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  • 10 août 2012 - Par Au fil des mots et de l'histoire

     

     Le 4 août 1870 – Le combat de Wissembourg dans EPHEMERIDE MILITAIRE La-charge-des-Tirailleurs-à-Wissembourg-150x150La-défense-du-château-de-Geisberg-150x150 dans GUERRE 1870 - 1871

     

    Le combat de Wissembourg

    D’après « Histoire générale de la guerre franco-allemande (1870-71) »
    Lt-Colonel Rousset – 1900

     

    La petite ville de Wissembourg, à cheval sur les deux rives de la Lauter, est une ancienne place forte, déclassée en 1861.

    Elle conservait encore, au moment de la guerre, son mur d’enceinte et ses fossés, mais sa position encaissée entre des hauteurs qui la dominent au sud et au nord, lui ôtait toute valeur défensive contre l’artillerie moderne.

    Trois portes y donnaient accès : celle de Landau, à l’est ; celle de Bitche, à l’ouest ; celle de Haguenau, au sud, à quelque distance de la gare, située sur la rive droite de la Lauter.

    Les derniers contreforts des Vosges, aboutissant à la rivière, se relèvent au sud de la ville en deux mamelons dits le Vogelsberg et le Geissbe où devaient s’établir nos troupes. Sur ce dernier, existait un château solidement bâti, bordé à l’est par une terrasse que soutenait une muraille à pic, et fermé à l’ouest par un autre mur épais percé d’une seule porte.

    L’ensemble de ces bâtiments formait un point d’appui très résistant, sur le versant est du mamelon. Le sommet de celui-ci était occupé par trois peupliers, devenus douloureusement célèbres, et un peu en arrière, sur le bord de la route de Strasbourg, s’étalaient les vergers de la ferme de Schafbusch, qui offraient aux tirailleurs des abris précieux.

    Mais ces positions avantageuses pouvaient, malheureusement, être aisément tournées, car la Lauter, guéable sur un grand nombre de points, est, en outre, traversée par un pont au village d’Altenstadt, situé à un kilomètre à l’est de Wissembourg et, une fois la rivière franchie, il est assez facile de prendre à revers et la ville et les hauteurs du sud. De plus, les forêts épaisses qui entourent la position dérobaient à nos cavaliers, d’ailleurs peu entreprenants, les mouvements de l’ennemi et rendaient la situation très périlleuse.

    Enfin, les lignes de Wissembourg, célèbres au temps des guerres de la Révolution, si vigoureusement reprises à Wurmser par le général Hoche, en décembre 1793, et dont il restait encore des vestiges assez importants à l’est et à l’ouest de la ville, ne possédaient plus, au point de vue militaire, aucune valeur.

     

    C’est sur le terrain dont nous venons d’esquisser la physionomie que vint camper, le 3 au soir, la division Douay. Elle avait marché toute la journée par une chaleur torride, et quand elle arriva, à la tombée de la nuit, sur les emplacements qui lui étaient désignés, un orage violent s’abattait sur la campagne, inondée de pluie. Il fallut donc, dans une obscurité profonde et sur un terrain détrempé, opérer une dislocation que les circonstances atmosphériques, jointes à la fatigue, rendaient particulièrement pénible, pour se rendre aux postes indiqués.

    Le 2e bataillon du 14e (commandant Liaud) entra en ville. Quant au 18e, désigné pour aller le lendemain relever le 96e, il s’établit sur le Vogelsberg, à droite du 1er tirailleurs. Puis on plaça les grand’gardes, trop près, il est vrai, des corps à couvrir, et les troupes, accablées de fatigue, s’enfouirent sous leurs tentes-abris, pour se reposer enfin.

     

    A la suite de ce mouvement, le 1er corps occupait, en définitive, les positions suivantes :

     

    1e division (général Ducrot). Quartier général à Reichshoffen
    1e brigade  13e bataillon de chasseurs à Lembach
    96e de ligne à Climbach
    18e de ligne à Lembach
    2e brigade 45e de ligne à Niederbronn
    1er zouaves à Reischoffen
    Artillerie et génie à Reichshoffen
    2e division (général A.Douay). Quartier général à Steinseltz
    1e brigade 16e bataillon de chasseurs à Seltz
    50e de ligne 1er et 3e bataillons au Geissberg
    2e bataillon à Seltz
    74e de ligne 1er et 3e bataillons au Geissberg
    2e bataillon à Wissembourg
    2e brigade 78e de ligne derrière le Vogelsberg
    1er tirailleurs
    Brigade de cavalerie De Septeuil au Geissberg
    3e division (général Raoult) à Haguenau (partant le 4 pour Reichshoffen)
    4e division à Strasbourg (partant pour Haguenau)
    2e brigade de cavalerie (général De Nansouty) à Seltz (2e lanciers) et Strasbourg (6e lanciers)
    3e brigade de cavalerie (général Michel) à Brumath

     

    Comme le dit la Relation allemande « la situation de la division Douay était assurément fort hasardée. De plus, elle n’avait sur place que 8 bataillons, 18 pièces et 8 escadrons, car un bataillon de chasseurs et un bataillon du 50e de ligne étaient attachés à la brigade de cavalerie de Nansouty, à Seltz, pendant que le 78e régiment avait été dirigé sur Climbach, au matin du 4 août, pour y relever le 96e de la division Ducrot.

