• 25 août 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

    La guerre dans les Vosges (7) dans GUERRE 1914 - 1918 Soldats-du-373°régiment-dInfanterie-150x150

     

    D’après un article de Louis Sadoul, paru dans « Le Pays Lorrain » – 1921

    « A la mémoire des soldats du canton de Raon-l’Etape morts pour la patrie »

    Guerre Vosges n° 6 

    L’organisation du front

    A cette époque de la guerre, quelle était l’organisation des deux armées ?

    Du côté allemand, la vallée de Celles était tenue par une brigade d’infanterie qui portait alors le nom de brigade du Donon et qui par la suite devint la 84e brigade territoriale. Son secteur allait de la Chapelotte à la vallée de Ravines. Elle était rattachée au XVe corps de réserve dont le quartier général était à Poutay, près de St-Blaise-la-Roche. Le XVe corps réserve était commandé par le général Eberhardt.

    Toutes ces troupes faisaient partie du détachement d’armée du général Falkenhausen qui avait établi son quartier général à Schiltigheim prés de Strasbourg.

    Plus tard, les Allemands constituèrent un groupe des armées de l’est allant de Verdun à la frontière suisse et qui fut placé sous les ordres du général, prince de Wurtemberg.

    La brigade du Donon avait été constituée dans la vallée de Celles vers le 20 septembre. Sa composition fut extrêmement variable. Elle compta au début un régiment wurtembergeois le 120e, un régiment de réserve de Sarrebruck, le 70e et le 99e ersatz. En 1915, le 99e ersatz fut versé dans le 70e, dont il forma le 3e bataillon. Le 70e demeura longtemps dans la région qu’il ne quitta définitivement qu’à la fin de 1917. Il en constitua la garnison permanente avec des éléments territoriaux. Bien entendu, lorsque les combats devenaient plus violents, des unités de renfort étaient amenées des secteurs voisins.

    Quand le calme régnait, le front était tenu par les troupes les plus mélangées. Ainsi, à la fin de 1917, période calme, les tranchées de la Chapelotte étaient occupées par le 3e régiment de uhlans, de la 6e division de cavalerie, dans la vallée de la Plaine, un bataillon du ersatz bavarois, puis au-delà, dans la montagne, de la landsturm de Sarrelouis, de la landsturm d’Aschaffenburg, des éléments du  9e hussards et à la Mère Henry et à la Forain du 70e réserve.

    La brigade du Donon était commandée par le général Neubert, vieil officier, en retraite avant la guerre à Heidelberg, rappelé à l’activité et qui resta dans la vallée jusqu’en l917. Le général Neubert n’était pas un mauvais homme. Il était correct, courtois même et il s’efforça d’adoucir, dans la mesure du possible, les rigueurs de la guerre. Peut-être voulait-il, des personnes autorisées me l’ont affirmé, faire oublier par des mesures de justice et d’humanité la sauvagerie dont avaient fait preuve les troupes d’août 1914 et la 28e division qui marquait son passage en brûlant les villages et fusillant, sous d’imaginaires prétextes, des habitants inoffensifs.

    Neubert faisait d’ailleurs un heureux contraste avec le commandant du 70e, le colonel Stadthagen. Un hasard très curieux m’a permis d’avoir sur ces deux hommes l’opinion d’un de leurs anciens soldats, un allemand de Sarrebrück.

    Le colonel Stadthagen, disait cet homme qui n’est point suspect, était une brute, un mangeur de Français. Quant au général Neubert, c’était un brave homme, Il était si pieux qu’il nous empêchait de tirer des coups de fusil le dimanche. Et le soldat paraissait encore très reconnaissant au général d’avoir assuré, de cette manière assez inattendue, le repos hebdomadaire.

    Le général Neubert avait établi son poste de commandement à Luvigny, à l’auberge Didier.

    Disons tout de suite, pour ne plus avoir à y revenir, que quand le général Neubert quitta l’armée en 1917, il fut remplacé par le colonel Wedel qui ne se signala guère que par sa singulière passion pour les poules. Il en ramassait partout, tant et si bien que ses soldats comme les habitants l’appelaient le voleur de poules.

    Vint après lui le colonel von Uaestricht. Celui-ci avait une autre manie, celle de collectionner les vieilles armoires dont il acheta ou réquisitionna un certain nombre dans le pays. Il fut remplacé à son tour, par von Razenski, un Polonais devenu allemand, puis par le colonel von Boerke.

