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  • 3 septembre 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 31 août 1870 – La bataille de Noisseville dans EPHEMERIDE MILITAIRE Le-monument-aux-morts-de-Noisseville-150x150

     

    La bataille de Noisseville

    D’après « La guerre franco-allemande de 1870-71 » – Alfred-Oscar Wachter – 1895

     

    Pendant que l’armée de Châlons livrait le combat de Bazeilles, et la bataille de Sedan, l’armée de Metz faisait, dans les journées du 31 août et du ler septembre, une tentative de sortie infructueuse, à laquelle on a donné le nom de bataille de Noisseville. Mais, avant de décrire la dernière lutte sérieuse de cette vaillante et solide armée, il est nécessaire de faire connaître les événements qui se sont accomplis sous Metz, du 18 août au jour de cette bataille.

    Le 18 août, en apprenant que le 6e corps et la droite du 4e, avaient dû reculer, le maréchal Bazaine prescrivit aux troupes d’occuper des positions formant une demi-circonférence d’un rayon moyen de trois kilomètres avec le centre au fort de Plappeville. Le quartier général fut établi au ban Saint-Martin.

    Le lendemain, cette position en avant des forts ayant paru trop exposée, la garde ainsi que les 3e et 4e corps furent ramenés plus en arrière et la cavalerie de Forton envoyée dans l’île Chambière. Le 22, le 3e corps fut envoyé sur la rive droite de la Moselle, entre les forts de Queuleu et de Saint-Julien, et chargé de fournir au génie des travailleurs pour l’achèvement de ces ouvrages.

    Malgré l’excellent esprit des officiers et des soldats, la situation de l’armée de Metz ne laissait pas que d’être inquiétante, parce que l’approvisionnement avait été calculé pour une garnison d’une trentaine de milliers hommes et que l’intendance n’avait reçu aucune instruction pour le cas où les corps d’armée concentrés sur la Moselle seraient obligés de s’abriter derrière les forts.

    Loin de là, l’intendant en chef Wolf avait été envoyé en mission sur les routes de l’ouest et du nord, par Verdun et Montmédy, ainsi que M. Vigo-Roussillon, intendant du 6e corps. Ces deux fonctionnaires se trouvaient dès le 16 au soir à Verdun, où ils avaient réuni un énorme convoi, des troupeaux et plus d’un million de rations de vivres-pain et de campagne. Le 17, au point du jour, ils attendaient, en proie aux plus vives appréhensions, les colonnes de troupes sorties de Metz le 15 au matin. Dans la même journée du 17, l’intendant Préval, adjoint de M. Wolf, était envoyé à son tour sur les routes du nord pour y réquisitionner tout ce qui avait pu échapper aux recherches de ses collègues. Suivant l’expression de l’intendant général Wolf, « la rafle avait été si complète que la zone comprise entre l’Aisne et la Moselle était tondue comme un œuf ». Ces denrées et les bestiaux qui suivaient les convois eussent été d’un puissant secours pour l’armée de Mac-Mahon si, par suite d’ordres et de mouvements confus, la majeure partie n’en avait été dirigée sur Mézières ou enlevée par la cavalerie allemande.

    Malgré le zèle déployé par M. le sous-intendant Gaffiot à qui incomba la lourde tâche de remplacer l’intendant en chef, et en dépit des réductions prescrites dès le 23 août sur le chiffre et la quotité des rations, on n’espérait pas, après un pre- mier inventaire, pouvoir nourrir l’armée pendant plus de trente à trente-cinq jours. Les fourrages et surtout le sel faisaient presque entièrement défaut. On rentra les avoines et les meules des environs, mais cette mesure ne fut pas exécutée avec le soin et la rigueur commandés par les circonstances.

    L’artillerie déployait le zèle le plus actif pour reconstituer les approvisionnements en munitions qui avaient été en partie épuisés par la bataille du 18, plus coûteuse sous ce rapport que Borny et Rezonville réunis. La consommation s’y était élevée à 170 coups par canon, à 200 par mitrailleuse, c’est-à-dire à plus de moitié de l’approvisionnement primitif, fixé à 300 coups par canon et à 405 par mitrailleuse. On découvrit dans les magasins du chemin de fer, 4 millions de cartouches arrivées le 19 de Thionville sans lettre d’envoi et dont on ignorait l’existence. L’arsenal fournit un autre appoint de 600000 cartouches, ainsi que les munitions nécessaires pour garnir à nouveau les coffrets des batteries.

    Le 22, le général Soleille, commandant en chef l’artillerie, rendit officiellement compte de cette situation par une lettre qui se terminait ainsi : « A lasuite des journées des 16 et 18, les troupes ont pu croire un instant que les munitions leur feraient défaut. Pour relever leur moral, je pense, monsieur le maréchal, qu’il ne serait pas inutile que l’armée sût qu’elle est aujourd’hui, 22 août, complètement réapprovisionnée et prête à marcher ».

    L’effectif réel était alors de 140000 hommes, non compris les blessés ni la garnison de Metz, et de 36000 chevaux.

