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     Le 1er août 1798 – La bataille d’Aboukir dans EPHEMERIDE MILITAIRE Bataille-navale-dAboukir-1798-150x150

    La bataille d’Aboukir ou la bataille du Nil

    D’après « Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français »
    Charles Théodore Beauvais de Préau – 1830

     

    D’après les instructions de Bonaparte, l’amiral Brueys avait conduit l’armée navale dans la rade d’Aboukir.

    On voit par cette disposition que le général en chef, peu porté à imiter plusieurs conquérants en brûlant sa flotte, mais qui eût pu la renvoyer immédiatement à Toulon, tenait à la conserver quelque temps, soit pour rembarquer ses troupes en cas d’échec, soit pour les porter plus rapidement et plus commodément vers la Syrie ou tout autre pays qu’il entrait dans le plan de l’expédition de soumettre aux armes républicaines.

    La détermination de Bonaparte ne peut être blâmée ; mais, en voyant l’armée navale demeurer près d’un mois dans la baie d’Aboukir, on ne saurait s’empêcher de penser que ses ordres n’ont pas été parfaitement exécutés. Le port vieux d’Alexandrie, ou Corfou, devaient seuls en effet servir d’asile aux vaisseaux de ligne, et la baie d’Aboukir n’était destinée à les recevoir, même passagèrement, que dans le cas où il serait reconnu que l’escadre pourrait s’y défendre contre des forces supérieures. Tous les marins sont d’accord qu’en moins d’un mois, on pouvait s’assurer si, parmi les récifs qui ferment le port vieux d’Alexandrie, il existait un passage pour des vaisseaux de ligne. Mais, en supposant qu’un mois eût été nécessaire, il fallait, pour s’exposer à demeurer aussi longtemps dans la rade d’Aboukir, avoir quelque confiance dans la position qu’y occupait l’escadre. Il est juste de le dire, toutefois, on croyait assez généralement à cette époque qu’une escadre bien embossée était inexpugnable, et, si la rade d’Aboukir eût été moins ouverte, la sécurité de Brueys fût devenue complète. Quelle qu’elle eût été, au surplus, le résultat n’eût guère pu être plus funeste.

    Un officier distingué, le capitaine de frégate Barré, avait été chargé de reconnaître et de sonder les passes du port vieux d’Alexandrie. Le 14 juillet, il adressa à l’amiral Brueys un rapport, accompagné d’un plan dressé avec autant de soin que d’exactitude.

    Le port vieux d’Alexandrie est fermé par une chaîne de bancs et de récifs, qui s’étend de l’E. N. E. à l’O.S.O. depuis la pointe des Figuiers jusqu’à celle du Marabou, distantes l’une de l’autre d’environ deux lieues. Trois ouvertures principales se trouvent au centre et vers les extrémités de cette chaîne, et se nomment passe du Milieu, passe du Marabou et passe des Figuiers.

    Dans son rapport, qui forme un document précieux pour l’histoire, le capitaine Barré annonçait que ces trois passes par lesquelles des bâtimens de guerre de différentes grandeurs pouvaient pénétrer dans le port vieux d’Alexandrie étaient susceptibles d’obtenir encore plus de profondeur, en faisant briser quelques roches qui se trouvaient dans le milieu et sur les côtés : opération praticable, attendu que ces roches étaient très friables. Il n’existait d’ailleurs dans la plus grande de ces passes (celle du milieu) qu’un seul endroit où ce moyen eût été nécessaire, le rocher se trouvant dans le milieu de la passe, et laissant de chaque côté un passage profond de six brasses (trente pieds).

    Il donnait à la passe du milieu deux cents toises de large dans l’endroit le plus resserré, sur six cent soixante toises de long, et dans toute son étendue une profondeur de six brasses, excepté sur deux points, le premier, à l’entrée, où il n’y avait que cinq brasses, et le second, dans le milieu, cinq brasses et demie. Mais le capitaine avait remarqué qu’il y avait passage de chaque côté du premier haut fond, et qu’alors il ne restait plus que celui du milieu, offrant à basse mer cinq brasses et demie. Toutefois, les marées donnant journellement deux pieds et demi, et davantage dans les pleines lunes, et surtout dans le débordement du Nil, on pouvait compter, au moment de la pleine mer, sur une profondeur d’au moins six brasses.

    Il avait trouvé la passe du Marabou large de trois cents toises et longue de cinq cents, mais difficultueuse à raison de l’inégalité du fond, qui ne donnait d’ailleurs que de quatre brasses à quatre brasses et demie.

    La passe des Figuiers n’ayant présenté que de trois à quatre brasses, lui paraissait ne pouvoir admettre que des bâtiments de commerce, et, seulement dans un cas pressé, des corvettes ou de petites frégates. Il assurait qu’il y avait louvoyage dans les deux premières passes.

    Après avoir bien examiné ces passes, le capitaine Barré avait fait placer des barriques goudronnées et étalinguées sur des ancres dans les deux principales passes, et mis sur ces bariques des pavillons rouges du côté de tribord en entrant et des jaunes à bâbord. Indépendamment de ces remarques, il avait tracé, de la manière la plus détaillée, dans son rapport, les indications à suivre et les précautions à prendre pour parvenir jusqu’au fond du port.

    Le capitaine ajoutait : « Je pense que l’on pourrait encore établir une communication du port vieux au port neuf, ce qui faciliterait beaucoup l’entrée et la sortie de ces deux ports ; mais cette entreprise doit être ajournée ». Il terminait son rapport par cette phrase remarquable : « Mon avis, en dernière analyse, est que les vaisseaux peuvent passer avec les précautions d’usage, que vous (l’amiral Brueys) connaissez mieux que moi ».

    Brueys écrivit, le 20 juillet (2 thermidor), au capitaine Barré, pour le remercier des soins et des peines qu’il s’était donnés dans son travail. Mais il ajoutait que le rapport de cet officier ne lui paraissait pas encore assez satisfaisant, puisque l’escadre française se trouvait dans la nécessité de passer sur un fond de vingt-cinq pieds, et que les vaisseaux de 74 tirent au moins vingt-deux pieds ; qu’il faudrait, par conséquent, un vent fait exprès et une mer calme pour hasarder d’y passer sans courir les plus grands risques d’y perdre un vaisseau, d’autant que le passage était étroit, et que l’effet du gouvernail est moins prompt lorsqu’il y a peu d’eau sous la quille.

    L’amiral engagea le capitaine à continuer ses recherches pour trouver quelque chose de plus avantageux, et à faire part de son travail, quand il l’aurait terminé, au général en chef Bonaparte, en lui envoyant un plan exact avec les sondes, et son avis sur le rang des vaisseaux qu’on pourrait se permettre de faire entrer dans le port vieux, avec la certitude de ne pas les risquer.

    Pendant que l’escadre française prolongeait ainsi son séjour dans la baie d’Aboukir, ses vivres s’épuisaient, et elle se fût trouvée bientôt en manquer totalement, s’il ne lui eût été envoyé de Rosette un peu de riz dans de petits bâtiments du pays. Les vaisseaux éprouvaient également la plus grande difficulté à se procurer de l’eau fraîche. Celle qu’on obtenait en creusant des puits à terre était saumâtre, et les hommes employés à l’aiguade étant sans cesse attaqués par les Arabes, il fallait envoyer de forts détachements pour les protéger. Cette situation devenait insupportable.

