• 12 août 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     Le 6 août 1870 – La bataille de Forbach-Spicheren dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Forbach-Spicheren-150x150La-bataille-de-Forbach-Spicheren1-150x150 dans GUERRE 1870 - 1871

    La bataille de Forbach-Spicheren

    D’après « Histoire illustrée de la guerre de 1870-71 »
    G. Martiny de Riez – 1871

     

    Pendant que le maréchal Mac-Mahon luttait à Froeschwiller avec le 1er corps, le général Frossard combattait avec le 2e sur les montagnes de Forbach et de Spicheren, à l’ouest de Sarrebrück.

    Dès sept heures du matin, le 6 août, de nombreux escadrons traversaient Sarrebrück et se montrèrent sur les hauteurs de l’Exercix Platz. En même temps, des masses d’infanterie venant de la direction de Sarrelouis se dirigeaient vers la ville, le long de la rive droite de la Sarre.

    Le 5 au soir, trois corps d’armée prussiens étaient campés au nord de Sarrebrück, à une distance moyenne de quinze kilomètres, complètement couverts et masqués par une immense forêt qui s’étend au sud jusqu’à la rivière. Les 7e et 8e corps se trouvaient à peu de distance du village de Herchenbach, et le 3e corps occupait Sulzbach, sur le chemin de fer de Sarrebrück à Hombourg.

    Vers neuf heures du matin, les masses de cavalerie prussienne grossissant de plus en plus, la division Laveaucoupet fit avancer deux pièces qui les canonnèrent. Le combat s’engagea.

     

    Voici comment le correspondant de l’Opinion nationale rend compte de cette sanglante affaire, qui dura toute la journée et dont le résultat resta indécis jusqu’à cinq heures du soir :

    Le 6 au matin, sur les dix heures, les Prussiens ont débouché de Saarbrück en forces considérables et sont venus nous attaquer. A en juger par l’affaire du 2 août, on ne croyait généralement pas qu’ils fussent en nombre. Mais ils ont dû profiter activement de ces trois ou quatre jours de répit pour se concentrer en forces très considérables car, au dire de tous et sans exagération, ils dépassaient 60000. De notre côté, il n’y avait à Spicheren que trois divisions, c’est-à-dire 25 à 28000 hommes, et encore tous n’ont pas donné.

    Le village de Spicheren est dans un pli de terrain, dominé, en avant et en arrière, par des plateaux. En avant, la hauteur se termine sur la plaine, brusquement et par pentes très raides, eu forme d’éperon. De là, on a barre, en quelque sorte, sur toute la vallée. A gauche, on tient sous sa main la grand’route de Forbach à Sarrebrück et le chemin de fer. A droite, on a un grand bois, très fourré, qui couvre tout le coteau et descend jusque sur la plaine… C’est ce bois et cet éperon qui ont joué un si grand rôle dans la journée du 6 août.

    La frontière passe au pied de ce mamelon, et sur la lisière inférieure des bois, on aperçoit les bornes, en pierre blanche, à travers les arbres verts.

    A dix heures, le feu a commencé. On pensait d »abord que ce n’était qu’un feu de tirailleurs, car on s’attendait à une attaque du côté de Sarreguemines. Mais les Prussiens ont débouché en masses si profondes par Sarrebrück, à la fois par la grande route de Forbach et par la gorge, en arrière du village d’Arsenal, que l’on a vu bien vite qu’il s’agissait d’une affaire très sérieuse.

    A droite, les Prussiens se jetèrent sur le bois, en le tournant par deux côtés.

    Là s’engagea un combat terrible. Les coups de fusil ne faisaient qu’un roulement continu. Les ennemis grimpaient par un chemin très rapide. Nous leur abattions des lignes entières, et la colonne avançait toujours. Lorsqu’elle fut sur le talus, elle se rabattit sur le bois, pour donner la main à ceux qui avaient pris la position par derrière. Au milieu des fourrés et des buissons, le 40e de ligne lutta héroïquement, pendant que le 10e Chasseurs, sur la lisière, contenait non moins vaillamment les Prussiens sur la gauche. Les deux brigades Dœns et Micheler, de la division de Lavaucoupet, étaient en ligne sur Spicheren.

    Dans la confusion inévitable d un combat dans les bois, le 40e de ligne et le 10e Chasseurs se seraient envoyés mutuellement des coups de feu. Il est plus certain que l’ennemi a terriblement souffert.

    L’artillerie prussienne, de son côté, nous envoyait boulets et obus avec une profusion terriblement meurtrière. Les boulets cinglaient l’air, s’abattant sur tous les points où l’ennemi voyait s’établir une batterie ou se former une colonne.