    On pouvait donc tout au plus compter, dans le courant de la matinée, sur le concours de ces deux régiments, le reste du 1er corps se trouvant à une marche et au delà sur les derrières ».

    Bien que cette dernière assertion ne soit pas tout à fait exacte, puisque au moins la 1e brigade de la division Ducrot, campée à Lembach et Climbach, était parfaitement en mesure de soutenir, si on l’eût voulu, le général Douay, il n’en est pas moins vrai que la faute commise dans la concentration de l’armée du Rhin se trouvait ici répétée en petit. Le 1er corps était éparpillé dans toute l’Alsace, et sa 2e division occupait, tout à fait en flèche, une position extrêmement dangereuse, s’allongeant elle-même sur plus de 3 kilomètres et cela alors qu’on ne connaissait absolument rien ni des mouvements ni des projets de l’ennemi.

    Le général Douay se rendait compte du danger de la situation, car le 3 au soir, il informait le maréchal des dispositions qu’il avait prises, et lui demandait si Wissembourg devait rester occupé. Le maréchal lui répondit qu’il résoudrait la question en se rendant auprès de lui, le lendemain 4, au matin. Nous verrons bientôt ce qu’il en advint.

    Que se passait-il, pendant le cours de ces événements, dans le camp ennemi ?

    Là, on en avait fini avec les tergiversations et les tâtonnements. On était complètement revenu des craintes qu’inspirait au début la perspective d’une attaque brusquée sur les Etats du Sud. On était renseigné sur notre faiblesse, ainsi que sur les difficultés toujours croissantes de notre mobilisation, et l’on se disposait à profiter de notre infériorité manifeste pour entamer vigoureusement l’action.

    Le 30, M. de Moltke adressait l’ordre suivant au Prince royal de Prusse : « Sa Majesté considère comme opportun qu’aussitôt que la IIIe armée aura été ralliée par la division badoise et la division wurtembergeoise, elle s’avance vers le sud par la rive gauche du Rhin, pour chercher l’ennemi et l’attaquer. De cette façon, on empêchera l’établissement de ponts au sud de Lauterbourg et on protégera de la manière la plus efficace toute l’Allemagne du sud ».

    Cependant, ce fut le 2 août seulement que le Prince royal, voyant son armée tout à fait prête, donna ses ordres préliminaires, et s’occupa de grouper ses corps plus étroitement. Toute la IIIe armée, sauf la division wurtembergeoise, passa sur la rive gauche du Rhin, et vint se masser, à quelques kilomètres de la frontière française, dans une zone peu étendue (21 kilomètres) et profonde de moins d’une demi-journée de marche, où elle maîtrisait les voies d’accès dans nos départements alsaciens. Ses avant-postes allaient de Schweigen au Rhin.

    La IIIe armée formait donc quatre colonnes. La 1e, à droite, se composait du IIe corps bavarois (général de Hartmann), dont l’avant-garde (division de Bothmer) recevait l’ordre de marcher sur Wissembourg et de s’en emparer. Cette avant-garde était flanquée, à droite, par un détachement. Le reste du corps Hartmann marchait sur Ober-Otterbach.

    La 2e colonne, formée par le Ve corps, se dirigeait sur Kapsweyer. Son avant-garde particulière devait passer la Lauter au-dessus de Wissembourg et placer des avant-postes sur les hauteurs de la rive droite.

    La 3e colonne, formée par le XIe corps, après avoir traversé la forêt du Bien-Wald, devait franchir la rivière au moulin du même nom, et envoyer, comme la précédente, son avant-garde sur la rive droite de la Lauter.

    Enfin la 4e colonne, formée par les divisions badoise et wurtembergeoise sous le commandement du général de Werder, avait ordre de remonter la rive gauche du Rhin jusqu’à Lauterbourg, de se rendre maîtresse de cette ville, et de pousser ensuite ses avant-postes sur la rive droite de la Lauter.

    En seconde ligne, marchaient la 4e division de cavalerie, se dirigeant sur l’Otterbach, à 3 kilomètres à l’est d’Ober-Otterbach, et le 1er corps bavarois qui suivait la route de Germersheim à Wissembourg avec ordre de bivouaquer, le soir, à Langenkanden. « Je me tiendrai dans la matinée sur les hauteurs entre Kapsweyer et Schweigen, ajoutait le Prince royal, et j’établirai probablement mon quartier général à Nieder-Otterbach ».