    Une chose non moins étonnante que la longue station de l’armée de Brueys dans une rade foraine ouverte aux vents et à l’ennemi, c’était de ne point voir Nelson reparaître avec ses vaisseaux. Nous allons en expliquer la cause, et nous ferons voir également ce qui s’opposa à ce que les Anglais se présentassent en force pour attaquer la flotte française à sa sortie de Toulon, ce qu’ils n’eussent pas manqué de faire s’il leur eût été possible. Ces développements, dans lesquels nous n’avons pas cru devoir entrer plus haut, sont ici à leur place.

    Dans les opérations militaires en général, et particulièrement dans une guerre maritime, il est du plus grand avantage de prendre son ennemi au dépourvu. Par d’habiles combinaisons, la France obtint plusieurs fois, depuis 1793, cet avantage sur l’Angleterre ; mais des fautes et des malheurs l’empêchèrent toujours d’en profiter. L’époque où l’on prépara l’expédition d’Egypte fut une de celles où le gouvernement anglais, malgré le nombre considérable de ses vaisseaux de guerre, se trouva dans l’impossibilité de faire face à tout et d’avoir des forces sur tous les points d’où la Grande-Bretagne était menacée. La Méditerranée avait été évacuée par l’armée navale anglaise aux ordres de sir John Jervis (depuis lord comte de Saint-Vincent). Cet amiral continua de garder la position qu’il avait prise, et l’armement considérable qu’on fit à Toulon pendant le printemps de 1798, ne le détermina pas à en changer. Toujours pénétré de l’idée que l’état politique de l’Europe ne laissait à la république aucune expédition maritime à entreprendre dans la Méditerranée, il se borna à attendre l’armée navale française à l’entrée de l’Océan, tout en tenant bloquée celle des Espagnols. Cependant, lorsqu’on eut lieu de conjecturer que ce pourrait être en dedans du détroit qu’opéreraient la flotte républicaine et l’armée rassemblée sur les côtes de Provence, il fallut bien se mettre en mesure de s’y opposer.

    Dans cette circonstance, lord Saint-Vincent se trouva fort embarrassé : s’il négligeait de se porter dans la Méditerranée, les Français pouvaient achever sans obstacle l’expédition qu’ils avaient en vue ; s’il quittait les environs de Cadix, il laissait échapper les vaisseaux espagnols. L’amirauté, très embarrassée elle-même, lui prescrivit la conduite qu’il avait à tenir, en attendant les renforts qu’elle allait s’empresser de lui envoyer.

    On autorisait l’amiral, s’il le jugeait nécessaire, à entrer dans la Méditerranée avec toutes ses forces, abandonnant le blocus de la flotte espagnole, comme l’objet le moins important ; mais, dans le cas où il croirait un détachement suffisant, on l’invitait à en donner le commandement à sir Horatio Nelson. C’est à ce dernier parti que lord SaintVincent s’arrêta. Déjà il avait expédié Nelson, avec trois vaisseaux de ligne, quatre frégates et une corvette, pour observer le port de Toulon. Il se décida à le renforcer dès qu’il le pourrait, et à demeurer lui devant Cadix avec le gros de son armée.

    Les mesures du gouvernement anglais furent, comme on voit, prises trop tard, puisque trois de ses vaisseaux seulement se trouvaient dans la Méditerranée lorsque la flotte française mit à la voile. Et Nelson, qui n’eût pu que la suivre de loin pour connaître sa destination, ignora même longtemps son départ. Il n’avait quitté la baie de Cadix que le 9 mai, et il avait quatre cents lieues à faire pour atteindre les côtes de Provence. Arrivé dans le golfe de Lyon, vers l’époque de la sortie de l’expédition, il essuya une tempête, qui éloigna ses frégates et démâta son vaisseau de tous mâts. Ce fut avec la plus grande peine que, remorqué par un autre vaisseau, il put gagner le port de Saint-Pierre en Sardaigne.

    Nelson, après s’être réparé à la hâte, se porta au rendezvous, où devait le joindre le renfort promis par lord SaintVincent ; mais ce ne fut que le 8 juin au soir (jour où la flotte française se trouvait entre la Sicile et Malte), que se réunirent à lui dix vaisseaux de 74 et un de 50, annoncés depuis deux jours par la corvette la Mutine, qui les devançait. L’amiral Saint-Vincent persistant à ne pas vouloir lever le blocus de Cadix, avait attendu, pour renforcer Nelson, l’arrivée des vaisseaux détachés de la flotte de la Manche, sous le commandement de sir Roger Curtis, pour le renforcer lui-même. Aussitôt que les vigies eurent annoncé les vaisseaux de l’amiral Curtis, ceux destinés pour la Méditerranée avaient mis sous voiles.

    La jonction opérée, l’amiral anglais se mit à la recherche de la flotte de Bonaparte. Une circonstance qui eût contribué à dérober sa marche aux ennemis, lors même que leurs vaisseaux eussent été réunis à une certaine distance à l’ouest de Toulon, c’est la route peu ordinaire qu’elle prit entre la Corse et la côte d’Italie, au lieu de passer par le sud de la Sardaigne. Cette route fut connue à Nelson lorsqu’il fut parvenu près des côtes de Corse, et il la suivit lui-même. Il arriva le 16 dans la baie de Naples, où un avis de l’agent anglais, sir W. Hamilton, lui apprit que les Français s’étaient dirigés vers Malte. Le 20, il sut, par le consul de Messine, que cette île avait capitulé ; enfin, le 22 au matin, on lui rapporta que la flotte de Bonaparte en était partie, se dirigeant vers l’est. Il pensa alors que l’Egypte était le but ultérieur de l’expédition, et il força de voiles avec ses vaisseaux, pour tâcher de joindre le convoi et l’attaquer dans sa route.

    Nous avons dit que Nelson était arrivé devant Alexandrie quelques jours avant la flotte française, parce qu il s’était dirigé en droite ligne vers cette ville, tandis que Brueys, en allant prendre connaissance de la côte de Candie, avait fait un angle et alongé la route. Il paraîtrait, d’après le relevé de divers journaux nautiques (et les Anglais le croient), que les deux flottes se sont trouvées très près l’une de l’autre dans la nuit du 22 au 23 juin. Surpris de voir qu’à Alexandrie on n’avait aucune nouvelle de l’expédition française, Nelson avait quitté les côtes d’Egypte pour se porter sur les divers points où il espérait obtenir quelque information. Il avait d’abord visité les côtes de Karamanie, puis celles de Morée ; enfin, après avoir parcouru presque tout l’Archipel sans avoir rien appris, il était revenu, manquant d’eau et de vivres, sur les côtes de Sicile, le 18 juillet.

