les rapports de la France avec les diverses puissances devinrent tels, que les inventions et les perfectionnements, surtout en économie militaire, se répandirent bientôt en Europe.

    Les troupes étrangères ont également apporté en France l’institution de la musique militaire. On doit l’arigot et le fifre aux Suisses, le tambour aux Italiens, la musette aux Piémontais, le hautbois aux Allemands. Mais on s’est heureusement gardé d’imiter les Espagnols, qui allaient à l’assaut au son du violon. Le grand Condé seul en fit usage au siège de Lérida.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso