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  • 20 septembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 20 septembre 1792 – La bataille de Valmy dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Valmy-150x150

     

    La bataille de Valmy

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français »
    Charles-Théodore Beauvais – 1817

     

    Les succès remportés par les coalisés à Longwy et à Verdun, avaient inspiré au roi de Prusse et au duc de Brunswick, une confiance qui ne tarda pas à se dissiper. L’armée d’invasion réunie à Verdun était forte de quatre-vingts mille hommes. Pressé de recueillir une ample moisson de gloire, et se flattant intérieurement d’obtenir le titre de restaurateur de la monarchie française, le roi de Prusse donne, le 3 septembre, à son armée, l’ordre de s’avancer dans la France à travers les plaines de la Champagne, et de marcher droit à Paris, où il espérait, au bout de quelques jours, se voir à même d’opérer la contre-révolution.

    Les circonstances étaient en effet bien favorables. Les alliés étaient maîtres des deux seules places qui auraient pu les retenir. Ils pouvaient se croire appelés par le vœu d’une grande partie de la nation. Aucune ville en état de les arrêter ne se trouvait sur leur passage. Mais la lenteur du duc de Brunswick, et son hésitation quand il ne s’agissait que de brusquer les événements, leur fit perdre ces avantages, et donna aux Français le temps de se mettre en mesure pour défendre leur territoire.

    Les progrès des Prussiens et la prise de Verdun avaient inspiré à ceux qui venaient de s’emparer du gouvernement de la France le courage du désespoir, et les moyens les plus vigoureux avaient été employés pour augmenter les forces militaires destinées à marcher à la rencontre de l’ennemi. Dans un moment où la puissance de l’opinion dominait seule, les plus grands efforts avaient été mis en usage pour exalter les esprits, et pour leur faire envisager la guerre comme une guerre nationale.

    Des proclamations avaient été répandues avec profusion. Tous les journaux semblaient rivaliser entre eux, en multipliant les commentaires sur le manifeste du duc de Brunswick. Excité par tant de moyens, le peuple français s’agitait de toutes parts. Les gardes nationales du royaume, appelées par un décret à concourir à la défense de la patrie, se rendaient en foule dans les camps indiqués pour les rassembler. Et à mesure qu’elles étaient réunies en bataillons, on les dirigeait sur Châlons, où était le rendez-vous général.

    En même temps, Dumouriez, investi du commandement en chef de l’armée du Nord, faisait des efforts inouïs pour augmenter le nombre de ses soldats. Cependant, au 8 septembre, il n’avait encore sous ses ordres que vingt-cinq mille hommes. Mais le général Kellermann, qui avait remplacé le maréchal Luckner, dans le commandement de l’armée du Rhin, avait réuni à Metz à peu près vingt-deux mille combattants.

    A la première nouvelle de l’invasion des Prussiens, il se hâte de voler lui-même au secours de la Champagne, et de se rapprocher assez de Dumouriez pour se concerter avec lui, et joindre ses efforts aux siens. Il campe d’abord à Void, à Ligny, à Saint-Dizier, à Rigny-les-Vaches et à Vitry. Il jette un pont sur la Marne, pour devancer les Prussiens, prêts à se porter sur Châlons. Ceux-ci, ayant emporté les défilés de Varennes, défendus par le général Miranda, avaient tourné la forêt d’Argonne, et pénétré en avant par la tranchée de Grandpré.

    Kellermann, appelé par Dumouriez, qui craignait d’être attaqué par toutes les forces de l’ennemi, redouble de vitesse, fait faire à ses troupes des marches forcées jour et nuit, et arrive à Dampierre-le-Château au moment où Dumouriez venait lui-même de prendre position à Sainte-Menehould.

    Cette manœuvre hardie sauvait l’armée du général Dumouriez d’un grand embarras. Ce général, que cernait, d’un côté, l’armée de Clairfait, et de l’autre, celle du duc de Brunswick, avait même fait un mouvement pour opérer sa retraite. La veille de l’arrivée de Kellermann, le roi de Prusse, emporté par sa vivacité, et craignant que l’armée française ne lui échappât en se réfugiant du côté de Châlons, donna sur-le-champ, et sans même consulter Brunswick, l’ordre de changer le plan d’attaque, et de se porter sur les derrières de l’ennemi pour le tourner. En vain le général Kohler, qui lui-même avait instruit le roi du mouvement de Dumouriez, vint l’avertir que cette mesure pouvait être funeste au salut de ses troupes, et que Kellermann venait d’arriver au secours de l’armée qu’il prétendait tourner, le roi de Prusse s’obstina à maintenir l’ordre qu’il avait donné.