    La cour de Naples, alors en paix avec la république française, avait d’abord résolu de ne donner aucun secours à l’escadre britannique, pour ne pas se compromettre. Ainsi Nelson, obligé de pousser jusqu’à Gibraltar pour se ravitailler, eût laissé les Français maîtres absolus dans la Méditerranée, et le directoire eût pu retirer tout le fruit qu’on devait attendre des grandes conceptions de Bonaparte ; mais les intrigues de la fameuse lady Hamilton triomphèrent des scrupules de la cour, et des ordres secrets furent expédiés en Sicile pour fournir à Nelson tout ce dont ses vaisseaux auraient besoin. Cette conduite perfide du cabinet napolitain fut la cause première des succès de l’amiral anglais : ceux qu’obtint si souvent la république dans la guerre continentale semblent bien plus étonnants, quand on songe combien de fois elle fut trahie. Peu de temps auparavant, le vice-roi de Sardaigne avait donné l’exemple au roi de Naples, en fournissant à Nelson les moyens de réparer en quelques jours son vaisseau, que la tempête avait réduit à un état tel, que, de son aveu, la moindre frégate française en eût eu bon marché.

    Sans les secours qu’il trouva en Sicile, Nelson était perdu. Lorsqu’on apprit en Angleterre qu’il était revenu sur ses pas sans avoir trouvé la flotte française, de toutes parts on demanda sa mise en accusation, et l’on blâma fortement lord Saint-Vincent et l’amirauté d’avoir fait choix, pour une mission aussi importante, d’un officier promu depuis si peu de temps au grade de contre-amiral. Combien donc il fut heureux pour lui de pouvoir recommencer cette mission, qu’il avait si mal remplie d’abord, avant que des ordres eussent pu parvenir d’Angleterre pour son remplacement et sa mise en jugement si vivement réclamés !

    Après avoir passé sept jours dans le port de Syracuse, à faire de l’eau et des vivres, Nelson remit à la voile le 25 juillet, sans avoir réussi à obtenir des renseignemens positifs sur le point où la flotte française s’était portée. Tout ce dont il était certain, c’est qu’elle n’avait pas redescendu la Méditerranée. Le 28, son escadre se présenta devant le golfe Coron, et là, ayant communiqué avec la terre, il apprit enfin que les Français avaient été vus plus d’un mois auparavant, des côtes de Candie, faisant route au sud-est ; il en conclut de nouveau que l’Egypte était le but de l’expédition, et il dirigea son escadre vers les côtes de ce pays. Il arriva en vue d’Alexandrie le 1er août (14 thermidor), à midi. Peu d’heures après, il eut connaissance de l’escadre française, mouillée dans la rade d’Aboukir, et il se disposa sur-le-champ à l’attaquer.

    Avant d’entrer dans les détails du combat, il est nécessaire de faire connaître la position de l’escadre française, et les préparatifs de défense qui avaient été faits par l’amiral. La baie d’Aboukir, située, comme nous l’avons dit, à neuf lieues à l’est d’Alexandrie, s’étend presque en demi-cercle depuis le château de ce nom jusque vers la bouche la plus occidentale du Nil, celle de Rosette. Cette baie, dont la plage est très basse, n’offre assez de fond pour des vaisseaux de ligne qu’à environ une lieue de terre ; la largeur de son ouverture fait qu’elle ne présente guère d’abri. Cependant elle est un peu abritée du côté du N.-O., celui où les vents soufflent le plus fréquemment, par un îlot placé à une demi-lieue dans l’E.N.-E. de la pointe du château, et lié à cette pointe par une chaîne de bancs de sable et de roches, entre lesquels il n’y a de passage que pour les djermes. Cet îlot est entouré lui-même d’un écueil qui s’avance à près de huit cents toises plus au large.

    Il devait paraître impossible de trouver dans un pareil endroit une position bien militaire ; mais Brueys, qui le jour de l’arrivée de la flotte en Egypte, et sur la nouvelle du voisinage d’une escadre ennemie, n’avait pas craint de l’attendre, ses vaisseaux mouillés en pleine côte et à trois lieues au large. Brueys, disons-nous, put croire son escadre en sûreté dans la baie d’Aboukir. A la confiance qu’il avait d’être victorieux, en cas qu’il fût attaqué, il joignait la conviction que l’ennemi n’oserait tenter de venir le combattre dans une baie peu connue des navigateurs provençaux eux-mêmes, et qu’il supposait par conséquent presque entièrement inconnue aux marins anglais.

    A peine mouillé dans la baie d’Aboukir, l’amiral avait convoqué un conseil des contre-amiraux et capitaines de l’escadre, à l’effet de décider si l’on attendrait les ennemis à l’ancre, dans le cas où ils se présenteraient ; et comme il avait insinué l’affirmative, elle avait prévalu. Le contre-amiral Blanquet-Duchayla, seul parmi les officiers généraux, insista pour qu’on levât l’ancre dès qu’on serait instruit de l’approche de l’escadre de Nelson, et pour qu’on se portât au-devant d’elle, afin de la combattre à la voile, soutenant, avec raison, que ce n’est qu’appuyée sur des forts bien armés et qui se croisent, qu’une escadre peut s’embosser avec quelque avantage. Lorsqu’il vit qu’il ne pouvait rien gagner, et que la majorité était d’un avis contraire, il pria Brueys de le mettre à même de concourir le plus immédiatement possible à la defense du payillon amiral, en choisissant son vaisseau, le Franklin, pour l’un des matelots de l’Orient. Brueys accepta cette offre, par laquelle Duchayla prouvait qu’un vrai militaire doit se dévouer pour l’exécution des ordres de son chef, lors même qu’il ne les approuve pas. Il est fâcheux de le dire, mais dans la marine française, à toutes les époques, une pareille conduite fut très rare, et trop souvent ses revers ont été dus au peu d’accord qui régnait entre un amiral et les commandans d’escadres ou de vaisseaux sous ses ordres.

    Brueys choisit pour ligne de mouillage celle N.-O. et S.-E., comme étant la direction des vents régnants pendant presque tout l’été, et celle suivant laquelle les vaisseaux devaient naturellement présenter le travers au large. Il résolut d’appuyer la tête de son escadre sur l’îlot d’Aboukir, et, pour qu’elle en fût protégée, il fit établir sur cet îlot une batterie de deux canons de 12 et deux mortiers. Il plaça son premier vaisseau à environ douze cents toises de l’îlot, le second à quatre-vingts brasses dans le S.-E. de celui-ci, et ainsi des autres. Cependant, à partir du centre, qu’occupait le vaisseau amiral, la ligne se repliait un peu vers la côte, de manière que l’escadre présentait un angle très obtus, dont le sommet était tourné au large.

    Il est facile de remarquer les vices nombreux de cette position. D’abord la tête de l’escadre était beaucoup trop éloignée de l’îlot, et celui-ci trop faiblement armé ; douze canons au moins, et quatre mortiers, eussent été nécessaires pour qu’il pût offrir une protection un peu efficace. Quant à la distance entre l’îlot et le premier vaisseau, elle était de moitié plus grande qu’elle n’eût pu être, tous les plans de la baie d’Aboukir indiquant cinq brasses et demie d’eau à six cents toises dans le S.-E. de l’îlot.

    Il est très difficile, au reste, de mouiller une escadre de manière à l’empêcher d’être tournée par des vaisseaux ennemis à l’une de ses extrémités (celle du vent), lorsqu’aucun obstacle naturel ne s’oppose à ce qu’ils atteignent cette extrémité, parce qu’alors ils peuvent passer sur le câble du vaisseau de tête ; toutes les mesures prises pour s’y opposer deviennent inutiles contre un ennemi audacieux. La distance de quatre-vingts brasses d’un vaisseau à l’autre, exposait la ligne à être coupée partout, puisqu’elle laissait passage à cinq ou six vaisseaux de front.

