Restez à jour: Articles | Commentaires

  • 7 septembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     La guerre dans les Vosges (10) dans GUERRE 1914 - 1918 Les-lignards-150x150

     

    D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1922

    Guerre Vosges n° 9

    Les fantassins

    J’ai dit comment, le 27 février 1915, les Allemands avaient attaqué de Cirey à la vallée de Celles et s’étaient installés dans la zone neutre qui, jusqu’à ce jour, avait séparé les deux armées. De suite une contre-attaque nous avait permis de reprendre le col de la Chapelotte, la maison forestière et la chapelle, ainsi que la côte des Collins. Les combats qui s’étaient poursuivis jusqu’au 4 mars avaient porté notre ligne au sommet de la Chapelotte, en avant des rochers, tout près de la baraque des Chasseurs.

    Les mois qui suivirent ne virent plus de grands engagements. Le bombardement, qui ne s’arrêtait guère, ne préparait pas d’attaques d’infanterie. Mais les coups de main sont fréquents, l’occupation d’un élément de tranchée ennemie, l’installation rapide dans l’entonnoir d’une mine qui vient de bouleverser le sol.

    Le 25 avril 1916, la bataille d’infanterie recommencera. Les Allemands veulent faire cesser la guerre de mines où ils ont nettement le dessous, ils veulent s’emparer de nos lignes avancées et nous chasser de la pente de la Chapelotte. Depuis quelques jours, on a aperçu leurs préparatifs. Leurs troupes de secteur ont reçu des renforts.

    Le 8e Chasseurs bavarois, un bataillon du 23e saxon, deux bataillons d’ersatz bavarois sont venus appuyer le 70e. Une attaque se prépare sur le front des Collins, à la côte 542 et au ravin d’Allencombe.

    Le 24 avril, l’ennemi fait sauter une mine qui bouleverse notre poste avancé au saillant de la côte 542. Le 25 avril, le bombardement commence avec une violence inusitée. 70 canons et 30 minnen lancèrent, dit-on, 40000 obus (historique du 363e). Aux batteries déjà connues, d’autres se sont ajoutées. Le Haut des Fous (est d’Angomont) est un véritable cratère embrasé par les coups de depart. La côte 542 disparaît dans un épais nuage de fumée et de poussière.

    Les 150, les 210 et les torpilles tombent en grappes et font jaillir des gerbes de terre et de feu. Des troncs d’arbres sont projetés à d’énormes hauteurs. Les obus à gaz rendent l’air irrespirable. Les arrières, la Croix-Charpentier, la Vierge-Clarisse sont en même temps bombardés, Pierre-Percée est pris à son tour sous le canon, une partie du village est en flammes.

    Le secteur est alors tenu par le 363e, colonel Dauphin. Un bataillon est en première ligne, le 6e bataillon (commandant Companyo) est en réserve dans les abris creusés près de la maison forestière. Le colonel Dauphin vient prendre son poste de commandement sous un rocher de la Croix-Charpentier. Un bataillon du 43e territorial, alors en réserve à Lajus, est placé en soutien derrière la position des Collins.

    A 15h15, une reconnaissance préalable de l’ennemi est repoussée et le bombardement recommence. Notre première ligne est bouleversée par les obus, les abris sont effondrés, les tranchées comblées. Il faut prévoir que les Allemands occuperont nos postes avancés, mais on les reprendra. Et c’est ce qui va se produire.

    Le tir de l’artillerie ennemie s’allonge et fait barrage. A 16h30, les « feldgrauen » sortent de leurs tranchées. A peine se sont-ils engagés sur le glacis qui descend vers le col que les mitrailleuses françaises, placées sous les rochers de la Croix-Charpentier et que le bombardement n’est pas parvenu à détruire, les prennent sous un feu rapide. L’artillerie française arrose la colline de ses obus. Les fantassins ennemis, en un court instant, sont décimés et les survivants se terrent.

    C’est le moment de la contre-attaque. Le bataillon Companyo, qui attendait au col, reçoit l’ordre d’avancer. Il se déploie et part dans un élan superbe, précédé d’un barrage d’artillerie. Il grimpe la côte, progresse rapidement, pendant que les Allemands, en hâte, regagnent leurs lignes. La position est entièrement reprise et on creuse de nouvelles tranchées.

