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  • 27 septembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    La bataille de Bussaco

    D’après « Campagne de l’armée française en Portugal, dans les années 1810 et 1811 »
    André Delagrave – 1815

     

    L’armée fut forcée de séjourner deux jours à Viseu pour attendre l’artillerie, retardée par le mauvais état des chemins. Ensuite elle continua de se diriger sur la Sierra-d’Alcoba, le 6e et le 8e corps par Cazal-de-Maria et Marligao, le 2e marchant à hauteur par le chemin qui conduit à Saint-Antonio de Cantaro.

    Le 26 septembre, à trois heures après-midi, l’avant-garde du 6e corps découvrit l’arrière-garde ennemie, portée derrière l’Oirins, petite rivière qui va se jeter dans le Mondego. Cette arrière-garde fut attaquée et culbutée dans le même moment, et poussée par nos tirailleurs jusqu’aux pieds de la montagne d’Alçoba, sur laquelle on aperçut toute l’armée ennemie rangée en bataille. Ce qui était en vue pouvait être de quarante mille hommes, mais, les réserves étaient masquées et ne se montraient point.

    Le maréchal Ney jugea la position de l’ennemi formidable, et ne voulut rien entreprendre que le général en chef ne l’eût examinée de ses propres yeux. Le prince s’y porta, et ordonna une attaque générale pour le lendemain matin. Les dispositions furent faites la nuit suivante, pour que toute l’armée fût en mesure de donner à la pointe du jour.

    Le 8e corps vint se former derrière le 6e prêt à déboucher par le chemin qui mène au couvent de Busaco ; le 2e, à un quart de lieue à gauche, se tint prêt à attaquer par celui de Saint-Antonio de Cantaro. La cavalerie couronna les hauteurs, en arrière de l’infanterie.

    Ainsi toute l’armée française se déploya sous les yeux du général anglais, qui put dès ce moment en connaître exactement la force ; ce qui fut une faute peut-être, car l’ennemi en général nous croyait beaucoup plus nombreux que nous n’étions, et il ne pouvait qu’être avantageux pour nous de l’entretenir dans cette erreur.

    L’ennemi régla ses dispositions sur les nôtres, dont aucune ne pouvait lui échapper. Au lieu de se retirer, comme il eût fait sans doute si nous eussions manœuvré pour l’attirer ailleurs, il se décida à défendre une position qu’il avait raison de regarder comme inexpugnable, dès que nous nous opiniâtrions à l’attaquer de front. Il n’avait que deux points à défendre, le chemin de Busaco et celui de Saint-Antonio.

    La montagne, à droite et à gauche de ces deux chemins, était si roide, si escarpée et si hérissée de rochers, qu’elle était absolument impraticable. Comme nous ne pouvions pas faire un mouvement qu’il ne le vît, il s’établit en grande force pour disputer le chemin de Busaco que nous paraissions menacer davantage. Il se forma par échelons, depuis le milieu de la montagne jusqu’au sommet : le premier de ces échelons, appuyé à un village qui est situé à mi-côte ; le second, à deux cents toises plus haut, et le troisième sur le plateau, adossé au mur de l’enclos du couvent de Busaco.

    Ces différentes lignes étaient soutenues par de nombreuses batteries, disposées pour foudroyer de front et de flanc les colonnes françaises à mesure qu’elles monteraient ; et cette seule circonstance assurait déjà tout l’avantage à l’ennemi, puisque la nature des lieux et du champ de bataille ne permettait pas aux Français de faire soutenir leur colonne d’attaque par une seule pièce de canon. De semblables dispositions défensives étaient prises en face du général Reynier, qui devait attaquer par Saint-Antonio. La réserve anglaise, aux ordres du général Hill, se démasqua alors, et on la vit prendre position sur le plateau, entre Busaco et Saint-Antonio, de manière à pouvoir porter du secours sur le point nécessaire.

    Le tort d’attaquer une position si forte, pour arriver à un résultat qu’on pouvait obtenir par une manœuvre beaucoup plus simple et plus sûre, frappait beaucoup de personnes habituées à juger des champs de bataille. Cependant le signal fut donné.