    Dans les derniers mois de la guerre, on vit arriver dans la vallée un singulier personnage. C’était le prince Joachim de Prusse, le dernier fils du kaiser, Avant la guerre, il était étudiant à l’université de Strasbourg et s’était surtout signalé par une fête quelque peu crapuleuse et des frasques retentissantes. Il s’établit à Luvigny dans le chalet de M. Georges Renard et il mena une vie aussi peu guerrière que possible. On avait voulu sans doute l’éloigner des opérations et assurer sa tranquillité dans un secteur calme. Ce but fut parfaitement atteint.

    Personnage très falot et sans consistance, Joachim passait son temps à ne rien faire, se promenant parfois dans les cantonnements et causant familièrement avec les soldats. Il était encore là, dans les derniers jours, quand arriva la débâcle ; la révolution commençait à gronder dans l’armée allemande. Un jour, on appela de Strasbourg au téléphone le capitaine d’état-major. On répondit qu’il était auprès de « Son Altesse ». Et l’interlocuteur de répliquer sur un ton goguenard « Comment, vous avez encore des Altesses là-bas ». Joachim pensa alors que la situation devenait mauvaise. Il quitta Luvigny et partit sous un nom d’emprunt. Quelque temps après, il se suicida dans un hôtel de Berlin.

    Telle fut dans son ensemble, l’organisation allemande dans notre région.

     

    Les mesures prises en France furent très analogues. Le front de Badonviller-la Chapelotte était tenu par la 71e division de réserve, général Kaufmant, avec les 217e, 221e, 309e, 349e, 370e régiments. Le quartier général au début à Rambervillers, fut bientôt transféré à Baccarat. La 71e division, attachée d’abord au détachement d’armée des Vosges, le quitta le 8 mars 1915 pour faire partie du détachement d’armée de Lorraine (D. A. L.) qui deviendra la 8e armée.

    A la Chapelotte commençait le secteur de l’armée des Vosges ou 7e armée, dont le quartier général demeura pendant la plus grande partie de la guerre à Remiremont, et ne se transporta à Lure que dans les derniers mois. La 7e armée changea souvent de chef, elle eut à sa tête les généraux Putz, de Maudhuy, de Villaret, Debeney, de Boissoudy et enfin de Mitry.

    Son secteur très étendu allait de la Chapelotte à Belfort. Les 7e et 8e armées formèrent le 8 janvier 1915 le groupe d’armées de l’Est commandé par le général Dubail qui eut pour successeurs les généraux Franchet d’Esperey d’abord, de Castelnau ensuite.

    A St Dié était le siège de la 41e division, dont le chef était alors le général Claret de la Touche, et qui comprenait notamment les 23e et 133e R. I. (brigade Bulot). La 41e D. I. resta longtemps dans la région St Dié-Raon, elle ne quitta les Vosges qu’en juin 1916 pour être dirigée sur la Somme.

    Enfin, le secteur de Raon était plus spécialement tenu par la 152e brigade, qui allait de la Chapelotte à la Forain. La brigade était alors commandée par le colonel Bruté de Rémur, belle figure de soldat, chef énergique, au jugement sûr et droit. Le poste de commandement était installé à la papeterie de Clairefontaine.

    Au début de 1915, la brigade comprenait des troupes assez variées, le 37e colonial, les 46e et 70e alpins, les 363e et 373e d’infanterie, les 43e et 115e territoriaux et la compagnie 27/4 du génie. Quelques-unes de ces unités, les coloniaux et les alpins n’allaient pas tarder à quitter la région. D’autres régiments sont demeurés longtemps dans notre pays, ils y ont acquis en quelque sorte droit de cité et je croirais être injuste en ne rappelant point leur souvenir.

    Le territorial nous était particulièrement cher, puisque c’était celui des Vosges. Mobilisé à Epinal dés les premiers jours de la guerre, il comprenait, outre les Vosgiens, de nombreux territoriaux de la région lyonnaise. Avant 1914, on ne voyait guère dans la territoriale qu’une sorte de garde nationale et les treize jours faisaient quelque peu sourire. Lui rendra-t-on jamais assez justice ?

    Les « pépères » sont vite devenus des soldats et pendant des années, nous les avons vus, ces hommes déjà mûrs, enlevés à leur famille, à leurs affaires, monter la garde dans les tranchées, faire le coup de feu, combien hélas, tomber au champ d’honneur dans le devoir silencieusement accompli.

    Le 43e fut commandé jusqu’en juin 1916 par le lieutenant-colonel Bourgoignon. Ses bataillons, dont plusieurs avaient été envoyés à Verdun au secteur qui devait devenir célèbre du bois des Caures, furent au printemps de 1915, répartis sur le front des Vosges. Stationnèrent surtout dans la région de Raon le 1er bataillon (Dorget), le 2e (Schwab) et le 3e (Hugueny). Nous les verrons bientôt à l’oeuvre.