    Ainsi, cette masse de cinq corps d’armée allait aborder la Lauter sur un front de 26 kilomètres ; et trois d’entre eux menaçaient immédiatement la malheureuse division Douay, affaiblie par des détachements et livrée à ses seules ressources. Tandis que le petit nombre de nos soldats, déjà trop disséminés, nous interdit de prendre possession des passages du fleuve, l’adversaire va s’en emparer, coûte que coûte, les occuper, pousser ses avant-gardes sur la rive opposée, et se poster en maître incontesté sur ces débouchés qui ouvrent la porte de l’Alsace. Et ces projets, si nettement arrêtés et si clairement énoncés, notre état-major les ignore à ce point qu’il s’occupe toujours de faire surveiller le haut Rhin, que personne ne songe à franchir, au lieu de mettre toutes les forces disponibles derrière la Lauter, contre laquelle l’ennemi s’avance en rangs pressés et compacts.

     

    A quoi donc servaient ces trois brigades de cavalerie, qui, depuis quinze jours, s’enlisaient dans la plus déplorable inaction ? Quel oubli des vrais principes de la guerre, dont le maître par excellence, Napoléon, était pourtant sorti de nos rangs ! Que d’erreurs et que de fautes accumulées en si peu de temps, quand il n’en faut parfois qu’une seule pour arracher la victoire des mains des plus vaillants.

     

    Le 4 août au matin, l’Alsace était d’ores et déjà perdue, et il suffit, pour s’en convaincre, de lire cet exposé douloureux que M. le général Derrécagaix a tracé de notre situation si critique :
    En face de notre frontière, une armée de 170 000 hommes (le VIe corps et la 2e division de cavalerie n’avaient pas encore rejoint) concentrée, prête à combattre, ses avant-postes à 1500 mètres de notre territoire, bien renseignée par sa cavalerie, au courant de notre infériorité numérique et de l’impossibilité où nous étions d’agir efficacement, en état, le lendemain de prendre résolument l’initiative des mouvements. De notre côté, une division de 6600 rationnaires ignorant la présence de l’ennemi, ne se douant pas de ses projets, convaincue qu’elle n’avait qu’une mission de surveillance, et gardée seulement par deux ou trois grand’gardes d’infanterie, tandis que la cavalerie dont elle disposait bivouaquait sur ses derrières.

    Ajoutons qu’une seule des autres fractions du 1er corps pouvait lui porter secours : c’était la première brigade de la division Ducrot, campée à Lembach (13 kilom.) et à Climbach (8 kilom.). Aucun ordre ne lui ayant été donné, elle ne bougea pas.

     

    Arrivons maintenant au récit du combat.

    Le 4, dès la pointe du jour, le général Douay, mis en éveil par les récits des paysans qui signalaient de forts rassemblements de troupes aux environs, envoya vers le nord une reconnaissance composée de deux escadrons du 11e chasseurs, un bataillon du 1er tirailleurs et deux pièces, le tout sous les ordres du colonel d’Astugue, du 11e chasseurs. C’était le moment même où les colonnes allemandes, obéissant aux ordres du Prince royal, quittaient leurs cantonnements pour gagner la Lauter, et où le 78e se mettait en route vers Climbach, pour y relever le 96e.

    Le colonel d’Astugue fit prendre position à ses troupes d’infanterie et d’artillerie au sud d’Altenstadt, puis, avec ses deux escadrons, prit la route de Landau, poussa à quelques kilomètres au delà de la frontière, et revint par la route de Spire, à 7 heures et demie, n’ayant aperçu, ce qui est à peine croyable, que quelques éclaireurs ennemis. Le général Douay n’était donc pas plus renseigné qu’avant.

    Cependant le maréchal, qui, dans la nuit du 3 au 4, avait reçu, à Strasbourg, une dépêche du quartier impérial ainsi conçue « Vous serez attaqué aujourd’hui ou demain », le maréchal se hâta d’aviser le général Douay, afin de le mettre sur ses gardes, et lui adressa, à 6 heures du matin, le télégramme suivant :
    Strasbourg, 5h27 du matin, 4 août. Avez-vous, ce matin, quelques renseignements vous faisant croire à un rassemblement nombreux devant vous ? Répondez immédiatement.
    Tenez-vous sur vos gardes, prêt à vous rallier, si vous étiez attaqué par des forces très supérieures, au général Ducrot, par le Pigeonnier. Faites prévenir le général Ducrot, en route pour Lembach, d’être également sur ses gardes. Signé De Mac-Mahon.

    Tout naturellement, le général Douay, rassuré par les rapports de la reconnaissance, répondit qu’il ne s’attendait à aucune attaque et dicta, pour ses troupes, l’ordre que voici :
    Dans le cas peu probable d’un mouvement de concentration sur la division Ducrot, le mouvement commencera par la 2e brigade. Elle suivra les crêtes pour aboutir à la route de Wissembourg à Bitche, en passant ainsi par le bas de la montagne du Pigeonnier et le village de Climbach. Le 96e (1re division) couvre la garde de la 2e division, dans la direction de Nothweiler, à l’extrême frontière.