    Le 20, à six heures du matin, l’avant-garde prussienne marcha par sa droite sur Somme-Bionne. Mais déja les deux généraux français avaient pris leurs mesures pour résister avec quelque avantage à l’attaque présumée de l’ennemi.

    Le général Dumouriez, dont le quartier-général était toujours à Sainte-Menehould, avait fait couronner par ses troupes les hauteurs à environ une lieue en avant de cette ville. Sa droite était appuyée à l’Aisne, entre Claude-Fontaine et la Neuville-au-Pont. Son centre était en arrière du village de Maffrecourt. Sa gauche se repliait en équerre vers le chemin de Châlons à Sainte-Menehould, et de manière à laisser le village de Braux à quelque distance du front.

    Un corps d’infanterie et de cavalerie occupait les hauteurs entre Maffrecourt et Dommartin-sous-Hans. L’artillerie était placée à la tête de la première ligne, dans tous les points d’où l’on pouvait battre et enfiler les vallons environnants. Un bataillon occupait, à la droite de l’Aisne, le château de Saint-Thomas, bâti sur un escarpement. Trois autres bataillons, avec de la cavalerie, avaient été répartis à Vienne-le-Château, Moirmont et la Neuville, communiquant par des postes avec ceux de la Chalade et des Grandes-Illettes. Plusieurs détachements avaient même été poussés jusqu’à Auve, afin d’entretenir autant que possible la communication avec Châlons. Enfin, par le moyen de son avant-garde, composée de deux ou trois mille hommes, commandée par le général Stengel, et postée derrière la petite rivière de Bionne, près de Valmy, il liait son armée avec celle de Kellermann, de manière à ce que les deux armées pussent se porter un mutuel secours.

    Voici dans quelle position Kellermann, contre l’avis de Dumouriez, avait établi son armée : son quartier-général était à Dampierre-sur-Auve ; sa droite s’étendait sur les hauteurs de Valmy, en s’appuyant sur son quartier-général ; sa gauche était à Voilemont, se repliant en équerre, de manière à laisser la ferme de Plagnicourt en avant du front. Son avantgarde, commandée par le général Després-Crassier, était à la droite de Valmy, au village de Hans. C’est dans ce village que le combat commence.

    L’avant-garde prussienne, aux ordres du prince de Hohenlohe-Kirchberg, après avoir dépassé le village de Somme-Bionne, avait attaqué le corps de Després-Crassier, établi en arrière de Hans, pour éclairer cette partie et reconnaître les forces de l’ennemi. Au premier choc, les Français surpris reculent. Mais, animés par leur commandant, ils se rallient, et opposent à l’impétuosité de l’attaque une vigoureuse résistance. Trop inférieurs en nombre, ils sont obligés de céder, et se replient, en bon ordre, sur le gros de l’armée.

    Kellermann averti, s’empresse de faire soutenir son avant-garde par sa réserve, commandée par le général Valence. Elle était composée de carabiniers, de quelques escadrons de dragons, et de deux compagnies d’artillerie légère. Valence se déploie sur les hauteurs, en avant du chemin de Gizaucourt à Valmy, étend son front sur une seule ligne, et s’y maintient, masquant ainsi toute la plaine en arrière où l’ennemi devait supposer des corps d’infanterie à l’appui.

    Cette contenance ferme intimide les Prussiens. Ils n’osent point faire un mouvement qu’ils avaient médité pour tourner les Français par leur gauche. Kellermann se porte lui-même en avant, à la tête de sa seconde ligne, appuie sa droite au village de Valmy sur les hauteurs, fait descendre sa gauche jusqu’au ruisseau de l’Auve, occupant le village de Gizaucourt et le château de Maupertuis.

    Après avoir fait établir une batterie de dix-huit pièces au moulin, il charge le général Stengel de couronner l’extrémité de la hauteur, de manière à couvrir le flanc, ainsi que les derrières de l’aile droite et le poste de Valmy. Les Prussiens venant de Somme-Tourbe sur trois colonnes, arrivaient sur les hauteurs de la Lune, à l’instant où Kellermann achevait d’occuper celles de Valmy. En même temps, son avant-garde filait entre cette hauteur et l’Auve, pour prendre, un peu en arrière de la maison de poste, une position qui formât, avec celle de l’armée, un angle rentrant. Partie de la cavalerie alla se former derrière la gauche du général Kellermann, le surplus resta à la maison de poste avec l’infanterie, dont la gauche fut couverte par deux bataillons placés auprès du château de Gizaucourt. On établit aussi alors une seconde batterie de dix-huit pièces de canon sur la hauteur de Valmy, vers le centre de la ligne.

