• 23 août 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 21 août 1673 – La bataille navale du Texel dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Texel-150x150

     

    La bataille navale du Texel

    D’après « Histoire maritime de France » – Léon Guérin

     

    Dans la première moitié de l’année 1673, une frégate du roi qui avait été armée au Havre, par le duc de Saint-Aignan pour faire la course, prit cinq navires hollandais. Une autre frégate sortie du même port, sous les ordres de l’officier de La Borde, enleva aussi un bâtiment de cette nation.

    Il ne faut point omettre que, vers ce temps, le chevalier d’Harcourt, commandant les galères de Malte, se signalait contre les Turcs, en maintes rencontres. Étant allé au-devant de la grande caravane d’Alexandrie, puissamment escortée, il l’atteignit près de Rhodes et lui enleva deux gros galions de 60 canons chaque et quatre autres bâtiments très richement chargés.

    Après s’être pourvue de munitions et de matelots, et s’être augmentée de la division Château-Renault, l’escadre de d’Estrées alla rejoindre, vers la mi-juillet 1673, dans la Tamise, celles du prince Rupert. Avant tout nouvel engagement, l’escadre de France se trouva encore augmentée d’une partie de la division de Martel, qui, après avoir croisé dans les parages de Cadix pour y attendre l’arrivée des galions, venait de conduire dans les ports de la Manche huit navires de Saint-Malo, chargés d’une valeur d’environ douze millions et trente bâtiments du commerce anglais.

    D’Estrées compta ainsi quatorze bâtiments de guerre de plus, à savoir : le Fort, de 66 canons, monté par le nouveau chef d’escadre Château-Renault; l’Heureux, de 48, capitaine de La Brelèche ; le Hardi, de 32, capitaine de La Roque-Fontiez ; le Diamant, de 60, capitaine de Beaumont ; le Vigilant, de 28, capitaine Gabaret des Marais qui était de retour de la mer des Indes ; le Tigre, de 36, capitaine Gombault ; l’Émérillon, de 50, capitaine Chaudeau de La Clocheterie ; l’Hirondelle, de 30, capitaine de Banville ; le Laurier, de même force, capitaine Desnots;  la Thérèse-Royale, de 72 canons, monté par le lieutenant général de Martel ; et le Pompeux, de 70, capitaine de Baons.

    Le projet d’une descente était toujours dans l’esprit des flottes combinées, surtout de celle d’Angleterre. En conséquence, on embarqua plus de dix mille hommes de troupes, sous le commandement du comte de Schomberg. Mais on ne pouvait se flatter d’opérer un débarquement, qu’autant qu’on aurait défruit ou éloigné des côtes des Provinces-Unies la flotte de Ruyter. La nouvelle de l’arrivée d’un riche convoi des Indes-Orientales, que le lieutenant-amiral-général de Hollande fut chargé de préserver de toute atteinte, sembla devoir procurer aux alliés une favorable occasion d’en venir à leurs fins.

    Ils firent voile de la Tamise, le 27 juillet 1673, pour les côtes de Hollande. S’étant trouvés, le 30 du même mois, à la hauteur des bancs de Schoonveld, ils reconnurent les ennemis dans leur ancien poste, et mouillèrent à leur vue, hors des bancs. Le prince Rupert avait ordre du roi d’Angleterre de ne pas recommencer à les attaquer dans une telle position, mais de tâcher de les attirer plus au large. Il appareilla dans cette intention, le 1er août, et fit mettre le cap au nord-ouest, pour les engager à sortir d’entre les bancs ; ce qu’ils firent en effet, en suivant la même route que le prince Rupert, environ quatre lieues sous le vent, dans le but de préserver le convoi qu’ils attendaient. Les alliés continuèrent leur marche à petites voiles jusqu’à midi, qu’il y eut jussant.

    Le major de l’escadre de France, qui était passé sur le bord du prince Rupert pour connaître ses intentions, exécuta l’ordre qu’il reçut de s’en retourner et de faire arborer le pavillon d’union au haut du mat de misaine, pour avertir l’amiral Sprag de revirer. Par ce moyen, on gagnait tout à fait le vent sur l’ennemi. Sprag comprit très-bien le signal et y obéit.