    Il était huit heures. L’ordre venait d’être communiqué dans les bivouacs, et les soldats, parfaitement tranquilles, se disséminaient tout autour de leur camp, les uns pour préparer le feu de la soupe, les autres pour nettoyer leurs armes ou fournir les corvées de ravitaillement, quand tout à coup un petit nuage de fumée blanche creva sur les hauteurs de Schweigen, une détonation retentit, suivie bientôt d’une seconde, puis d’une troisième, et sur Wissembourg, réveillé comme par un cauchemar, s’abattit une pluie de fer et de plomb.

    C’était la batterie d’avant-garde de la division Bothmer (2e du IIe corps bavarois) qui, voyant l’insouciance de nos troupes, avait brusquement ouvert le feu.

    Cette voix brutale du canon, éclatant tout à coup dans le silence, et portant la mort dans nos régiments stupéfaits, c’était, dès le début, le procédé allemand dévoilé d’un seul coup. Des masses puissantes, appuyées par une formidable artillerie, amenées savamment sur un point déterminé, surgissant à l’improviste des bois et des couverts, et écrasant des adversaires qui ne se gardaient jamais, voilà, en effet, presque tout le secret des victoires prussiennes.

     

    Telle débutait la guerre, telle malheureusement elle devait se continuer longtemps, jusqu’au jour où la leçon si chèrement payée aurait enfin porté ses fruits.

    Cependant le commandant Liaud, jeté avec son bataillon dans la ville, avait garni de défenseurs la partie nord de l’enceinte, et occupé les portes ; il fit répondre par des coups de fusil à l’attaque de l’ennemi.

    De son côté, le général Pellé, bien que réduit à 3 bataillons, n’hésita pas à se porter à son secours, et dirigea sur la ville le 1er tirailleurs, appuyé d’une batterie de 4.  

    L’infanterie se posta le long des anciennes lignes de Wissembourg, au nord de la gare, en détachant un bataillon pour garder la porte de Bitche ; l’artillerie prit position près de la gare, et le combat s’engagea, très énergiquement soutenu par cette poignée d’hommes, contre laquelle la division Bothmer, se sentant encore trop isolée, n’osa rien tenter de décisif. (La division Bothmer comptait 12 000 hommes et 24 pièces de canon. Nous n’avions à lui opposer, à ce moment, que 2700 hommes avec 2 batteries).

    Mais, vers dix heures, commencèrent à se montrer sur la Lauter les troupes envoyées à travers bois pour couvrir, pendant la marche, le flanc droit de la division Bothmer et qui maintenant se dirigeaient sur Wissembourg. D’autre part le XIe corps, qui avait trouvé les passages du moulin de Bienwald inoccupés, venait de franchir la Lauter, après avoir jeté trois autres ponts pour activer le mouvement. Refoulant aisément quelques braves citoyens, qui, en habits civils et armés de fusils de chasse, s’étaient postés sur la rive droite pour lui tirer dessus, il avait traversé le Niederwald et se présentait déjà à Schleithal.

    La situation s’aggravait et le général Douay, qui sur la foi de sa cavalerie croyait toujours n’avoir affaire qu’à une simple reconnaissance, dut revenir de son erreur. Il déploya donc aussitôt sa première brigade (de Montmarie) autour du Geissberg, et pour remplir l’espace assez étendu qui la séparait de la deuxième, occupée à défendre Wissembourg, il jeta dans le vallon situé au nord du Geissberg les deux régiments de la brigade de cavalerie de Septeuil.

    Au même instant, deux batteries d’avant-garde du XIe corps allemand venaient prendre position un peu au-dessus de Gutleithof, et leurs projectiles s’abattaient déjà sur le 50e, posté autour du château de Geissberg. La batterie de mitrailleuses, commandée par le capitaine de Saint-Georges (10e du 9e), se porta au galop vers le sommet du mamelon pour répondre à leur feu, tandis que la dernière batterie de 4 (12e du 9e, capitaine Foissac), soutenue par un bataillon du 74e, s’établissait sur le versant est du Vogelsberg et joignait son feu, contre les pièces bavaroises de Schweigen, à celui du capitaine Didier (9e du 9e), déjà établi au sud de la station du chemin de fer.

    Certes, bien que la division Bothmer fût encore à peu près seule engagée, nous n’étions pas en force, surtout sous le rapport de l’artillerie. Cependant la vaillance de nos canonniers et des tirailleurs algériens suffisait à en imposer à l’ennemi, et à repousser ses tentatives contre les portes de Bitche et de Landau. Cette poignée de soldats luttait avec tant d’opiniâtreté et d’énergie que le général de Bothmer non seulement se reconnaissait impuissant à les déloger, avec ses 12000 hommes, mais même demandait au Prince royal, arrivé sur le lieu du combat, l’appui du Ve corps, dont les têtes de colonnes commençaient à déboucher à hauteur d’Altenstadt.