    Pendant qu’on exécutait ces différentes dispositions sur la hauteur de Valmy et ses environs, le général Dumouriez envoyait ordre au général Dillon de détacher promptement le général Frégeville, avec toute la cavalerie qu’il commandait à Passavant, pour venir sur l’Auve renforcer le général Kellermann. Neuf bataillons et huit escadrons, conduits par le général Chazot, prenaient, entre Dampierre-sur-Auve et Gizaucourt, une position en arrière de la gauche des troupes établies près de la maison de poste. Le général Beurnonville, à la tête de sept bataillons, faisait un mouvement qui devait le mettre à même de soutenir, ou l’aile gauche de l’armée du général Kellermann, ou la droite de son avant-garde et de sa réserve, ou le corps du général Stengel.

    En même temps, Dumouriez avait ordonné au général Leveneur de marcher à a la tête de douze hataillons et de huit escadrons, pour tenter, avec circonspection, de tourner, s’il était possible, la gauche des ennemis, en passant la Bionne, pour se porter par Berzieux sur Virginy, et en observant surtout de se tenir a portée de réoccuper sa position dans le camp, si l’attaque devenait générale.

    Les Français exécutaient ces différens mouvements, tandis que les Prussiens se déployaient sur les hauteurs de la Lune en arrière du cabaret de ce nom, dans l’alignement de Felcourt à Somme-Bionne, et portaient sur leur front cinquante-huit bouches à feu, partagées en quatre batteries, dont trois de canons et une d’obusiers.

    Un brouillard épais empêcha d’abord les deux partis de bien apercevoir leurs dispositions réciproques. Mais à sept heures du matin, le brouillard s’étant un peu dissipé, les deux armées, qui se trouvaient alors en présence, purent enfin apprécier leurs forces respectives et se préparer au combat.

    Il commença à sept heures et demie, de part et d’autre, par une vive canonnade qui fut soutenue des deux côtés, avec une égale activité, jusqu’à neuf heures. A ce moment, les Prussiens démasquent une nouvelle batterie vers leur centre, en avant de la droite de la maison de la Lune. Kellermann accourt lui-même, fait avancer sa seconde ligne et son artillerie, porte sur sa droite les corps détachés de l’armée de Dumouriez sous les ordres du général Stengel, et fait marcher en avant, sur sa gauche, le général Valence à la tête des grenadiers et des carabiniers. Le combat s’anime, et le feu des Français l’emportant sur celui des Prussiens, ils se flattaient déja de remporter la victoire. Mais tandis que l’ennemi faisait de grands mouvements sur sa ligne pour rétablir son ordre de bataille, ses obusiers, changés tout-à-coup de position, faisaient beaucoup de ravage dans les rangs des Français.

    Kellermann, emporté par sa valeur, avance imprudemment, et a un cheval tué sous lui d’un coup de canon. Lormier, lieutenant-colonel et aide-de-camp du général en chef, tombe mort à ses côtés. En même temps, plusieurs obus prussiens crèvent au milieu des munitions des Français, font sauter deux caissons d’artillerie, dont l’explosion tue ou blesse beaucoup de monde. Le désordre se met parmi les Français. La première ligne rétrograde, et les conducteurs de charrois, en s’enfuyant avec leurs caissons, augmentent la confusion, et sont cause que le feu se ralentit faute de munitions. Il était dix heures.

    Kellermann fait les plus grands efforts pour réparer cet échec. La réserve d’artillerie à cheval accourt par ses ordres, se place près du moulin, et rétablit le feu, en favorisant le retour des caissons et des munitions. La première ligne, animée par les exhortations de son chef, se rallie à sa voix et reprend sa position.

    Le duc de Brunswick, s’apercevant que l’ordre se rétablissait parmi les Français, et que les troupes de Kellermann bravaient de nouveau ses batteries, redouble d’efforts, forme trois colonnes d’attaque, soutenues par de la cavalerie : les deux de gauche se dirigent sur le moulin de Valmy ; celle de droite est refusée et se tient en mesure. Les Prussiens, malgré le feu de l’artillerie française, s’avançaient en bon ordre.

