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  • 22 septembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 23 septembre 1845 – Les combats de Sidi-Brahim dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Sidi-Brahim-150x150

     

    D’après « L’Afrique française, l’empire de Maroc et les déserts de Sahara »
    P. Christian – 1846

    Abd-el-Kader s’était montré avec une nombreuse cavalerie devant la tribu des Souahelia. Ceux-ci, feignant de redouter la présence de l’émir, mais, en réalité, travaillés par l’esprit de révolte qui soufflait de toute part, députèrent un kaïd au lieutenant-colonel deMontagnac, du 15e léger, qui commandait la petite garnison de Djemma-Ghazouat. L’envoyé arabe demandait protection contre Abd-el-Kader, qui, disait-il, voulait traverser le territoire des Souahelia pour gagner celui des Traras, où tout le monde prenait les armes en sa faveur depuis la côte de Djemma-Ghazouat jusqu’à l’embouchure de la Tafna.

    M. de Montagnac ne put obtenir aucun renseignement précis sur les forces de l’émir, mais c’était un homme de cœur et d’audace, dont toutes les pensées n’avaient d’autre but que l’honneur de prendre Abd-el-Kader mort ou vif. Assuré de l’énergie et du dévouement de ses troupes, il sortit de Djemma-Ghazaouat, le 22 septembre à dix heures du soir, avec 350 hommes du 8e bataillon des chasseurs d’Orléans sous les ordres du commandant Froment-Coste, et 60 cavaliers du 2e hussards conduits par le chef d’escadron Courby de Cognord. Il arriva au point du jour sur l’Oued-Saouli, et s’établit dans une bonne position dont la trahison devait bientôt l’arracher pour l’entraîner à sa perte.

    Le 23, à deux heures du matin, de nouveaux renseignements l’engagèrent à s’avancer dans la direction de l’est, jusqu’au ruisseau de Sidi-Brahim, où il laissa ses bagages sous la garde du commandant Coste. Espérant surprendre Abd-el-Kader, qui, d’après les dires de son guide, n’avait avec lui qu’une faible escorte, il se porta en avant, suivi de trois compagnies de chasseurs d’Orléans et des soixante hussards. A peine avait-il fait trois quarts de lieue, que des cavaliers arabes en assez grand nombre parurent sur un plateau.

    Les deux premiers pelotons des hussards entamèrent la charge. Mais presque aussitôt ils furent écrasés sur leur gauche par une masse de cavalerie, dirigée par Abd-el-Kader en personne, et sortie à l’improviste d’une embuscade couverte par les plis d’un défilé. Au premier choc, le commandant de Cognard fut démonté et blessé, le capitaine Gentil-Saint-Alphonse eut la tête fracassée d’un coup de pistolet tiré à bout portant.

    Le colonel Montagnac s’élance avec deux pelotons de réserve, auxquels se rallient vingt hommes échappés au carnage. Mais un ennemi dix fois supérieur en nombre l’entoure, le presse ; il tombe atteint d’un coup mortel. Rappelant à lui, pour sauver ses braves, le reste de ses forces, il ordonne de former le carré, et dépêche le maréchal des logis Barbié pour aller appeler le commandant Coste avec sa réserve.

    Pendant trois heures de combat, les héroïques chasseurs d’Orléans et les débris des hussards soutiennent comme un mur les assauts de la cavalerie arabe. Mais le carré tombait homme à homme, et les cartouches s’épuisaient. Le courageux Montagnac, se sentant mourir, trouve encore assez de voix pour dire à ses malheureux soldats : « Enfants, laissez-moi, mon compte est réglé ; tâchez de gagner le marabout de Sidi-Brahim et de vous y défendre jusqu’au bout ».

    Ce fut sa dernière parole.

    Le commandant Coste accourait avec une compagnie, mais les premières décharges les renversèrent, et tout son monde périt autour de son cadavre.

    Il ne restait plus que quatre-vingt-trois chasseurs d’Orléans sous les ordres du capitaine de Géraux. Cette petite troupe parvint à gagner le marabout de Sidi-Brahim, avec le convoi qu’elle protégeait encore. La porte du marabout étant très basse, on escalada les murailles. Une partie des bêtes de somme put entrer dans la cour, qui présentait un carré contenant vingt hommes sur chaque face. Il était onze heures du matin.