    Dès le 19 août, l’état-major allemand avait modifié la composition des armées en formant une 4e armée dite de la Meuse avec trois corps et deux divisions de cavalerie tirés de la 2e armée, prince Frédéric-Charles. Celui-ci reçut le commandement en chef de l’armée d’investissement de Metz, composée de sept corps, de deux divisions de cavalerie et de la division de réserve du général Kummer. Le général Steinmetz, mis en sous-ordre, continua à commander les trois anciens corps de la 1e armée, à laquelle on adjoignit la division Kummer.

    Les instructions de M. de Moltke étaient datées du 19 août, 11 heures du matin. Le même jour à 11 heures du soir, le prince Frédéric-Charles expédia de Doncourt-en-Jarnisy, l’ordre général par lequel il annonçait sa prise de commandement et prescrivait les mesures nécessaires pour bloquer étroitement l’armée de Bazaine.

    Après quelques tâtonnements, la position des différents corps autour de Metz était, à la date du 22 août, réglée comme il suit :
    - sur la rive droite de la Moselle, la division Kummer à cheval sur la route de Bouzonville, entre Malroy et Charly
    - à sa gauche, la 1e division du Ier corps Manteuffel, entre Failly et Servigny
    - la 2e division du Ier corps gardait, entre Ars-Laquenexy et Peltre, les routes de Courcelles-sur-la-Nied et de Strasbourg
    - la cavalerie du Ier corps remplissait l’intervalle entre les deux divisions d’infanterie
    - la 3e division de cavalerie celui compris entre le Ier corps et le VIIe, Zastrow. Celui-ci gardait, sur la rive droite, le terrain compris entre la Seille et la Moselle, à hauteur du château de Frescaty et de la ferme de Tournebride sur la rive gauche de la Moselle
    - le VIIe corps occupait encore Ars-sur-MoselIe et les hauteurs de Vaux
    - le VIIIe corps, de Gœben, s’étendait de Jussy à la ferme de Leipzig, par le Point-du-Jour et Moscou.
    - Dans la 2e armée, le IIe corps, Fransecky, était à cheval sur la route de Briey un peu en avant de Saulny
    - le Xe, Voigts-Rhetz, gardait dans la vallée, la route et le chemin de fer de Thionville, avec la mission spéciale d’entretenir et de surveiller les ponts qui lui permettaient de communiquer avec la division Kummer.
    - Le IIIe corps, d’Alvensleben, était en réserve derrière le IIe, le IXe corps Manstein, derrière le Xe.

    Les troupes allemandes reçurent l’ordre de se couvrir d’ouvrages, d’abatis et de batteries, tandis que les Français travaillaient avec énergie pour rendre leurs positions inexpugnables.

    Les sanglantes batailles des 14, 16 et 18 avaient appris au prince Frédéric-Charles de quels efforts était capable l’armée du Rhin, aussi son ordre général entrait-il dans les détails les plus minutieux sur les points de concentration en cas de sortie, sur l’établissement des ponts, routes, communications et observatoires, sur le service des télégraphes de campagne, des correspondances par estafettes et sur celui des lignes d’étape. Il assignait à chaque corps d’armée la zone dans laquelle il devait organiser ses réquisitions en vivres, fourrages, etc.

    Deux régiments de cavalerie furent envoyés en observation devant Thionville et le génie dut s’occuper avec la dernière activité de relier les gares de Rémilly et de Pont-à-Mousson.

    L’armée de Metz restait immobile, pas un mot s’adressant au coeur des soldats ne fut prononcé par Bazaine, toujours confiné à son quartier général du Ban-Saint-Martin. Cependant il ne pouvait retarder d’une façon trop ostensible l’exécution de la promesse faite à Mac-Mahon de lui donner la main en marchant vers les places du nord. Il le pouvait d’autant moins que le 23 il avait reçu, en présence du colonel Lewal, une dépêche annonçant le mouvement de l’armée de Châlons.

    Au cours du procès de Trianon, le maréchal a nié avoir reçu cette dépêche et soutenu que M. Lewal faisait confusion avec une autre dépêche arrivée le 29. L’agent porteur de celle du 23 n’ayant pas été retrouvé, le colonel Lewal n’a pas trop insisté, mais pour qui connaît la sûreté de mémoire de cet officier, le doute n’est pas possible. Bazaine a reçu une dépêche importante le 23 et n’a pas voulu l’avouer pour ne pas être convaincu d’avoir agi avec mollesse quand il eût dû, au contraire, déployer la plus grande énergie pour marcher au-devant de Mac-Mahon. Notre conviction est basée d’abord sur la véracité connue du général Lewal, ensuite sur les détails qu’il nous a donnés sur cette affaire à Stuttgart, vers le milieu du mois de février 1871, où ses souvenirs étaient encore tout frais.

    Quoi qu’il en soit, le 25 août, Bazaine adressa aux corps d’armée, pour la réduction des bagages, des ordres qui furent mal exécutés parce qu’ils étaient donnés d’une façon incolore quand, au contraire, il eût fallu réagir avec une inflexible rigueur contre les habitudes de bien-être excessif contractées par les officiers dans les campagnes précédentes.