    La division Loison, qui faisait tête de colonne, lança ses tirailleurs sur ceux de l’ennemi, qui furent rejetés au-delà du village situé à mi-côte de la montagne. Pendant ce temps-là, la division entière montait au pas de charge et en colonne serrée, sous une pluie de balles et de mitraille. La première brigade de la division Marchand suivait dans le même ordre, et à quelque distance. L’autre brigade de cette division, et toute celle du général Mermet, se tenaient en masse au bas de la montagne, prêtes à marcher pour soutenir les troupes déjà engagées. Le 8e corps était en réserve, également prêt à donner au premier ordre.

    La première ligne de l’ennemi, qui était appuyée au village, fut renversée après une résistance vigoureuse. Elle se replia sur la seconde, que nos troupes eurent bientôt abordée, malgré un grand feu d’artillerie et de mousqueterie ; mais il arriva dans ce moment ce qu’il était bien difficile d’éviter dans l’attaque d’une pareille position. La brigade du général Simon, qui avait emporté le village, se trouva un peu désunie en arrivant sur la seconde ligne anglaise, et surtout très fatiguée d’être montée par une pente si roide et si escarpée, et avec cette impétuosité si naturelle à nos soldats.

    L’ennemi, au contraire, outre l’avantage du terrain, avait encore celui d’être frais et dispos, au lieu d’être harassé et hors d’haleine comme la plupart des nôtres. Malgré cela, le général Simon, marchant intrépidement à la tête de ses tirailleurs, continuait de repousser l’ennemi, et était sur le point d’enlever une de ses principales batteries, lorsqu’il fut grièvement blessé d’un coup de feu.

    Dans le même instant, quelques régiments portugais, descendus du sommet de la montagne pour renforcer et aider leur seconde ligne à se rallier, prirent nos gens en flanc, et les accablèrent du feu le plus vif. Ceux des nôtres qui continuaient de pousser en avant, furent forcés de rétrograder et d’abandonner leurs blessés, au nombre desquels était le général Simon. L’ennemi fut promptement arrêté par les brigades des généraux Maucune et Ferrel, et le combat se rengagea avec un extrême acharnement de part et d’autre.

    Mais accablées par le nombre, criblées impunément par la mitraille, abîmées par le désavantage du terrain, nos troupes, après les plus beaux efforts, redescendirent à leur première position, où l’ennemi n’osa pas les poursuivre.

    Ce peu de succès n’empêcha point de former de nouvelles colonnes d’attaque, et après quelques instants de repos, de marcher une seconde fois sur l’ennemi. Nos troupes s’y portèrent avec la même valeur que la première. Mais les mêmes circonstances, les mêmes raisons de supériorité que la position donnait à l’ennemi, amenèrent les mêmes résultats.

    L’attaque du général Reynier eut un instant un succès complet. La pente de la montagne, de ce côté, quoique également très rude, était pourtant beaucoup plus accessible que du côté de Busaco. Une division entière parvint jusqu’au sommet, et commençait déjà à se former sur le plateau, lorsqu’elle fut aussitôt attaquée par la réserve du général Hill.

    Le combat était trop disproportionné pour que nos gens pussent le soutenir longtemps. Il leur avait déjà fallu combattre depuis le bas de la montagne jusqu’en haut, et lorsqu’ils furent arrivés, épuisés de fatigue, sans une seule pièce de canon, et tout au plus au nombre de quatre mille hommes, quinze mille anglais qui les attendaient de pied ferme dans une position intermédiaire, entre Saint-Antonio et Busaco, marchèrent rapidement sur eux avec une bonne artillerie, et ne leur donnèrent même pas le temps de se former. Le désavantage de redescendre la montagne sous le feu de l’ennemi, fit beaucoup souffrir nos troupes. Les généraux Foi et Merle furent grièvement blessés ; le général Graindorge le fut mortellement, ainsi qu’un grand nombre d’officiers et de soldats.

    Tel fut le résultat de ces différentes attaques. Elles furent meurtrières pour les deux partis, mais plus sans doute pour les Français, qui eurent à combattre sur un terrain si désavantageux.