    Le caporal Lavaissière, sur l’ordre de son capitaine, monta sur le marabout et y arbora, au milieu d’une grêle de balles, un drapeau formé de la ceinture rouge du lieutenant Chappedelaine, et d’un mouchoir bleu qui appartenait au caporal lui-même. Ce drapeau était un signal que l’on pensait pouvoir être aperçu par la petite colonne aux ordres du colonel de Barrai, laquelle n’était pas à plus de trois lieues de là.

    Descendu du poste périlleux qu’il venait d’occuper, le caporal Lavaissière dut y remonter quelques instants après, pour, à l’aide d’une lunette, regarder dans toute la campagne à l’entour. On ne voyait que des cavaliers arabes, qui accouraient en foule et cernèrent étroitement le marabout.

    Un des nôtres, fait prisonnier, fut envoyé par Abd-el-Kader pour sommer le capitaine de Géraux de se rendre. Un refus énergique fut la seule réponse qu’obtint ce premier message. Un second ne produisit pas plus d’effet. Abd-el-Kader fit alors écrire une lettre par l’adjudant Thomas, qui était au nombre des prisonniers. Cette lettre, apportée par un Arabe qu’on laissa approcher après l’avoir fait descendre de cheval, portait qu’il y avait quatre-vingt-deux prisonniers, au nombre desquels se trouvaient M. le lieutenant Larrazet et quatre clairons. Abd-el-Kader faisait dire dans cette lettre que, si les Français ne se rendaient pas immédiatement, il les aurait plus tard, et qu’il ferait, en cas de résistance, couper la tête à tout le monde. La réponse de M. de Géraux fut aussi nette, aussi précise que celles qui avaient précédé. Une seconde lettre, écrite en arabe, fut envoyée ensuite, mais avec aussi peu de succès.

    Alors le feu commença sur les quatre faces. Les Arabes ne se bornaient pas à tirer, ils lançaient des pierres. Cette attaque acharnée, et faite presque à bout portant, dura cinq quarts d’heure. Vers deux heures, Abd-el-Kader fit cesser le feu et donna l’ordre à ses troupes d’aller camper à dix minutes du marabout. Jusque-là, il n’y avait eu qu’un seul blessé parmi les nôtres, le sergent Styard ; les pertes de l’ennemi avaient dû être considérables. L’attaque ne tarda pas à recommencer de la part des Kebaïles, tant à coups de fusil qu’à coups de pierres. La nuit survint ; on tira peu.

    Le lendemain 24, Abd-el-Kader revint lui-même à la charge avec ses cavaliers et son infanterie, mais cette dernière seule fut chargée de l’attaque.

    Dans l’obscurité de la nuit, les assiégés avaient fait des sortes de demi-créneaux aux murs d’enceinte du marabout, et coupé en quatre et même en six les balles qui leur restaient. On continua de se battre jusqu’au lendemain, à deux heures après-midi. Alors Abd-el-Kader fit sonner, par un des clairons prisonniers, le signal du départ, et s’éloigna avec tout le gros de ses troupes, ne laissant autour du marabout que trois colonnes d’observation, fortes chacune de 150 hommes environ.

    A la fin du troisième jour, la faim et la soif se firent sentir parmi les nôtres. Comme les sacs avaient été abandonnés lors de la marche sur le marabout, il y avait très peu de vivres, et pour toute boisson, on était réduit à mélanger de l’urine avec un peu d’eau-de-vie et d’absinthe. D’abord, il avait été résolu qu’on profiterait de la nuit pour évacuer ce poste désormais indéfendable, et où il n’y avait plus que la mort à attendre. Mais les Arabes ayant rapproché leurs sentinelles et fait une garde très active, on dut renoncer à ce projet.

    A sept heures du matin, tout ayant été disposé pour le départ, la petite troupe franchit le rempart, ayant ses officiers en tête, et portant sept blessés qu’elle ne voulut pas abandonner. Ce mouvement fut exécuté d’une manière si prompte, et tellement inopiné, que trois sentinelles seulement eurent le temps de tirer, et que le premier poste fut enlevé à la baïonnette. Après ce premier succès, la colonne, formée en carré de tirailleurs, se mit en marche. Les Arabes, très fatigués euxmêmes, se montrèrent d’abord peu acharnés à la poursuite, et vers huit heures du matin, on se trouva vis-à-vis le village des Ouled-Zéri, n’ayant eu que quatre nouveaux blessés.