    Une trentaine de prisonniers, appartenant tous au 70e d’infanterie, restent entre nos mains. Les Bavarois, disent-ils, n’ont pas voulu sortir de leurs tranchées.

    Les mitrailleuses françaises, leur avait-il été affirmé, seraient détruites par le bombardement et quand ils ont vu tomber leurs camarades du 70e sous les balles, ils n’ont pas voulu marcher. Les pertes allemandes étaient lourdes, les nôtres aussi étaient sensibles. Le 363e avait 3 officiers et 159 hommes hors de combat, dont 24 morts. Pour sa belle attitude, le bataillon Companyo fut cité à l’ordre de la 7e armée.

    Aux Collins, la lutte a été également vive. Le secteur est tenu depuis près d’un an par le 5e bataillon du 43e territorial. Son chef est le commandant Hugueny, de Saint-Dié. Le bombardement a duré toute la journée. A 4 heures, l’attaque se produit, elle est menée par deux bataillons du 1er ersatz bavarois.

    Les territoriaux résistent énergiquement dans une contre-attaque, crânement menée, ils repoussent l’ennemi à la baïonnette et reprennent les positions un instant perdues. Le 5e bataillon et le commandant Hugueny sont cités à l’ordre de la division. Ce n’était que justice.

    Les hommes, aguerris par de longs mois de lutte, s’étaient comportés comme leurs camarades de l’active. Certains s’étaient fait tuer sur place plutôt que de reculer, un poste entier a été massacré à coups de poignard. L’ennemi a fait usage de liquides enflammés et un mitrailleur a été brûlé vif sur sa pièce qu’il n’a point voulu abandonner.

    L’adjudant Méline, blessé mortellement, encourageait ses hommes en disant : « Allez, mes amis, tuez-en le plus que vous pourrez ». Et les hommes avaient suivi le conseil de leur chef qui allait mourir.

    Les pertes ennemies étaient sérieuses. Quarante cadavres sont ramassés devant nos lignes, ainsi qu’un matériel important.

    Par la suite, les Allemands ne tentèrent plus de nous enlever la Chapelotte et il ne se produisit plus d’actions d’infanterie sérieuses. Mais l’activité militaire ne s’arrêta jamais à la Chapelotte. Bombardements journaliers, fusillade, émissions de gaz, grenades, minnen, attaques sur des éléments de tranchée, occupations d’entonnoirs, tout cela dura jusqu’à la fin de la guerre.

    En mai 1916, le 363e fut remplacé à la Chapelotte par le 133e, également de la 41e division. Puis, en juin, toute la division quitta les Vosges où elle se trouvait depuis le début des hostilités. Elle allait être engagée sur la Somme, dans le secteur de Bouchavesnes. Elle se concentra d’abord au camp de Saffais et s’y réorganisa. C’est là que le 373e fut dissous et ses hommes répartis entre les autres régiments de la division, le 363e et le 229e.

    La 41e fut remplacée par la 76e division, commandée par le général de Vassart, qui revenait ainsi aux lieux mêmes où elle avait commencé la guerre.

    La division de Vassart avait été constituée à la Chipotte avec les 157e et 163e régiments d’infanterie. Elle avait pris part ensuite aux premiers combats de la vallée de Celles avant d’être envoyée en Woëvre. Ce fut le 157e qui vint occuper la Chapelotte. Pendant quelques semaines parut aussi la 47e division du général de Pouydraguin avec le 30e Alpins. Au début de 1917 arriva la 12e division (général Penet, chef d’état-major d’Ollonne) avec le 54e à la Chapelotte (colonel Allard) puis, dans l’hiver de 1917-1918, la 170e division formée de troupes du 21e corps, les Chasseurs de Saint-Dié notamment, avec le général Andlauer et le chef d’état-major Nusbaum.

    Les tranchées de la Chapelotte furent alors confiées au 17e d’infanterie (colonel Paitard), qui fut remplacé, en avril 1918, par le 338e d’infanterie (colonel Blavier), appartenant à la 62e division (général Girard).

    En juillet, arrivèrent les Américains, 5e puis 92e division, celle des noirs et, au milieu d’eux, la 21e division française avec le 137e régiment d’infanterie (colonel Gautier) à la Chapelotte. Sur la fin de la guerre, des unités diverses se succédèrent rapidement, elles appartenaient aux 10e corps, au 2e et 25e d’infanterie, et c’est elles qui se trouvaient devant Raon au moment de l’armistice.