    On expliquerait difficilement aussi pourquoi Brueys avait porté son centre en avant, de manière que l’escadre Egypte, formait une ligne concave en sens contraire de la côte. Tout dans ces dispositions prises par l’amiral confirme ce que nous avons déja dit qu’il se regardait comme certain de n’être pas attaqué. La vue des vaisseaux ennemis se dirigeant vers la baie ne le tira même pas d’erreur ; il demeura persuadé que Nelson, après avoir reconnu la position formidable, selon lui, de l’escadre française, virerait de bord et se contenterait de croiser au large pour la tenir bloquée.

    Ce fut le vaisseau l’Heureux qui le premier signala l’escadre anglaise : il était deux heures. Chaque vaisseau avait à terre, en outre des marins occupés à creuser des puits, vingt-cinq hommes de troupes pour les protéger contre les Arabes. La première chose faite fut de rappeler à bord tous les canots et chaloupes avec les travailleurs et l’escorte. Il n’en revint qu’un petit nombre. Les frégates reçurent en ce moment l’ordre de verser leurs équipages a bord des vaisseaux.

    A trois heures, l’escadre ennemie, poussée par un vent de N.-N.-O. assez frais, ayant considérablement approché, l’amiral fit le signal de branlebas général de combat. Ce signal fut exécuté plus ou moins bien exécuté à bord des différents vaisseaux, suivant l’opinion qu’on y avait de la probabilité de l’attaque. Brueys ordonna en même temps aux bricks l’Alerte et le Railleur d’appareiller pour feindre d’aller reconnaître l’ennemi et exécuter un ordre secret. Cet ordre avait pour but de tromper l’ennemi sur la profondeur de l’eau dans certains endroits dangereux et de l’attirer sur ces dangers. L’Alerte le mit à exécution : il s’approcha jusqu’à portée de canon des vaisseaux anglais, et, comme s’il les eût reconnus seulement alors pour ennemis et qu’il voulût s’efforcer de se dérober promptement à eux, il se couvrit de voiles et se retira vers la rade, en passant sur les hauts fonds qui se trouvent au large de l’îlot. Nelson, soupçonnant peut-être la ruse, ne donna pas dans le piège, et manœuvra comme s’il eût eu de bons pilotes. Il ne tarda pas, au reste, à en avoir.

    A quatre heures et demie, une djerme, montée à ce qu’on assure, par des Français et des pilotes du pays, se dirigea vers le vaisseau amiral anglais, malgré les coups de canon qui lui furent tirés par l’Alerte.

    Lorsque la manœuvre de l’ennemi ne permit plus de douter que son intention ne fût d’attaquer le soir même, l’amiral fit mettre les perroquets en croix à toute l’escadre, ce qui semblait dénoter l’intention d’appareiller pour recevoir le combat à la voile. Cependant, bientôt après il signala que son intention était de combattre à l’ancre, et fit amener tous les pavillons et flammes de l’escadre. Les dispositions qu’il avait ordonnées pour l’embossage et pour lier les vaisseaux de l’un à l’autre par un grelin, ne furent pas exécutées généralement.

    A cinq heures, l’escadre anglaise, dont les vaisseaux s’étaient avancés jusque-là pêle-mêle, se forma en ligne de bataille, tribord amures, avec une rapidité et une précision admirables : elle se dirigea dans cet ordre vers la tête de la ligne française.

    A cinq heures un quart, le Culloden, chef de file ennemi, s’échoua sur l’extrémité des hauts-fonds, à l’E.N.-E. de l’îlot. Les autres prirent un peu plus de tour et continuèrent leur route. La batterie établie sur l’îlot commença alors à lancer sur les vaisseaux anglais quelques bombes, mais elles furent sans effet. Depuis assez longtemps l’avant-garde française eût dû commencer à tirer sur cette file de vaisseaux qui lui présentaient le devant, et qu’elle eût pu démâter et dégréer, au point de les gêner dans leur mouvement hostile et dont le but n’était pas douteux.

    Ce ne fut seulement qu’après cinq heures et demie, et lorsque le Goliath, devenu vaisseau de tête de l’escadre anglaise, n’était plus qu’à portée de pistolet du Guerrier, que tous les pavillons furent arborés de part et d’autre et que le feu commença. Les vaisseaux ennemis le reçurent sans riposter, parce qu’ils ne pouvaient se déranger de leur route pour présenter le travers et faire porter leurs canons sur l’escadre française. Malgré les dommages qu’ils en reçurent et les hommes qui leur furent mis hors de combat, ils continuèrent de pousser leur pointe.

    Bientôt le Goliath parvint à doubler sur l’avant le Guerrier, auquel il envoya une bordée en passant. Il voulut mouiller en travers de la joue de ce vaisseau et à terre de lui ; mais son ancre n’ayant pas pris fond assez tôt, il se laissa dériver, vint mouiller par le travers du Conquérant, et l’attaqua de la manière la plus vive. Le Zealous, qui suivait, prit sa place à terre du Guerrier, qu’il eut bientôt démâté de son mât de misaine. L’Orion vint passer entre le Zealous et le Guerrier, en lâchant à celui-ci sa bordée de babord ; il passa ensuite à terre du Goliath, envoya sa bordée de tribord à la Sérieuse, qui avait fait feu sur lui, et la coula, après quoi il prit poste à terre de l’Aquilon. Le Theseus se dirigeant entre le Zealous et le Guerrier, fit tomber à celui-ci les deux mâts qui lui restaient, et fut mouiller vis-à-vis le Spartiate. L’Audacious, matelot d’arrière du Theseus, prit une autre route, et coupant la ligne entre le Guerrier et le Conquérant, auxquels il envoya en poupe et en proue ses deux bordées, il vint se fixer par la joue du dernier.

    Le Kanguard venait ensuite. Mais, au lieu de le faire passer, comme les précédents, entre la ligne française et la terre, Nelson, laissant arriver en dehors, lui fit prendre poste à portée de pistolet au large du Spartiate, attaqué ainsi des deux bords, mais qui se défendit de la manière la plus brillante. Les vaisseaux qui s’avançaient derrière l’amiral anglais imitèrent sa manœuvre et vinrent s’établir, le Minotaur en avant de lui et par le travers de l’Aquilon, le Defence vis-à-vis du Peuple-Souverain, le Swiftsure présentant le côté au bossoir du Franklin, le Bellerophon sous la volée de l’Orient, et le Majestic sous celle du Tonnant.

    Ainsi se placèrent onze vaisseaux de l’escadre anglaise. Il suffit de jeter un coup d’oeil pour se convaincre que, entourés de cette manière, l’avant-garde et le centre de l’escadre républicaine ne pouvaient manquer de succomber, malgré les héroïques efforts de leurs défenseurs, si l’arrière-garde tardait a venir prendre part a l’action. Elle demeura paisible spectatrice de leur défaite.