    Mais, une heure après, le vent tourna en faveur des Hollandais qui, alors, se présentèrent en bon ordre jusqu’à la portée du canon. Ils rentrèrent ensuite dans leurs bancs, sans que les alliés pussent se rendre compte du motif qui les empêcha, ce jour-là, de se servir de leur avantage. Les flottes combinées mirent le cap au sud et coururent toute la nuit. Le 2, elles mouillèrent par le travers du port de la Brielle en l’Ile de Wœrn, patrie de Tromp et de Guillaume de Witt, dans la Hollande méridionale. Elles rangèrent la côte de Hollande jusqu’à l’embouchure du Texel où elles se tinrent au large et d’où elles partirent le 9. Mais elles furent chargées de si violents coups de vent, qu’elles se virent obligées d’amener leurs mâts de hunes et vergues pendant dix à douze jours.

    Le 17, le capitaine de Coux découvrit l’armée des Provinces-Unies qui, malgré le mauvais temps, était venue mouiller à l’embouchure du Texel. Le 18, une flûte hollandaise, chargée d’une valeur de plus de deux cent mille livres qui s’était trouvée écartée du convoi des Indes-Orientales, tomba dans la division Des Ardens, dont elle devint la proie. Ce fut tout ce que les alliés eurent du riche convoi que, dans ce temps-là même, les belles manœuvres de Ruyter préservaient, pour ainsi dire sans qu’ils s’en doutassent. Le 19, le vent mollit, et, le 20, les flottes combinées appareillèrent. Le vent étant à l’est, on mit le cap au sud-est pour ranger la côte et gagner le vent aux ennemis.

    Deux heures après, on aperçut ceux-ci sous le vent, et on arriva sur eux en fort bon ordre. Mais ils ne jugèrent pas à propos d’attendre. Ils mirent leur quatre corps de voiles, arrivèrent en dépendant et coururent au large. Il était alors environ trois heures de l’après-midi. Le prince Rupert, ayant des ordres précis de ne point attaquer dans l’après-midi et voyant que le temps manquerait pour décider du sort du combat dans la journée, remit l’engagement au lendemain. Dans ce but, il tint le vent, et donna l’ordre au major de l’escadre blanche, laquelle avait l’avant-garde, de courir au sud avec les deux huniers, jusqu’à ce qu’elle trouvât dix brasses d’eau, et, en ce cas, d’arriver sud-sud-ouest, afin de ne pas échouer ; ce qui fut ponctuellement exécuté.

    Mais, dès que la nuit fut venue, Ruyter força de voiles, courut de l’avant, se servit du flot qui le portait à terre, et, connaissant parfaitement ces côtes, il les alla chercher debout au corps. Sur le minuit, il revira et gagna le vent. Le prince Rupert, qui aurait dû faire porter plus de voiles à ses vaisseaux, et, quand on aurait été à dix brasses d’eau, venir et mettre le cap au nord-est en regagnant la côte, fit le signal de revirer, après avoir entendu les signaux des ennemis et vu leurs feux. Les alliés changèrent de bord et coururent au nord, pour tâcher de conserver l’avantage. Mais ce fut inutilement, car à la pointe du jour, les Hollandais rangeaient leurs côtes et étaient à deux lieues au vent des flottes combinées. Ils étendirent leurs lignes, et, quand leurs trois escadres furent par le travers de celles des français et des Anglais, ils arrivèrent dessus vers les huit heures du matin, à quelque distance du Texel, pendant que le convoi des Indes-Orientales ainsi garanti faisait son entrée dans les ports de Hollande.

    Tromp, avec l’avant-garde ennemie, tomba sur Sprag et l’escadre bleue ; Ruyter sur le prince Rupert et l’escadre rouge ; Bankœrt sur l’escadre blanche ou française qui avait l’avant-garde.

    Comme il avait été arrêté, dans le conseil de guerre, qu’au cas où les Hollandais auraient le vent, l’escadre blanche conserverait l’avant pour revirer et leur gagner le vent, et que, pendant ce temps, les deux autres escadres des alliés tiendraient le lof et soutiendraient le choc, le lieutenant général de Martel, qui commandait la division de droite du vice-amiral et qui avait ainsi la tête de toute l’armée navale, parvint à gagner le dessus du vent de la longueur de trois à quatre vaisseaux, et chercha à placer Bankœrt entre deux feux.