     

    Le 43e territorial

    Une des surprises de la guerre fut certainement le rôle qu’y jouèrent les régiments territoriaux. Avant 1914, le public, peut-être bien aussi le commandement, ne prenaient pas très au sérieux ces soldats déjà vieux et leur assignaient volontiers une place à l’arrière-garde, bien loin des balles et des obus.

    Les nécessités de la guerre de tranchées placèrent bientôt les territoriaux en première ligne. Des secteurs souvent fort étendus leur furent confiés et jusqu’au dernier jour, les territoriaux les conservèrent. Ils ne furent point parmi les troupes de choc, c’est entendu, mais ils vécurent quatre ans, quatre hivers, dans la tranchée d’avant et les cagnas du front.

    Le 43e territorial, je l’ai déjà dit, avait été mobilisé à Epinal dès les premiers jours de la guerre. Il comptait alors huit bataillons et 14000 hommes. Affecté d’abord à la défense d’Epinal, le régiment quitta la place quand les menaces d’invasion furent dissipées.

    A partir de 1915, trois bataillons furent affectés au secteur de la Plaine, le 1er bataillon (Dorget), le 2e (Schwab), le 5e (Hugueny).

    Les 1er et 5e bataillons venaient alors du secteur du bois des Caures qui, le 21 février 1916, verra le premier acte du drame de Verdun. Ils s’étaient trouvés là aux côtés des chasseurs du colonel Driant. Le 2e bataillon venait de la Fontenelle où il avait pris une part brillante aux combats de l’été de 1915. Il ne rentre point dans mon sujet de raconter l’affaire de la Fontenelle. N’est-il point cependant difficile de la passer tout à fait sous silence ?

    Chacun connait dans le pays le mamelon important de la Fontenelle. A l’altitude de 627 mètres, il domine toute la région, flanqué à gauche par le hameau de la Fontenelle, à droite par celui de Launois. Le sommet de la côte 627 a une importance de premier ordre, car celui qui l’occupe domine et voit l’adversaire.

    Le 22 juin 1915, les Allemands nous l’ont enlevé, nous allons le reprendre en juillet. Le 3, nous avons avancé nos lignes jusque près du sommet, mais le succès n’a été que partiel, il faut avancer encore, ce sera l’oeuvre du 24 juillet.

    L’attaque sur le mamelon sera menée par les 23e et 133e d’infanterie (82e brigade, colonel Bulot). Au commandant Schwab est confiée l’importante mission de s’emparer des ouvrages de Launois.

    Avec ses territoriaux, il a sous ses ordres 2 compagnies du 23e, une compagnie du 51e territorial et les chasseurs cyclistes de la 6e division de cavalerie. Toute la journée, l’artillerie a préparé l’attaque. Celle-ci part à 16 heures et dans un élan brillant, enlève les ouvrages de Launois et le hameau lui-même. Elle dé- passe même les objectifs fixés, si bien que sur un ordre, exécuté à regret, elle devra abandonner une partie de sa conquête. Nous nous établissons dans les maisons sud de Launois. Le combat, commencé à 16 heures, était terminé à 20h15. L’entrain a été remarquable et l’attaque lancée après une préparation parfaite, écrit le général Dubail dans son journal de campagne. Le détachement Schwab et les territoriaux pouvaient revendiquer leur part de gloire. En quelques minutes, la 7e compagnie du 43e avait bondi et enlevé à la baïonnette les maisons de Launois, 65 hommes étaient hors de combat et parmi les morts le sous-lieutenant Schwartz et le sergent major Jaspierre. Huit cents prisonniers allemands restaient entre nos mains.

    Au milieu de la bataille, on trouva une vieille femme qui n’avait jamais voulu quitter sa maison. On l’avait aperçue parfois dans les champs cherchant de l’herbe. Elle avait pu, en effet, conserver sa vache. A la grande stupéfaction des soldats, on ramena la vache à l’arrière en la faisant passer par les boyaux. Quand on demanda à la vieille paysanne pourquoi elle n’était pas partie comme les autres habitants du village, elle eut un mot sublime : « Je vous attendais ».