    La division Forton fut réunie à la cavalerie de la garde pour former un corps sous le commandement du général Desvaux et, à 10 heures du soir, l’ordre de mouvement fut expédié aux chefs des corps d’armée. D’après les instructions du général en chef, l’armée tout entière devait se transporter au point du jour sur la rive droite de la Moselle afin de rouvrir les communications entre Metz et Thionville. Ce mouvement parait étrange au premier abord, car, après avoir percé la ligne d’investissement, il obligeait à exécuter un passage de rivière en amont de Thionville. Donc, l’ennemi, en filant par la rive gauche, pouvait prévenir l’armée française et placer ses canons de manière à cribler de projectiles le débouché des ponts. En général, on trouvait plus naturel de marcher droit à l’est dans la direction de Château-Salins afin de gagner les Vosges, couper les communications du prince royal et peut-être débloquer Strasbourg. Personne ne songeait à suivre la rive gauche de la Moselle, le long du chemin de fer de Luxembourg, à cause des nombreuses batteries élevées par les Prussiens sur les coteaux qui le bordent dans tout son parcours. La marche vers l’ouest présentait les mêmes difficultés, le prince Frédéric-Charles ayant pris dès le début les mesures nécessaires pour y concentrer rapidement cinq corps d’armée dans d’excellentes positions.

    En définitive, la promesse faite à Mac-Mahon de marcher au nord ne laissait pas le choix du point d’attaque qui était indiqué par la direction à suivre. Il fallait de toute nécessité enlever les hauteurs de Sainte-Barbe pour se rabattre ensuite à gauche sur Thionville.

    Les troupes se mirent en route à l’heure indiquée. Le temps était pluvieux et froid, bientôt éclata un orage épouvantable. Par surcroît de fatalité, on s’aperçut seulement au moment de franchir la Moselle que, des deux ponts construits par l’artillerie, un seul était en état de supporter les voitures.

    Personne n’avait songé à ouvrir aux abords de ces ponts des routes permettant à chaque colonne de passer d’une rive à l’autre sans arrêter le mouvement des colonnes voisines. Il résulta de ces négligences un grand allongement dans les colonnes et un retard considérable. Néanmoins, vers midi, la majeure partie des troupes avait effectué son passage.

    Le 3e corps, Le Bœuf, s’établit en arrière de Noisseville, sa gauche sur la hauteur entre Mey et Nouilly, sa cavalerie sur la droite, la 2° division, Castagny, détachée à Grigy pour inquiéter l’ennemi sur les routes de Strasbourg et de Courcelles-sur-Nied. Le 4e corps, Ladmirault, vint se former entre Mey, la ferme de Grimont et Villers-l’Orme. Le 6e, Canrobert, prit position à la gauche du 4e, à cheval sur la route de Bouzonville. Le 2e corps, Frossard, fut mis en réserve derrière le 3e, entre la ferme de Bellecroix et le ravin de Vantoux. La garde, le corps de cavalerie et la réserve générale d’artillerie se rangèrent en arrière du 6e corps.

    Les chemins détrempés par une pluie torrentielle rendaient tout mouvement à peu près impossible. Le maréchal Bazaine, hésitant alors à faire avancer son armée dans de si mauvaises conditions et n’osant pas assumer la responsabilité d’un contre-ordre, réunit, vers 1 heure, à la ferme de Grimont, un conseil de guerre composé des chefs de corps d’armée, du commandant supérieur de Metz et du commandant en chef de l’artillerie.

    Dans la matinée, ces deux derniers officiers, MM.Coffinières et Soleille, avaient vivement insisté auprès de Bazaine pour le faire renoncer à son projet de sortie. Et c’est sous l’influence de cette entrevue que fut réuni ce conseil de guerre qui inaugura une série d’actes par lesquels le général en chef associait ses lieutenants à ses faiblesses et à ses fautes dont, aux termes des règlements militaires, il ne restait pas moins le seul responsable, les avis d’un conseil ne pouvant être que consultatifs.

    Le maréchal a eu soin d’insérer les procès-verbaux de ces réunions dans son livre L’armée du Rhin, et l’on y remarque avec peine que le conseil de guerre de la ferme Grimont, au lieu de se borner à examiner la question qui avait servi de prétexte à sa convocation, sembla vouloir engager l’avenir. Le général Bourbaki se prononça seul pour la sortie. Son avis, résumé en quatre lignes dans le procès-verbal, mérite d’être signalé : « Mon désir le plus vif, dit-il, eût été de faire un trou par Château-Salins, mais si nous n’avons pas de munitions, il est clair que nous ne pouvons rien faire ».