    Il élait six heures et demie, et le soleil touchait à l’horizon, lorsque les deux escadres se trouvèrent engagées de la sorte. De chaque côté on se battait avec un égal acharnement. Bientôt la nuit couvrit la baie, et le combat continua dans l’obscurité avec une ardeur extraordinaire, et d’autant plus remarquable de la part des Français, que leurs vaisseaux, attaqués des deux bords ou exposés à l’être, avaient chacun de cent cinquante à deux cents marins de moins que le complet de son équipage.

    Deux vaisseaux que Nelson avait détachés pour reconnaître le port d’Alexandrie, et qui n’avaient pu le rallier avant le soir, arrivèrent après la nuit close, et se placèrent de manière à ajouter encore à l’avantage de la position qu’occupaient les assaillants. L’Alexander coupa la ligne en arrière du vaisseau amiral français, et fut mouiller à terre de lui par sa hanche. Le Leander, à qui sa faiblesse ne permettait pas de prêter longtemps le côté à un des vaisseaux français, vint mouiller en travers sur l’avant du Franklin, dans un intervalle déjà considérable, et devenu plus grand par l’éloignement du Peuple-Souverain, que la rupture de ses câbles avait fait quitter son poste et tomber sous le vent de la ligne. De cette manière, tous les boulets du Leander qui n’atteignaient pas le Francklin allaient à bord de l’Orient, du Tonnant, ou d’un des vaisseaux plus en arrière.

    Désormais, l’issue du combat ne pouvait plus être douteuse. Tout le courage que déployaient les officiers et marins des vaisseaux français cernés par ceux de Nelson, ne pouvait soustraire au sort qui les attendait, et l’inaction de l’arrière-garde les condamnait à être détruits ou à devenir la proie de l’ennemi. Le Guerrier et le Conquérant, qui avaient vu défiler sur eux, au vent et sous le vent, cinq vaisseaux ennemis, étaient totalement démâtés peu après sept heures. La presque totalité de leurs canons ne tarda pas à être démontée, plus de la moitié de leur équipage fut bientôt mise hors de combat ; ils durent succomber les premiers.

    Parmi les autres, qui opposèrent à leurs nombreux adversaires une résistance opiniâtre, quoique désespérée, on distingua surtout le Spartiate et le Franklin. Le premier, attaqué par le Vanguard, vaisseau de Nelson, du côté du large, et par un autre, du bord de terre, les maltraita considérablement. Malgré la précaution qu’avait prise le capitaine du vaisseau amiral anglais de le placer et l’effacer de manière à n’être exposé qu’à une partie des canons du Spartiate, le feu de celui-ci lui causa les plus grands dommages. En quelques minutes, tous les hommes employés aux six premiers canons sur l’avant du Vanguard (seule partie de ce vaisseau que pouvaient découvrir les canonnières du Spartiate) furent tués ou blessés. On y en plaça d’autres : trois fois de suite, ils furent balayés. Le Franklin, déjà entouré de plusieurs vaisseaux anglais, se défendait avec vigueur, et son équipage déployait un courage qui sembla s’accroître encore avec le nombre des ennemis qui vinrent ensuite l’assaillir.

    Le Tonnant et l’Orient furent d’abord plus heureux que les vaisseaux qui les précédaient, et ils obtinrent un avantage marqué sur ceux des ennemis qui, les premiers, se présentèrent pour les attaquer. Le Majestic, en venant prendre poste le long du Tonnant, avait engagé son bout-dehors de beaupré dans le gréement du grand mât de celui-ci. Dans cette position, tous les coups du Tonnant, l’enfilant de l’avant à l’arrière, lui firent le plus grand mal. Au bout de quelques instants, son capitaine fut tué, et presque tous les officiers mis hors de combat. Deux cents matelots éprouvèrent le même sort. Ce fut avec une peine infinie que ce vaisseau parvint à se dégager de dessous le feu meurtrier du Tonnant, et réussit à s’établir en travers d’un des vaisseaux plus en arrière, qui probablement ne le reçut pas aussi chaudement. Le Bellerophon, quoique placé vis-àvis de la joue de l’Orient, ne tarda pas à être écrasé par ce formidable adversaire. Malgré la position avantageuse qu’avait prise le vaisseau anglais, l’Orient, étant bien embossé, parvint à s’effacer de manière à faire porter sur lui la plus grande partie de ses canons. Le feu du trois-ponts français produisit de terribles effets à bord du Bellerophon.

    Avant huit heures, ses trois mâts furent abattus, une grande partie de ses canons mis hors de service, et il avait près de 200 hommes tués ou blessés. Deux bordées encore de l’Orient l’eussent coulé bas. Il coupa son câble, pour se soustraire à une destruction inévitable, et se laissa dériver ; mais le peu de vent qui régnait alors lui faisait parcourir lentement la queue de la ligne française. Il reçut la volée du Tonnant, qui acheva de faire une boucherie de son équipage, et il amena pour ce vaisseau. Cependant il dérivait toujours, et essuya encore quantité de coups de canon de l’Heureux et du Mercure. Son équipage, et principalement les officiers, jetèrent de grands cris, pour faire connaître qu’il était rendu : l’amiral Villeneuve, qui les entendit du Guillaume Tell, défendit à ce vaisseau et aux deux derniers de la ligne française de tirer sur le Bellerophon. Il eût dû s’empresser de le faire amariner par une des frégates voisines, particulièrement par la Diane, qui était la plus proche de lui. On ignore pourquoi il ne le fit point, ou pourquoi seulement il n’obligea pas le capitaine anglais de jeter l’ancre par son travers. Le Bellerophon, profitant de cette faute, continua de se laisser dériver vers l’embouchure du Nil. Après la retraite du Bellerophon, le Swiftsure fit un mouvement qui le rapprocha de l’Orient, et lui permit de canonner ce vaisseau par la joue, tout en continuant de combattre le Franklin par la hanche.

    Depuis le commencement du combat, l’amiral Brueys se tenait sur la dunette de son vaisseau, avec tous les officiers de son état-major, son capitaine de pavillon Casa-Bianca, et l’ordonnateur de l’escadre Joubert. Il y avait dans ce même endroit une vingtaine d’hommes faisant la fusillade. C’était tout ce qu’on avait pu rassembler pour le service de la mousqueterie, les soldats destinés à ce service et les marins attachés aux pièces de canon des gaillards ayant été envoyés dans la batterie de 12, où il manquait plus de la moitié des hommes nécessaires à son armement.

    Dans la première heure de l’action, l’amiral avait été blessé, mais légèrement, à la figure et à la main. Peu après huit heures, il fut atteint d’un boulet qui le coupa presque en deux. On s’approcha pour l’enlever et le transporter au poste des blessés. Mais il s’y opposa, et prononça d’une voix ferme ces paroles remarquables : « Un amiral français doit mourir sur son banc de quart ! ». Il expira au bout d’un quart d’heure. Le chef d’état-major ne fit point connaître ce fatal événement à l’armée, pas même au contre-amiral Duchayla, à qui le commandement en chef devait passer, et dont le vaisseau était le plus voisin de l’Orient ; sans doute que la position des ennemis y mettait obstacle et en fut la seule cause. Le capitaine de pavillon Casa-Bianca, grièvement blessé, tomba peu de temps après. Soit que l’équipage de l’Orient ignorât la perte qu’il venait de faire, ou que son courage fût au-dessus d’un semblable malheur, il continua de se battre avec acharnement.