    C’est à tous ces hommes, ceux de la Fontenelle comme ceux de Verdun, que va être confié le secteur de la Plaine, des Collins à la Halte et à la vallée de Ravines. En particulier le 5e bataillon (commandant Hugueny) va monter la garde aux Collins, de fin mai 1915 au 6 janvier 1917, avec un court repos du 5 novembre 1915 au 1er janvier 1916.

    Nous avons déjà vu comment, le 25 avril 1916, les territoriaux du 5e bataillon repoussèrent aux Collins l’attaque des Bavarois. Je ne puis malheureusement entrer dans le détail des engagements journaliers, et l’esquisse rapide, que seule je puis tenter, restera, je le sens, incolore et bien terne.

    Aux Collins, la situation est peu sûre. L’ennemi occupe les rochers qui dominent les pentes ouest de la croupe et c’est au pied de ces rochers que passe notre première ligne. Quelques mètres à peine séparent les combattants, mitrailleuses, grenades, obus, torpilles ne s’arrêtent guère. Les alertes sont fréquentes.

    Le 22 juin 1915, à 2 heures du matin, une attaque sérieuse a été déclenchée sur les tranchées des rochers. Une bombe a mis le feu à un de nos abris et les mitrailleuses allemandes arrosent le terrain éclairé par les flammes. Sous la fusillade, les hommes combattent l’incendie et quand à 5 heures du matin, les Allemands se replieront, dix territoriaux seront hors de combat.

    Le 25 septembre, nouvelle attaque qui nous cause des pertes sérieuses. Un obus lourd démolit un de nos abris, tuant le sous-lieutenant Georges Sriber (de Saint-Dié) et huit territoriaux, en blessant dix-neuf autres. Les 21 et 22 février 1916, attaques encore sur le hameau des Collins, combat déjà raconté du 25 avril, engagements les 5 août et 6 novembre, tout se résume en un mot : jamais l’Allemand ne peut avancer et quand le 6 janvier 1917, le bataillon Hugueny est envoyé sur une autre partie du front, il laisse à ceux qui le remplacent des positions intactes. Ses pertes étaient sensibles, 34 hommes tués, 5 disparus et 84 blessés.

    Le 1er bataillon (Dorget) fit à la Halte un assez court séjour en novembre et décembre 1915, le 2e bataillon (Schwab) occupa successivement les secteurs de la Plaine et des Collins de septembre 1915 à à janvier 1916. Dans la vallée de la Plaine, il est aussi des points sensibles, la pente boisée vers Saint-Joseph et la maison forestière de Benameix. Les rencontres de patrouilles, les embuscades et les surprises sont fréquentes.

    Le 4 octobre 1915 notamment, à midi, un violent bombardement se déclenche aux abords de Benameix. Trois postes avancés sont attaqués. Nos hommes se défendent vigoureusement, un sous-officier, par une manoeuvre habile, parvient à les dégager et à repousser l’ennemi. Deux hommes sont tués, deux autres grièvement blessés. L’un d’eux a une blessure atroce, la figure arrachée par une grenade, masse sanguinolente et hideuse où la langue paraissait quelque chose d’énorme et d’informe. Le malheureux, qui avait pu être amené au poste de secours de Celles, mourait bientôt, étouffé par les caillots de sang.

    Voilà, pendant quatre ans, ce que firent les territoriaux.

    Ajoutons aux dangers, les nuits sans sommeil, les longues heures de garde, les pluies et la boue, les neiges de l’hiver, le vent qui fait hurler la forêt, le brouillard qui l’obscurcit, le ravitaillement souvent pénible et alors, mais alors seulement, l’esquisse bien faible que j’ai tracée pourra devenir plus vigoureuse.

     

    L’armistice

    Sur les crêtes des Collins, de la Chapelotte et de la Halte, les lignes demeurèrent immuables jusqu’au dernier jour. La forêt et la montagne ne permettaient pas les grandes opérations de la guerre moderne. L’offensive de Lorraine, qui devait se déclencher le 14 novembre et venir enfin à bout de l’armée allemande en déroute ne se serait point étendue jusque-là. Cette bataille, qui aurait été la dernière, ne fut pas nécessaire : le 11 novembre, l’Allemand capitula.