    Une autre unité a laissé, elle aussi, des souvenirs profonds, c’est le 373e, le régiment des Corses. Son arrivée causa peut-être quelque surprise, mais, à ces sentiments étonnés succéda bientôt une vive sympathie.

    A son arrivée, fin septembre 1914, le 373e présentait un coup d’oeil curieux de barbes et cheveux grisonnants, blancs parfois, de vieilles figures tannées par le soleil, halées par la brise de mer et le vent du maquis. Son allure était-elle très militaire, il serait tout au moins hardi de le dire.

    On eut vite l’explication. A la mobilisation, la Corse a mis sur pied trois régiments : le 173e actif, le 373e réserve et un régiment territorial, le 116e. En Corse, comme sur les frontières de l’est et du nord, les réservistes territoriaux ont été mobilisés dès le premier jour. Le 173e part immédiatement sur le front et prend part à la bataille de Morhange, le 116e territorial est envoyé en Algérie.

    Le 373e reste provisoirement en Corse, pour parer à toute éventualité du côté de l’Italie. Dès les premiers combats, le 173e est très éprouvé et demande de nombreux renforts. On prélève sur le 373e toutes les jeunes classes qui partent rejoindre le régiment actif et comme tous les territoriaux du 116e sont déjà partis pour l’Algérie, on complète le 373e avec les vieilles classes de la réserve territoriale. Et voilà pourquoi, à son arrivée dans les Vosges, le 373e n’avait pas un aspect très jeunet.

    Mais il ne faut jamais juger les gens sur la mine et le 373e était un bon régiment, ses hommes d’excellents soldats. J’ai pu recueillir sur eux les impressions d’un chef qui n’appartenait point au régiment, et dont l’appréciation ne saurait être prise pour une vaine flatterie. Il a vu longtemps les Corses au feu à côté de lui et les a bien vite appréciés.

    Tous ces hommes, m’a dit l’officier, sous des dehors rudes, même quelque peu sinistres, cachaient un cœur et une mentalité de grands enfants, mais aussi et surtout une source inépuisable d’énergie.

    Habitués au climat privilégié de leur île, au ciel bleu de la Méditerranée, nés au soleil du midi, ils n’en supportèrent pas moins sans défaillance les rigueurs, les neiges et les brouillards des hivers des Vosges. D’une grande sobriété, ils acceptent sans plainte ni murmure, les privations, l’absence ou le retard du ravitaillement.

    Une chose leur est particulièrement sensible, c’est l’esprit de justice et d’équité et ils l’exigent de leurs officiers. Là-dessus, leur intransigeance est complète. Cet esprit de justice et d’équité, ils le trouvent sans réserve dans leur chef, le lieutenant-colonel Hatton. Celui-ci a tenu longtemps garnison dans l’île et connaît les Corses, il sait comment il faut les commander. Il a son régiment dans la main, ses hommes l’adorent. Ils ont en lui une confiance sans réserve et quand il leur dira de marcher en avant, ils partiront sans regarder derrière eux.

    Au début de 1916, le lieutenant-colonel de cavalerie de Champeaux remplacera le colonel Hatton. L’existence du régiment touchait d’ailleurs à sa fin. En juin, le régiment est relevé et le 16 juin 1916, le 373e est dissous au camp de Saffais. Son histoire tient entièrement au secteur de la Chapelotte et je suis heureux de pouvoir la dire.

    Le 373e n’a-t-il pas laissé dans le pays des souvenirs plus doux que ceux de son héroïsme ? Quand les Corses sont partis, on a vu pleurer bien des beaux yeux. Ces lignes, si elles passent jamais la mer, ne troubleront point, je l’espère, quelque ménage heureux d’Ajaccio ou de Bastia. Si le 373e a montré une fois de plus que Mars et Vénus ont toujours voisiné, il ne s’agissait, j’en suis sûr, que des célibataires.

    Le régiment voisin, le 363e, tint plus spécialement le secteur de Coichot, du Rabodeau et de la mère Henry, mais du 12 janvier au 30 avril 1916, il occupa la Chapelotte et prit part notamment au violent combat du 25 avril. Le 363e était le régiment de réserve de Nice, il était commandé par le lieutenant-colonel Do-Hu-Chan, officier d’origine anamite et frère d’un aviateur connu. Il fut remplacé le 27 avril 191 par le lieutenant-colonel Dauphin venu du 373e.

     

     

    Suite…

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