    Tourville fit la même manœuvre et revira si à propos, qu’il gagna aussi le vent aux ennemis. Il arbora une flamme rouge à la vergue d’artimon de son vaisseau le Sans-Pareil, de 64 canons, dont on lui avait donné le commandement à la place de celui de l’Invincible, et fut suivi par les capitaines Pannetier, avec le Précieux, Louis Gabaret, avec l’Aquilon, et d’Infreville-Saint-Aubin avec le Téméraire.

    Bankært comprit l’imminent péril qui le menaçait, et, prenant sur-le-champ son parti, il se livra à des efforts inouïs pour se faire jour à travers l’escadre française, avant d’avoir pu être enfermé par elle. La canonnade fut terrible alors. Martel déployait toute son énergie pour s’opposer au mouvement de Bankœrt qui activait le feu de ses vaisseaux avec une fureur de désespéré. Mais, dans ce même moment, le vice-amiral d’Estrées, voyant Rupert engagé au milieu des ennemis d’une manière qui pouvait lui devenir funeste, prit la résolution de tenter la même manœuvre que Ruyter dans la bataille du 7 juin précédent, et de percer les Hollandais pour aller ensuite au secours du prince.

    D’Estrées ne pouvait passer au vent du lieutenant-amira Bankært, qui arrivait sur la Reine, accompagné de trois brûlots. L’un de ceux-ci fut consumé, sans effet, sous le beaupré du vice-amiral de France, et les deux autres furent coulés bas. La Reine passa au vent de trois à quatre vaisseaux et, se battant ainsi, des deux bords, à portée de pistolet, eut trente-six hommes de tués ou blessés, et ses itaques, drisses, bras, galobans coupés, son grand hunier déralingué et tous ses mats atteints.

    Le capitaine de Langeron, avec l’Apollon, s’étant trouvé au vent du lieutenant-amiral Bankært, entreprit d’aborder successivement plusieurs vaisseaux ennemis. Il soutint avec une fermeté prodigieuse un feu de trois heures entre trois bâtiments hollandais, comme s’il eût été à l’ancre, tirant des deux bords, et sortit de cette position non seulement sans avoir été mis hors de combat, mais après avoir désemparé ses adversaires. Les capitaines d’Estival, sur l’Invincible, de Sébeville, sur l’Aimable, et d’Hailly, sur le Fier, eurent à soutenir le choc de Bankœrt et d’une partie de son escadre. Ce qu’ils firent avec une telle énergie, que ce lieutenant-amiral n’osa les aborder et se contenta d’arriver dans les eaux. Mais les Français perdirent dans cette occasion le capitaine d’Estival et plusieurs autres officiers.

    L’habile et intrépide Des Ardens qui était de l’arrière-garde, avec son vaisseau le Terrible, admirablement secondé par le Grand, que montait Forant coupa enfin la ligne des ennemis et conduisit au vaisseau de Bankært le brûlot l’Arrogant, commandé par le capitaine Guillotin. D’Estrées ne le suivit pas. Il en donna depuis pour cause la nécessité où il s’était trouvé de réparer, quoique à la hâte, ceux de ses vaisseaux qui avaient souffert, et le défaut de vent.

    Dans son métier si funeste à ceux qui l’exerçaient, Guillotin a déjà eu le visage et les bras brûlés ; mais cela n’a fait qu’exciter sa passion guerrière. Avec son bâtiment rempli de feux d’artifices, Guillotin dédaigne deux vaisseaux qu’il rencontre et dont il évite les bordées. Il prend le vent sur le vaisseau lieutenant-amiral, vient à bout de l’accrocher et met aussitôt le feu à la mèche qui communique à l’artifice du brûlot. Profitant du temps que la disposition de cette mèche lui laisse, il descend dans sa chaloupe avec le peu d’hommes qui l’accompagnent, par la porte pratiquée à cet effet à côté de l’arrière du brûlot. Puis il s’éloigne, bien persuadé que tout à l’heure, il va entendre l’explosion et voir jaillir la flamme.

    C’est un sauve-qui-peut général sur le vaisseau accroché. Tout l’équipage, moins vingt hommes plus courageux que les autres, se précipite à la nage. Mais au bout d’un assez long moment, Guillotin n’entend rien. Il se retourne : sa mèche a manqué son effet. Alors, à la grande stupéfaction de tous, on le voit ramener sur l’heure sa chaloupe au brûlot, et, malgré tous les boulets qui pleuvent devant, derrière lui, à ses côtés, il met le feu à sa mèche une seconde fois et se retire. Mais les vingt Hollandais, presque aussi intrépides que lui, qui étaient restés sur leur bord, avaient déjà eu le temps de commencer à séparer le vaisseau de Bankœrt du bourreau qui l’étreignait, et réussirent à le sauver.