    Mais au moment où le capitaine de Géraux venait de former sa petite troupe en carré pour prendre un moment de repos, les gens des Ouled-Zéri, ceux des Sidi-Thamar, et les Arabes des villages environnants, qui avaient été prévenus, accoururent en grand nombre, armés de fusils, et descendirent dans le ravin, afin de lui couper la retraite. D’un autre côté, 2000 Kebaïles environ pressaient les nôtres par derrière. Il n’y avait pas à balancer, le plus sûr, l’unique moyen, pour mieux dire, c’était de fondre par la ligne la plus courte sur les Arabes qui barraient le passage du ravin.

    Le capitaine de Géraux y fit en conséquence descendre son monde, qu’il reforma en carré quand on eut atteint le milieu du ravin. Là, bon nombre de nos braves succombèrent. Les Arabes pouvaient à loisir et de tous côtés tirer sur eux ; ils venaient d’épuiser leurs dernières cartouches.

    Lorsqu’on fut parvenu tout à fait au bas du ravin, il ne restait plus que 40 hommes. Le lieutenant Chappedelaine avait été tué. Au milieu du petit carré qu’ils formaient, étaient encore debout le capitaine, le chirurgien et l’interprète. Les Arabes étaient en si grand nombre, qu’il n’y avait plus, pour échapper à une véritable boucherie, qu’à prendre conseil du désespoir et à vendre chèrement sa vie. Après s’être mutuellement encouragés et dit un dernier adieu, les Français fondirent sur les assaillants à la baïonnette.

    La petite garnison de Djemma-Ghazouat, avertie, depuis deux jours, par un hussard qui était miraculeusement parvenu à gagner cette place, du désastre qui avait frappé la colonne du lieutenant-colonel de Montagnac, avait déjà par deux fois fait une sortie, dans l’espoir de se mettre en communication avec les débris dont une fusillade lointaine lui indiquait la direction. Mais ses périlleux efforts étaient restés vains.

    Entendant de nouveaux coups de fusil dans un voisinage beaucoup plus rapproché, elle tenta une nouvelle sortie. Au moment où elle parvint à atteindre le petit plateau sur lequel se passait l’action que nous venons de rapporter en dernier lieu, il ne restait plus que 16 hommes, dont deux sont tombés morts en arrivant. Parmi les survivants, se trouve le caporal Lavaissière, au récit duquel nous avons emprunté la plupart des détails qui précèdent.

     

    D’après « La conquête de l’Algérie » – Amédée Hennequin – 1857

     

    Trois cent cinquante-sept Français furent décapités par les Arabes à Sidi-Brahim.

    Les prisonniers, au nombre de soixante-douze, dont quatre seulement n’avaient pas de blessures, eurent l’office de laver les têtes coupées, de les oindre de miel et de beurre et de les entasser dix par dix dans des paniers. Ce fut le commencement d’un long martyr qui se prolongea pendant dix-huit mois, et le prélude de la mort atroce qui les attendait.

    L’émir fit montre de ses trophées, morts et vivants, dans la province d’Oran.

    Des proclamations fastueuses publièrent comme une victoire incomparable le guet-apens de Sidi-Brahim et les succès d’autres trahisons.

    Les képis des soldats tués, les sabres, les fusils, les gibernes, les tuniques, les guêtres et les moindres objets d’équipement, ramassés sur le champ de bataille, furent éparpillés et distribués partout. La dépouille de quelques compagnies, ainsi étalée artificieusement, représenta aux tribus éloignées du théâtre de l’événement la destruction d’un corps d’armée.

    Le désastre de Sidi-Brahim eut d’autant plus de retentissement, que, depuis le commencement de la guerre contre l’émir, c’était la première fois qu’une fraction de troupes françaises était anéantie, et qu’un succès éclatant exaltait l’audace des Arabes.

     

     

  • One Response à “Le 23 septembre 1845 – Les combats de Sidi-Brahim”

    • Reverdy Michel on 1 août 2018

      Bonjour,
      Je fais des recherches sur un ancêtre: Charles de Tournemine qui a sans doute été tué a cette bataille de Sidi Brahim
      Est-il possible d’en connaître la liste?
      Cordialement
      Michel Reverdy

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