    Evidemment, le commandant de la garde impériale n’a pu parler du manque de munitions que par suite du silence concerté du maréchal Bazaine et du général Soleille, et relatif à la lettre du 22 août, dans laquelle ce dernier présentait des munitions comme très satisfaisant. « Il y a là, disions-nous en 1872, un fait grave qui a besoin d’être éclairci ». L’éclaircissement donné par le procès de Trianon a été médiocre le général Soleille a certainement joué un triste rôle dans les journées des 16 et 26 août en insistant d’une façon étrange sur un manque de munitions et sur la nécessité de ne pas s’éloigner de Metz. Il a pu se féliciter de voir toutes les colères adroitement concentrées sur un seul accusé. Les Prussiens ont été plus sévères et plus justes au lendemain d’Iéna. Toutes les responsabilités ont été évoquées, et tous les coupables punis.

    Le conseil émit l’avis que : L’armée devait rester sous Metz, parce que sa présence maintenait devant elle 200000 ennemis, qu’elle donnait à la France le temps d’organiser la résistance, aux armées en formation celui de se constituer, et qu’en cas de retraite de l’ennemi, elle le harcèlerait, si elle ne pouvait lui infliger une défaite décisive. Quant à la ville de Metz, elle avait besoin de la présence de l’armée pour terminer les forts, leur armement, les défenses extérieures du corps de place, et il fut reconnu qu’elle ne pourrait tenir plus de quinze jours sans la protection de l’armée.

    Cet avis était inconciliable avec le projet de marcher sur la Meuse.

    Conformément à l’avis du conseil de guerre de Grimont, Bazaine donna l’ordre aux corps d’armée de reprendre leurs anciens campements, à l’exception du 2e corps qui s’établit entre la Seille et la Moselle en avant de Montigny. Le 3e corps appuya plus à gauche. La pluie continuait à tomber par torrents. Chacun s’installa au camp avec un profond mécontentement et l’âme déchirée en songeant à la France devenue la proie de l’invasion et privée de sa meilleure armée.

    Les mouvements des troupes de Metz ayant été exécutés en plein jour, les officiers prussiens postés aux observatoires établis sur tous les points élevés par ordre du prince Frédéric-Charles avaient pu les suivre dès le début. Le grand état-major, averti par les débats du Corps législatif de Paris et par le simulacre de sortie du 26, était ainsi fixé sur la direction adoptée par Bazaine et mis à même de prescrire les mesures de précaution nécessaires pour l’avenir.

    Un ordre du prince, en date du 27, modifia les emplacements de l’armée d’investissement. Les IIe et IIIe corps venaient de recevoir l’ordre de marcher sur Stenay pour soutenir au besoin l’armée du prince de Saxe dans le cas où Mac-Mahon chercherait à l’accabler avec toutes ses forces réunies. Le VIIIe corps dut étendre ses lignes vers Saulny et relever les postes du IIe.

    Les IXe et Xe corps furent invités à se tenir prêts à passer au premier signal sur la rive droite de la Moselle, pour y soutenir la division Kummer que l’on considérait comme très menacée. Le VIIe corps envoya une brigade bien pourvue d’artillerie à Laquenexy pour protéger la gare de Courcelles-sur-Nied. La 1e division de cavalerie se transporta plus au nord de Vionville à Habonville, et le quartier général fut transféré de Doncourt à Malancourt, à 4 kilomètres au nord-est de Saint-Privat-Ia-Montagne, sur les hauteurs d’où l’on surveillait toute la vallée de la Moselle à l’aval de Metz. Les précautions les plus minutieuses furent prises pour l’interception des dépêches entre la France et l’armée investie.

    Malgré ces précautions, le maréchal Bazaine reçut coup sur coup deux dépêches de la plus haute importance. La première, signée du commandant de place de Thionville et arrivée le 29, faisait savoir que « le général Ducrot commandait l’ancien corps Mac-Mahon ; il doit se trouver le 27 à Stenay, gauche de l’armée. Général Douay, à la droite sur la Meuse. Se tenir prêt à marcher au premier coup de canon ». La seconde lui fut remise le 30, à 11 heures du matin ; c’est la dépêche du 22, dont la première expédition serait parvenue à Metz le 23 et par laquelle Mac-Mahon l’informait de sa marche sur Montmédy.

    En présence de cette nouvelle, qu’il était en tout cas impossible de cacher plus longtemps, Bazaine ne pouvait plus hésiter à mettre son armée en mouvement pour marcher au secours de Mac-Mahon, qu’à la date du 30, il devait le supposer à une quinzaine de lieues de Metz.

    En conséquence, le 31 au matin, reprenant le plan du 26, et indiquant comme objectif la prise du plateau de Sainte-Barbe, l’armée fut déployée en avant des forts de Queuleu et de Saint-Julien.

    Au lieu de profiter des fautes commises le 26 et de faire exécuter une marche de nuit afin de pouvoir commencer l’attaque au point du jour, Bazaine mit de nouveau ses troupes en mouvement après le lever du soleil, avec cette seule différence que le 4e corps, le plus éloigné des trois ponts jetés sur la Moselle en aval de la ville, passa devant le 6e. Le maréchal Canrobert, dont les troupes étaient sur pied depuis plusieurs heures, impatienté d’être arrêté trop longtemps, fit avancer ses colonnes malgré les instructions qui lui étaient transmises par les officiers de l’état-major général et causa ainsi une fâcheuse confusion.