    Les habitants de Raon furent parmi les premiers à connaitre l’armistice, grâce à la complaisance des sapeurs de la télégraphie sans fil. Depuis trois jours, ils tenaient quelques favorisés au courant des évènements et par eux j’avais même pu connaître la révolte des marins de Kiel. Ils communiquèrent aussitôt la célèbre dépêche de Foch reçue par radio à 6 heures 3 minutes.

    Maréchal Foch à Commandants en chef.
    « Les hostilités seront arrêtées sur tout le front à partir du 11 à à onze heures. Les troupes alliées ne dépasseront pas la ligne atteinte à cette heure et à cette date ».

    A sept heures du matin, chaque fenêtre se parait déjà de drapeaux et très exactement à 7 heures 43, les cloches de la Neuveville, restées silencieuses pendant de si longues années, lançaient à toute volée le glorieux carillon de la victoire. Les cloches de Raon, fondues dans le grand incendie de 1914, ne pouvaient, hélas leur répondre mais bientôt, de clocher en clocher, la grande nouvelle vola et, par dessus la forêt, elle arriva jusqu’aux lignes allemandes.

    Puis c’est la marche en avant, vers nos villages délivrés, vers le Donon, vers l’Alsace et Strasbourg. Ce sont les grandes heures de 1918 et celui qui les a vécues, comme nous tous, à la frontière, au milieu des troupes, a vu un des plus grands moments de l’histoire du monde.

    A Raon, on ne le marqua point par l’exubérance d’une joie qu’aurait rendue déplacée le souvenir de ceux qui avaient payé ce grand jour de leur vie. C’est ce souvenir qu’on célébra. Dans l’après-midi, la population tout entière, unie dans le même sentiment de reconnaissance infinie, se porta au cimetière aux tombes militaires et la, sous le clair soleil d’une radieuse journée, le maire, le curé dirent ce que chacun pensait. Sur les tombes, un clairon sonna Au drapeau.

    Il y eut, ailleurs, des cérémonies plus retentissantes, aucune ne fut plus digne, plus émouvante que celle de Raon.

    Dans les jours qui suivirent, un spectacle attristant nous fut donné : ce fut le retour des prisonniers d’Allemagne, parqués non loin de la frontière et qui se précipitaient vers la France. Nous avons vu, tout le long de la vallée de Celles, sur les routes, dans la forêt, arriver ces hommes, des Français dont la plupart avaient gardé leur allure et rentraient la tête haute et derrière eux de pitoyables débris de toutes les nations d’Europe, des Russes, des Roumains, des Serbes, dont l’aspect disait la souffrance.

    En haillons, la tête parfois couverte d’un bonnet de fourrure, portant dans de petites caisses, quelques misérables hardes, ils se traînaient lamentables, spectres sinistres que seul, le burin d’un Callot ou la plume d’un Erckmann-Chatrian pourrait faire revivre, saississante évocation des misères de la guerre. Par milliers, ils arrivèrent le long de la frontière demandant à la France la fin de leurs souffrances. Ils ne furent point déçus et tous se multiplièrent pour les accueillir.

     

    Ce fut le dernier acte du grand drame et je m’arrêterai là. Sans doute, j’ai dû négliger bien des détails, mon exposé est resté trop souvent au-dessous des évènements. Mais si imparfaite qu’elle soit, peut-être puis-je espérer que mon œuvre ne sera pas inutile.

    J’ai voulu, je l’ai dit en commençant, donner à nos populations une idée de ce qu’avaient été ces batailles des Vosges dont elles ne connaissaient guère encore que le nom. Je me suis toujours efforcé d’être clair et exact.

    D’autres, je l’espère, écriront un jour l’histoire plus complète des soldats du Donon, de la Chipotte et de la Chapelotte. Pour moi, j’ai fait ce que j’ai pu.

    Je serai largement récompensé si, dans la limite modeste de mes moyens, j’ai contribué à entretenir le culte du souvenir, à rendre plus clair, plus lumineux le flambeau sacré qui ne doit point s’éteindre.

    Louis Sadoul.

     

  • Laisser un commentaire


18 jule Blog Kasel-Golzig b... |
18 jule Blog Leoben in Karn... |
18 jule Blog Schweich by acao |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | 21 jule Blog Hartberg Umgeb...
| 21 jule Blog Desaulniers by...
| 21 jule Blog Bad Laer by caso