    Entre trois et quatre heures, nous étions rejetés de nos positions. C’est le commencement d’une nouvelle lutte, acharnée, désespérée. Il faut à tout prix reprendre Spicheren, qui couvre la route de Forbach, et à droite celle de Sarreguemines. Les caissons d’artillerie apportent de nouvelles munitions car la plupart des soldats ont déjà brûlé leurs 95 cartouches. De Forbach arrivent quelques renforts d’infanterie, surtout de l’artillerie.

    On s’attend à chaque moment à voir apparaître un secours décisif. La brigade Bastoul est arrivée, mais il faudrait une division complète, et l’on sait que le corps du général Metmann est là, tout près.

    L’artillerie se place sur un plateau, derrière Spicheren, et de là, elle canonne sans relâche le bois en face. Un capitaine, dirigeant le feu, a la jambe coupée net.

    Arrivent six mitrailleuses. Le commandant Loray essaye de descendre dans le village. Mais telle est, sur le chemin, la grêle de balles, qu’il est obligé de se ranger sur la même ligne que l’artillerie et qu’il ne peut tirer.

    On remonte le second versant de Spicheren. Là, le chemin passe entre deux talus. C’est, dessus nos tôles, un concert de sifflements. Le bois est en face. Sur le chemin, chevaux éventrés, soldats étendus.

    La colonne s’arrête. Deux officiers à cheval escaladent le talus. Ils se dressent droit en face des Prussiens et se tournant vers la troupe : Venez, enfants ! encore un coup de fusil ! Vous voyez bien qu’il n’y a pas de danger !

    Ce magnifique exemple est entendu : chacun gravit le talus sur ses genoux, le feu recommence, et, de nouveau, nous faisons un pas en avant.

    Pendant quatre mortelles heures, la mêlée dura. On la voyait monter et redescendre des crêtes dans les ravins, et des ravins aux crêtes.

    Sur la gauche, du côté de la route de Forbach, vers les six heures, le bruit de la fusillade éclata avec une intensité nouvelle. On crut que c’était du renfort. Vaine espérance ! On distinguait les éclats répétés des mitrailleuses. Etaient-ce les nôtres ? Étaient-ce des engins prussiens ? On ne pouvait le dire, mais on doutait.

    Sur les huit heures, des troupes arrivaient, sur notre droite, de Sarreguemines. Il était trop tard ; la nuit tombait. Les Prussiens étaient toujours dans le bois et sur le plateau de Spicheren. La division de Lavaucoupet était exténuée. Les deux autres, celles des généraux Bataille et Verger, ne valaient guère mieux. Il ne restait presque plus rien du 40e, du 76e, du 22e de ligne et du 10e Chasseurs.

    Il fallait renoncer à la lutte. Désormais, c’était la retraite qu’on devait assurer.

    Les batteries vinrent s’établir sur l’avant-dernier plateau de Spicheren, protégeant de leurs derniers feux ces régiments qui revenaient, éparpillés et meurtris.

    A neuf heures, la nuit était noire ; on coupait à travers champs, pour regagner Hetting. Les officiers marchaient, le sabre crispé au poing, les larmes roulant aux yeux, beaucoup se traînant péniblement.

    Le chemin de Forbach nous était coupé. Les Prussiens étaient arrivés auprès du cimetière, jusqu’à la gare, sur laquelle ils envoyèrent la mitraille. Une pauvre femme tomba raide morte. Les habitants s’enfuyaient par la route opposée, celle de Putttange et de Sarreguemines. Rien de pitoyable comme ce défilé à travers champs, de femmes éplorées, d’enfants se plaignant de la fatigue et ne comprenant rien à notre malheur.

    La route était encombrée d’artillerie et de convois d’ambulances et de vivres. Pas un seul feu, afin de ne pas indiquer aux canons prussiens le chemin de notre retraite.

    Telle fut la fin de cette déplorable affaire.

     

    Nos pertes dans ce combat furent énormes. La seule divivion Lavaucoupet eut 1800 hommes et 163 officiers tués ou blessés. Le nombre total de tués ou blessés fut de 6 ou 7000. Il y eut aussi, paraît-il, 2000 prisonniers.

    Les Prussiens firent aussi des pertes considérables et certainement supérieures aux nôtres. Ils reconnaissent eux-mêmes avoir eu 10000 hommes mis hors de combat.

     

    Nous étions donc encore battus. Nos troupes étaient vaincues par le nombre. Le maréchal Bazaine avait offert son concours au général Frossard, qui lui avait répondu qu’il n’en avait pas besoin. La conduite de ce général, dans la journée du 6 août, doit être, du reste, sévèrement blâmée.