    C’était le moment pour la division Douay de se replier par échelons défensifs sur la division Ducrot, et d’abandonner, suivant ses instructions, une lutte qui menaçait de devenir par trop inégale. Malheureusement, de nouveaux télégrammes venaient d’être remis à son chef, en réponse à celui par lequel il informait le commandant en chef de l’attaque ennemie, et laissaient supposer que celui-ci ne tarderait pas à prendre la responsabilité des décisions définitives.

    En effet, le maréchal de Mac-Mahon télégraphiait, à 9 heures 45, au général Raoult, à Reichshoffen :
    Je reçois l’avis d’une attaque sur Wissembourg ; que vos troupes se tiennent prêtes à marcher au premier ordre. Je pars pour Soultz, d’où je me porterai sur la ligne avant-postes.

    Et, moins de trois quarts d’heure après, il lançait encore au général Raoult cette nouvelle dépêche :
    Je pars pour Wissembourg en chemin de fer. De Wissembourg j’irai à cheval visiter les avant-postes jusqu’à Reichshoffen, où je compte vous rencontrer.

    Communiqués au colonel Robert, chef d’état-major de la 2e division, s’ajoutant d’autre part aux recommandations antérieures sur l’importance de Wissembourg, ces documents confirmèrent le général Douay dans l’idée qu’il ne pouvait, sans ordres nouveaux, refuser la lutte, et dans son intention « d’accepter un combat qui semblait n’être, d’abord, qu’une forte reconnaissance poussée par l’ennemi sur notre frontière ». Il se porta donc de sa personne au point culminant du Geissberg et laissa l’engagement suivre son cours.

    Mais, bientôt, il s’aperçoit que les masses allemandes débouchent de tous les côtés à la fois. Dès onze heures un quart, l’avant-garde du Ve corps (17e brigade) se montre à Gutleithof, qu’elle occupe. La 18e brigade arrive peu après à Altenstadt, franchit la Lauter, et se déploie, à côté de la 17e, face au Geissberg, tandis que toute l’artillerie de la 9e division vient au grand trot prendre position en avant et crible de projectiles nos quelques pièces éparpillées. En même temps, trois bataillons filent le long de la rivière et vont attaquer la ville par l’est, pendant que la division de Bothmer l’attaque par le nord.

    De son côté, le général de Bose, commandant le XIe corps, a marché au canon : la 41e brigade prussienne quitte Schleithal pour venir, toujours précédée de toute l’artillerie du corps d’armée, se déployer à gauche du Ve corps, et menace le Geissberg.

    Des flots d’ennemis semblent sortir des profondeurs des bois, des batteries innombrables tonnent partout à la fois, et le général Douay, du haut du Geissberg, voit monter tout autour de lui cette marée tumultueuse qui menace de l’engloutir. Il sent que tout est perdu s’il persiste à rester là, et se décide enfin à la retraite. Ordre est donné au commandant Liaud d’évacuer la ville et au général Pellé de se replier sur le Vogelsberg, lentement, pour donner le temps aux défenseurs de Wissembourg de le rejoindre. Puis, le général, avant de donner des instructions dans le même sens à la brigade de Montmarie, monte aux Trois Peupliers, où se trouvait la batterie de mitrailleuses.

    Tout à coup, un obus prussien tombant sur un des caissons, le fait sauter. Des éclats de bois et de fer volent en tous sens, tuant ou blessant plusieurs servants, et l’un d’eux, frappant le général en pleine poitrine, le renverse à terre, mortellement atteint. On s’empresse, on le transporte à la ferme du Schafbusch, où il succombe deux heures après (*) et l’on court annoncer la fatale nouvelle au général Pellé, auquel, par droit d’ancienneté, revenait le commandement.

    (*) On fut contraint d’y abandonner son corps au moment de la retraite, parce que la division n’avait ni une voiture d’ambulance ni même un seul cacolet. (Général Ducrot, Wissembourg, page 30).

    Abel Douay était le premier de nos officiers généraux qui tombât au champ d’honneur, dans cette guerre fatale. Ses services brillants et sa bravoure éclatante lui eussent mérité de mourir en pleine victoire : du moins il ne pouvait pas succomber plus glorieusement, ni sur un terrain plus illustré par la valeur française, car, ainsi qu’on va le voir, nos soldats se conduisirent, pendant toute la durée de cette lutte inégale, comme de véritables héros.

    Il était près de midi quand le général Pellé prit le commandement.

    Le 1er tirailleurs tenait tête, tout seul, aux efforts de deux corps d’armée, soutenus par soixante-six bouches à feu. Ses trois bataillons, déployés sous les ordres des commandants Sermansan, de Lammerz et de Coulanges, depuis la gare jusqu’à la porte de Landau, restaient fermes devant les assauts répétés de la 17e brigade, qui essayait vainement de les débusquer, et repoussaient à la baïonnette les colonnes prussiennes qui les assaillaient de toutes parts. Luttant avec un acharnement sans exemple, ce brave régiment redoublait d’énergie et de vaillance, à mesure que sa position devenait plus critique ; son feu nourri et bien dirigé infligeait à l’ennemi des pertes énormes, en dépit des vides cruels qui se creusaient dans ses rangs, et bientôt, le général de Kirchbach dut, pour venir à bout de son admirable résistance, lancer sur lui de nouvelles masses, qui débordèrent son flanc droit et le menacèrent d’un enveloppement complet.