    A bord du Franklin, la même ardeur animait les marins, malgré la blessure grave que venait de recevoir à la figure l’amiral Duchayla, qu’on avait été obligé d’enlever de dessus le pont, où il était tombé privé de sentiment.

    Lorsque les amiraux commandant l’avant-garde et le centre de l’escadre française (les deux seuls corps engagés alors) tombaient sous les coups de l’ennemi, l’amiral anglais n’était pas plus heureux. Atteint à la tête par un morceau de mitraille, Nelson, qui crut sa blessure mortelle, se fit descendre au poste du chirurgien, et demanda le chapelain pour l’assister dans ses derniers moments. A l’inspection de la plaie, on reconnut qu’elle n’était que superficielle. Un large morceau de la peau du front avait été détaché et retombait sur la figure, mais les os n’étaient pas offensés. Nelson cependant demeura dans le faux pont, où il s’occupa à dicter le commencement de ses dépêches et à régler quelques promotions. C’est là qu’il reçut, des mains de son capitaine de pavillon, l’épée du commandant du Spartiate, quand ce vaisseau se fut rendu.

    Vers neuf heures, le feu des vaisseaux de la tête de la ligne française avait considérablement diminué. Et peu après, ayant cessé tout à fait, ce silence fit pressentir au reste de l’escadre qu’ils étaient rendus. Il ne fut plus permis d’en douter quand on vit les vaisseaux ennemis refluer vers le centre et l’arrière-garde.

    A neuf heures et un quart, le feu éclata sur la dunette et dans la chambre de conseil de l’Orient. On avait été obligé, à bord de ce vaisseau, d’abandonner la troisième batterie pour pouvoir armer complétement les deux autres. De cette manière, les parties hautes du vaisseau demeurèrent presque désertes, et ce fut probablement là la cause des progrès rapides et effrayants que fit l’incendie. Dès ce moment, soit par humanité, soit plutôt par la crainte de devenir eux-mêmes la proie des flammes, les Anglais cessèrent de tirer sur l’Orient, s’en éloignèrent, et se réunirent en plus grand nombre sur le Franklin et le Tonnant. Ces deux vaisseaux soutinrent ces nouvelles attaques avec une fermeté digne d’éloges.

    Du Petit-Thouars, capitaine du Tonnant, criblé de blessures, ayant eu les deux bras et une jambe emportés, faisait, en recevant le coup mortel, jurer à son équipage de ne jamais se rendre, et ordonnait de jeter son corps à la mer, pour qu’il ne tombât pas au pouvoir des Anglais, s’ils parvenaient à prendre le Tonnant à l’abordage, après avoir réduit ses défenseurs à l’impossibilité de les repousser. Le capitaine Gillet, du Franklin, grièvement blessé à neuf heures et demie, remit le commandement au capitaine de frégate Martinet. Le feu prit plusieurs fois à bord de ce vaisseau ; mais, par les efforts du nouveau commandant et de l’équipage, il fut chaque fois promptement éteint. Tour à tour canonniers et pompiers, les marins du Franklin déployèrent une bravoure et un sang-froid admirables.

    Cependant les flammes dévoraient la mâture et les parties élevées de la coque de l’Orient. A la vive clarté qu’elles répandaient, on distinguait parfaitement la position des deux escadres et la couleur de leurs pavillons. Bientôt tout espoir d’arrêter l’incendie fut perdu, et néanmoins l’équipage du vaisseau amiral français continuait toujours de tirer sur les vaisseaux ennemis qu’il pouvait découvrir. Les marins n’abandonnaient un poste que quand ils en étaient chassés par les flammes : c’est ainsi qu’ils quittèrent la batterie de 24 pour se porter dans celle de 36 et s’y battre encore. Enfin, quand le feu menaça de les y atteindre, ils se précipitèrent à la mer par les sabords, les uns cherchant à gagner à la nage la terre ou un des vaisseaux les plus proches, les autres s’accrochant aux nombreux débris dont la mer était semée tout autour du vaisseau.

    Par un rare bonheur, le chef d’état-major Ganteaume trouva le moyen de se jeter dans un canot, à l’aide duquel il gagna le brick le Salamine, puis le fort d’Aboukir, et de là Alexandrie. L’adjudant général Motard, blessé à la jambe, put encore atteindre à la nage un vaisseau qui se trouva être anglais. Casa-Bianca ne fut pas aussi heureux. On a rapporté dans le temps que son fils, encore enfant, mais qui voulait périr ou se sauver avec son père, l’ayant placé sur un des débris de la mâture de l’Orient, ils furent engloutis tous deux dans les flots quand le vaisseau vint à sauter. Un autre rapport, plus vraisemblable, disait que Casa-Bianca était demeuré au poste des blessés, et périt, lors de l’explosion, dans les bras de son fils, qui n’avait pas voulu l’abandonner. De quelque manière que soient morts le père et le fils, le trait héroïque de tendresse filiale du jeune Casa-Bianca est regardé comme authentique, et a inspiré de beaux vers à deux poètes célèbres.

    A dix heures trois quarts, l’explosion eut lieu. Ceux qui n’ont pas été témoins d’un pareil spectacle ne peuvent se faire une idée de sa sublime horreur. L’immense gerbe de feu qui s’élança des flancs du vaisseau embrasé, avec un bruit cent fois plus terrible que celui du tonnerre, sembla s’élever jusqu’au ciel, en éclairant tout l’horizon. A cette éblouissante clarté, à cette épouvantable détonation succédèrent une obscurité profonde et un silence plus effrayant peut-être. Ce silence ne fut interrompu d’abord que par la chute des mâts, des vergues, des canons et des débris de toute espèce lancés à une hauteur prodigieuse, et qui retombèrent les uns après les autres dans la mer avec fracas. Les vaisseaux environnants coururent les plus grands dangers. De tous ces objets qui pleuvaient autour d’eux, les uns pouvaient les défoncer et les couler à fond, les autres les incendier. Des morceaux de fer rouges, des tronçons de bois et de cordages enflammés tombèrent à bord du Franklin, et mirent, pour la quatrième fois, le feu à ce vaisseau ; cette fois encore on parvint à l’éteindre.

    L’espèce de stupeur dans laquelle l’explosion de l’Orient avait plongé les deux escadres dura environ un quart d’heure, après lequel le feu, qui avait cessé de toutes parts en ce moment, recommença. Le combat qui, jusqu’alors avait été peu de chose à l’arrière-garde, y devint plus vif. Le Tonnant, l’Heureux et le Mercure avaient, peu de temps avant l’explosion, coupé leurs câbles pour s’écarter de l’Orient et se dérober aux dangers dont son voisinage les menaçait. Ils furent attaqués avec vigueur : les deux derniers étaient échoués.

