• 11 août 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

    Le 5 août 1796 – La bataille de Castiglione dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-bataille-de-Castiglione-150x150

     

    La bataille de Castiglione

    D’après « France militaire. Histoire des armées françaises de terre et de mer » – Abel Hugo – 1838

     

    L’armée française se trouvait le 3 août en présence des deux armées ennemies (Quasdanowich à sa gauche et Wurmser sur son front et à sa droite), et le résultat du combat général, qui allait avoir lieu, devait être pour elle, en isolant davantage les deux corps ennemis, de reculer les bornes de l’étroit champ de bataille où elle se trouvait resserrée.

    Nous allons rapporter la relation claire et brève que Bonaparte a faite de ce combat :

    « Le 16 thermidor (3 août), à la pointe du jour, nous sous trouvâmes en présence. Le général Guyeux qui était à notre gauche devait attaquer Salo. Le général Masséna était au centre et devait attaquer par Lonado. Augereau qui était à la droite devait attaquer par Castiglione.
    L’ennemi, au lieu d’être attaqué, attaqua l’avant-garde de Masséna qui était à Lonado. Déjà elle était enveloppée et le général Pigeon prisonnier. L’ennemi nous avait enlevé trois pièces d’artillerie. Je fis aussitôt former la 18e demi-brigade et la 32e en colonne serrée par bataillon, et pendant le temps qu’au pas de charge nous cherchions à percer l’ennemi, celui-ci s’étendait davantage pour nous envelopper. Sa manœuvre me parut un sûr garant de la victoire.
    Masséna envoya seulement quelques tirailleurs sur les ailes des ennemis pour retarder leur marche. La première colonne arrivée à Lonado força les ennemis. Le 15e régiment de dragons chargea les Houlans et reprit nos pièces. Dans un instant l’ennemi se trouva éparpillé et disséminé : il voulait opérer sa retraite sur le Mincio. J’ordonnai à mon aide de camp, chef de brigade Junot, de se mettre à la tête de ma compagnie des guides, de poursuivre l’ennemi, de le gagner de vitesse à Desenzano, et de l’obliger par-là à se retirer sur Salo. Arrivé à Desenzano, il rencontra le colonel Bender avec une partie de son régiment de Houlans qu’il chargea. Mais Junot ne voulant pas s’amuser à charger la queue, fit un détour par la droite, prit en front le régiment, blessa le colonel qu’il voulait prendre prisonnier, lorsqu’il fut lui-même entouré ; et après en avoir tué six de sa propre main, il fut culbuté, renversé dans un fossé, et blessé de six coups de sabre, dont on me fait espérer qu’aucun ne sera mortel.
    L’ennemi opérait sa retraite sur Salo. Salo se trouvant à nous, cette division errante dans les montagnes a été presque toute prisonnière. Pendant ce temps-là, Augereau marchait sur Castiglione, s’emparait de ce village. Toute la journée il livra et soutint des combats contre des forces doubles des siennes. Artillerie, infanterie, cavalerie, tout à fait parfaitement son devoir, et l’ennemi, dans cette mémorable journée, a été battu sur tous les points ».

     

    Guyeux, repoussant les troupes d’Ott, avait en effet repris Salo pour la troisième fois. Les restes du corps de Quasdanowich rentrèrent dans leur camp de Gavardo, à l’exception de quelques bataillons détachés qui erraient dans les montagnes, en attendant que les événements du lendemain, décidassent de leur sort.

    Les suites de ce double combat où Bonaparte eut en même temps à lutter contre les deux corps d’armée ennemis, devaient être très importantes. L’ennemi perdit vingt pièces de canon, eut 2 à 3000 hommes tués ou blessés et 4000 prisonniers parmi lesquels trois généraux. Les Français, par la résistance opiniâtre de leurs adversaires, essuyèrent aussi d’assez fortes pertes. Le général Beyrand, les chefs de brigade Pourailly, Bourgon et Marmet furent tués.