    Presque tous les officiers étaient hors de combat et 600 hommes, sur 2200, gisaient à terre. Quant aux Prussiens, ils étaient si éprouvés que dans un seul bataillon, commandé maintenant par un lieutenant, ils avaient perdu 12 ofnciers et 165 hommes. Le major de Waldersee, commandant le bataillon de chasseurs silésiens n° 5, était mort, et le général de Sandrart avait eu son cheval tué sous lui.

    Le général Pellé jugea que continuer à lutter dans des conditions pareilles serait folie. Il ordonna donc la retraite et obligea les tirailleurs à abandonner définitivement à l’ennemi ce terrain qu’ils lui avaient si héroïquement disputé. Leurs débris se retirèrent à pas lents, et en tirant toujours, sur le Geissberg. Le mouvement s’opéra en ordre, régulièrement comme à la manœuvre, sans être autrement inquiété. Les Prussiens, heureux d’avoir enfin triomphé de tant d’opiniâtreté, se répandirent dans la vallée et ne songèrent pas à poursuivre un adversaire décimé, mais dont l’attitude leur imposait encore.

    Cependant le commandant Liaud avait été informé de la retraite. Vers une heure et demie, jugeant, lui aussi, toute résistance impossible désormais, il fit prévenir ses six compagnies que la place allait être évacuée. Mais, à ce moment, l’ennemi, débarrassé du 1er tirailleurs, dirigeait toutes ses forces contre la ville et joignait ses efforts à ceux de la division de Bothmer, dont le feu venait de reprendre avec une intensité nouvelle.

    Wissembourg était cernée et une trouée à travers ces masses compactes devenait impossible. Le commandant Liaud résolut, puisqu’il fallait succomber, de le faire au moins avec gloire, et renvoyant à chaque porte deux compagnies, leur ordonna de s’y défendre jusqu’à la mort. Mais la porte de Haguenau venait d’être ouverte aux Bavarois par un des leurs, habitant Wissembourg, qui violait ainsi sans vergogne les lois les plus élémentaires de l’hospitalité.

    Liaud, à la tête de deux compagnies, fonça sur le poste qui l’occupait, le fit reprendre à la baïonnette, et, le pont-levis relevé, refoula les Prussiens jusqu’à la gare. Il se porta ensuite à la porte de Bitche, qui lui paraissait la plus menacée mais en y arrivant, il fut frappé d’un coup de feu et contraint de remettre le commandement au capitaine adjudant-major Bertrand.

    Au même moment, la porte de Landau, écrasée de projectiles, venait d’être éventrée. Les Bavarois s’y étaient précipités, et trois régiments s’engouffraient par son pont-levis dans la grande rue de la ville, pour se répandre de là dans les rues latérales. Chaque groupe de deux compagnies se trouva donc isolé, coupé des autres et presque complètement cerné. Tous trois cependant se barricadèrent dans les maisons voisines, et continuèrent à faire feu sur les assaillants.

    Tout à coup, un drapeau blanc parut à une fenêtre de l’hôtel de ville. Un major bavarois s’approcha, et fut interpellé par un conseiller municipal qui offrait de rendre la ville, si l’ennemi consentait à laisser nos soldats l’évacuer. Le major accepta pour son compte et s’en fut informer le général Maillinger, commandant la 8e brigade bavaroise, de cette étrange négociation.

    Mais celui-ci, qui voyait nos soldats exténués et réduits aux dernières limites de la résistance, refusa de la ratifier. Bien au contraire, il lança contre chaque porte, de nouvelles troupes et en cerna successivement et complètement chaque groupe de défenseurs. Ceux-ci, apprenant que la division était en retraite, n’eurent bientôt plus d’autre ressource que de mettre bas les armes, et l’ennemi se trouva définitivement maître de Wissembourg. Le bataillon Liaud, fort de 523 hommes, avait perdu 3 officiers et 52 soldats. Les Allemands firent donc 468 prisonniers.

    Libres de ce côté, les Allemands pouvaient maintenant tourner leurs efforts vers le Geissberg.

     

    Là se déroulait depuis quelques heures un drame plus émouvant encore. Deux batteries, dont une de mitrailleuses, et un bataillon du 50e envoyé pour les soutenir, contenaient à eux tous seuls, l’effort de la 41e brigade prussienne, et ripostaient avec une énergie surhumaine au feu d’enfer déchaîné par toute l’artillerie allemande.

    La batterie de mitrailleuses, presque entièrement démontée, ayant perdu un caisson dont l’explosion avait frappé à mort le général Douay, venait, vers midi et demi, d’être retirée du combat. La batterie Didier, postée au sud de la gare, était à moitié démolie, et ce qu’il en restait, soumis aux feux convergents de l’ennemi, ne pouvait plus tenir. L’ordre de battre en retraite lui parvint au moment où le chef de bataillon Boutroy, commandant le bataillon de soutien du 50e, tombait mortellement atteint. Elle amena alors ses avant-trains, et remonta au galop les pentes nord du Geissberg pour gagner le château.