    De tous les vaisseaux placés en avant d’eux dans la ligne, le Franklin seul, quoique démâté de son grand mât et de son mât d’artimon, et ayant toutes les pièces de sa deuxième batterie démontées, résistait encore. Jaloux de retarder le plus possible leur défaite, les braves défenseurs de ce vaisseau, entouré alors de cinq vaisseaux anglais, s’acharnèrent à combattre avec le petit nombre de pièces de 36 qui restaient encore en bon état. Duchayla, que la violente commotion qu’il avait reçue avec sa blessure avait privé à la fois de l’ouïe et de la vue, était revenu à lui, et, quoique aveugle encore, animait son équipage. A onze heures et demie, on vint lui rendre compte qu’il ne restait plus que trois canons de 36 pour défendre le vaisseau et l’honneur du pavillon : « Tirez toujours, s’écria-t-il, notre dernier canon peut être funeste à l’ennemi ! ». Cependant, plus des deux tiers de l’équipage étaient tués ou blessés ; le reste, harassé de fatigues par un combat aussi opiniâtre, eut bientôt éprouvé le même sort.

    Dans cette triste extrémité, le capitaine de frégate, Martinet, rendit le vaisseau au moment où les Anglais montaient à bord avec une sorte de confiance, persuadés que l’équipage était absolument hors d’état de soutenir un abordage.

    Le succès qu’avait obtenu l’escadre anglaise sur l’avant-garde française ne l’avait pas été sans de grandes pertes et des avaries majeures de la part des vainqueurs ; aussi l’attaque dirigée par eux ensuite sur l’arrière-garde républicaine ne fut pas à beaucoup près aussi terrible. Commencé d’abord avec assez de vivacité, le feu de l’ennemi se ralentit peu à peu, et cessa tout à fait à trois heures et demie, après que le Tonnant, démâté de tous mâts et criblé de boulets, eût été obligé de couper son câble une seconde fois et de s’échouer. C’est à la résistance opiniâtre et glorieuse de ce vaisseau que les trois derniers de la ligne française durent de n’être guère maltraités.

    Au point du jour, le 2 août, six vaisseaux français et trois frégates faisaient encore briller les couleurs nationales. La Justice avait mis à la voile pour être plus à même d’exécuter les ordres de l’amiral Villeneuve. Le capitaine de cette frégate, s’apercevant que le vaisseau le Bellerophon arborait son pavillon, et se souvenant qu’il avait amené la veille, voulut s’en approcher. Il paraissait échoué à la côte ; mais comme il présentait le travers au large, et qu’on le vit mettre quelques canons au sabord, la Justice revira et vint se rapprocher du Guillaume Tell. Nelson se hâta d’envoyer l’Audacious mouiller auprès du Bellerophon pour le protéger.

    De trois heures et demie à six, les Anglais avaient employé le temps à regréer leurs vaisseaux les moins désemparés ; mais presque tous l’étaient considérablement, et l’amiral ne put détacher d’auprès de lui que deux vaisseaux, le Goliath et le Theseus, pour aller renforcer ceux qui avaient combattu pendant la nuit l’arrière-garde française, et qui avaient besoin de ce renfort pour recommencer le combat. Ces deux vaisseaux s’approchèrent à six heures et demie de l’Heureux et du Mercure, et se mirent à les canonner. Ceux-ci, échoués malheureusement le bout à terre et ne pouvant présenter le travers à l’ennemi, n’entreprirent point de se défendre avec leurs seuls canons de retraite : ils amenèrent leur pavillon.

    Les ennemis attaquèrent ensuite l’Artémise, qui, dès le commencement de l’action, avait quitté son poste auprès de l’Orient pour se rapprocher de l’arrière-garde. Cette frégate, après avoir lâché une bordée au Theseus, amena son pavillon. Mais le capitaine, au mépris des lois de la guerre, mit ensuite le feu à son bâtiment et s’enfuit à terre avec tout ce qui restait de l’équipage, une partie ayant été envoyée avant le combat à bord de différents vaisseaux. Les Anglais se sont vivement récriés contre la conduite du capitaine de l’Artémise, oubliant que le capitaine du Bellerophon en avait tenu une à peu près semblable.

    Lorsque la Justice leva son ancre, le matin, le Zealous, le seul des vaisseaux anglais en état de mettre à la voile, appareilla également. Il se tint pendant toute la matinée à courir des bords par le travers, mais hors de portée de canon de l’arrière-garde française. Nelson, à cause du délabrement de ses vaisseaux, ne put inquiéter d’aucune autre manière les tristes restes de l’escadre républicaine.

    Villeneuve mit à profit le temps de repos que lui laissait l’amiral anglais, occupé à remettre ses vaisseaux en état de combattre promptement les siens. Il répara ses avaries, qui étaient peu considérables, et à onze heures et demie il fit le signal d’appareiller. Peu de temps après, le Guillaume Tell, le Généreux, la Diane et la Justice mirent sous voiles et se formèrent en ligne de bataille courant au large. Au même instant, le capitaine du Timoléon, qui depuis affirma que son vaisseau était hors d’état de mettre en mer, fit voile de sa misaine et courut vent arrière à la côte. Ce qui donna quelques poids à l’assertion de ce capitaine, c’est qu’à l’instant où son vaisseau toucha, le mât de misaine tomba. En poussant leur bord, les bâtiments français approchèrent le Zealous, qui, de crainte d’être coupé, avait viré et courait à terre. Chacun des vaisseaux et frégates lui lâcha sa bordée en passant à contre-bord. Il riposta, et la division française continua sa route. Villeneuve gagna bientôt le large sans être poursuivi, les vainqueurs n’ayant pas deux vaisseaux capables de manœuvrer ; il parvint en quelques jours à atteindre Malte.

    C’est en faisant route pour ce port qu’il expédia le Salamine à Alexandrie, avec un rapport adressé à Bonaparte, pièce qui n’a jamais été rendue publique, et dont le style décèle un homme qui, tout en voulant faire valoir le service qu’il avait rendu à la république en lui conservant deux vaisseaux et deux frégates, avait néanmoins la conscience de n’avoir pas fait tout ce qu’il aurait pu faire dans la circonstance.

    Les Anglais employèrent la journée du 2 à s’assurer des vaisseaux français qui s’étaient rendus, et à adresser des actions de grâces à Dieu pour la victoire signalée qu’ils venaient de remporter. Le Timoléon et le Tonnant étant démâtés et échoués, et par conséquent hors d’état de s’échapper, ils ne s’en occupèrent pas.

    Le lendemain 3, le pavillon de la république flottait encore sur ces deux bâtiments : le dernier l’avait arboré sur le tronçon de son grand mât. L’amiral anglais songea alors à faire prendre possession de ces vaisseaux. Il envoya d’abord en parlementaire un officier sommer les restes de l’équipage du Tonnant d’amener le pavillon et de se rendre prisonniers de guerre. L’officier qui avait alors le commandement du vaisseau, demanda pour condition de la remise de cette carcasse, jusque-là si vaillamment défendue, qu’un bâtiment le reportât en France avec les marins sous ses ordres. Nelson s’y refusa, et on se disposa à bord du Tonnant à se défendre jusqu’à la dernière extrémité. L’amiral anglais envoya alors deux de ses vaisseaux pour le réduire. Toutefois, avant de commencer l’action, l’officier qui les commandait fit sommer une seconde fois les officiers de l’équipage du Tonnant de se rendre sans conditions. Après s’être convaincus de l’inutilité d’une défense plus longtemps prolongée, ils amenèrent enfin le pavillon.