    Le sort de l’Italie n’était cependant pas décidé, et Wurmser, malgré ces échecs successifs, n’avait point encore été personnellement battu. Il fallait pour se défaire de ce général, que Bonaparte dispersât d’abord l’armée de Quasdanowich, ou la contraignit à se rejeter dans le Tyrol.

    La réserve, commandée par Despinois et formée des troupes qu’il avait été possible de tirer de la Lombardie, avait reçu l’ordre de se porter par les montagnes sur la Chiese, afin de tourner la droile de Quasdanowich, campé à Gavardo. L’adjudant général Herbin gagna en conséquence, avec une petite colonne, le Mont-Saint-Ozette qui domine Gavardo, et s’empara de ce poste en chassant deux bataillons autrichiens qui l’occupaient. Le général Dallemagne s’était avancé seul, avec un bataillon de la 11e demi-brigade, jusqu’au village de Gavardo ; mais il manqua d’être pris.

    Bonaparte envoya alors à Salo le général Saint-Hilaire, pour appuyer les mouvements de Guyeux contre Quasdanowich. Ce dernier, qui ne s’attendait qu’à être attaqué du côté de Lonado, faillit être enlevé dans son camp. Se voyant alors sérieusement compromis par Saint-Ozette et Salo, il évacua Gavardo après un rude combat, et remonta le Val-Sabbia par Volarno, pour se retirer sur Riva, laissant le prince de Reuss en arrièregarde sur le lac d’Ydro, vers Rocca-d’Anfo et Lodrone.

    L’armée française se trouva ainsi définitivement débarrassée de ce corps d’armée menaçant non moins par sa force que par sa direction stratégique.

    Cependant, si la fortune seconda dans cette conjoncture les combinaisons de Bonaparte, elle lui faisait courir au même instant, au milieu même de son quartier général, le plus grand danger.

    Une partie de la division Masséna venait de quitter Lonado pour appuyer l’attaque contre Quasdanowich. Le général en chef n’avait conservé avec lui que 1200 hommes. Tout à coup, il apprend que la ville est cernée ; un parlementaire autrichien arrive pour le sommer de se rendre.

    La présence d’esprit de Bonaparte le sauva : il jugea par la position des affaires que ce corps devait être un des débris de celui battu la veille à Lonado et rejeté sur Desenzano, qui après avoir vainement essayé de rejoindre Quasdanowich, cherchait à se rabattre du coté de Wurmser. Il fit introduire le parlementaire au milieu de tout son état-major.

    Là il lui fit débander les yeux, et d’un ton irrité : « Monsieur, lui dit-il, allez dire à celui qui vous envoie que s’il a la prétention de prendre le général en chef de l’armée d’Italie, il n’a qu’à avancer. Il doit savoir que je suis à Lonado avec l’armée républicaine. Je le rends responsable, lui et tous ses officiers généraux et supérieurs de sa division, de l’insulte personnelle qui m’est faite. Dites-lui que, si dans huit minutes sa division n’a pus posé les armes, je fais tout fusiller ».

    Le parlementaire étonné retourne auprès de son général. Tout, à Lonado, se prépare pour l’attaque. Le chef de la colonne autrichienne désire être entendu : il propose de se rendre et veut capituler. « Non, répond Bonaparte, vous êtes prisonniers de guerre ».

    Le général ennemi hésite ; Bonaparte donne l’ordre de faire avancer les grenadiers, l’artillerie et d’attaquer. Celui-ci, effrayé, s’écrie alors : «Nous sommes tous rendus. » La colonne qui posa ainsi les armes devant Bonaparte était forte de 4000 hommes d’infanterie, de 500 de cavalerie, et deux pièces d’artillerie.

    Le jour de la bataille décisive était enfin arrivé. Le génie de Bonaparte avait repris ses avantages, et il n’y avait pas à craindre qu’il se les laissât enlever de nouveau. Certain que Quasdanowich, repoussé dans les montagnes du Tyrol, était neutralisé, et ne redoutant pas que Wurmser, après le premier échec de Castiglione, tentât un mouvement sur le Pô, il avait ordonné au général Fiorella, commandant par intérim la division Serrurier, de revenir vers le Mincio, afin de prendre part à la bataille. Ce général, s’avancant par Guirdizzolo, devait couper la route de Mantoue à Brescia, et attaquer l’ennemi sur la gauche au moment où l’armée républicaine l’assaillerait de front. Après une marche de nuit, Fiorella se trouvaitdéjà près de Guirdizzolo à six heures du matin.