    Le dispositif de combat adopté par le commandant en chef était du reste tellement étrange, que les officiers de son entourage se demandaient involontairement s’il avait bien l’intention de percer les lignes prussiennes. Nul n’osait croire à tant d’incapacité. Peut-être aussi la crainte de l’inconnu et le sentiment de leur impuissance paralysaient-ils l’énergie des principaux généraux et obscurcissaient-ils leur intelligence ?

    La plupart des relations de la bataille de Noisseville contiennent des réflexions analogues, tellement sont singulières les conditions dans lesquelles elle a été livrée. Des officiers d’une compétence indiscutable ont souvent affirmé la conviction que jamais ni Bazaine ni ses principaux lieutenants n’avaient sérieusement songé à s’éloigner de Metz depuis la bataille de Saint-Privat et cette conviction nous a toujours paru justifiée.

    Le passage de la Moselle s’opéra avec plus de lenteur encore que le 26. Les 4e, 6e corps et la garde, campés sur la rive gauche, ne finirent de défiler qu’à 5 heures du soir. La réserve générale d’artillerie gravit les pentes du Saint-Julien à 6 heures. La cavalerie Desvaux n’arriva sur son emplacement qu’à 8 heures. Les personnes qui ont parcouru les rues tortueuses de Metz, les abords de l’île Chambière ainsi que l’étroit espace compris entre le plateau de Saint-Julien et la Moselle, peuvent avoir une idée de l’encombrement qui devait résulter de dispositions aussi vicieuses.

    Les troupes occupèrent les mêmes positions que le 26.

    En première ligne trois divisions du 3e corps, Le Bœuf, en arrière de Noisseville, la droite appuyée à la route de Sarrelouis, la gauche au bois de Mey ; le 4e corps, Ladmirault, à cheval sur la route de Sainte-Barbe ; le 6e, Canrobert, à cheval sur celle de Bouzonville.

    En deuxième ligne, le 2e corps, Frossard, était placé derrière le 3e, la droite à la ferme de Bellecroix, la gauche au ravin de Vallières ; la garde, la réserve générale d’artillerie et le corps de cavalerie Desvaux, derrière le corps Canrobert, entassés dans l’étroit espace compris entre le fort Saint-Julien, le bois de Grimont et la ferme de Châtillon.

    La division Laveaucoupet du 2e corps restait à Metz ; la division Castagny du 3e corps prenait position en avant de Queuleu et devait, en cas de réussite, rentrer à Metz et constituer au général Coffinières les 20000 hommes de troupes de ligne reconnus nécessaires pour la défense de la place et des forts.

    L’étude de la bataille étant des plus compliquées à cause de l’illogisme des dispositions adoptées par Bazaine, il faut s’en rapporter à ses propres instructions et essayer d’y démêler sa pensée, aussi obscure que ses ordres. En voici la teneur exacte : « Le 3e corps cherchera à aborder la position de Sainte-Barbe par la gauche et prendra position à la côte 319 du bois de Cheuby et à Avancy. Le 4e abordera la position de Sainte-Barbe par la droite (Villers-l’Orme, Failly et Vremy) et fera son possible pour aller prendre position à Sanry-les-Vigy. Le 6e corps abordera les positions en avant de Chieulles, Charly, Malroy, et se portera sur Antilly, où il prendra position, appuyant sa gauche sur Argancy. Le 2e corps suivra la marche du 3e, en veillant sur la droite, et est placé sous les ordres du maréchal Le Boeuf. La garde en réserve ».

    Bazaine dit dans L’armée du Rhin que son projet était de gagner Thionville, par Bettelainville, avec les 3e, 4e et 6e corps, faisant filer la garde et le 2e corps par la route de Malroy le long de la Moselle, tout en prenant pied sur la rive gauche au besoin. De la sorte, il évitait le passage de l’Orne, affluent de gauche de la Moselle. (page 100).

    En comparant cette assertion avec ses instructions, il est difficile de comprendre comment le 2e corps, en suivant le 3e sur Sainte-Barbe, pouvait ensuite gagner la route de Malroy. A Trianon, Bazaine a fourni une autre explication aussi obscure que la précédente : « Je ne voulais pas trop me lancer, dit-il, et je voulais pouvoir revenir du côté où l’on pouvait avoir besoin de moi ». Il faisait ainsi allusion au cas où Mac-Mahon serait arrivé par Mars-la-Tour ou par Étain.

    L’objectif de Sainte-Barbe était bien choisi, car il laissait l’armée prussienne dans le doute sur la direction que suivrait ultérieurement l’armée de Metz qui pouvait à son gré, une fois les lignes percées, remonter au nord vers Thionville ou se rabattre au sud-est sur Château-Salins pour couper les communications du prince royal de Prusse. Le maréchal dit encore qu’il a entamé l’action dans l’après-midi pour attirer l’ennemi sur la rive droite, permettre à l’armée de Mac-Mahon d’approcher facilement par la rive gauche et éviter que les Prussiens, descendant cette même rive, ne vinssent lui barrer le passage de la Moselle près de Thionville.