    Le capitaine du Timoléon, qui n’avait pas été inquiété, s’était occupé, pendant la nuit du 2 au 3, de débarquer ses blessés et ensuite le reste de son équipage. A midi, il quitta son vaisseau après y avoir mis le feu. Ces deux événements formèrent le dernier épisode du combat et complétèrent le succès de Nelson.

    La victoire qu’obtint cet amiral à Aboukir fut peut-être la plus décisive qui ait jamais été remportée sur mer depuis l’invention de la poudre, deux vaisseaux seuls sur treize ayant pu se dérober aux flammes ou à l’ennemi.

    Les Français perdirent dans cette bataille plusieurs milliers de marins et quantité d’officiers. Sur cinq amiraux, le commandant en chef fut tué, le commandant en second eut le nez emporté, le chef d’état-major fut exposé à périr dans les flammes ; les deux autres ne durent sans doute le salut de leur personne, comme celui des bâtiments qu’ils montaient, qu’à l’impossibilité où se trouva l’amiral ennemi de les attaquer et de leur faire éprouver à leur tour le sort qu’ils avaient laissé tranquillement éprouver à leurs camarades.

    Parmi les capitaines des vaisseaux de l’escadre, en exceptant avec raison ceux du Guillaume Tell, du Généreux et du Timoléon, un seul eut le bonheur d’échapper aux coups de l’ennemi : ce fut le capitaine du Guerrier, Trullet ainé. Tous les autres furent atteints : Du Petit-Thouars et Thevenard furent tués ; Casa-Bianca, blessé mortellement, périt lorsque son vaisseau sauta ; d’Albarade, Émériau, Raccord, Gillet, Etienne et Cambon furent plus ou moins grièvement blessés.

    Les Anglais ne portèrent leurs pertes qu’à 895 hommes tués ou blessés. Cependant le capitaine Barré, qui fut un parlementaire à bord de leur escadre, où il resta plusieurs jours, parvint, malgré tous les soins qu’ils mirent à dissimuler ces pertes, à en fournir un état qui les faisait monter à 1 600 hommes, ce qui n’est pas invraisemblable.

     

    En récapitulant les pertes matérielles du combat, on trouve : un vaisseau sauté en l’air, un autre et une frégate brûlés par les Français, une frégate coulée par l’ennemi et neuf vaisseaux pris. Ces derniers étaient pour la plupart en si mauvais état, que Nelson fut obligé d’en brûler trois, le Guerrier, le Mercure et l’Heureux. Des six autres qu’on conduisit avec peine à Gibraltar, il en eût brûlé deux encore, s’il avait été certain que le gouvernement voulût en payer la valeur aux équipages de son escadre. Il assurait que l’État y eût gagné, parce qu’ils coûtèrent, pour frais de réparations, et à cause des vaisseaux qu’il fallut employer à les escorter, beaucoup plus qu’ils ne valaient.

    On peut juger du dommage reçu par les vaisseaux anglais et du triste état de ceux qu’ils avaient pris aux Français, par le temps qu’il fallut pour faire aux uns et aux autres les réparations nécessaires afin qu’ils pussent tenir la mer et gagner Gibraltar. Nelson ne quitta la baie d’Aboukir que dix-sept jours après le combat.

     

    Nous n’avons pas le dessein de nous étendre sur les fautes qui amenèrent le désastre d’Aboukir, mais il nous est impossible de n’en pas dire quelque chose. Les revers de la marine française, qui ont trop souvent terni l’éclat que la gloire nationale recevait des triomphes de l’armée de terre, ont besoin d’être expliqués. Il est nécessaire d’en rechercher les causes : lorsqu’elles seront bien connues, on demeurera convaincu que les marins français étaient les mêmes hommes que les soldats républicains, qui alors étaient à la fois la terreur et l’admiration de l’Europe ; mais qu’une mauvaise direction donnée à leur courage a causé leurs défaites, et que d’ailleurs il n’est pas aussi facile de fixer la fortune sur mer que sur terre, où l’intrépidité jointe aux talents peut surmonter tous les obstacles.

    Deux fautes principales ont contribué à perdre l’escadre française. La première est d’avoir attendu l’ennemi à l’ancre sans être suffisamment protégé par des batteries ; la seconde, de n’avoir pas fait appareiller l’arrière-garde pour venir au secours des vaisseaux enveloppés par ceux de l’ennemi. La manière la moins désavantageuse de combattre est à la voile, excepté le cas où des obstacles multipliés rendent extrêmement périlleuse à l’ennemi l’approche d’une ligne d’embossage. Mais, dans ce cas même, on n’a que l’avantage de n’être pas battu, et l’on ne peut obtenir un succès décisif sur l’ennemi, qui renonce à son attaque avant d’avoir compromis toutes ses forces.

    En vain objecterait-on la faiblesse des équipages de l’escadre d’Egypte. Eût-on été réduit à bord de chaque vaisseau à n’armer qu’une seule batterie, celle de 36, les chances du combat au large eussent encore été plus avantageuses que dans la position où on le reçut. Un combat à la voile n’eût jamais pu avoir des résultats aussi funestes ; car l’on n’avait pas encore vu alors tous les vaisseaux d’une escadre française pris par une escadre ennemie, supérieure seulement de quelques frégates. Il n’est guère de marin qui ne convienne aujourd’hui que l’escadre de Brueys eût dû mettre sous voile pour aller au-devant de celle de Nelson, dès qu’elle fut signalée, et qui ne pense également que, lorsque par une circonstance qu’on n’avait pas prévue on vit la tête de la ligne enveloppée par l’ennemi, on n’eût pas dû hésiter à faire appareiller la queue pour venir la dégager.

    Brueys paya de sa vie sa trop grande confiance dans une mauvaise position ; Duchayla combattit comme si le plan de l’amiral eût été le sien propre, et il fut mutilé en donnant ce bel exemple d’obéissance militaire et de patriotisme ; Ganteaume n’avait aucun commandement direct, et n’était chargé que de transmettre les ordres de l’amiral ; Decrès et Villeneuve se bornèrent à demeurer au poste qui leur avait été assigné, lorsqu’un mouvement des vaisseaux et frégates sous leurs ordres pouvait, à ce qu’il semble, sauver l’escadre et rendre l’ennemi victime de son audace. Il faut dire que le dernier surtout ne mit pas alors en pratique les excellents principes de l’instruction qu’il adressa plus tard aux capitaines de la belle armée navale qu’il vit défaire à Trafalgar par ce même Nelson : « Tout commandant, y disait-il, qui ne serait pas dans le feu, ne serait pas à son poste ». Si pour l’excuser on alléguait que Brueys ne lui fit pas le signal d’appareiller pour venir secourir l’avant-garde, cette excuse s’évanouirait devant les passages suivants de cette même instruction que nous venons de citer : C’est bien plus de son courage qu’un commandant doit prendre conseil que des signaux de l’amiral, qui, engagé lui-même dans le combat, n’a peut-être plus la faculté d’en faire Tous ses efforts doivent tendre à se porter au secours des vaisseaux assaillis.

     

    Telle fut la conduite des divers officiers généraux de l’escadre française au combat d’Aboukir.

     

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