    Quelques-uns ont blâmé qu’on n’eût pas fait soutenir, par le reste de l’armée, les troupes qui étaient engagées avec l’ennemi, dans le moment qu’elles furent forcées de rétrograder devant des forces évidemment supérieures. Ceux qui jugeaient mieux des circonstances du combat, pensaient au contraire que c’eût été une grande imprudence ; ils prévoyaient sagement les suites funestes qu’aurait pu entraîner un engagement général sur un champ de bataille si défavorable ; et ceux qui partageaient cette opinion étaient reconnus pour avoir un œil exercé et une profonde expérience.

    Il eût sans doute mieux valu ne pas attaquer du tout. Le plan de l’ennemi ne devait plus laisser la moindre incertitude. Il était devenu évident qu’il ne voulait risquer le sort d’une bataille décisive que sur les hauteurs retranchées de Lisbonne ; que jusque-là, il n’avait d’autre dessein que de retarder notre marche, de nous affamer, de nous miner par toutes sortes de chicanes, et de ne disputer sérieusement le pays que lorsque de bonnes positions lui en donneraient la facilité, sans trop se commettre. C’était donc abonder dans ses vues que de donner tête baissée contre des hauteurs inexpugnables ; tandis que la moindre démonstration pour les tourner, l’en aurait fait partir sur-le-champ : on en eut la preuve le lendemain.

    Puisque l’histoire a révélé que ce fut à un pauvre curé de village que le maréchal de Villars dut la première idée du combat de Denain, il doit être permis d’avouer ici que ce fut un malheureux paysan, qui servait de guide aune de nos colonnes, qui fut cause de la manœuvre que l’armée fit la nuit suivante. Cet homme, spectateur des combats sanglants de toute cette journée, témoigna son étonnement de ce que les Français s’opiniâtraient à vouloir arriver à Coimbre par les routes de Saint-Antonio et de Busaco, si bien défendues par l’ennemi, tandis qu’il y en avait une autre plus à droite et beaucoup plus commode, par Avelena de Cima. Sur ce qu’il répondit avec intelligence et bonne foi à tous les renseignemens qu’on lui demanda, le général Sainte-Croix le prit pour guide, et fut immédiatement avec deux régiments de dragons reconnaître le chemin que ce paysan avait indiqué. Le général revint quelques heures après, et rendit compte qu’effectivement le chemin était très bon, et qu’il l’avait reconnu jusqu’au sommet de la montagne, sans qu’il y eût rencontré un seul ennemi.

    Dès lors on disposa tout pour marcher par cette direction aussitôt que la nuit serait venue. Le deuxième corps forma l’arrière-garde, et fit quelques démonstrations pour occuper l’ennemi sur sa position, jusqu’à ce que le gros de l’armée, l’artillerie et les bagages eussent défilé. La cavalerie, précédée de la brigade du général Sainte-Croix, ouvrit la marche, qui ne fut troublée par aucune espèce d’obstacle. Elle ne rencontra, en arrivant sur le plateau, que quelques partisans du colonel Trant, qui abandonnèrent plusieurs voitures de biscuit et de rhum, et s’enfuirent vers la Vouga, à la première vue de nos troupes.

    A dix heures du matin, toute l’armée descendait dans la belle plaine de Coimbre, se dirigeant sur Avelans-de-Cima, où l’on aperçut quelques escadrons anglais se repliant sur le Mondego, par la chaussée de Lisbonne.

    Le général anglais avait pu prévoir notre mouvement, et n’avait point cherché à le contrarier. S’il l’eût voulu, il aurait pu porter en moins de trois heures une partie de son armée pour nous fermer ce nouveau passage, aussi bien qu’il nous avait disputé la veille celui de Busaco. Il avait la corde à suivre, et nous, nous avions à décrire l’arc. Mais rien au monde n’aurait pu le déterminer à s’éloigner du Mondego, qui avait été pour le moment le pivot et le point d’appui de toutes ses opérations. Au lieu de nous suivre et même de faire observer notre marche, il s’empressa, fier du combat qui s’etait livré la veille, d’abandonner une position qui allait être tournée, et de reprendre le chemin de Lisbonne.

     

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