    Augereau, dès la pointe du jour, s’était formé sur deux lignes en avant de Castiglione, ayant Masséna sur sa gauche, et la réserve de Kilmaine sur sa droite. L’armée de Wurmser, formée aussi sur deux lignes, était a portée de canon en avant de Solferino, village au-delà duquel s’étendait un peu sa droite. Une redoute avait été construite au mamelon de Medolano, où s’appuyait sa gauche.

    Bonaparte, afin de détourner l’attention de l’ennemi de la marche de Fiorella, et de donner à ce dernier le temps de se mettre en ligne, commença à faire opérer sur le front des Impériaux une fausse attaque. Ceux-ci la repoussèrent aisément. Ils manœuvraient en même temps par leur droite pour déborder la gauche de Masséna, dans l’espoir de rétablir, par les bords du lac de Garda, leurs communications avec Quasdanowich, dont ils ignoraient la retraite. Cette manœuvre servait les desseins de Bonaparte, dont le principal effort devait se porter sur la gauche de Wurmser.

    Dès que le général en chef vit Fiorella aux prises avec la gauche de l’ennemi, il ordonna à l’adjudant général Verdière de se porter sur la redoute de Medolano avee trois bataillons de grenadiers et un régiment de chasseurs à cheval. Cette attaque fut soutenue par le chef de bataillon Marmont, son aide de camp, qui se porta sur le même point de la plaine de Medolano, avec douze pièces d’artillerie. Verdière, à la faveur de cette batterie qui prenait l’ennemi en écharpe, s’avança sur la redoute et s’en rendit maître. La cavalerie du général Reaumont dirigea aussi sur ce point son principal effort, et ne tarda pas à opérer sa jonction avec Fiorella. Pendant ces mouvements, la droite et le centre étaient vivement pressés par Masséna et par Augereau.

    Telle avait été la précision et la rapidité de l’attaque dirigée sur la gauche, que Wurmser ne s’en était douté qu’au moment où le résultat de la manœuvre de Fiorella était déjà décisif. Le général autrichien, tout à coup enveloppé, manqua même d’être pris dans son quartier général par le 7e régiment de hussards. Il ne fut sauvé que par une charge désespérée des dragons autrichiens, qui lui donna le temps de monter à cheval et de se sauver.

    Une partie de la cavalerie et la seconde ligne de l’infanterie autrichienne, qui s’étaient portées sur Cavriana, contre Fiorella, se trouvaient vivement ramenées sur le centre. Les hauteurs et la tour de Solferino, opiniâtrement défendues, furent enlevées par les 4e et 5e demi-brigades, conduites par l’adjudant général Leclerc. Wurmser, ainsi pressé, était menacé d’être jeté dans l’angle que forment le Mincio et le lac de Garda, vers Peschiera.

    Il ne pouvait trouver de salut que dans une prompte retraite. Il s’y résigna, et quoique vivement harcelé par la cavalerie de Beaumont, et la division de Fiorella, il se hâta de mettre entre lui et son habile adversaire la barrière du Mincio, dont il coupa les ponts.

    Les Français, harassés de fatigue, vinrent se mettre aussi en bataille le long de la rivière : Augereau près de Pozzolongo, Kilmaine à sa gauche ; Masséna, au centre, devant Castellara ; enfin la division Serrurier dans la plaine en arrière de Borghetto.

     

    Cette victoire, que Bonaparte dut moins à des combats qu’à ses manœuvres, ne conta à l’ennemi que 3000 hommes tués, blessés ou prisonniers, une perte de vingt canons et de cent vingt caissons. La perte des Français fut peu considérable ; ils n’eurent à regretter parmi les officiers de marque que l’adjudant général Frontin.

     

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