    A midi, le résultat probable de la bataille engagée à Forbach était indécis, et les Français étaient pleins de confiance en la victoire.

    Le général Frossard, avec une légèreté incroyable, quitta le champ de bataille, après avoir donné quelques ordres, ne regardant l’affaire que comme un engagement sans importance. Il passa tranquillement plusieurs heures dans la maison du maire de Forbach, prenant part à un excellent dîner, tout en discutant avec ce digne magistrat la profondeur de ses combinaisons stratégiques. Pendant qu’il se livrait aux charmes de cette conversation, de nouvelles colonnes allemandes arrivaient sur le champ de bataille, et nos soldats, commandés par le général Bataille, avaient à soutenir le choc impétueux d’un ennemi dont le nombre s’accroissait de moment en moment.

    On envoya message sur message au général en chef, ce qui ne le fit pas revenir plus vite à son poste, et, au lieu d’adopter un nouveau plan pour opérer une retraite qui eût pu sauver la journée, les divisions françaises, malgré leur courage et leur dévouement, leurs attaques à la baïonnette et les charges brillantes de cavalerie, succombèrent sous le choc irrésistible de 70000 Prussiens,…. pendant que M. Frossard dînait chez le maire de Forbach ! Tristes chefs que ces généraux de cour !

     

    Dans la journée du 7, les avant-postes prussiens ayant atteint Sarreguemines, le général Frossard jugea prudent de mettre encore plus de distance entre l’ennemi et lui, et à une heure, le 2e corps se remettait en marche pour rallier celui de Bazaine sur Puttelange, où il arriva le soir vers quatre heures. Cette retraite précipitée et en désordre, devant un ennemi qui se montrait à peine, changea la défaite en une véritable déroute et enleva aux troupes la confiance qui pouvait leur rester dans leur général.

    Le pays, douloureusement impressionné déjà par la surprise de Wissembourg, apprit avec consternation le double désastre qui le même jour frappait nos armées. A l’enthousiasme et à la confiance aveugle des premiers moments, succéda un profond découragement, une grande inquiétude pour l’avenir.

     

    Les dépêches impériales, dictées par un sentiment de désespoir, étaient d’ailleurs peu faites pour rassurer le peuple français, si facile à décourager :
    « Metz, 7 août, huit heures du matin. Il est nécessaire que la France et Paris se préparent aux plus grands efforts, aux plus grands sacrifices. Point de défaillance. Mac-Mahon couvre Nancy. Le corps de Frossard est bien dirigé. Le major-général est aux avant-postes ».
    « 11 heures 55. La concentration des troupes sur Metz continue sans difficulté. L’épreuve qui nous est imposée est dure, mais elle n’est pas au-dessus du patriotisme de la nation ».

     

    Ainsi deux combats, dans lesquels le quart seulement de nos forces, deux corps sur huit, avait été engagé, où nos troupes, en résumé, avaient montré de solides qualités militaires et n’avaient cédé que devant le nombre écrasant de leurs adversaires, deux combats perdus suffisaient pour enlever aux auteurs de notre fameux plan de campagne toute leur confiance !

    Ce sont eux qui les premiers jettent le cri d’alarme dans le pays et dans l’armée, enlevant à l’un et à l’autre le premier élément de succès, l’espoir de vaincre ! Ce sont eux qui viennent jeter un voile de deuil immense sur tout un peuple, après l’avoir nourri si longtemps de fausses idées sur sa puissance et sa grandeur militaire !

     

  • 2 commentaires à “Le 6 août 1870 – La bataille de Forbach-Spicheren”

    • BEAULOYE on 19 janvier 2018

      Bonjour,
      La maréchal Bazaine n’a pas offert de soutien au Général Frossard;et Frossard n’a jamais répondu qu’il n’en avait pas besoin!
      cf une réflexion de Bazaine à ce moment :
      « il se le fera tout seul ,son bâton de maréchal »

    • BEAULOYE on 19 janvier 2018

      Les renforts français qui n’arrivaient pas alors que Frossard les avait demandés au Maréchal Bazaine de façon pressante tout au long de l’après midi.
      Au jugement de Bazaine en 1873:
      le 06 août 1870, parce qu’il ne donna pas les ordres nécessaires, parce qu’il resta éloigné de l’action, parce qu’il n’indiqua même pas de point de ralliement, Bazaine assuma la responsabilité de la défaite!

      Vos propos sont faux quand vous dites « on envoya message sue message pour le faire revenir à son poste….pendant que Mr Frossard dinait chez le maire.

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