    Quant à la batterie Foissac, elle dut abandonner une pièce, entièrement démontée. Aussitôt trois compagnies allemandes se précipitent pour s’emparer de ce trophée ; mais elles sont arrêtées net par les feux de salve d’une section du 50e, qui fait tête et les crible de projectiles, tandis que s’avance un attelage de 6 chevaux envoyé du Geissberg.

    Décontenancés et furieux, les Allemands dirigent sur le flanc de la petite troupe, un feu meurtrier qui la décime. Bientôt elle n’est plus en force pour résister. Les chasseurs prussiens s’élancent à nouveau, la pièce est prise, et l’ennemi la garde en dépit des efforts désespérés que tente pour la reprendre la poignée héroïque des survivants.

     

    Tout ce qui reste de la division Douay a maintenant regagné le Geissberg. Le général Pellé entraîne hors du champ de bataille, sur la route du Pigeonnier, le régiment de tirailleurs décimé, et donne l’ordre au général de Montmarie de le suivre.

    Hélas il est trop tard. Les masses ennemies sont devenues tellement compactes que la retraite ne peut plus s’exécuter en bon ordre, et nos soldats ne veulent pas de la déroute.

    Ils vont donc tomber là, presque jusqu’au dernier, et soutenir une des plus glorieuses défenses dont notre histoire militaire fasse mention.

     

    Les Ve et XIe corps allemands étaient en effet déployés tout entiers sur le champ de bataille. Donnant la main au IIe corps bavarois, entré dans Wissembourg, ils s’étendaient depuis la Lauter jusqu’auprès du village de Riedseltz, menaçant ainsi de front, de flanc et presque par derrière les défenseurs du Geissberg. Or, ceux-ci étaient réduits à deux bataillons du 50e et deux bataillons du 14e, en tout 2200 hommes et deux batteries diminuées de moitié (la cavalerie de Septeuil, jugée inutile en raison des formes accidentées du terrain, avait été envoyée en arrière, vers Riedseltz).

    C’est contre cette poignée d’hommes que se lancèrent tout à coup près de 20000 Prussiens ! Au nord, le régiment des grenadiers du roi et la majeure partie de la 9e division abordent les pentes, entre la station et Gutleithof.

    A l’est, la 41e brigade (XIe corps) traverse le chemin de fer, occupe Gutleithof et monte à l’assaut de la hauteur, ayant derrière elle la 42e brigade qui la déborde dans la direction de Riedseltz.

    De notre côté, le 1er bataillon du 50e, sous les ordres du lieutenant-colonel de la Tour- d’Auvergne, occupe le versant est du mamelon, et est posté dans une houblonnière située à 180 mètres du château. Les 3e bataillons du 50e et du 74e sont embusqués dans les jardins du Schafbusch ; enfin le 2e bataillon du 74e, placé en réserve, est disponible.

    Le 1er bataillon du 50e, dirigeant un feu nourri sur les assaillants, parvient tout d’abord à les arrêter un instant. Mais bientôt débordé de toutes parts, et obéissant d’ailleurs aux ordres du général de Montmarie, il se replie sur le château, où vient le rejoindre le 1er bataillon du 14e.

    Pendant ce temps, les défenseurs du Schafbusch, vivement attaqués par la 42e brigade qui a réussi à déboucher du sud, sont obligés de reculer. Une partie se barricade dans les bâtiments de la ferme, l’autre parvient à gagner le château. Celui-ci est attaqué à son tour par l’est. Trois compagnies du régiment des grenadiers du roi, entraînées par le major de Kaisenberg, s’élancent et essayent de l’enlever. Mais une fusillade terrible et bien dirigée, exécutée à petite portée par les Français, leur inflige des pertes effroyables.

    Presque tous les officiers tombent, et deux porte-drapeaux sont mis successivement hors de combat. Le major de Kaisenberg saisit les débris de la hampe et continue sa marche, quand trois balles viennent, en même temps, le frapper à mort. Le lieutenant Siamon subit le même sort au moment où il relève le drapeau, qui passe alors aux mains d’un sous-officier. Presque tous les officiers des trois compagnies sont hors de combat, mais ni cette troupe, ni les 5e et 8e compagnies qui, sous les ordres du major Schaumann, cherchaient à tourner la position, ni les autres fractions engagées ne parviennent à s’emparer des bâtiments, à l’abri de tout assaut.

    En vain quelques fantassins résolus ont pu s’introduire dans la cour par la porte sud. Fusillés presque à bout portant et de haut en bas, ils sont obligés de chercher un abri et tentent, sans succès, d’enfoncer les créneaux. En vain une compagnie va-t-elle se poster sur une petite éminence, à l’ouest, pour faire de là des feux plongeants. Rien ne parvient à réduire l’indomptable courage des nôtres, qui luttent avec l’énergie du désespoir, malgré une blessure grave reçue par leur vaillant chef, le commandant Cécile, du 14e.