    Ces explications confuses et quelque peu contradictoires dénotaient à la fois une conscience tourmentée et un esprit peu lucide. Il fallait au moins commencer l’attaque assez tôt pour permettre aux troupes d’atteindre les points désignés dans les instructions, et ne pas attirer sur la rive droite des forces capables d’empêcher la sortie de l’armée assiégée. Ce dernier résultat a seul été obtenu.

    Les troupes allemandes qui occupaient la rive droite de la Moselle le 30 août au matin se composaient des trois brigades de la division Kummer, du Ier corps Manteuffel, de la 4e division de cavalerie Grœben et de la division Kameke du VIIe corps, soit de 60000 à 70000 hommes, répartis sur une étendue de 30 kilomètres. Dès 7 heures du matin, les Allemands étaient prévenus par leurs postes d’observation, et le général Manteuffel, chargé du commandement de la zone menacée, concentrait ses troupes en avant de son front.  Le prince Frédéric-Charles se rendait au mont Horimont d’où il embrassait tout le champ de bataille et prescrivait en toute tranquillité les mesures de défense. Le général Steinmetz observait les événements en amont de la place, du haut du mont Saint-Blaise, au sud et à proximité de Jouy-aux-Arches.

    Le prince ordonna au Xe corps, Voigts-Rhetz, d’envoyer au secours de la division Kummer toutes ses forces disponibles qui s’élevaient à 12 bataillons, 3 escadrons et 60 canons des 19e et 20e divisions. Ces troupes franchirent la rivière à Argancy et prirent position entre ce village et Antilly. Le IXe corps, Manstein, dut envoyer la 25e division à Antilly par le pont de Hauconcourt ; la 18e division resta sur la rive gauche avec ordre de se tenir prête à soutenir les troupes attaquées.

    Pendant que les Allemands prenaient leurs dispositions de défense, le maréchal Bazaine attendait que tous ses corps fussent concentrés, quand il lui était facile de commencer l’attaque avec les 100000 hommes des 2e, 3e, 4e et 6e corps, plus que suffisants pour culbuter les troupes de Manteuffel.

    Le mouvement eût encore pu être accéléré, si l’on avait employé les divisions Castagny et Laveaucoupet déjà portées sur la rive droite et affecté à la garde de Metz des troupes tirées des 4e et 6e corps. Il est encore plus inconcevable que Bazaine ait fait passer en dernier la réserve générale d’artillerie dont les 96 pièces eussent été de la plus grande utilité pour préparer le mouvement offensif de l’aile droite. Leur feu eût permis d’atteindre le but qu’il prétend s’être proposé : d’attirer sur la rive droite la majeure partie de l’armée prussienne pour faciliter à Mac-Mahon l’accès de Metz.

    Vers 2 heures, quand toute la première ligne déjà formée n’attendait que le signal de la lutte, le maréchal Bazaine prescrivit de faire le café et chargea les hommes les plus rapprochés de son quartier général de construire à droite et à gauche de la route de Sainte-Barbe, en avant de la ferme de Grimont, un épaulement en terre derrière lequel il fit placer douze pièces de 12 tirées de la réserve du 4e corps et trois pièces de 24 court, amenées du fort Saint-Julien à grand renfort de chevaux.

    Les Allemands, qui contemplaient avec étonnement ces singuliers préparatifs, s’empressèrent d’imiter les Français, d’abord en prenant leur repas, puis en concentrant sur le plateau en avant de Poixe et de Servigny les dix batteries de la 1e division, Bentheim, et de la réserve du Ier corps. Les distances étant connues ; ces 60 pièces purent régler à loisir leur tir contre les épaulements.

    Le terrain sur lequel l’armée de Metz allait livrer sa dernière bataille forme un vaste plateau ondulé, qui s’élève insensiblement du fort Saint-Julien jusqu’au village de Sainte-Barbe, situé à six kilomètres plus loin et dont le clocher très élevé se dresse à l’horizon comme un obélisque. Il est coupé longitudinalement par le ravin à bords escarpés de Vallières, qui se dirige en ligne droite vers la trouée entre Noisseville et Servigny. A deux kilomètres en avant de ces villages, il se bifurque et forme une deuxième tranchée également profonde dans la direction de Colombey.

    Le long de la Moselle, jusqu’à Malroy, à 4 kilomètres de Saint-Julien, les pentes qui dominent d’une quarantaine de mètres le lit de la rivière sont d’une grande raideur. Partout le terrain est fertile et les ondulations en sont nettement accusées par les lignes de beaux arbres plantés le long des routes et des chemins qui le sillonnent dans tous les sens. Les nombreux villages accumulés sur ce petit espace, tantôt cachés dans un repli du terrain, tantôt établis sur une saillie du plateau, peuvent offrir des points de repère et d’appui excellents à un général habile qui a pu étudier à loisir son échiquier.

    Enfin, à 4 heures, Bazaine se décida à donner le signal de la lutte par les batteries qu’il avait fait construire sous ses yeux et qui furent atteintes en un instant par celles des Prussiens, auxquels on avait laissé plus que le temps nécessaire pour prendre leurs dispositions. Le feu n’en fut pas moins continué sur tout le front par l’artillerie des corps d’armée.