    Kellermann, qui avait formé son armée en colonnes par bataillons, lui fait cette courte harangue : « Camarades, le moment de la victoire est arrivé ; laissons avancer l’ennemi sans tirer un seul coup, et chargeons-le à la baïonnette ». Et, mettant son chapeau au bout de son épée, il l’agite à la vue de l’armée, et s’écrie d’une voix forte : « Vive la nation ! Allons vaincre pour elle ! ».

    Ce cri, aussitôt répété d’un bout de la ligne à l’autre, et prolongé à plusieurs reprises pendant un quart d’heure, électrise la troupe, et produit sur elle une révolution à la fois subite et extraordinaire, en faisant succéder à la morne inquiétude qui la tourmentait d’abord, cette allégresse et cette confiance, presque toujours le sûr garant d’un succès. Frappé de l’enthousiasme extraordinaire qu il a communiqué à ses soldats, à la vue de leurs chapeaux, qu’à son imitation ils agitent fièrement sur la pointe de leurs baïonnettes, Kellermann dit à ceux qui l’entourent : « La victoire est à nous ! » et à l’instant il fait redoubler le feu de l’artillerie sur la tête des colonnes prussiennes, étonnées de la nouvelle attitude des Français, et comme épouvantés des cris mille fois répétés de vive la nation ! Les Prussiens s’arrêtent, hésitent ; déjà leur fluctuation annonce le désordre.

    Kellermann fait faire de nouvelles décharges qui bientôt les forcent à renoncer à cette attaque. Brunswick, certain que la victoire est désormais impossible, donne le signal de la retraite, et son armée rétrograde lentement et en bon ordre.

    Pendant cet engagement, ou plutôt cette canonnade, le général Clairfait, après avoir passé la Bionne à Hans, avait montré à la fois des têtes de colonne vers Valmy et vers Naffrecourt, pour tenir les Français en échec, et menacer en même temps la tête du camp de Sainte-Menehould, et le flanc, ainsi que les derrières de la droite de Kellermann. Vainement ces troupes avaient-elles tenté à plusieurs reprises d’entamer l’extrémité de la droite de Kellermann, commandée par Stengel. Celui-ci, soutenu à propos par les quatre mille hommes commandés par Beurnonville, les avait toujours repoussées. Cette résistance avait préservé Kellermann d’être enveloppé, et, par conséquent, d’être défait.

    Cependant les Prussiens faisaient beaucoup de mouvements sur toute leur ligne, afin de donner le change sur leurs véritables intentions. Mais après avoir inutilement échangé des coups de canon jusqu’à quatre heures du soir, leurs colonnes, qui s’étaient promptement reformées, revinrent dans le même ordre que le matin, pour tenter une nouvelle attaque. On les reçut de même avec un feu très vif d’artillerie. Une première victoire avait redoublé l’ardeur des Français. Les mêmes cris de joie, la même gaîté, la même contenance furent les précurseurs d’un second succès. Les Prussiens, étonnés de nouveau des acclamations des troupes de Kellermann, s’arrêtèrent encore plus loin que dans le premier combat, mais cependant toujours à la portée du canon. Vingt-quatre pièces de position, placées par le général français au moulin de Valmy, firent un feu si bien nourri sur les colonnes ennemies, qu’elles se retirèrent avec plus de précipitation encore que le matin.

    Clairfait avait également renouvelé ses tentatives contre le général Stengel. Elles n’avaient pas mieux réussi que les premières, et lui-même fut obligé d’imiter le mouvement rétrograde du duc de Brunswick. Le feu cessa vers les sept heures du soir, et les coalisés rentrèrent dans leurs premières positions.

    Le résultat de ces deux combats fut pour les Français, de rester maîtres du champ de bataille. Ils eurent sept à huit cents hommes tués ou blessés. Les Prussiens firent une perte qui paraît avoir été beaucoup plus considérable.

    Mais le principal avantage que les Français retiraient de leurs victoires, était de retrouver enfin cette confiance dans leurs propres forces et dans leurs généraux, qui seule enfante l’héroïsme et prépare les succès.

    La victoire de Valmy fut donc comme le signal de toutes celles qui suivirent, et qui donnèrent pendant vingt ans à la France cette grande prépondérance militaire, devenue depuis si fatale à son bonheur et à sa tranquillité. Kellermann, à qui les Français devaient ainsi la première victoire de la révolution, acquit dans cette circonstance une gloire dont le souvenir se perpétuera dans sa famille, par le titre de duc de Valmy, qu’il porte aujourd’hui.

     

     

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