    Le général de Kirchbach, commandant le Ve corps, est atteint d’une balle au cou qui l’oblige à remettre le commandement au général-lieutenant de Schmidt. Toute la tête de colonne ennemie est hors de combat, et les Prussiens vont être forcés de renoncer à la lutte, quand, enfin, leur artillerie arrive à la rescousse. Trois batteries, amenées avec une peine incroyable et des pertes énormes à 500 mètres du château tirent en brèche sur ses murailles. Quatre autres batteries, profitant de ce qu’on a pu déloger, en se mettant dix contre un, quelques hommes que nous avions aux Trois Peupliers, s’y établissent et lancent sur le château une pluie d’obus.

    La position n’est plus tenable. Dans ces deux heures de lutte héroïque, nos soldats ont épuisé leurs munitions, et ne peuvent plus espérer de secours de personne.

    Jugeant que l’honneur est sauf et que toute résistance est désormais impossible, ils mettent bas les armes et se rendent à discrétion. Ils restaient 200 de 1200 qu’ils étaient le matin et avaient tenu en échec deux divisions prussiennes.

     

    Il était deux heures environ. Obéissant aux ordres du général de Montmarie, que le maréchal de Mac-Mahon, arrivé au col du Pigeonnier, venait de mander auprès de lui, nos batteries, aux trois quarts démontées, se dirigeaient sur Kleeburg, tandis que les débris du 1er tirailleurs marchaient sur Roth.

    Cependant les quelques hommes barricadés dans la ferme de Schafbusch tenaient encore. Les grenadiers du roi se portèrent contre eux, du château du Geissberg. Mais une fusillade nourrie les arrêta net. Profitant de ce moment de répit, les lieutenants-colonels de la Tour-d’Auvergne et Baudoin, qui commandaient au Schafbusch, formèrent deux colonnes avec ce qui leur restait d’hommes, et se dirigèrent, à tout hasard, vers le bois de Bubeneich, s’arrêtant de temps en temps pour saluer d’une volée de coups de fusil les quelques pelotons qui s’étaient, sans grande conviction d’ailleurs, lancés à leur poursuite et qu’appuyaient les feux éloignés d’une batterie placée au Geissberg. Bientôt la petite troupe disparut, tandis que l’ennemi pénétrait dans la ferme, où ne restaient plus, avec des monceaux de morts et de mourants, que quelques hommes oubliés là, et parmi eux une douzaine de réservistes arrivés le matin même à leur corps.

     

    La division Douay n’avait reçu aucune instruction touchant la direction à suivre pour sa retraite. Le général de Montmarie n’était pas là, et personne ne connaissait les intentions du commandement. Les lieutenants-colonels de la Tour-d’Auvergne et Baudoin, livrés à leur propre inspiration, se dirigèrent par Soultz sur Haguenau, où ils arrivèrent à la nuit close, après une marche de 30 kilomètres qui succédait à six heures de combat acharné. Le soir également, le général Pellé, le 1er tirailleurs, la brigade de Septeuil et les 3 batteries atteignaient le col de Pfaffenschlich. Le régiment de tirailleurs était de toute la division le seul qui n’eût pas perdu ses tentes et ses sacs.

     

    Pendant cette mortelle journée, qu’avaient fait les troupes voisines ?

    Dès le matin, comme on l’a vu, le 78e s’était porté à Climbach, où il avait rejoint le 96e. Au bruit du canon, le colonel de Franchessin fit prendre les armes à ce dernier régiment, mais, n’ayant pas d’ordres, crut devoir rester sur place.

    Quant au général Ducrot, il avait aussi mis en alerte le 13e bataillon de chasseurs et le 18e de ligne campés à Lembach, prescrit à tout son monde de se porter au col du Pigeonnier, et s’était rendu de sa personne à ce dernier point. Arrivé là, au lieu de hâter la marche de ses troupes et de les jeter, coûte que coûte, sur le champ de bataille où 6000 braves soutenaient si vaillamment une lutte absolument disproportionnée, il s’était arrêté, pour se borner à recueillir les débris de la malheureuse division Douay, et à occuper pendant la nuit, les passages des Vosges.

    Le maréchal, lui aussi, était arrivé vers une heure au col du Pigeonnier, où il ne donna d’ailleurs aucune instruction nouvelle. Témoin de la défaite de la 2e division, il jugea qu’en persistant dans la dissémination de ses forces, il marchait à un nouveau désastre, et choisit la fameuse position de Woerth pour s’y concentrer. Il se rendit donc le soir même à Reichshoffen, d’où il envoya ses ordres de mouvement puis, il adressa à l’Empereur le compte rendu officiel du combat qui venait de finir, et demanda des renforts, afin, disait-il, de pouvoir reprendre l’offensive.

     

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