    L’insuccès de l’Arrogant, malgré l’audace de son capitaine, vint surtout de ce que ce brûlot était trop fort, et qu’en abordant les Hollandais par les haubans de misaine, au lieu de le prolonger, il recula. Bankært s’estimant trop heureux d’avoir échappé, comme par miracle, profita du vent pour aller à toutes voiles joindre Ruyter.

    Le lieutenant général de Martel, déjà furieux que le mouvement de d’Estrées, fait sous le prétexte d’aller au secours des Anglais, eût empêché le succès de sa manœuvre contre Bankært, ne connut plus alors de bornes à son emportement qu’il poussa jusqu’à écrire, dès le lendemain de la bataille, à Colbert, que le vice-amiral de Ponant était un lâche qui déshonorait la nation.

    Le fait est que d’Estrées n’atteignit pas même son but, qui était de secourir à temps le prince Rupert. Il est vrai qu’on dit pour l’excuser, que comme il était entre onze heures et midi quand son escadre avait gagné le vent sur celle de Bankært, si l’escadre rouge eût fait porter au plus près du vent et soutenu le choc de l’ennemi, elle aurait été secourue à une heure de l’après-midi, et la victoire eût été, par suite, assurée aux alliés. Mais l’escadre de Bankært ayant fait vent arrière, comme on l’a vu, celle de France, quoique la chassant toutes voiles dehors, quand ses vaisseaux avaient été réparés, ne put la joindre qu’à sept heures du soir, au moment où elle s’était déjà ralliée à l’escadre de Ruyter et combattait avec elle l’escadre du prince Rupert.

    Celle-ci était à plus de douze lieues de l’endroit où l’action s’était engagée, lorsque le vice-amiral d’Estrées se trouva enfin à portée de la soutenir.

    Quant à Sprag, avec l’escadre bleue, moins occupé des ordres qu’il avait reçus de ne point quitter l’escadre rouge et de se tenir toujours en ligne, que de prendre sa revanche des reproches qu’on lui avait adressés au sujet de la précédente affaire, et de s’illustrer par quelque haut fait particulier, il s’était engagé dans une épouvantable mêlée avec l’escadre de Tromp. Sprag avait, dit-on, promis au roi d’Angleterre de lui amener ce grand homme mort ou vif, ou de périr lui-même à la tâche. Il périt en effet, après avoir forcé Tromp à changer de vaisseau, et en avoir changé plusieurs fois lui-même. Il reçut un coup de canon en passant dans sa chaloupe à un autre bord.

    Cependant Ruyter, en voyant l’escadre de d’Estrées en situation de combattre près de Rupert, cessa de poursuivre ce prince qui avait le cap au nord-ouest, portait ses quatre corps de voiles et qui mit un pavillon bleu à la vergue d’artimon, pour ordonner aux autres escadres d’arriver dans ses eaux. La nuit étant survenue, les Hollandais mirent le cap vers le Texel, et le prince suivit sa route. Mais l’escadre française n’obéit point à ce signal, parce qu’il lui semblait que si elle arrivait dans les eaux de l’amiral d’Angleterre, non seulement elle perdrait l’avantage du vent, mais elle exposerait les vaisseaux démâtés et désemparés à être pris. De plus, d’Estrées prétendit qu’il lui importait de conserver le vent, pour le cas où la bataille recommencerait le lendemain. L’opinion des Français était qu’il aurait fallu que le prince Rupert eût mis le cap à l’est-nord-est. Alors, l’escadre blanche en eût fait autant ; on aurait ainsi gardé les ennemis, toute la nuit, sous le vent, et le lendemain on aurait été à peu près certain de les battre et de les chasser jusque dans le Texel.

    La victoire, cette fois encore, ne s’était décidée pour personne. Aucun vaisseau n’avait été pris de part ni d’autre, mais il y avait de très grandes pertes réciproques en hommes et en officiers, ainsi que des avaries considérables aux bâtiments. Si Ruyter se retira, on ne le suivit pas. Ce grand homme s’embarrassait peu de rester le dernier sur le champ du combat, pourvu qu’il eût atteint son but, et cette fois il en avait atteint deux, en évitant une descente et en sauvant un grand convoi.

     

     

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