    D’après les instructions générales, le 3e corps devait attaquer le premier, gagner d’abord du terrain en avant, puis se rabattre à gauche pendant que les 4e et 6e corps pousseraient l’ennemi droit devant eux. Malgré l’heure avancée, Bazaine prétend qu’il espérait encore faire enlever la position de Sainte-Barbe avant la nuit.

    Aussitôt le signal donné, le maréchal Le Bœuf porta la division Montaudon sur Noisseville et la division Metman sur Nouilly. A 6 heures et demie, le général Alontaudon, soutenu par la division Fauvart-Bastoul du 2e corps, avait enlevé Montoy, Flanville et Noisseville. En même temps, la division Metman se rendait maîtresse de Nouilly.

    La nuit arrivait rapidement et les 4e et 6e corps n’avaient pas encore agi, en attendant sous une grêle d’obus que le corps Le Bœuf eût prononcé son mouvement. Tout à coup, on entendit sonner la charge, un court frémissement parcourut les rangs et toutes les troupes s’ébranlèrent à la fois. Le corps Ladmirault occupa sans difficulté Villers-l’Orme et s’empara des tranchées creusées par l’ennemi aux abords de Poixe. Les divisions de Cissey du 4e corps et Aymard du 3e s’élancèrent ensuite sur Servigny, clé de la position prussienne.

    Le 20e bataillon de chasseurs et la tête de colonne de la division Aymard pénétrèrent dans le village à la baïonnette et le prirent presqu’en entier ; une seule maison crénelée résistait encore.

    Plus à gauche, les compagnies de partisans du corps Canrobert avaient pris Vany et Chieulles, soutenues en arrière par les divisions Tixier et Lafont de Villiers en première ligne, la division Levassor-Sorval en réserve. La division Tixier, qui marche à droite, est dirigée sur Failly, occupé par la 25e division hessoise, mais la nuit l’oblige à s’arrêter tandis que, les officiers des corps Ladmirault et Le Bœuf font légèrement replier les troupes les plus avancées, afin de remettre un peu d’ordre.

    L’obscurité était complète, l’artillerie avait partout cessé son feu, et le maréchal Bazaine, sans s’inquiéter de la fusillade très nourrie qui crépitait entre Poixe et Servigny, se dirigea tranquillement vers le village de Saint-Julien pour y passer la nuit. Il ne donna aucun ordre, ne demanda aucun renseignement sur les événements de la journée, ni sur la position de ses différents corps d’armée. Tout lui semblait tellement indifférent qu’il se contenta de donner rendez-vous à l’état-major général pour le lendemain matin. Au même moment, la cavalerie de réserve achevait son mouvement ; il était 8 heures et demie du soir.

    Ainsi se termina la journée du 31 août. Les Français avaient enlevé Montoy, Flanville, Noisseville, les tranchées en avant de Poixe, Vany, Chieulles. A notre extrême droite, Coincy avait été pris par deux escadrons de dragons qui avaient mis pied à terre et qui furent soutenus plus tard par une partie de la brigade Lapasset. L’armée prussienne conservait ses postes principaux de Failly, Sainte-Barbe, Servigny et Retonfey.

    Il est vrai qu’en commençant l’attaque à 5 heures du soir, il était difficile d’obtenir un meilleur résultat. Cependant, l’infanterie française semblait avoir retrouvé son ancien entrain quand, sur l’invitation du général Changarnier, les tambours et les clairons du 3e corps avaient battu et sonné la charge que Bazaine s’empressa d’arrêter, comme s’il avait redouté les conséquences favorables de l’ardeur des troupes.

    A 10 heures du soir, l’armée de Metz occupait les positions suivantes : à l’extrême droite, la division Castagny était entre le fort Queuleu et Colombey, se reliant à la brigade Lapasset, qui occupait ce dernier village, ainsi que celui de Coincy. La division Fauvart-Bastoul du 2e corps était sur la route de Sarrebrück, appuyée à Flanville ; la division Vergé, du même corps, à Bellecroix, en réserve avec trois régiments ; son quatrième régiment, le 32e était en soutien à Noisseville. Dans le 3e corps, une brigade de la division Montaudon occupait Montoy l’autre, général Clinchant, était à Noisseville.

    Les divisions Metman et Aymard entouraient Servigny. Le 4e corps avait une division, Cissey, devant ce même village, la division Grenier en face de Poixe et devant le chemin de Failly et la division Lorencez en réserve près des deux autres. Le 6e corps avait sa droite en arrière de Failly, sa gauche vers la Moselle par Vany et Chieulles. La garde s’était un peu avancée. La division de voltigeurs était en arrière du 4e corps, celle de grenadiers, en avant du château de Grimont, de manière à couvrir nos réserves d’artillerie et de cavalerie restées autour du fort Saint-Julien.

