•  Le 19 juillet 1870 - La déclaration de guerre dans EPHEMERIDE MILITAIRE Déclaration-de-la-guerre-de-1870-150x150

     

    D’après « La guerre de sept mois » – T. de Saint-Germain – 1871

     

    C’est dans les premiers jours du mois de juillet 1870 (le 6) que se répandit dans les cercles politiques, le bruit de négociations mystérieuses entre l’Espagne et la Prusse, négociations qui avaient eu pour résultat l’acceptation par le prince Léopold de Hohenzollern, parent du roi de Prusse, de la couronne d’Espagne.

    Le maréchal Prim, à la recherche d’un candidat au trône vacant depuis la révolution de 1868, avait fait des offres que le prince venait d’accepter avec l’autorisation du roi Guillaume. Il ne manquait plus pour consacrer l’accomplissement du fait que l’avis des cortès.

    Une interpellation relative à cette candidature, déposée au Corps législatif par M. Cochery, amène à la séance du 6 juillet une déclaration du duc de Gramont, ministre des affaires étrangères.

    Il confirme l’exactitude des bruits qui ont cours ; « mais le peuple espagnol, dit-il, ne s’est point encore prononcé, et nous ne connaissons point encore les détails vrais d’une négociation qui nous a été cachée ». Il demande l’ajournement d’une discussion inopportune, proteste des sympathies de la France pour l’Espagne, de l’absence de toute préférence, aussi bien que de tout éloignement, pour aucun des prétendants au trône. Mais, en même temps, il ne croit pas « que le respect des droits d’un peuple voisin nous oblige à souffrir qu’une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le trône de Charles-Quint, puisse déranger à notre détriment l’équilibre actuel des forces en Europe et mettre en péril l’honneur de la France ». Cette éventualité, ajoute-t-il, nous en avons la ferme confiance, ne se réalisera pas ; pour l’empêcher, nous comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur l’amitié du peuple espagnol. S’il en était autrement, forts de votre appui et de celui de la nation…, nous saurions remplir notre devoir sans hésitation et sans faiblesse.

    Au milieu de nombreuses acclamations, les protestations de MM. Garnier-Pagès, Raspail et Crémieux se font entendre. Ce dernier accuse le ministère d’une légèreté coupable, et lui reproche d’avoir, par sa seule communication à l’Assemblée, déclaré la guerre.

    Le garde des sceaux, M. Emile Ollivier, se refuse à continuer la discussion et déclare « que le gouvernement désire la paix…, qu’il la désire avec passion ». Il n’est pas répondu à une question de M. Em. Arago, demandant à quel titre et en quelle qualité le marechal Prim aurait offert la couronne à un prince de Hohenzollern, et l’incident est clos.

    Après quelques jours de silence occupés par un échange de communications télégraphiques et de négociations officieuses, M. Emile Ollivier devant le Corps législatif, et M. le duc de Gramont devant le Sénat, donnent lecture le 15 juillet d’une déclaration rendant compte des efforts tentés auprès des puissances étrangères pour obtenir leurs bons offices.

    « Dans ces négociations, nous n’avons rien demandé à l’Espagne, dont nous ne voulions ni éveiller les susceptibilités ni froisser l’indépendance ; nous n’avons pas agi auprès du prince de Hohenzollern, que nous considérons comme couvert par le roi ; nous avons également refusé de mêler à notre discussion aucune récrimination, ou de la faire sortir de l’objet même dans lequel nous l’avions renfermée dès le début.
    La plupart des puissances ont été pleines d’empressement à nous répondre, et elles ont avec plus ou moins de chaleur admis la justice de nos réclamations.
    Le ministre des affaires étrangères prussien nous a opposé une fin de non-recevoir, en prétendant qu’il ignorait l’affaire et que le cabinet de Berlin y était resté étranger.

    Nous avons dû alors nous adresser au roi lui-même, et nous avons donné à notre ambassadeur l’ordre de se rendre à Ems, auprès de Sa Majesté. Tout en reconnaissant qu’il avait autorisé le prince de Hohenzollern à accepter la candidature qui lui avait été offerte, le roi de Prusse a soutenu qu’il était resté étranger aux négociations poursuivies entre le gouvernement espagnol et le prince de Hohenzollern, qu’il n’y était intervenu que comme chef de famille et nullement comme souverain, et qu’il n’avait ni réuni ni consulté le conseil de ses ministres. Sa Majesté a reconnu cependant qu’elle avait informé le comte de Bismark de ces divers incidents.
    Nous ne pouvions considérer ces réponses comme satisfaisantes ; nous n’avons pu admettre cette distinction subtile entre le souverain et le chef de famille, et nous avons insisté pour que le roi conseillât et imposât au besoin au prince Léopold une renonciation à sa candidature.

    Pendant que nous discutions avec la Prusse, le désistement du prince Léopold nous vint du côté d’où nous ne l’attendions pas, et nous fut remis le 12 juillet par l’ambassadeur d’Espagne.

    Le roi ayant voulu y rester étranger, nous lui demandâmes de s’y associer et de déclarer que si, par un de ces revirements toujours possibles dans un pays sortant d’une révolution, la couronne était de nouveau offerte par l’Espagne au prince Léopold, il ne l’autoriserait plus à l’accepter, afin que le débat pût être considéré comme définitivement clos.