    Les troupes allemandes étaient placées comme il suit : la 4e brigade d’infanterie près de Laquenexy, la 28e brigade et une partie de la 3e à Courcelles-sur-Nied, 5 compagnies et une batterie à Frontigny. De Marsilly à Retonfey, le terrain n’était pas gardé. Entre Retonfey et le château de Gras, se trouvait le reste de la 3e brigade avec le 10e dragons et 3 batteries dont une de la division Kummer.

    Un peu en arrière, à Petit-Marais, la 3e division de cavalerie ; sur la ligne importante de Servigny-Poixe-Failly, la division Bentheim du Ier corps et la division de landwehr de Senden, avec 6 batteries du Ier corps en avant de Sainte-Barbe. La 50e hessoise avait été envoyée dans le bois de Failly ; la 49e était restée à Antilly. La brigade d’infanterie de ligne de la division Kummer gardait les lignes de Charly à Malroy.

    Prévoyant la continuation de la lutte et désireux de reprendre les positions perdues le 31, le prince Frédéric-Charles avait ordonné dans la nuit à la 18e division de franchir la Moselle avec l’artillerie du IXe corps et de marcher sur Failly par Antilly. La 25e division, devenue disponible, fut appelée tout entière à Sainte-Barbe. En même temps, les têtes de colonne du XIIIe corps, grand-duc de Mecklembourg-Schwerin, récemment appelé d’Allemagne, se montraient sur la route de Sarrebrück.

    Dès le matin du 1er septembre, les deux armées furent sur pied, mais l’ardeur des troupes françaises avait disparu devant les hésitations de leur général en chef qui continuait à ne jamais leur adresser un mot de nature à exciter leur courage ou à faire vibrer la fibre nationale.

    En se portant sur le champ de bataille, il se hâta d’envoyer aux commandants de corps d’armée l’avis suivant, qui fut écrit au crayon sous ses yeux, et qu’il recommanda de détruire aux officiers supérieurs chargés de le porter : « Le village de Sainte-Barbe reste toujours l’objectif de nos efforts mais si l’ennemi a reçu des renforts pendant la nuit, on se bornera à se maintenir sur les points occupés hier, afin de venir reprendre sous le canon de la place nos anciennes positions ».

    L’armée prussienne, debout à 4 heures, massa le plus d’artillerie possible sur les hauteurs entre Sainte-Barbe, Servigny et Retonfey. A 6 heures moins un quart, elle se mit à couvrir d’obus le village de Noisseville où éclatèrent plusieurs incendies. Vers 7 heures, le brouillard s’étant dissipé, le Ier corps tenta une attaque concentrique contre ce village, mais tous ses efforts vinrent échouer devant l’opiniâtre résistance de la brigade Clinchant, soutenue par le 32e de ligne de la brigade Valazé. Une première fois, la division Bentheim dut reculer, après avoir essuyé des pertes sérieuses. La brigade Memerty, de la 2e division du corps Manteuffel, ne fut pas plus heureuse.

    A l’extrême droite, la division Castagny ayant reçu l’ordre de marcher sur le château d’Aubigny, son général montra la même inertie, la même incapacité qu’à Spicheren. Le maréchal Le Bœuf ne put obtenir qu’il avançât ses troupes de manière à attirer de leur côté une partie des forces ennemies acharnées sur Noisseville.

    Le général Castagny aurait mérité d’être traduit pour ce fait devant un conseil de guerre, ainsi que l’en avait du reste déjà menacé le général Decaen sur le champ de bataille de Borny. On s’est contenté de le mettre en disponibilité après sa rentrée de captivité.

    La division Fauvart-Bastoul, placée sur la route de Sarrebrück à hauteur de Montoy, ne pouvant tenir sous le feu de la 2e division, Pritzelwitz, et de la 28e brigade, Woyna, qui venait d’être appelée de Laquenexy pour prendre position entre Ogy et Puche, se mit en retraite et découvrit ainsi le flanc des troupes de la division Montaudon, postées à Montoy et à Flanville. Le maréchal Le Bœuf lui ordonna de reprendre son ancienne position, ce qu’elle fit avec une grande vigueur, mais il ne tarda pas à reconnaître que la route de Sarrebrück n’était pas tenable en présence d’une artillerie écrasante, et prescrivit au général Fauvart-Bastoul de reprendre son mouvement de retraite. Cet officier, justement froissé du ton blessant de l’ancien major général, demanda un ordre écrit.

    La division Montaudon était alors prise d’enfilade et même à revers par les batteries prussiennes, de plus menacée de front par une attaque générale de tout le Ier corps, auquel venaient sejoindre la brigade Woyna et la division de landwehr Senden, appelée de Sainte-Barbe. Dans cette situation, le 3e corps dut battre en retraite à son tour. Les corps Ladmirault et Canrobert conservèrent d’abord leurs positions de la nuit sans engager une lutte sérieuse.

    Vers 11 heures, Bazaine, voyant, suivant son attente, toute la droite de son armée se replier sur les forts, fit continuer le mouvement par échelons, et c’est de cette piteuse façon que se termina la bataille de Noisseville, que l’armée française entama avec une confiance qui ne paraît guère avoir été partagée par ses principaux chefs.

     

     

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