    Notre demande était modérée ; les termes dans lesquels nous l’exprimions ne l’étaient pas moins. Dites bien au roi, écrivions-nous au comte Benedetti, le 12 juillet à minuit, dites bien au roi que nous n’avons aucune arrière-pensée, que nous ne cherchons pas un prétexte de guerre, et que nous ne demandons qu’à résoudre honorablement une difficulté que nous n’avons pas créée nous-mêmes.

    Le roi consentit à approuver la renonciation du prince Léopold, mais il refusa de déclarer qu’il n’autoriserait plus à l’avenir le renouvellement de cette candidature.

    J’ai demandé au roi, nous écrivait M. Benedetti, le 13 juillet à minuit, de vouloir bien me permettre de vous annoncer en son nom que si le prince Hohenzollern revenait à son projet, Sa Majesté interposerait son autorité et y mettrait obstacle. Le roi a absolument refusé de m’autoriser à vous transmettre une semblable déclaration. J’ai vivement insisté, mais sans réussir à modifier les dispositions de Sa Majesté.

    Le roi a terminé notre entretien en me disant qu’il ne pouvait ni ne voulait prendre un pareil engagement, et qu’il devait, pour cette éventualité comme pour toute autre, se réserver la faculté de consulter les circonstances.

    Quoique ce refus nous parût injustifiable, notre désir de conserver à l’Europe les bienfaits de la paix était tel que nous ne rompîmes pas les négociations, et que, malgré votre impatience légitime, craignant qu’une discussion ne les entravât, nous vous avons demandé d’ajourner nos explications jusqu’à aujourd’hui.

    Aussi notre surprise a-t-elle été profonde, lorsque, hier, nous avons appris que le roi de Prusse avait notifié par un aide de camp, à notre ambassadeur, qu’il ne le recevrait plus (Profond mouvement d’indignation), et que, pour donner à ce refus un caractère non équivoque, son gouvernement l’avait communiqué officiellement aux cabinets de l’Europe.

    Nous apprenions, en même temps, que M. le baron de Werther avait reçu l’ordre de prendre un congé et que des armements s’opéraient en Prusse.

    Dans ces circonstances, tenter davantage pour la conciliation eût été un oubli de dignité et une imprudence. Nous n’avons rien négligé pour éviter une guerre ; nous allons nous préparer à soutenir celle qu’on nous offre, en laissant à chacun la part de responsabilité qui lui revient.

    Dès hier, nous avons rappelé nos réserves, et, avec votre concours, nous allons prendre immédiatement les mesures nécessaires pour sauvegarder les intérêts, la sécurité et l’honneur de la France ».

     

    Au moment où le désistement du prince Léopold, notifié par son père, Antoine de Hohenzollern, au maréchal Prim et transmis par lui à M. Olozaga, ambassadeur d’Espagne à Paris, était parvenu au gouvernement français, on avait pu croire un moment l’incident complétement vidé, d’autant plus que le roi de Prusse venait, dit-on, de retirer, par télégramme, l’autorisation qu’il avait donnée. Mais il n’y avait rien d’officiel, et comme le disait un orateur à la séance du Sénat : l’Espagne s’était exécutée, mais restait la Prusse. Ni l’intervention empressée de lord Grandville, ni celle de l’empereur de Russie, ni les instances de notre ambassadeur à Berlin, M. Benedetti, n’ont pu rien obtenir.

     

    M. de Werther, ambassadeur de Prusse, évite même d’accepter l’insinuation conciliante de M. de Gramont, qui veut croire que c’est sur la demande expresse du roi que le prince a renoncé à sa candidature. Il a soin d’assurer que le roi n’a, comme souverain, aucune part ni dans l’acceptation ni dans la renonciation de son parent.

    Dès lors tout espoir d’accommodement s’évanouit. Avant même que la rupture soit officielle, le sentiment national offensé appelle l’ouverture des hostilités et s’étonne des lenteurs du gouvernement.

     

    Dès le 17 juillet, le bruit court que nos armements, commencés depuis quelques jours, sont en pleine activité, et que déjà, le lendemain à midi, deux divisions françaises seront sous les murs de Luxembourg.

     

    C’est le 19 juillet que le duc de Gramont donne communication au Corps législatif et au Sénat de la déclaration de guerre dans les termes suivants :

    « Messieurs, l’exposé qui vous a été présenté dans la séance du 15 a fait connaître les justes causes de guerre que nous avons contre la Prusse.

    Conformément aux usages et par ordre de l’empereur, j’ai invité le chargé d’affaires de France à notifier au cabinet de Berlin notre résolution d’obtenir par les armes les garanties que nous n’avons pu obtenir par la discussion.

    Cette démarche a été accomplie, et j’ai l’honneur de faire savoir au Corps législatif qu’en conséquence l’état de guerre existe, à partir du 19 juillet, entre la France et la Prusse.

    Cette déclaration s’applique également aux alliés de la Prusse, qui lui prêtent, contre nous, le concours de leurs armes ».

     

    Cette communication est accueillie au Sénat par un enthousiasme indicible.

     

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